‹ Pour l'édition critique des Odes de RonsardChapitre 18 sur 27 · ODE XVI · texte numérisé non relu

ODE XVI

L'inimitié que je te porte.

Passe celle, tant elle est forte,

3 Des aigneaux et des loups.

Vieille sorcière deshontée.

Que les bourreaux ont fouettée

6 Te honnissant de coups.

Tirant après toy une presse D'hommes et de femmes espesse,

9 Tu monstrois nud le flanc.

Et monstrois nud parmy la rue L'estomac, et l'espaule nue 12 Rougissante de sang.

Mais la peine fut bien petite, Si Ion balance ton mérite :

1 5 Le Ciel ne devoit pas

Variantes. — Titre supprimé en 1584. 1387. —Des Chameaux et des Ours. 1587. — 6. Devant les yeus de Ions i55o. — 6. Te débâchant de c. i555. —6. Te découpant de c. i56o. 1567. 1571. - 6. Te deschirant de c. 1584. — 6. Le long des carrefours 1587.

Pardonner à si lasche teste, Ains il devoit de sa tempeste

i8 L'acravanter à bas.

La Terre mère encor pleurante Des Geans la mort violante

21 Bruslez du feu des cieux, (Te laschant de son ventre à peine) T'engendra, vieille, pour la haine

24 Qu'elle portait aux Dieux.

Tu sçais que vaut mixtionnée La drogue qui nous est donnée

27 Des pays chaleureux, Et en quel mois, en quelles heures Les fleurs des femmes sont meilleures

30 Au breuvage amoureux.

Nulle herbe, soit elle aux montagnes.

Ou soit venimeuse aux campagnes,

3 3 Tes yeux sorciers ne fuit.

Que tu as mille fois coupée D'une serpe d'airain courbée,

^6 Béant contre la nuit.

Le soir, quand la Lune fouette Ses chevaux par la nuict muette,

39 Pleine de rage, alors Voilant ta furieuse teste De la peau d'une estrange beste

42 Tu t'eslances dehors.

Au seul soufler de son haleine Les- chiens eftroyez par la plaine

45 Aguisent leurs abois :

Les fleuves contremont reculent.

Les loups effroyablement hurlent 48 Apres toy par les bois.

Variantes. — 16. P. (helas) à la l. i55o. — 16. P. à la I. t. iSSj. — 17. 18. Mais il il. de sa l. Ruer Ion chef la h. i55o. — 18. L'a. là b. iSSj. — 19. 20. La T. m. e. dolente De la morl des siens, v. i55o. — 28.£'/ enq. m. el q. h. i55o. i56o. — 3i- 34. N. h., s. e. a. nionlaiynes. Ou s. el' fdle des campaiynes, Ne deceiil onc tes yeux : Q,. lu as cent fois dérobée i55o. — 36. Seule parlant' aus cieus, i55o. —40. V. ton exécrable 1. 1584. '^^y. — 48. Au s. souspirde t. h. 1584. 1587. — 47.48. Elles fiers loups par bandes huilent Dedans l'obscur des b. i55o.

DKS ODES DE RONSAKD ^3

Adonc par les lieux solitaires.

Et par l'horreur des cimetaires

5 1 Où tu hantes le plus, Au son des vers que tu murmures Les corps des morts tu des-em mures

54 De leurs tombeaux reclus.

Vestant de l'un l'image vaine Tu viens effroyer d'une peine

57 (Rebarbotant un sort) Quelque veufve qui se tourmente, Ou quelque mère qui lamente

6o Son seul héritier mort.

Tu fais que la Lune enchantée Marche par l'air toute argentée,

63 Luy dardant d'icy bas Telle couleur aux joues pâlies.

Que le son de mille cymbales

66 Ne divertiroit pas.

Tu es la frayeur du village :

Chacun craignant ton sorcelage

69 Te ferme sa maison.

Tremblant de peur que tu ne taches Ses bœufs, ses moutons et ses vaches

72 Du just de ta poison.

J'ay veu souvent ton œil senestre, Trois fois regardant de loin paistre

75 La guide du troupeau.

L'ensorceler de telle sorte, Que tost après je la vy morte

78 Et les vers sur la peau.

Comme toy, Medée exécrable Fut bien quelquefois profitable :

Variantes. — 47-49. L. 1. suivant ta trace h.. Ton ombre p. 1. b. Hostesse des 1. s. 1584. 1587. — 53. L. c. pâlies lu d. i55o. i555. i56o. — 56-6o. Tu sçais donner horreur el p. Apparoissanl' ainsi. A la v. qui se t. Ou à la m. q. l. Sa fille morte aussi i55o. — 56. Tu fais trembler et cœur et veine 1584. 1587. — 58. A la v. q. set. 1587. — 68-6g. Les jeunes el ceus de vieil âge Te ferment leurs maisons i55o, — 71 72. Leurs b., leurs innocentes v. Du j. de tes poisons i55o. — 71. L'un de ses beufs, ou de s. v. i555. i56o. 1567. 1571.— 72. Du Tact de ta p. 1587. — 78-81. Les os persans su p. Bien que M. fust cruelle Tant comme loi ne le futelle Sa mechance a s. i55o.

44 POUR I.'ÉDUION CRITIQUE

8i Ses venins ont servy, Reverdissant d'Eson l'escorce :

Au contraire, tu m'as par force

84 Mon beau printemps ravy.

Dieux ! si là liaut pitié demeure, Pour recompense qu'elle meure,

87 Et ses os diffamez Privez d'honneurs de sépulture, Soient des oiseaux goulus pasture,

90 Et des chiens affamez.

La suppression de cette Ode eut paru plus justifiée que celle de la précédente. Mais peut-être Ronsard l'a-t-il conservée pour la peine qu'elle lui a donnée et dont témoignent les nombreuses variantes : le vers 6 n'eut pas moins de 6 textes différents.

Sur 90 vers, 58 sont restés sans changement, soit près de 65 0/0.

t/«éjm/f variante est particulière à 1560.

1584 diffère de 1578 pour 8 vers.

1587 diffère de 1578 pour 13 vers.

Blanchemain a-t-il reproduit 1560? Oui et non. Au vers 6, il donne bien le texte spécial à 1560; les vers 28, 53 offrent bien la leçon qui se lit en 1560; mais son vers 71 a le texte de 1578, 1584, 1587, au Heu du texte de 1555, 1560, 1567, 1571.

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