ES
La première question que nous ayons différée tout à l'heure se
comme conespoiidaiU à l'arcliontat d'Eulliydème; la seconde peut être celte
d'Apollodore.
(*) Peul-étre de 56o seulement; les marbres de Parcs laissent celte incertitude.
(') I3'après lamblique ( />e v'ita pythagovlca), Epiménide aurait re?;ardé Pythag'.re comme fils d'Apollon; s'agirait-il ici du généalogiste que distingue Diogene Laërce ? Mais la confusion entre les personnages homonymes a pu, dès l'antiquité, porter sur diflérents points.
■gr
rapporte au choix, pour le synchronisme des sept sages, de Tannée 01. 48,3 de Tarcliontat de Daniasias.
Précisément celte année-h'i, eut li<'u (le 28 mai 58.^) une des trois éclipses totales de soleil cpie les astronomes modernes considèrent comme pouvant être celle (jiie prédit Thaïes et qui suspendit une bataille entre les J.jdiens cl les Mèdes. Cette reuuirquable coïncidence j)orte à penser que l'époque de cette éclipse a été choisie tout d'abord comme étant celle de la célébrité du Milésien, puis adoptée par les faiseurs de légendes, pour placer leur récit sur les sept sages, parmi lesquels il occupait le premier rang.
Partant dès lors de celte date comme acmé de Thaïes ( ' ), Diels arrive pour la naissance à Ol. V). 1 =^ 624, et pour la mort, à ^8 ans passés d'après Apollodore (Diog. L., 1, ')8)(-), à 01. 58,2 = 547, année qu'il prend pour celle du passage de l'IIaljs par Crésus. Couime d'ailleurs le texte porte pour la naissance Ol. 35, 1, il le regarde comme fautif, et appuie la correction qu'il propose sur un passage de Porphyre conservé par Aboulfaradj ; d'après ce passage, en elFet, la naissance de Thaïes aurait eu lieu i 23 ans après l'ère de Nabonassar, qui commence en 747*
Mais le témoignage de Porphyre peut prouver seulement qu'un certain chronographe de l'antiquilé, et non pas Apollodore, a calculé, comme l'a fait Diels, la naissance de Thaïes, et avec ces déterminations il est bien diflicile d'expliquer comment Sosicrate, ainsi que le dit expressément Diogène Laërce, avait prolongé de 12 ans la durée de la vie de Thaïes, précisément pour en faire coïncider la lin avec celle du règne de Crésus, que, comme nous l'avons vu, il fixait en 546.
Apollodore ne pouvait cependant j)as avoir négligé le récit d'Hérodote sur le rôle joué par Tlialès lors du passage de l'Halys ;
(M Kn fait, Diels part de l'année suivante, Ol. 4^>'i = 5^^. <iu'»l suppose la q uaranli< nie <U' Tlialî's; il y a là une léj;('ie inexactitude, puisqu'en tout cas réclipse a eu lieu Ol. 48. 3. Diels aurait donc dû arriver pour la naissance à 01. 38,4 = 625, date qui est au reste celle qu'indique plutôt le ténnoijjnage de t^orphyrc. [ Voir: Les orii^ines de la Science (ireciiue. Bévue Philosophique. Compte rendu, i8()4X\X\Ii, p. ^âo].
(-) « Apollodore dit dans les Chroniques i\\ieT\\n\ès naquit 01. 35, 1 — (38). « Il mourut Ji 7S ans, ou, comme le dit Sosicrate, à (jo; car il serait mort » 01. 58, ayant vécu sous Crésus, auquel il promit de lui faire passer l'Halys sans » pont, en détournant le fleuve. »
dès lors, le texte très formel de Diogène Laërce ne peut s'entendre que d'une manière : Apollodore devait fixer i 2 ans plus tôt la prise de Sardes, soit en 55(S. Mais Sosicrate n'avait pas modifié la date de la naissance de Thaïes, en sorte que pour les deux auteurs elle devait tomber la même année, d'après l'un 90 ans avant 54^, d'après l'autre 78 ans avant 55(), c'est-à-dire en 637 = 01. 35,4- Nous retrouvons ainsi l'olympiade du texte de Diogène Laërce; si l'année n'est pas la même, la corruption s'explique paléographiquement, par un changement de lettres numérales, avec au moins autant de facilité que celle que Diels a supposée.
Si maintenant Thaïes était né, pour Apollodore, en 637, son acmé devait tomber en 597 (\). Or, c'est précisément aussi la date d'une des trois éclipses admissibles comme pouvant représenter celle de Thaïes. Nous sommes donc conduits à penser que c'était celle-là qu' Apollodore avait eu en vue.
Mais comment aura-t-il été conduit à modifier une date déjà admise par Démétrius de Phalère(2)? C'est qu'historiquement cette date est inadmissible.
S'il y a en effet un document chronologique de l'antiquité qui ne puisse être révoqué en doute, c'est assurément le Canon des Règnes de Ptolémée, puisque c'est d'après cette table que sont déterminées les anciennes observations astronomiques. Or, d'après ce Canon ^ la dernière année de Gyrus est 53o av. J.-G. D'autre part, d'après Hérodote, Gyrus a régné 29 ans, Astyage 35, Gyaxare 4<>- Si donc, comme il semble, Hérodote compte les années pleines, Gyrus a régné de 5Go à 53o, Astyage de b(:)6 à 56o, Gyaxare de 637 à 59!). En tout cas, l'éclipsé de 585 tombe sous le règne d'Astyage, tandis que, d'après Hérodote, la bataille qu'elle interrompit fut livrée par Gyaxare.
Gomment l'erreur a-t-elle pu s'introduire ? Sans doute l'éclipsé de 585 fut visible à Athènes et y produisit une impression assez
(') Cette éclipse tombe le 21 juillet; elle appartient donc à 01. 45i4- Or, Diels a établi qu'Apollodore comptait indilleremment 4^ ans révolus ou non pour 1 acme. On a donc en réalité une incertitude d'un an pour les dates de la naissance et de la mort de Thaïes, daprés Apollodore et Sosicrate, et l'on pourrait fixer la première à 01. 36,1, les secondes à 01. 55.3 et 01. 58,3.
(-) Peut-être même par Kudéme, si c'est à lui que Clément d'Alexandrie emprunte la date approximative 01. 5o pour l'éclipsé de Thaïes.
If-' i
L<iir :i
jn'otondtî pour (juc son souvenir reslàl lu* à l'arclK>nlat de Dainasias; on l'aura j)rise plus lard comme elanl celle prédite par Thaïes. Celle d(; jcj- convr'nail moins, parce (ju'elle arriva au lever du soleil, ce fjui ne se rapporle i;uère au récit d'Hérodote et est [)our nous une raison de l'écarter aussi bien (pie celle de jS.k Quant à une plus ancienne, coinine celle du Jo sepleinhre <)i<», elle pouvait être déjà oubliéi; (piand se forma la légende des sept sa<;es.
Pour ApoUodore, il vivait au temps (riïipj)arque, c'est-à-dire à une é[)oque où non seulement on possédait les observations chaldéennes, mais encore où Ton pouvait calculer avec une approximation 1res suflisanh' les dates des anciennes éclipses et leur imporlauce; il devait donc s(; trouver, ainsi (jue nous, en présence de trois dates reconnues comme p(>ssibles aslronomirpiement. l^cartanl la dernière d'après le récil d'Hérodote, il dul écarter aussi la première parce (pi'elb; tombe nécessairement pen- 4lant les 2S années (pie 1 historien assigne à la (lominali(ui des Scjthes pendant le rè«;ne de Cyaxare; il ne lui restait donc que récli[)se de ^^i}~ , (pii d'ailleurs convenait très bien pourle synchronisme des sept sages.
Mais nous avons, comme je l'ai dit, une raison sérieuse d'écarter à lu^trc t(^ur cette dernière et, d'auti*e pari, nous nous représentons i)lul()t aujourd'hui I invasion des Scvlhes comme n'ayani pas eu les caractères d'une dominallon ellective, comme n'ajanl j)u, sauf [)eut-élre pendant sept ou huit ans, empêcher les guerres entre les difTérents Eljils de l'Asie ('). l*ar suite, c'est en (iio qu'il faut fixer l'éclipsé de Thaïes.
(vomme nous n'avons aiicuin* raison de maintenir le système de Vcicmc, nous n'avons nullemenl, de ce chef, à modifier la date hjpolhéti(pie d' \[)ollodore pour la naissance de Thaïes; celui-ci peut avoir tout aussi bien prédit ('-) son «'(lipse à 2~ ans (lu'à 4<>-
Je crois avoir donné, sur les questions diverses cpie soulève la date de ce phénomène, des éclaircissements plausibles; mais, si ce problème célèbre rec-oit, de noire teuips encore, trois solutions distinctes entre lesquels se partagent les savants, la raison doit en être énoncée. (7est surtout parce (pie les historiens ne se rendent
pas suffisamment compte de ce que peuvent et de ce que ne peuvent pas faire les astronomes dans une question de ce «enre; parce que, d'un autre côté, les astronomes, à leur lour, se contentent trop qu'une thèse ait été soutenue par un historien pour la regarder comme historiquement possible.
L'astronomie esl assez avancée aujourd'hui pour déterminer non seulement la date exacte, mais aussi l'heure précise des éclipses totales qui ont eu lieu dans une période donnée du passé. Mais, pour une époque aussi ancienne, elle ne peut plus déterminer avec une précision suffisante les points du globe où une éclipse a été visible comme totale. Il règne en eflel, sur un des éléments du calcul à faire dans l'objet, l'accélération du mouvement moven de la lune, une incertitude qui ne pourrait précisément être dissipée que par la connaissance complète des circonstances d'une éclipse aussi reculée. Loin donc de pouvoir déterminer efïectivement si telle éclipse a été celle de Thaïes, les astronomes auraient à l'apprendre des historiens pour corriger leurs tables.
S. — La PRIS1-: Di: Sahoes pak Gvrus.
Nous avons d(\jà vu qu'Apollodore et Sosicrate avaient pris la hn du règne de Crésus comme coïncidant avec la mort de Thaïes. Evidemment son âge était alors très avancé, mais nous n'avons pas de motifs suffisants pour adopter sans réserves cette opinion probablement arbitraire (•) et nous devons regarder la date de la
(') On est génrralcment d'accord [)oiir lixcr en 'i>.î la prise de Niuivc par les Mèdcs, événement postérieur à relie invasion.
(-) I*our lu qucslion de r('po(|ue où il vivait, il itnpoiic même très peu qu'il
a.t prédite ou non, ,;e que nous discuterons dans le prochain chapitre en parlant de ses connaissances astronomiques; le fait, c'est que la légende suppose M" .1 ava.t «ge d'homme lors de celle éclipse de (no: il ne pouvait donc être que ties vieux à la fin du régne de Crésus.
(') Elle pouvait s'appuyer sur le passage où Hérodote (I, ,70) oppose les deux < onseils politiques donnés aux Ioniens. Tun par Bias de Priène. après la conquête des Perses, l'autre par Thaïes auparavant : du moins cette opposition conduit a supposer que pour Hérodote, Thaïes ne vivait plus au moment de la lutte contre Mazarés et Harpage.
Mais lo sens peut être loul autre; le conseil de Bias parait avoir été développé dans un poème (2,000 vers, Diog. L. . I. 85). Peut-être, au temps d'Hérodote '.reniaient également des vers attribués à Thaïes et avant un but politiquepeut-etre, comme ceux de Hias, portaient-ils leur date en eux-mêmes sans qu Hérodote en sût davantage sur le moment de la mort de Thaïes
mort (lu Mllésien romme aussi incertaine en fait que celle de sa naissance.
L'ép()(|ue Je la prise de Sardes n'en reste pas moins importante pour l'histoire de la philosophie comme pour l'histoire politique, et nous avons à examiner si Sosierate avail eu raison de la placer 12 ans plus tard qu'Apollo(h)re, ainsi que nous sommes conduits à Tadmetlre.
Ce déplacement peut, dans une certaine mesure, être lié à celui, d'é«;ale importance, pour la date de l'éclipsé de Tliahs, de m); à585(').
Wm :•
(') Dans la preuiiorc rdilion «K- «»n ouvraj^t' Tannery avait donné un second motif :
« Lors(|ue Hérodote raconte que Crésus chercha des alliés en Grèce et expose qu'à ce moment Pisistrate était maltn' d'Alhènes. il intercale dans son récit les vicissitudes du tyran, juscju'au moment où celui-ci reprit son pouvoir pour la troisième fois. Or. d'après les données dAristote sur la durée de la tyrannie des l'isistratides et d'après la date de leur expulsion l»ien fixée en ."iii, on ne peut guère placer le dernier événement raconté par Hérodote avant h^iî; c'est là la raison évidente qui a fait adopter par Sosierate. comme par nombre d'autres ( hronoj^iaphes, la .'>8e olympiade romme étant celle de la < hute de Sardes.
Mais, (ommc d'après le récit d'Hérodote, la guerre des Lydiens contre les Perses suit immédiatement le renversement d'Astyage en ôfio, il est clair qu'en ra( ontant le second exil de Pisistrate ('n7-54»i), l'historien a, dans sa digression, anticipé sur les événements. Au moment de l'arnbassade de Crésus (')5^)), Pisistrate est bien maître d'Athènes (pour la seconde fois;; mais son pouvoir est mal allermi et il est renversé <lès l'année suivante; ce ((ui explique pourquoi Crésus ne recherche pas son allian.e. La date d'Apolh.dore ( 01. .')5. 3 = r)r)S/7) est donc exacte à très peu près, car le récit d'Hérodote ne laisse en fait qu'une incertitude d'un ou deux ans.
Nous avons vu comment cette date, à la difTérence de celle de Sosierate. permet également d'à» corder avec la chronologie la visite <le Solon à Sardes; comment elle concorde de même avec Vacnié d'h:sope; comment enfin h- déplacement que nous avons admis explique les discordances sur la durée de la vie de Pittacuset de Thaïes. Il est donc suflisannnent confirmé par l'ensemble de notre discussion, et il en ressort également (ju'Apollodore avait raison de placer le règne de Crésus entre 01. 02,1 = .^72 et Ol. 55), 3 = .V>n, d'fMi. pour le règne d'Alyatte de 37 ans, les limites (>2«) à .')72. »
Sur son exemplaire habituel, Tannery a été conduit par la suite à modifier ces dillérentes dates: usurpation des Pisistratides : iS(ii ; r* chute: 55(); retour : ').5o ; 2® chute : 547: i^ retour :")3|»; règne d'Alyatte : <)i5-56o; règne de Crésus : 5()o- ')4r). On sait que par suite de la découverte des Annales de Aabonitle, les Assyriologues ont été conduits à fixer en 5^1 la prise de Sardes par Cyrus ( Voir: Maspcro, Hist. une. des peuples de l'Orient classique, t. III. p. G09-G21) [L. U.J.