‹ Pour l'histoire de la science hellène [microform]Chapitre 12 sur 90 · XÉNOPHANE ET LES ElÉATES · texte numérisé non relu

XÉNOPHANE ET LES ElÉATES

Notre discussion pourra désormais marcher plus rapidement, le terrain se trouvant déblayé d'importantes questions accessoires et le lecteur ayant déjà pu se familiariser avec les procédés des anciens chronologisles. Malheureusement les incertitudes ne seront pas moins grandes.

Ainsi, d'après le double témoignage de Sextus Empiricus et de Clément d'Alexandrie {Slrom., I, p. 3oi c). Apollodore doit avoir hxé la naissance de Xénophanc à 01. 4o = 620. Diogéne Laérce (IX, 20, d'api>és Sosierate?) donne au contraire pour VacmêOL 60 = 54o, d'où l'on conclurait pour la naissance 01. 50 = 58o.

Diels pense que V acmé correspond à la fondation d'ÉIée, vers 54(»; il croit donc que la date d'Ol. 4o est fautive et qu'Apollodore avail en réalité admis 01. 5o = 58o pour la naissance. Il ()ense d'ailleurs que le chronographe avait échelonné les acmés <ie Parménide (01. ikj) et de Zenon (01. 79) de façon à placer entre les trois Eléates, pris deux à deux, la même distance à peu prés qu'entre Socrate et Platon.

Mais si Apollodore plaçait la prise de Sardes en 55<S, il devait mettre la fondation d'Klée vers Ol. 5; et non Ol. 6(» - 1 a con cordance des deux témoignages différents, pour la naissance de Xenophane, oblige à supposer une corruption très ancienne ce qui est une hypothèse assez peu plausible. - Enfin rien ne nous oblige à croire que les dates pour les acmés de Parménide et de /:enon, telles que nous les trouvons dans Diogéne Laërce proviennent d'Apollodore, ni q.ie la combinaison de l'échelonnement, a la supposer réelle, ne soit pas plutôt le fait d'un auteur de 'Successions, comme Sosierate.

Au reste, ces deux dernières dates sont très mal assurées, aussi bien la seconde, qui paraît tout à fait arbitraire, que la première qui semble dépendre d'un synchronisme approximatif établi entre I arménide et Heraclite. Il n'y a donc aucun motif sérieux pour rejeter le témoignage bien connu et très précis de Platon, qui ne met que 2.) ans entre Parménide et Zenon, et fait converser le premier, à 1 âge de (i5 ans, avec Socrate très jeune. Que Platon ait

fait des aiuK Iironisnies volontaires, cela n'est point douteux, quoiqu'on lui en ait imputé à toit, ainsi que je l'ai montré à propos d'Épiménide; que le dialogue du Parménide soit évidemment une (iclion, personne non plus ne peut le contester; mais quand Platon répète, et dans le Tliéélète et dans le Sophiste^ que Soerate, né en 4^>9, a vu Parménide, quand il délaille 1rs âges d'une façon bien inutile pour tout motif que Ton pourrait assigner à l'anachronisme sup|)osé ici ( ' ), quand enfin il est iui[)ossil)le de prouver quoi que ce soit contre une autorité telle que la sienne, le mieux est sans doute de s'en rapj)orter à elle. Parménide sérail alors né vers T) i "j, Zenon vers 4^9? «' quelques années près en plus ou en UK^ins.

Il est très possible (pi'Apollodore, pour un motif ou pour un autre, n'ait parlé ni de l^nuiénide, ni de /énon ; uième s'il l'a fail, et (juand les dates de Diogène Laërce seraient les siennes, il pouvait, comme Solion (Diog. L., IX, :^i), ne reconnaître aucun lien entre Xénophane et Parmènide; s'il s'agit de rechercher les dates de la vie du premier, nous n'avons donc pas à tenir conq)le du rapport hvpothétique de maîlrtî à disciple que les auteurs àc Successions ont établi entre le poète de Colophon et celui d'Elée.

A la vérité, si l'on maintient vers 01. 4'> = ^>2o la naissance de Xénophane, on ne trouve pour Ol. Tx» aucun événement marquant son acnif'. Mais il avait beaucoup écrit et donné dans ses vers des renseignements sur son compte [)ersonnel ; ainsi c'est par un d<' ses fragu'.ents tpie nous savons qu'à ():>. ans d conqiosait encore. Apolbnlore ne peut-il avoir déduit, de quehjue passage perdu (-), une combinaison faisant remonter la naissance jusqu'à Ol. /|o? l*ourf|uoi dès lors ne ])as maintenir cette date? Xénophane, avec sa vie centenaire, n'aura pas moins atteint le règne de Darius (51^4-1*^7) selon le témoignage.' exprès d ApoUodore, qui ne paraît pas avoir précisé davantage la lin de sa vie.

Dans ces limites, il n'y a aucune inqiossibillté à ce que Xéno-

( ') Coimur relui d'afliriner un rapport originaire cnlre sa doctrine et celle des I\lcalcs.

(-) Le fragment indiquant <) » ans, si la naissante est Ol. 4o, aurait été dil en ôaS — ul. tii. Or, Apollodorc fixait 01. (ij Varme de l'ythagore; peut-être a-t-il simplement regardé comnio également date dr <>2 ans le fragment de Xénophane sur la métempsycose et hâti là-dessus sa coml»inaison.

phane ait parlé soit d'Epiménide, comme niort à i5- ans, soit de Thaïes et de sa prédiction, soit même de la doctrine de la métempsycose de Pjthagore: on comprend d'autre part comment Heraclite a pu parler de lui aussi bien que de Pjthagore, et comment Sotion (Diog. L., IX, i8) l'aura fait contemporain d'Anaximandre, né vers (ii i. Au contraire, même avec la date de Diogène Laërce, on ne peut prolonger la vie de Xénophane jusqu'au temps dllièron I (01. 77 — 472) et d'Épicharme, comme l'aurait cependant fait, d'après Clément d'Alexandrie, un historien, Timée, dont ici l'autorité serait, à vrai dire, considérable.

11 est facile de reconnaître l'origine d'une méprise que le fait du témoignage d'Heraclite sur Xénophane rend évidente. Timée a du seulement : 1" rapporter une anecdote conservée par Plutarque (Be^. Apophth.), relative à un mot d'Hièron sur des vers de Xénophane récités devant lui; apparier des attaques, déjà mentionnées par Aristote, du poète comique Kpicharme contre le scepticisme du Colophonien.

On aura conclu que Timée donnait Xénoj)hane comme vivant toujours, du récit que l'historien consacrait à des faits prouvant seulement la popularité dont a joui l'œuvre du poète, longtemps encore après sa mort.

Il y a bien aussi quelques autres assertions qui prolonoent encore davantage la vie de Xénophane: mais, ou bien ce sont de jmrs anaehronismes. dus à des auteurs qui ne méritent aucune confiance, comme Hermippe (Diog. L., Y\\\, 5(i, et IX, 3o) le mettant en rapport avec Empédocle. ou bien il y a eu (comme peut-être chez Ps. -Lucien, De longœv.^ 20) confusion avec un autre poète du même nom, auteur d'ïambes, né à Lesbos et fils de Dexinos.

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