‹ Pour l'histoire de la science hellène [microform]Chapitre 14 sur 90 · Anaximène · texte numérisé non relu

Anaximène

l'our Anaximène, la question est très obscure; Diogène Laérce < II. 3) dit : u U naquit, suivant Apoliodore, 01. (i.i {== r)a8), et il mour-ul loi^s de la prise de Sardes. »

On doit, en tout étal de cause, écarter Thypothèse que Diogène Laérce ait voulu parler de la prise de Sardes lors de la révolte de rionie, 01. 70; l'anachronisme est donc patent. Diels admet une corruption des données «T Apoliodore : celui-ci aurait fait correspondre la prise de Sardes à l'ac/z^r, 01. (i3 à la mort (vers soixiinte ans). 11 s'appuie sur ce qu'llippolvte donne Ol. 58, i pour V acmé et que Suidas dit : « Anaximène vivait (vs-ovs) lors de la prise de Sardes, alors que Cvrus de Perse renversa Grésus ». Si d'ailleurs Suidas ajoute la date : 01. 55, c'est qu'il aurait à tort emprunté celle d'Eusébe, tandis qu'Ilippolyte aurait conservé celle d'Apollodore; toutefois il faudrait lire : Ol. 58,.; au lieu de 58, i.

Cette conjecture, aussi ingénieuse que hardie, mérite de notre part une critique d'aulaut plus approfondie que la date de la prise de Sard(^s, d'après Suidas, serait, à nos yeux, celle d'Apollodore, et la date corrigée d'Ilippolyte celle de Sosicrate.

Diels attache, avec une certaine raison, quelque importance à la (humée chronologique de l'auteur des Philosophumena, parce que celui-ci vient d'en fournir une autre (01. 42,3 = (in, pour la naissance d'Anaximandre) qui n'est copiée sur aucune source connue, mais qui concorde évidemment avec les itidications d'Apollodore; mais il n'j a cependant pas là, en i^iit, un motif suflisant pour regarder les deux données des Philosovhumena comme venant d'Ap«)llodore plul«>t que de Sosicrate par exemple. Le rapprochement avec Suidas indiquerait même un déplacement de date tout à fait semblable aux autres que nous avons vu faire à l'auteur des Successions.

Ainsi modifiée, riiypothèse de Diels conduirait à faire naître Anaximène vers 598 et à le faire mourir vers ;«> ans, en 528. Toui^'fois il convient d'observer que l'expression de Suidas, malgré toutes les discussions auxquelles elle a donné lieu, reste ambiguë et peut s'appliquer à la naissance; d'autre part, il est indispensable d'examiner si les renseignements traditionnels sur la vie

lui

' îV;.'" "

d'Aiiaximène [)envenl être mis en concordance, soit avec Tliypothrse précitée, soit avec toute autic que l'on puisse faire dans rol)jet.

Nous n'avons à considérer que trois rapprocliemenls : les deux premiers qui font d' Vnaximène, l'un le disciple d'Anaximandre, l'autre le maître d'Anaxaj^ore, sont contradictoires, puisque le second de ces [diilosoplies ne naquit (pi'en joo. Gi^pendanl il> sont imperturbal)lement répétés, depuis I liéopliraste, dans la plupart des documents anciens, ce qui suffit à montrer combien peu on doit faire fonds sur eux; quant îui troisième rapproclieuient, entre Anaviuiéne et Pjlliagoie, il nous est au contraire fourni [)ar une source tout à fait isolée, la correspondance apocryphe écliangé'e d'après Diogène l.ar*rce (II, /\ et 5, et A III, \\))\ il y a là une tradition dont ncnis ignorons la date et dont nous ne retrouvons nulU" trace ailleurs.

La première Itîltie est supposée écrite par Anaximéne pour annoncer au SamiiMi la mort de Thaïes; la première réponse de Pjthagoie manque; mais, comme on le voit d'après la seconde lettre du Milésien, clhî devait annoncer le départ de Samos. Cependant cette second(^ h'ttre parle des enfants d'b^acès et non de Polyerate seul, comme opprimant la patrie dePjthagore; d'autre part, elle représente les Ioniens couime au début de leurs hostilités contre les l^erses et Anaximéne comme n'attendant que la ruine. r^a réponse de Pythagore ne donne aucune autre indication. En tout cas, la correspondance est su[)|)osée échangée tout entière à une époque assez voisine de la prise de Sardes.

(^ette hypothèse ne peut évidemment concorder qu'avec la chronologie de Sosicrate : ^)\i\ pour la prise de Sardes, 540 pour le départ de Pythagorc, tandis (ju'ApoUodore fixait respectivement ces deux événements en à.^cS et 532. Peu importe, à cet égard, que la tradition dont il s'agit ici n'ait aucune valeur liisto- !'ique, qu'elle soit notamment en contradiction avec le récit d'Hérodote, d'après lequel Milet traita sans délai avec les l^erses. (iCtte tradition suffît à nous confirmer dans l opinion que la mention de la prise de Sardes par Diogène Laërce à propos d'Anaximène se rapporte bien à ïacnié, mais qu'elle provient de Sosicrate.

Est-il admissible, maintenant, comme nous l'avons supposé plus

haut, qu'Apollodore eut déjà fixé Y acmé à la prise de Sardes, mais douze ans plus Vnl en fait? Il aurait alors supposé Anaximéne presque aussi ancien qu'Anaximandre et sensiblement plus vieux que Pythagore; conjecture bien invraisendjlable par elle-même, et rpii dérange tout ce que l'on sait de la tradition. La concordance apparence avec Suidas ne peut la sauver^ car, au sujet de ce Byzantin, l'assert ion de Diels est très plausible.

Alais si la date de la prise de Sardes d'aj)rès Apollodore ne peut intervenir dans la vie d'Anaximène pour ï acmé, elle ne le peut pas davantage ni pour la naissance ni pour la mort; ainsi la seconde partie delà donnée de Diogène Lac'rce n'est pas empruntée à Apollodore. En tout cas, d'après la correspondance apocryphe, d'après Ilippolyte et Suidas, elle se rapporte à V acmé; k source compilée venait sans doute de Sosicrate originairement, et il est probable qu'elle disait : Anaximéne Jlorissait lorsque Thaïes mourut, lors de la prise de Sardes. Suivant cette source donc, le <lernier Milésien aurait été longuement en rapport avec les deux premiers. Thaïes et Anaximandre; au contraire il n'aurait pu connaître Anaxagore.

Reste toujours maintenant la date 01. (i3 = r)2(S, provenant d'Aj)ollodore, et qui représente certainement une toute autre tradition. Nous avons déjà reconnu qu'elle ne peut s'appliquer à la mort; peut-elle correspondre à Y acmé par quelque corruj)tion analogue à celle qui entache la suite du texte de Diogène Laerce ? On ne voit |)as à quelle combinaison répondrait une pareille (léterminalion. Vu contraire, il en est une qui justifie suffisamment le texte, d'après lequel cette date 01. (io s'applique à la naissance.

Dans cette combinaison, Anaximéne est décidément séparé <l Anaximandre et rapproché d'Anaxagore à une distance égale à celle qui existe entre Thaïes et Anaximandre; Pythagore comble la lacune entre Anaximandre et Anaximéne, mais sans avoir de rapports personnels avec ce dernier, né seulement après le départ de Samos.

Je considère comuie très possible que c'ait été là, en réalité, la combinaison d'Vpollodore ; Sosicrate au contraire l'aura rejetée et en aura forgé une toute différente, peut-être d'après les lettres apocryphes qui, de son tem{)s, pou\ aient commencer à circuler.

TANNKKY

II

Mais la vérihihle conclusion, c'est que les anciens n'en savaient pas plus cpie nous sur l'époque de la \ie d'Anaximène; seulement, conlorniément à ridée d'une succession, i<lée engendrée par les usages des écoles postérieures, ne pouNant d'ailleurs établir une continuité conq)léte entre les Ioniens, Us auront \oulu rapprocher le dernier Milésien, soit de son maître, soit de son disciple prétendu. De là une di\ergence de près de soixante ans sur la date de la naissance d'Anaxiniène; la vérité est peut-être entre ou plutôt contre les deux o[)inions, car il est très possible qu'Anaximéne n'ait connu ni Ana\imandre ni Anaxagore. En tout cas, pour le faire échapper à la ruine de Milet par les Perses en 496, il faudrait le faire réfugier à Lacédémone, où Pline nous le montre installant un gnomon, ou plutôt à Lampsaque, colonie de Milet, où son nom a été continué glorieusement et où, plus tard, Anaxagore devait aller aussi chercher un asile.

Heraclite. Anaxagore.

L'rt^m^' d'Heraclite (iJiog. L., I\, 1) laisse place également à une incertitude assez grande; car la date 01. (i9 == 5o4 semble choisie arbitrairement vers le mdieu du règne de Darius, d'après la tradition assez mal assurée qui met l'Éphésien en correspondance avec le grand roi. Cette époque est probablement un peu trop reculée, si Tlb-rmodore, ami d'Heraclite, fut en réalité, comme le dit Strabon, consulté par les Romains pour la rédaction des Douze Tables.

Les dates pour Anaxagore, au contraire, rei)osent sur une combinaison un peu mieux assurée. Démocrite ( Diog. L., 1\, 41) s'était donné comme plus jeune qu'Anaxagore de 4o ans, et'avait daté son Petit Diacosmos de jSo ans après la prise de Troie. V[)ollodon^ a pris cette dernière date comme celle de V acmé de Démocrite, et la rai)portant à l'ère d'Éphore pour la prise de Troie (i i5o av. J.-C), il l'a fixée à Ol. 90, i ^ 420, d'où 01. 70, 1 = 5oo pour la naissance d'Anaxagore. Quant à la mort, il in(li(p,ait certainement (• . 01. 8S,, =42<S. Delà sont venues aussi les autres

(■) 01. 7S,i ,|it le texte de Diogône Lacrce (II, 7), mais 88. , dit Ilippoiylc (à la vente pour 1 acmé, ce qui est inadmissible).

données de Diogène Laërce, qu'Anaxagore vécut 72 ans et qu'il avait 20 ans lors de l'expédition de Xerxès (4^^)-

Quant au passage du même auteur qui suit la citation expresse d'Apollodore : « Il commença à philosopher à Athènes sous Galbas, à l'âge de 20 ans, comme le dit Démétrius de Phalère dans son Anagiaphé des archontes; on dit qu'il v vécut 3o ans », voici l'explication qui m'en semble la plus naturelle. Le document originaire devait dire qu'il commença à s'adonner à la science à l'âge de 20 ans (lorsque Xerxès passa en Grèce), Gallias (ou Calliadès) (* ) étant archonte d'Athènes; ajoutait-il qu'il vint dans cette ville sous l'archontat d'un autre Gallias, qui eut lieu en 456, et la confusion s'est-elle ainsi produite ? G'est encore assez probable, mais moins assuré. Dans ce cas, la durée du séjour de 3o ans serait donnée en nombre rond, mais trop forte; car la date de la mort semble avoir été connue d'une façon précise, grâce sans doute aux honneurs posthumes que la ville de Lampsaque rendit au philosophe'. Il s'ensuit que sur la date de son exil d'Athènes il j a toujours une incertitude plus ou moins grande (2).

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