‹ Pour l'histoire de la science hellène [microform]Chapitre 18 sur 90 · PI · texte numérisé non relu

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parmi les papyrus hiératiques décliidVés jusqu'à ce jour, il en est uu,Rliincldn British Muséum, publié, traduit et comiuentéen 187^ [)ar M. Eisenlolir, qui contient un Manuel cfe calculateur remontant probablement à 1800 ans avant notre ère.

(let ouvra<^e, qui paraît même copié sur un autre très sensiblement plus ancien, est spécialement consacré à des exercices relativement simples, et ne peut certainement pas représenter le niveau supérieur de Finstruction matbématiqut^ à 1 époqjic où il a été écrit. On doit y remarquer cependant d«'ux points importants transmis aux Grecs :

i'* L'usage de n'employer que des fractions ayant pour nuuiérateur l'unité, à l'exception de la fraction J. Mais au lieu de |, par exemple, on disait ^ \- Cet usaj;e s'est perpétué jusque chez les derniers Byzantins;

2" l^a solution des problèmes arithmèlicjues (bi j)remier degré à une inconnue. J^es problèmes traités sont tout à fait analogues à ceux que Platon (Lois^ ^^I? '^'9) *>ignale comme servant en Egypte à l'instruction des enfants, et dont on peut constater l'adoption ultérieure chez b's (irecs.

Un scliolie sur le Charmide de Platon, qui paraît provenir de Geminus, prouve enfin que bien longtemps on a enseigné cote à côte, pour la multiplication et la division, une méthode égyptienne et une métbod(î helléui([ue. Ce (ju'ètaient ces métliodes égyptiennes, nous le savons désormais par le travail de M. Eisenlohr ; elles correspondent à un niveau scientifique très inférieur; ainsi la multi[)lication est ramenée à la duplication et à l'addition; pour faire le produit d'un nombre par --, par exemple, on ajoute le nombre à son double et au double de ce dernier. Sous le nom de méthode helhhiique, nous ne pouvons comprendre au contraire (pi'une mèlhotle analogue à la nôtre, mais appliquée au système de numération alphabétitpie, et qu'on ne peut, dès lors, considérer comme constituée réellement avant ce systèuie.

En résumé, l'impression (pie laissent ces divers documents conduit à [)enser que, si Thaïes a introduit en Gièce certains procédés de calcul égy[)tiens, ces procédés étaient absolument élémentaires, quelques progrès qu'ils pussent constituer pour un peuple encore tout neuf en ces matières. Aucune recherche théo-

rique ne venait d'ailleurs s'ajouter à ces enseignements; la tradition n'en reconnaît point avec Pythagore, et, à cet égard, elle doit être tenue pour vraie.

5. Pour ce qui concerne la géométrie égyptienne, les renseifrnements qu'on peut tirer du papyrus de Rhind sont assez sommaires. On peut y noter une ébauche de l'application des proportions au calcul des corps solides, et aussi la racine (^) (pir-e-nuis) du mot pyramide; mais ce qui est le plus remarquable, c'est l'identité entre la forme de rédaction des problèmes et celle qui est suivie dans les ouvrages géodésiques de Héron, d'où elle a passé aux agrimenseurs romains. Toutefois, les procédés d'arpentage sont beaucoup moins perfectionnés que ceux des savants grecs, et ils reviennent parfois à des formules métriques passablement inexactes. Ainsi les Égyptiens mesuraient l'aire d'un quadrilatère en faisant le produit des demi-sommes des côtés opposés.

Cette formule et d'autres aussi fausses, transmises au moyen âge par les héritiers des agrimenseurs romains, se sont perpétuées en Europe, dans les traités élémentaires, jusqu'à l'époque de la Renaissance. Nous aurions donc tort, encore une fois, de les regarder comme acceptées par les véritables représentants du savoir égyptien. Mais on ne peut nier qu'elles soient loin de donner une haute idée des connaissances que possédait la moyenne des arpenteurs sur les rives du Nil; elles j)ermettent même d'affirmer que la géométrie ne s'y est guère élevée au-dessus des simples applications pratiques qui lui ont donné son nom.

Quand nous parlons de cette science, nous sommes habitués à la considérer comme un ensemble de théorèmes spéculatifs rigoureusement déduits d'un très petit nombre d'axiomes. Mais elle n'est devenue telle que peu à peu et sans doute iassez lentement. A cette époque, il n'y avait qu'un recueil de procédés mal liés entre eux, servant à la solution de problèmes de la vie usuelle et dont la démonstration, quand elle se faisait, prenait son appui sur des lemmes alors regardés comme évidents, mais rigoureusement prouvés bien plus tard, quand ils n'ont pas été éliminés comme entachés d'erreur.

(^) Le mot égyptien désigne, non pas lo solide, mais son arête.

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Qu'il y eût des urpenteurs en Grèce avant Thaïes, on ne peut guère en douter; les problèmes existaient, car la civilisation était suirisarninent développée; il fallait donc les résoudre, bien ou mal, comme, par exemple, le faisaient les Ktrustpies. Les traditions relatives aux travaux géométriipies du sage de Milet signilienl donc seulement (pTil perfectionna l'arpentage de son pays; il n'y im|)()rta pas plus d'Kgypte la géométrie que rarithméti([ue, car, en tant que sciences théoricpies, ni Tune ni l'autre n'existaient encore; en tant qu'arts ])ratiques, lune et l'autre existaient partout où lu j)ropriété particulière était constituée.

Mais, sauf en l^gyi)te, ces procédés techni(iues n'étaient sans doute l'objet d'aucune littérature, ils étaient assez simples pour se transmettre oralement. Thaïes en aurail-il, le premier, traité par écrit en Grèce, et serait-ce là son véritahle rôle ? Aucun indice ne peut nous le faire supposer (^j; en tout vas, ([uand plus tard Eudème écrivit ses Histoires iiconirtriffiies, il en fut réduit à conclure, d'une ou de deux solutions de ])roblèmes élémentaires auxquelles le nom de Thaïes était resté attaché, que celui-ci cofinaissait telle pr(q)osition ({ue sup])osent ces solutions, mais il ne put rien aflirmer sur la (piestion de savoir si ces propositions étaient démontrées ou non.

Si maintenant on prend à la lettre les témoignages d'Eudème. tels (jue les a conservés Proclus dans son Cotrimenialre sur le Lwre 1^^ (TEudide, si l'on accorde à Thaïes l'invention des propositions qui lui sont ainsi attribuées, il s'ensuivrait que, contrairement à ce que déclare l'historien lui-même, le sage de Milct n'aurait rien appris en Egypte. Xous voyons encore Eudème attribuer, par le même procédé, à Œnopide de Chios (plus d'un siècle après Thaïes) l'invention d'un théorème tout aussi élémentaire que ceux aux([uels nous venons de faire allusion, tandis qu» presque immédiatement après, Démocrite se vantera de ne le céder à aucun des géomètres de l'Kgypte C^), et que, dès la géné-

(*) Le plus ancien traité grec sur l'arpentage paraît avoir été écrit par Démocrite ; TCcpl Y=fopY/r,; f| yîfoacTp'.xov (Dioo. L., IX, /[8).

(*} « Pour la combinaison des lignes avec démonstration, personne ne m'a surpassé, pas même en Egypte ceux qu'on appelle Arpédonaptes (ceux qui attachent le cordeau). » (Clém. d'Alex., Strom., I.) Le terme technique esl d'origine grecque.

ration suivante, Platon refusera à tous les Barbares réj)ithète de j'Xo'ixdiXz ('), et ne leur accordera la supériorité qu'en astronomie, en tant (pie de longues observations leur ont assuré des cannaissaiices plus précises. Et de fait, vers la même époque, le vovage en Egypte d'Eudoxe de Cnide a pour résultat de combler les lacunes de la science hellène sous ce rapport, nullement de développer la géométrie, dont l'essor est désormais assuré, et pour laquelle les Barbares sont dépassés de beaucoup.

A ce compte, comme il faut reconnaître d'ailleurs l'incontesfable originalité des découvertes de Pythagore, il ne resterait rien, en l'ait, des enq)runts faits par la Grèce à l'h^gypte en ce qui concerne la géométrie. Une pareille conclusion serait certainement cxa^rérée; la vérité semble être que, si les Egyptiens n'ont jamais eu comme géométrie qu'un arl, dont les Grecs ont fait une science, ils connaissaient dès longtemps les théorèmes prétendument découverts par Thaïes ou Œ^nopide.

11 est évident (fu'lùidème était convenablement renseigné, par la tradition ])ythagorienne, sur les travaux de la grande école mathématicpie dont les géomètres de l'Académie recueillirent l'héritage; mais sur (Enopide, quoif[ue celui-ci eût, lui aussi, fondé à Chios une école plus obscure, mais qui ])ersista longtemps, sur Thaïes, dont les successeurs intellectuels ne cultivèrent ])as les mathématiques, l'historien n'avait que des données très vagues; en vain essaie-t-il de faire illusion, en tirant de ces données des conséquences précises, en restituant même les expressions archaïques, il n'aboutit qu'à retracer des origines de la science un tableau incohérent et partant inacceptable.

En somme, ce que savait Thaïes au juste comme mathématiques, nous l'ignorons; c'était probablement ])lus, sur certains points, qu'on ne devrait le conclure des témoignages d'Eudème; moins, sur d'autres, qu'on n'a, le plus souvent, cherché à le soutenir. Mais, en fait, rien n'indique qu'il ait dépassé les Égyptiens, n qu'il ait fait preuve d'un véritable génie d'invention. Vouloir qu'il y ait un théorème de Thaïes, comme il y a un théorème de Pythagore, ou, en général, attribuer aux anciens, fut-ce en mathématiques, '.< soit les principes de leurs conséquences, soit les consé-

(') République, IV, 436 a.

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quences de leurs principes », c'est déserter le terrain solide pour se lancer dans le domaine illimité des conjectures. On n'est déjà que trop souvent forcé de le l'aire, (piarid il s'aj^it soit de combler une lacune dans les renseit^nements hislori<pies, soit de les interpréter, lorsque le sens eu est amhion. Mais ici ce n'est pas le cas; il s'agit simplement de préciser le moment où s'est révélée l'originalité mathématifjne de la race hellène, après les emprunts ([u'elle a commencé par faire à rr'lgyj)te. Or les travaux attribués à Pythagore présentent un caractère nettement spéculatif et ils semblent dépasser du premier coup le ni\eau des connaissances égyptiennes; ])our Thaïes, rien de semblable; toutefois la distance n'est pas telle qu'il faille supposer un intermédiaire. La conclusion est fa<ile à tirer.

C). Sim[>lement disciple des Rgyptiens pour la géométrie, Thaïes les a-t-il dépassés en astronomie ?.

D'après un extrait (pie nous a conservé Théon de Smyrne {Astronom., p. 32:>.), Eudème attribuait au Milésien, outre la I)rédiction des éclipses de Soleil, la découverte de la non-uniformité de la circulation annuelle de cet astre. Je n'ai pas à revenir sur le premier point, que j'ai cherché de réduire à sa juste valeur^ mais qui est suffisamment établi par les témoignages historicjues; quand au second, il est probable qu'Eudème s'appuyait sur un ouvrage d'au plus 200 vers. Sur le solstice et Véquinoxe (Dioc, L., I, 2.3, cf. 34), plus ou moins sérieusement attribué à Thaïes, mais qu'on pouvait en tout cas considérer comme représentant sa doctrine.

La signilication exacte du texte qui nous occupe (tt// v.t-'x -7.2 zoor.xç -spioocv, (.)«; zja l7■^^ xi'. 7j;j.Çaîv£i) est ambiguë. Th.-H. Martin y voit l'opinion erronée que la durée de l'année tropicjue n'est pas constante, opinion où riiucrtitude des observations entraîna plus tard divers astronomes de l'antiquité. Mais il n'y a aucun autre indice que cette question ait été soulevée avant Eudème, et il serait bien singulier que ce dernier y eût vu une des découvertes essentielles de l'astronomie, il s'agit bien j)lutot de l'inégalité de durée entre les quatre saisons astronomiques, c'est-à-dire les quatre parties de Tannée tropi([ue divisée par les solstices et les équinoxes, fait capital, (pii démontre immédiatement l'anomalie du mouvement propre du Soleil.

Dans les Trai>aux et Jours, Hésiode décrit, pour le cours d'une année, l'ordre successif des levers et couchers apparents des principales constellations et, au milieu, intercale les solstices; c'était à ces phénomènes que les Grecs rapportaient les saisons qu'ils distinguaient, c'était sur eux qu'ils réglaient le changement de leurs occupations; l'année lunaire, d'ailleurs mal réglée, qu'ils employaient, ne j)ouvait en efTet convenir à cet usage. Hésiode donne d'ailleurs quelques intervalles; je pense que, dans son poème. Thaïes avait complété ces données tt qu'il avait d'ailleurs fixé de la même façon les équinoxes, dont Hésiode ne parle pas. L'inégale répartition des solstices et des équinoxes dans l'année ressortait dès lors, et Eudème pouvait dire également (Diog. L., I, 2.3) que Thaïes avait j)rédit les solstices. Enfin cette explication concorde avec la donnée de Pline (XVIII, 2:5), d'après laquelle le Milésien aurait fixé le lever du matin des Pléiades au 20® jour <ij)rès l'équinoxe du printemps.

Des travaux de ce genre, véritables almanachs au point de vue pratique, ont été bien longtemps une des principales préoccupations des astronomes grecs; chacun laissait son parapegme, comme on disait vers le v® siècle; il nous en est parvenu de nombreux débris, dont les plus complets figurent à la fin de V Introduction aux Phénomènes de Geminus. A tous ces parapegmes étaient attachées des prédictions météorologiques; les vents, les pluies, le tonnerre se trouvaient ainsi annoncées pour tel ou tel jour de l'année sidérale. Déjà la période régulièft"e des vents étésiens se trouve déterminée dans Hésiode ; on essayait de faire davantage.

Thaïes était-il entré dans cette voie ? Tout porte à le croire. Cela ressort en ])ropres termes de la jolie historiette d'Apulée (Florid., IV, 18) dont les détails sont précieux; en tout cas, l'antiquité ne s'est jamais représenté autrement un astronome. Le l>remier de tous en Grèce aurait-il fait exception ?

Les astrologues de la Ghaldée, on le sait, avaient déjà été bien plus loin; ce n'étaient pas seulement les variations atmosphériques, mais même les événements politiques qu'ils prétendaient faire dépendre des étoiles. Leurs erreurs, qui plus tard se sont mêlées à la science antique, furent inconnues des Grecs avant les conqiiêtes d'Alexandre; mais vouloir prédire le temps, ce n'en est

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yjas moins, en astronomie, le crrand desideratum de tout l'aide hellène. Xotre météorologie n'est pas encore aujourd'lmi tellement avancée qu'il faille blâmer ces tentatives intructueuses; nous avons f)lutôl à nous demander si l'idée en appartenait en proj)re aux Grecs.

7. Dans son Livre des Apparences des fixes, à coté de l)ien d'autres auteurs de parapaj/ncs qu il cite. Ptolémée ra])porte souvent des annonces de temps « selon les Éoyptiens ». Cela suffit pour nous rendre certains rpie Thaïes avait pu trouver sur les bords du Ail un modèle pour son ouvra<re, tel du moins ([ue nous avons été amenés à nous le rej»résenter.

L'immobilité de la science égyptienne, depuis une épo([ue bien antérieure, est sufTisamment constatée pour rju'aucun doute ne puisse s'élever ii cet égard.

Les Koypiicns étaient certainement capabl<'s de déterminer plus ou moins grossièrement les solstices et les équinoxes, et la différence entre la durée des saiso?is astronomiques est assez grande pour qu'ils l'aient facilement reconnue. Si Thaïes a rapporté de ses voyages qucicpie connaissance vraiment scientiOcfue, c'est évidemment celle-là. Je ne m'arrête pas à cette circonstance assez singulière, (pje la légende ne lui reconnjiît pas la connaissance des moyens praticjues irulispcnsables pour faire la déccmverte. Le gnomon a certainement été c<mmi en Grèce avant Anaximandre, et je ne metî< pas en doute que Thaïes n'en ait su l'usage, comme aussi cehii de la clepsydre. Mais cet usage, c'est précisément la détermination des solstices et des c([uinoxes, et il ne l'a pas inventé, il l'a appris.

La donnée de Pline est même un indice qui ferait sujjposer que Thaïes avait trop fidèlement copié s(Ui modèle. Les dates des levers et comhers des étoiles diilerent en Rgypte et en Grèce. Or, l'intervalle de o5 jours entre l'étpiinoxe du printenqis et le lever du matm des Pléiades se rapporte à un chmat beaucoup plus méridional que Milet. Cet intervalle, qu'Anaxini; ndre portait déjà à 29 jours, Euctémon. contemporain de Afétcn. devait l'évaluer pour Athènes à f^, et Eudoxe à 48.

Quant à la durée totale de lannée, en adoptant :]65 jours (DioG. L.. L 27), Thaïes ne faisait encore qu'emprunter aux

Egyptiens leur année solaire vague. Il semble même avoir également suivi leurs mois de 3o jours (ï, 24)? contrairement à l'usage des mois lunaires que les Grecs ol^servaient déjà et qu'ils conservèrent religieusement.

Si enfin (Diog. L., I, 24 ; cf. Atulfe, loc. cit.) le sage de Milet indiqua le diamètre du Soleil comme étant la 720® partie du cercle qu'il parcourt (remarque qui trouvait naturellement sa place dans le même Traité), Cléomède nous a conservé le procédé élémentaire dont se servaient les Egyptiens pour trouver cette mesure.

Ojmme autres renseignements précis sur les connaissances astronomiques de Thaïes, nous trouvons encore mentionné dans les scholies sur Aratus, qu'il n'admettait que deux Hyades, tandis qu'après lui on en énuméra jusqu'à sept; d'autre part, il aurait marqué la Petite Ourse comme désignant le pôle plus exactement f{ue la Grande. Callimaque (Diog. L., I, 23) voyait là un enseignement emprunté aux na\ igateurs phéniciens; en tout cas, il l'avait trouvé sans doute consioné dans le poème de VAstro'osie Nautique, attribué par les uns à Thaïes, par les autres à un certain Phocus de Samos.

Si ce poème a réellement dilféré du premier dont nous avons essayé d'indiquer le contenu, il ne devait guère renfermer davantage que quelques remarques sur les constellations et quelques pronostics météorologiques, analogues à ceux que l'on trouve à la fin des Phénomènes d'Aratus. Mais alors, quel qu'en ait été l'auteur, la jiauvreté des indications qui s'y rapportent permettrait de croire qu'il s'est perdu de bonne heure et n'a jamais été entre les mains d'aucun des anciens qui nous en parlent.

8. En résumé, pour l'astronomie, l'ensemble des documents auxquels on peut ajouter foi nous montre Thaïes possédant déjà des connaissances un peu |)lus relevées qu'en arithmétique ou en géométrie; la détermination des saisons astronomiques et la mesure du diamètre du Soleil nécessitent en effet des observations d'un caractère vraiment scientifique; mais, malgré la légende de Vastrologue et du puit^. ([ui nous représente Thaïes observant lui-même (sans aucun matériel d'ailleurs), il ne paraît guère qu'il ait fait progresser l'astronomie de cette façon; il semble avoir surtout vulgarisé en Grèce par ses vers les connaissances qu'il avait

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— 7-2 — recueillies dans ses voyages et dont le caractère pratique est eu général nettement accusé. Enfin, tandis (,,ie pour les mathématiques abstraites, il avait assez apporté, si peu que ce fût, pour que les Grecs n'eussent plus, après lui, sérieusement besoin de recourir à rKgy])te, en astronomie il était probablement assez loin d'avoir épuisé le trésor amassé par de longues observations. A la vérité, il est difïlcile de préciser ce qu'il connaissait: il l'est peut-être moins de marrpier ce qu'il ignorait.

A en croire les doxographes grecs de l'ère gréco-romaine, Thaïes et son école auraient possédé toutes les notions devenues courantes au ive siècle avant notre ère; il aurait, pour toutes les découvertes importantes, devancé tout le monde; bref, rien ne serait resté à f<nre ai)rès lui. De telles assertions sont al)solument erronées; si d'ailleurs, sur certains points, elles n'ont pas une gravité exceptionnelle, sur d'autres, il convient de les relever.

Ainsi, par exemple, il peut n'être })as absurde de dire (12) (i) que Thaïes avait une noti(u. plus ou moins nette des cercles astronomup.es : le méridien, le zodiaque, Técpiateur, les tropiques le cercle arctique C^); mais il faut bien remarquer qu'Kudème attribue expressément à (Jùiopide, postérieur d'un siècle au moins, la première description précise du zodiaque et qu'au temps de Thaïes, les constellations sont à peine nommées. D'un autre côté, la distinction des zones célestes et la conception effective des cercles astronomiques ai)partient sans contredit à l'écidc de Pythagore et ne semble même pas avoir été vulgarisée avant le poème de Parménide; notamment la considération du cercle antarctique suppose la notion de la sphéricité de la Terre qui, quoi cpi'en disent les doxographes (13), est toujours restée étrangère à l'école ionienne. Thaïes ne devait se représenter la Terre que comme un disque plat, suivant la doctrine constante de ses successeurs, Anaxagore compris.

D'après Aristofe et Throphraste (2), (ô), ce dis-ine plal flottait

(•) Ces chidics .nln. pairnl Lèses n.nvoier.t ai.x n«n,l,res corres|>on<lants -le la doxographio qui suit ce Chapitre.

(») Les anciens appelaient ainsi, non pas le même eercle que nous, mais le cerele eeleste, variable suivant la lalitu.le, qui limite les étoiles toujours visible, de celles qu. se lèvent ou se couchent; le eercle antarctique était l'opposé, Hmi.e des étoiles toujours invisibles.

sur l'eau primordiale; Thaïes ne pensait donc pas cp,c les astres .ont.nuassent leur route circulaire au-dessous de l'horizon Ils devaient, pour lui, contourner latéralement le plateau terrestre selon «ne opinion à laquelle Aristote fait une allusion très nette' et que Mimnerme, entre autres, avait déjà exposée dans ses vers On ne peut donc dire que, j.our Thaïes, la Terre fût au centre du ■aonde (13); comn.e le dit Eudème, ce fut Anaximandrc qui, le premier, l'isola et la suspendit à ce centre.

Considérant la Terre comme cylindrique. Thaïes ne devait pas regarder le Soleil et la Lune comme des globes sphériques, mais s'il les croyait de nature terreuse (12), il y voyait des disques (opinion d'Anaximène), ou bien des bassins circulaires (croyance d'Mérachte), pouvant se retourner de façon à montrer un côté obscur.

II ne devait donc pas posséder une autre explication des éclipses ou des phases de la Lune; je n'ai plus à revenir sur son ignorance de la véritable théorie de ces phénomènes.

Si Anaximandre a le premier spéculé sur les distances relatives des astres (i). Thaïes devait tous les considérer comme également éloignés; dès lors le Soleil était pour lui aux limites du monde doctrine persistante chez les Ioniens et qu'Archimède déclare être encore de son temps la plus généralement adoptée par les astronomes.

Enfin Thaïes ne s'occuj)ait pas encore des planètes, car l'iden- Uté de l'étoile du soir et de l'étoile du matin n'a pas été enseignée avant Pythagore, que ce soit d'ailleurs Ibycus ou Parménide qui ait le premier publié cette découverte.

a Pour restituer au moyen de ces données, tant positives que négatives, l'idée que Thaïes pouvait se faire de l'Univers, il suffit d'y ajouter un trait, son opinion connue que l'eau est le principe^ des choses, tout en remarquant que, pour les Ioniens, le principe nest pas seulement l'élément primordial, mais celui qui remplit 1 espace par delà les bornes de notre monde, engendré dans son sein.

On arrive dès lors inévitablement à la conception suivante :

^^^^)^SiMPLicius, De cœh, fol. 212 a, d'aprè. Eudème [p. 471, éd. Hciberg,

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rUnivers est une masse liquida (pii renferme une «frosse huile d'air héniis[>héricfue; la surface concave de cette bulle est notre ciel; sur la surface plane, en has, notre terre flotte comme un Louchon de liège; les dieux célestes nagent dans les barques circulaires lumineuses, tantôt sur la voûte (la concavité des disques est alors tournée vers nousj, tantôt aiitonr du disque terrestre (alors ils sont invisibles à nos veux).

Je ne prétends millement (jne ce soit là précisément la conception que Thaïes ait adoptée; car il ne send>le pas en avoir exposé une bien précise (Aristote ne parlait déjà de ses (q>inions cpie <l'après la tradition) et peut-être ses idées n'ont-ellcs jamais pris une forme bien arrêtée. Mais la représentation que j'ai indiquée «st déduite de la combinaison rigoureuse des opinions qu'on lui connaît comme pr(q)res et de celles <(iii forment le fond commun de la ])hysi(pje ionienne; on peut duiu- dire (pi'ellc a au moins dû flotter devant ses yeux et (prdlc («urcspond, en fait, à ce qu'il a apporté en Grèce.

Or, elle est absolument identicpu' avec celle que l'on retrouve dans les plus anciens ])apyrus d'h^gvpte. "^

« Au commencement était le \ou, masse liquide primordiale dans les profondeurs inlinies de la(pielle flottaient confondus les germes des choses. Lorsque le Soleil commença à briller, la Terie fut aplanie et les eaux séj)arées en deux masses distinctes. L'une donna naissance aux fleuves et à l'Océan: l'autre, suspendue dans les airs, forma la voûte du ciel, les cculv iTcn haut, sur lescpielles les astres et les dieux, entraînés par un courant éternel, se mirent à flotter. Debout dans la cabine de sa barcfue sacrée, la bonne barque des nu'llions d'années, le Soleil glisse lentement, guidé et SUIVI par une armée de dieux secondaires, les Akhiriiou-Ordou (planètes) et les Akhimou-Sekou (fixes) (*). »

Cette conception cosmologique est, à divers points de vue, tout à fait grossière, et il est assez pn.bjjble ([u'à l'époque de Thaïes les prêtres de l'Egypte l'avaient déjà abandonnée pour se rapprocher des doctrines chaldéennes, de même qu'après la conquête d'Alexandre ils s'assimilèrent celles des Grecs. Mais quelles

(^) Maspéro, Histoire ancienne des peuples de VOrient. p. 0.7 à 3o.

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