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gable tourbillon, tandis que les feux célestes brillent nu delà de l'air que nous respirons. D'autre part, la chaleur est liée au mouvennent, le froid à l'immobilité, ce qui établit une nouvelle con-* cordance si l'on vent voir dans le mouvement diurne la raison première de la distribution <{ui existe dans l'Univers. Voilà les données empiriques sur lesquelles Anaximandre va construire son système.
Le mouvement ciii iilaire est éternel, pins ancien que l'eau ((!♦' Thaïes) (1); c'est lui qui en<j[endre et détruit toutes choses (5).
Source du <hand et du froid (3), (10), il a d'ailleurs commencé à rejeter à son centre et laissé dès lors échapper à sa loi la masse qui a formé notre Terre, puis l'atmosphère (hjnt elle est enveloppée; il s'est concentré tout autour dans une sphère creuse qui s'est enflammée. Cette sphère s'est ff>rmée comme l'écorce autour d'un arbre; mais la contimiité (bi mouvement et de l'eiïet centrifuge l'a brisée en couches successives et celles-ci, enveloppées j)ar l'air entraîné dans l'exjdosion, se sont réduites à des anneaux {^) concentriques (3).
Dans ces anneaux, ainsi constitués en somme par les parties de l'air les plus ^lilatées et les jilus ténues, leur séparation des parties moins mobiles et leur réiinion en masse suffisent pour accélérer le mouvement j)ar rapport à la couche j)lus épaissie et comme feutrée (10) qui, les entourant, forme une sorte de tube enroulé en cerceau et doué d'une certaine consistance; il en résulte ainsi dans ces tubes circulaires un mouvement rapide, un vent, car c'est de cette façon qu'Anaxiniandre se représente également la production des vents dans notre atmosi)hère (2). Ce courant tend à s'échapper au dehors, et si ce feutrage d'air présente une ouverture dirigée du côté de la Terre, il s'y précipite avec violence et jaillit hors du canal sous forme de flammes (pii nous api)araissent comme un astre.
Lorsque l'air, enfermé (hms un nuage, parvient à le déchirer et à s'échapper brusquement, nous voyons un éclair (13). Un astre est donc « comme un éclair (pii tbirerait toujours », sauf quand
(^) Si Tlialès n'a pas écrit sur la nature, il est possible que ce soit par la contradiction d'Anaximandre que ses opinions aient été connues.
(^) Dans riiypothèse de Laplace, la production des anneaux de Saturne s'explique d'une manière tout à fait comparable
l'ouverture se ferme, ce qui produit les phases de la Lune et les éclipses (2), (12). Le renouvellement de la matière du courant doit donc se faire constamment au moyen de l'air environnant l'anneau et par l'intermédiaire de l'enveloppe de ce dernier.
Dans la suite des temps, l'action des feux célestes a vaporisé la plus grande partie de la masse humide rejetée au centre du tourbillon; notre Terre s'est formée comme un dépôt à la suite de cette évapora tion, tandis que les eaux de la mer arrivaient à leur
nature actuelle (14).
Les premiers animaux se sont produits dans le sein des eaux, enveloppés d'une écorce épineuse; avec le temps, ils ont trouvé une nouvelle demeure sur la Terre, et dépouillés de leur écorce desséchée et fendue (i), ils se sont bientôt adaptés à de nouvefles conditions de vie. Il est notamment clair que l'homme dérive d'animaux différant de lui, car, avec les difficultés de son éducation, il n'aurait pu subsister à l'origine (3), (17), (18).
C'est ainsi que l'univers est parvenu à l'état sous lequel il s'offre à nos yeux, mais cet état n'a rien de stable; car tout ce qui est né doit périr et la chaleur céleste, due au mouvement, continue, comme elle a commencé, à dévorer et à dissiper le noyau central constitué par ce môme mouvement. Ainsi, dans la suite des temps, les choses porteront justement la peine de leur isolement, le châtiment de leur iniquité (1) et reviendront à l'état de confusion originaire. Mais il y a aussi fin à toute destruction, et la même raison qui a produit le Ciel et le monde actuel en produira d'autres destinés à périr de même. Cette succession périodique des mondes n'a pas commencé et ne finira pas; tout est soumis, comme eux, à paraître et disparaître alternativement et sans cesse, tout, sauf le mouvement de révolution de l'ensemble qui gouverne et embrasse les choses, immortel et impérissable, éternel et toujours
jeune (2) fr. (1).
Comme il était inévitable dans le premier essor de la spéculation, le système grandiose d' Anaximandre faisait sa place à la théologie populaire. Les ciels périssables, nés du divin Infim et de l'incessante Révolution, sont dieux (9) tout comme VOuranos
(1) Cette métamorphose paraît suggérée par celle de certains insectes à larves aquatirpies, les cousins, pjir exemple.
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d'Hésiode; dieux aussi probablement ces anneaux célestes qui nous apparaissent comme astres, qui participent au plus haut degré à ce mouvement ([ui est la vie du monde.
Si le Milésien, ce que nous ignorons, parlait des autres divinités, il j)ouvait tout au plus leur refuser l'iminortalité, liérési(; facilement conciliable avec les ciovances vuliraires.
i). Tel est le système dans ses grandes lignes; si, au pcu'nt de vue j)ositif, il n'en subsiste guère aujounriuii que deux p(^stulats de la science : -- lien ne se lait dr rien: — la durée du jouisidéral est invariable ('), — on ne peut nier ni la hardiesse des coiueptions, ni l'accord avec l'ensemble des connaissances expéinentales de l'époque. Mais si n<Mis chen bons ;i compléter quelques détails, nous allons \<ur la fantaisie s'y doiiiu'r une litue carrière.
La Terre est un dis(pie plat (2) sur un <les cotés du((ucl noiis nous trouvons (^j; c'est la conception traditionnelle: mais Anaximandre ose évaluer l'éjiaisseur et la fixe au tiers du diainètre horizontal (3).
Ce disque, immobile au centre du mon<le, est entouré de trois anneaux circulaires. (]elui ([ui icidcrme la j)lus grande masse de feu, l'anneau solaire, doit être le plus éloigné (10). Son diamètre est extérieurement 9.8 fois {i\\ intérieurement 07 fois (12) celui de la Terre. La double épaisseur du ceneau est ainsi é'mle au diamètre de la Terie. (^uaut à sa hauteur, nous n'avons pas d'indication et nous discuterons plus loin les conjectures que l'on peut faire.
En se rappi'ochant de la rené, on trouve la masse secondaire de feu concentrée dans l'anneau lunaire. Son diamètre extérieur est 19 (12) et pr«d)ab[ement par suite l'intérieur iS fois celui île
(') Que ce soit là un postulaliiiu, ocrlaincmciil d'accord avec lobservatioii, mais dont l'absolue vérité ne peut être rigoureusement démontrée, c'est ce qui résulte du fait que cette vérité a été contestée par les astronomes. Cette contestation ne peut établir qu'une cliose, c'est qu'il faut en tout cas un postulatuni pour établir la mesure du temps.
(^) Je ne crois plus, avec Teicliniidler, (|u'il faille nujdifier des textes passablement concordants, parce que la Terre est entourée d'eau et qu'une arête vive étant inadmissible pour un liquide, la forme cylindrique ri<^oureuse est impossible. Si la Terre que nous habitons est entourée par le fleuve Océan, l'au-delà en est inconnu, et la tranche du disque a dû être desséchée avant les deux plats, puisqu'elle est davantage exposée à la chaleur solaire.
h Terre. Différence avec les diamètres correspondants de l'anneau solaire ; 9 fois le diamètre de la Terre.
En suivant la même f)rogression décroissante, nous devons nécessairement trouver, au plus près de la Terre (2) et compris entre neuf et dix fois le diamètre de celle-ci, un anneau stellaire, eorrespondatit à la Voie Lactée, dont le spectacle a du, avant toutes ilioses, suggérer au Milésien l'idée de ces immenses cerceaux. Cet anneau stellaire devait sans doute, dans sa pensée, se relier à deux v<nUes amincies et peut-être aplaties, résidu de l'antique écorce sphérique, et sur lesquelles étaient répartis les trous lumineux (pu* nous voyons comme étoiles.
Pour conq)léter la restitution de ces détails, resterait à élucider deux points obscurs : Quelle était la hauteur des anneaux sur laquelle le hardi spéculateur avait du s'expliquer aussi bien que sur les autres dimensions ? Quel était le degré de transparence (le l'enveloppe feutrée qui les constituait et dont nous devons assimiler la consistance à celle des images ?
7. Teichmûller a bien voulu, sur ma prière, me préciser, dans une lettre particulière, ses idées sur ces points. La hauteur des cerceaux serait relativement peu considérable, ce qui concorde avec leur assimilation à la roue d'un char; ils seraient disposés obli(pieinent (12), l'anneau solaire suivant l'écliptique, l'anneau lunaire suivant l'orbite de notre satellite, l'anneau lacté comme
nous le vovons.
Chacune des trois enveloppes feutrées serait assez épaisse pour mascpier, en dehors de ses ouvertures, le feu qui circule à son intérieur, mais assez transparente pour laisser voir les flammes plus l<untaines et plus puissantes dont l'éclat fait pâlir et efface les inférieures; ainsi la sî)hère étoilée. où le feu est le moins vif et le moins pur, ne crée aucun (d)stacle pour la vision des disques de la Lune et du Soleil; l'anneau de la Lune, d'ailleurs placé obhcpiement jiar rapport à celui du Soleil, ne doit pas échpser non plus l'astre du jour.
A côté de cette opinion, d(»nt la haute valeur est indiscutable, il me sera sans doute permis de présenter une autre hypothèse, dans laquelle les eitveloppes feutrées pourraient être toutes également transparentes.
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-oeil siiilit d'admettre, comme je l'ai fait au reste tacitement dans l'exfjosé de l'explication de la lumière des astres d'après le Milesien, que le courant subtil à l'intérieur des cerceaux, quoique désigné sous le nom de feu (7:0^), ne devient lumineux, ne s'enflamme (9X6;) qu'à la sortie, en jaillissant par l'étroite ouvertuncomparée h la tuyère d'un soufllet de forge (11).
Or, cette opinion s'accorde sullisamment avec l'emploi j)ostérieur du mot Tijp dans le langage scicnlifKfue des anciens. Il serair surabondant d'accumuler des preuves pour établir que ce terme désigne, en général, une matière subtile non ])as incandescente, mais susceptible de le devenir très l'acilcJïient. A la vérité, il n'v a pas de preuves complètes (jue ce sens remonte jusqu'à Anaximandre; mais il semble qu'il se prête au mieux à son explication de l'éclair (2), (13), d'après laquelle la lumière serait due à la brus(pie expansion de la matière ignée, reifet étant d'ailleurs renforcé j)ar le contraste de l'obscurité environnante. Dès lors, dans les canaux des anneaux célestes où tourbillonne cette matière avant de s'écbapper de sa prison, elle devrait encore rester invisible.
Quoi qu'il en soit, nous ne sommes, «'U aucun cas, limités ])ar aucune raison relative à la transjmrence |H)ur la hauteur à donner aux trois anneaux célestes.
Comme limite inférieure, nous ])ossédons, pour la Lune et le Soleil, la dimension de Touverture, d'après le diamètre apparent des disques, déjà connu de Thaïes, et les distances supposées par Anaximandre. De faciles constructions géométriques déterminent ces dimensions au huitième environ du di:i mètre de la Terre pour le Soleil, à ])rès des trois quarts ])our la Lune. Quant à l'anneau de la Voie lactée, d'affres les apparences, il aurait dû dépasser quelque peu comme hauteur le diamètre de la Terre.
Si l'on rapproche de ces propositions la donnée ambiguë (12) que le Soleil est égal à la Terre, on peut être porté à admettre qu'Anaximandre avait ])récisément pris le diamètre de la Terre comme hauteur de ses trois anneaux.
Une dernière remjjrque à ce sujet : Anaximandre connaissait évidemment, comme Thaïes, l'obliquité de l'écliptique et de l'orbite lunaire, et il avait pu dès lors être amené à donner à ses anneaux une position oblique sur l'équateur. Mais pour expliquer,
— i)7 — Jans son système, la révolution annuelle du Soleil, la révolution luensuelle de la Lune, il était obligé de supposer ou bien que les ;,nneaux possédaient un mouvement distinct de la révolution Jiurne, ou bien que les ouvertures se déplaçaient continuellement a la surface de ces anneaux.
Dans cette seconde hypothèse, plus simple, et d'accord avec M\li[m admettait la possibilité du changement de forme ou même ,1,. la fermeture des bouches d'évent, il n'y a plus aucun motif logique pour disposer obli(piement les trois anneaux; il est plus rationnel d'augmenter considérablement leur hauteur, jusqu'à j'ouze fois environ le diamètre de la Terre, et de les placer tous trois parallèlement à l'équateur, leur faisant occuper tout l'espace angulaire comi)ris pour le Soleil entre les tropiques, pour la Lune ( nt^re ses points de déclinaison maxima, pour les étoiles, entre les plus l,oréales et les plus australes de la Voie lactée. Les textes ne sont pas favorables à cette représentation du système d'Anaxiuiandre; mais ainsi corrigé, il conduit immédiatement au système ,le Parménide, repris par Platon dans le mythe d'Er du Livre X de la Rcfmhlique. Ce ra])prochemeiit sufiit à montrer que la concepli(Ui de l'Ionien a joué un rôle historique plus considérable qu'on ue serait porté à le croire à première vue; ajoutons qu'il s'en retrouve des échos jusque dans les vers de Lucrèce (comme flamluantia tnœnia mundi, etc.).