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IV. - Les Doctrines sur l'origine du monde

10. Si l'histoire de la science a quehpie utilité, c'est qu'elle nous permet d'a])précier à leur juste valeur les vérités conquises et aussi les opinions courantes. S'il s'agit de connaissances positives, les premiers systèmes des anciens physiciens sont, certes, de nature à nous inspirer une juste confiance dans la |,uissance de l'esprit moderne, en nous faisant mieux juger du chemin parcouru, en nous faisant mieux sentir l'importance des obstacles surmontés, choses que })eut déguiser en partie le mode d'enseignement actuellement suivi. Mais pour les questions qui sont à la lïmite de 1 inconnaissable et dont la science revendique seulement la discus-

sien sans être assurée de pouvoir la clore un jour, l'impression produite peut être toute différente; nous pouvons reconnaître parfois que tous les progrès réalisés jusqu'à nos jours, toutes les connaissances accumulées depuis vingt-cinq siècles ont pu alimenter la discussion sans faire avancer d'un pas vers la solution. Plus la lumière grandit, mieux nous pouvons même mesurer la distance qui nous sépare toujours du but.

Nous nous sommes arrêtés à montrer comment l'œuvre d' Anaximandre relevait de la philosophie par l'emploi de certains termes destinés à y jouer i)lus tard un grand rôle, mais qui, à ce stade de la pensée Tiumaine, sont luen loin de désigner les concepts des âges postérieurs. Il est un point de sa doctrine — la succession indéfinie des mondes — qui présente un tout autre caractère. Il y a là un de ces problèmes, d'ordre à la fois philosophique et scientifi([ue, auxquels s'appliquent les réflexions que je viens d'émettre. Ce problème reçoit du premier coup une réponse comi)lète, précise et que les siècles suivants ne mûriront pas davantage. D'autres solutions seront mises en avant et attireront à elles les croyances de l'humanité; la question n'en semble pas moins destinée à rester éternellement ouverte. Essayons d'en retracer à grands traits l'origine et l'histoire; nous pourrons ainsi mieux apprécier la haute portée du do'gme qui su Ait à assurer à Anaximandre une gloire inimortelle et un des premiers rangs j)armi les penseurs de tous les Ages.

Chez les peui)lades qui ont atteint un degré suffisant de civilisation, la question de l'origine du monde se pose naturellement sous une forme théologique. Partout les mythes sont d'accord sur un pcunt; on y suppose un certain état initial, différent de l'actuel, et au delà duquel on ne remonte pas; à partir de cet état, le monde s'organise ou est organisé par des puissances nées elles-mêmes ou préexistantes. Il est inutile de nous arrêter à ces distinctions.

On ne peut nier que cette question de l'origine du monde n'ofîre qu'un intérêt purement spéculatif; l'important pour nous serait bien plutôt de savoir si le monde finira. Mais, pratiquement, l'humanité s'est toujours comportée comme si elle était assurée de l'éternité, et c'est vers le passé, non vers l'avenir, que la formation des mythes religieux a déterminé l'essor de la spéculation primitive.

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