‹ Pour l'histoire de la science hellène [microform]Chapitre 25 sur 90 · KM · texte numérisé non relu

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Cependant la question d'une lin possible a pu se poser pour •quelques penseurs, et la réponse naïve, dictée aussitôt par la conception anthropomorphique des dieiix, a été que tout ce qui avait •commencé devait finir. L'exemple des Scandinaves semble prouver que, pour admettre un pareil doonie, une religion n'a pas besoin d'une longue évolution. Mais la mcnie nécessité subjective entraînait à conclure ensuite à un nouveau commencement, puis à una nouvelle fin, et à multi[)lier dans les deux sens, avant et après, les mondes successifs. Les Hindous poussèrent au plus loin cette doctrine; toutefois, la date des dernières conséquences n'est pas plus assurée ^ua celle de la croyance des rabbins, que ce monde où nous sommes a été jirécédé d'un autre (M.

La religion grec([ue, au contraire, ne connaissait que la rfuestion d'origine et si, cbez (juelques peu]>les voisins (les Etrusques, par, exemple), la doctrine de la fin du monde était professée, celle de la succession indéfinie, dans les deux sens, de périodes d'organisation et de destruction, ne nous ap{)araît j)as moins chez Anaximandre, au moment où la pensée hellène se dégage de la forme mythique, non pas comme un emprunt fait à des croyances rchgieuses indigènes ou étrangères, mais bien comme une conclusion logique d'un raisoimement du au Milésicu.

Ce raisonnement, toujours valable, est le suivant : la genèse, après un état indéfiniment stable, est concevable, de même que le maintien d'un état inch'^rmiment stable après la destruction; donc il faut répéter périodi([uement et sans lin genèse et destruction.

La négation de cette thèse se produisit presque immédiatement par la bouche de Xénophane; il n'y a ni genèse ni destruction, les changements apparents sont négligeables, le monde est éternel.

L'adhésion de Platon et d'Aristote entraîna finalement, dans l'hellénisme, la prédominance de cette seconde solution, quoique, à la suite d'Heraclite, les stoïciens eussent soutenu la première. Mais dans un cercle étranger, que l'éducation grecque ne parvint pas à absorber, une nouvelle conception religieuse introduisit la supposition d'une création er ni/iilo.

(^) On sait que le début de la Genèse so traduit littéralonient : « Au commencement, Élohim sépara le Ciel et la Terre. » La doctrine de la création ^x nihilo est relativement récente chez les Hébreux.

Une pareille hypothèse n'était possible qu'après que les Grecs f'urent élaboré les concepts de l'être et du néant; d'ailleurs elle se f(»rmula, lorsque les ])enseurs hébreux, ne trouvant dans leurs, livres saints rien qui s'accommodât aux doctrines hellènes, furent obligés de constituer un système en harmonie suffisante avec le texte de ces livres.

Le succès de cette thèse de la création ^.r nihilo, avec destruction finale, accompagna le triomphe du christianisme, et il fut assez com])let j)our forcer les modernes à repasser lentement par les j)remières éta[)es de la pensée humaine. Cependant une réflexion tant soit peu attentive suffit pour montrer que cette thèse est tout à fait en dehors de la question scientifique.

D'uTU» ])art, en ce qui concerne l'avenir, la doctrine chrétienne, en conservant l'individualité immortelle des âmes créées, en maintenant même, pour l'éternité future, l'existence de la matière sortie du néant, abandonne la conséquence logique de la thèse qui devrait conclure ii l'anéantissement al>solu de tout le monde des ])hénomènes. La destruction que prédit cette doctrine n'est point une véritable destruction, c'est une transformation, un passage à un nouvel état, cette fois indéfiniment stable. Quelles que soient les difi'orences de cet état avec l'actuel, il n'y a pas moins, au fond et philosoidîi([uement parlant, retour, pour ce côté du temps, «à la thèse de Xénophane.

Quant au passé, pour juger du véritable caractère de la croyance à une création ex nihilo. il su (lit de rappeler l'argument de Chateaubriand : que les découvertes géologiques ne prouvent rien contre l'Écriture, car Dieu a pu et dû créer les couches stratifiées, avec les coquilles qu'elles contiennent, absolument comme si elles avaient été déposées par les mers. 11 n'y a aucune contradiction possible à opposer à cette hypothèse, précisément parce qu'elle est tout à fait en dehors de la question. Celle-ci ne consiste-t-elle pas à remonter l'histoire du monde, à la reconstituer comme elle s'est déroulée, sans s'inquiéter de savoir si ce fut dans une réalité tangible ou bien dans l'évolution de la pensée divine, si nous ne sommes en présence que d'une illusion subsistant seulement depuis qu'il plaît à un Créateur ?

L'affirmation ou la négation d'une création ex nihilo, à telle ou telle date à partir de maintenant, que ce soit il y a six mifie ans,

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que ce soit hier, ne peut nous toucher. A tel état cjue l'on sui)pose le monde au moment de cette créatli)n, correspondra nécessairement un ordre sériaire régressif de i)hénomènes antirieurs et, que ces phénomènes aient été perçus ou non, ils sont nécessairement pour nous comme s'ils s'étaient réellement ])roduits; nous devons donc, au sens scient ifi(iue, les alïirn.er, car nous n'avons point d'autre critérium pour la réalité du passé.

Ou sait de reste que l'arirument de Chateaubriand s'adressait aux premières attaques sérieuses éhraidanl al(»rs la (h)ctrine reçue et cela au nom de la science; c'était l'éi)oque où un des plus illustres représentants de celle-ci reconstr.iisait une genèse systématique de l'univers qui dépasse naturellement celle d'Anaximandre de toute la hauteur de l'édifice des connaissances modernes, mais cpii, comme détails, n'était pas destinée à vivre Leaucouj) j)lus longtenq)s que la tentative du précurseur hellène. Or, en même temps que I.aplace exposait l'ensemble de ses vues comme u»)e hypothèse rendant imi.lile celle de la création, i»ar une singularité lVaj>pante, il prétendait, comme corollaire de sa Mécanique céleste, démontrer la stabilité du monde et son inqiérissabilité. L'union de ces deux thèses — la genèse dans le passé, l'éternité dans l'avenir — n'a pas plus de valeur j.hiloso].hique que la cosmogonie d'Hésiode.

L'esprit humain semble ainsi lait ({u'il conçoit sans dilliculté — peut-être parce qu'il la désire — l'indéfinie prolongation de l'exislence du monde. Mais jM.ur le passé, il lui faut une origine et, au lieu de reconstituer paticFinnent les pages de l'histoire possible, il «'élance du premier couj» vers l'état (p.i lui apparaît comme le plus simple et qu'il lui send)le dès lors satisfaisant d'admettre comme primordial.

Cependant cette satisfaction est j)urement illusoire : la molécule matérielle la jilus simple à nos yeux, ce qu'on appelle en chimie l'atome d'hydrogène, par exemple, est peut-être un monde infiniment petit, mais conq)arable au notre comme complication ; il n'est ^•ertes pas jdus sinq)le d'admettre comme primordial l'existence de Tun que celle de l'autre. Quant à résoudre en leurs éléments ces microcosmes que nous qualifions d'atomes, c'est, jusqu'à présent du moins, un rêve et un vain mira^re.

L'hypothèse de Laplace, ou toute autre analogue, ne peut donc

avoir de valeur pro])re que comme retraçant une évolution possible depuis un certain état ([ui n'est i^as le commencement, jusqu'à l'état actuel. Quant à la thèse de la stabilité de l'univers, elle a été sérieusement battue en brèche à la suite de la constitution de la théorie mécanique de la chaleur.

D'a])rès une nouvelle doctrine, émise comme une conséquence j'igoureuse de cette théorie, l'univers tendrait vers un état limite caractérisé par la répartition uniforme ou aussi uniforme que possible des énergies mécaniques et caloriques; cette thèse, qui prédit en somme la mort de notre monde, suppose d'ailleurs qu'en remontant aussi loin que possible vers le passé, on trouvera comme limite un état initial absolument opposé.

Sous la forme mathématique dont elle a été revêtue, elle échappe à la critique que nous adressions tout à l'heure à l'hypothèse de Laplace, en ce sens que, si l'on voulait fixer la date du commencement ou de la fin, on trouverait des deux côtés un temps infini. A la vérité, cette théorie n'a guère été interprétée de cette façon ])ar la jdupart de ses adeptes et il semblerait parfois, à entendre certains d'entre eux, que nous touchions presque au terme fatal (pie Claushis a assigné à Ventropie de l'univers. Mais ramenée à sa forme authentique, elle semble mériter d'être, au point de vue ])hilosophique, l'objet d'un examen approfondi, si toutefois elle est fondée scientifiquement. A cet égard, il y a à formuler de très sérieuses réserves, ce que nous ferons plus loin.

On connaît enfin le système d'Herbert Spencer, la loi du rythme, de l'intégration et de la désintégration successives; l'évolution du monde, de sa naissance à sa mort, s'accomplit dans le cours d'une période après laquelle doit nécessairement recommencer une nouvelle évolution. Ce serait le retour pur et simple de la science moderne à l'hypothèse d'Anaximandre (i), si les conceptions du grand penseur anglais ne portaient pas sur un univers démesurément agrandi par rapport à celui des anciens, si, par suite, un stade de l'évolution ne pouvait s'accomplir pour notre monde, tandis que le stade inverse s'accomplit pour un autre système stellaire, en sorte que, pour l'ensemble total, les

(1) On a pu de môme reinar<iucr, dans les opinions du Milésicn, une ébauche de la doctrine de révolution des êtres vivants,

grossiçrç

évolutions partielles pourraient ne point aj)porter de «'haricrenient ap[)réciable.

11. Ainsi, sur cetU- grave question de Toricrine et des destinées du monde, la philosophie se trouve, depuis sa naissance, ballottée entre la thèse d'Anaxinmndre et l'antithèse de Xénophane; car la croyance à une création n'a d'importance qu'au point de vue religieux, et la récente doctrine de Ventropie n'est ]>as assise sur des fondements scienti(i([ues suiHsants.

Au reste, la thèse et l'antithèse sont d'accord pour reconnaître comme indéfinie dans le passé et dans l'avenir la succession des phénomènes, et la diveroence [)orte sur l'importance ph,s ou moins considérable des variations qui afîectent l'ordonnance générale de l'univers. Aujourdhui, la science paraît prêter surtout son ai»pui à l'opinion ([ui attribue à ces variations la plus grande étendue que l'on puisse concevoir; elle semble ainsi, ou bien con- (luire à substituer, à l'idée de l'éternité dans la stabilité, celle de l'éternité dans un changement s'accomplissant toujours dans le même sens, celui de Ventropie, on bien, plutôt, assurer la prédominance de l'opirii(.n d'Anaximandre, rajeunie sous l'épithète d'évolutionniste. Ce serait aujourd'hui un i)aradoxe que de soutenir l'éternité dy\ monde sous sa forme actuelle; mais les arguments qui se dresseraient contre ce dogme antique de Platon, ont été en réalité accumulés contre la croyance à une création et il n'y a point à se faire illusion sur la valeur des preuves ainsi apportées au système de l'évolution, surtout pour la partie qui concerne la matière inorganique; il ny a point à se figurer que le système contradictoire soit à jamais condamné, (juand, pour repaiciître, il n'attend })eut-ctre qu'une idée scientifique nouvelle, tournant les esprits vers une autre direction.

Sans discuter par le menu les preuves de l'évolution du monde, on peut néanmoins dire en thèse générale (fu'elles reposent sur uii échafauchige de suppositions aussi plausibles que l'on voudra, aussi concordantes entre elles qu'on ])uisse le désirer, mais qui n'en gardent pas moins leur caractère hypothéti(pie.

Si ce caractère est surtout frapi)ant en ce qui concerne la conception des nébuleuses non résolues en étoiles comme étant des mondes en voie ih' fnrniation, la discussion des faits géologiques,

qui constitue sans contredit, pour le moment, le plus solide appui

des théories en cours, ne permet même pas d'affirmer aujourd'hui

l'une façon positive qu'il \ a eu un moment où la vie a commencé

sur la Terre.

Il faut tout d'abord écarter la supposition de l'existence dans notre globe d'un noyau central fluide et à un degré de chaleur énorme, tant qu'il ne sera pas possible de démontrer ni que cette rhaleur centrale joue un rôle quelconque dans les phénomènes de surface, ni qu'une couche donnée de l'écorce solide provienne directement du refroidissement de la masse liquide.

A la vérité, en dehors de la chaleur solaire qui prédomine par SCS effets à la superficie de notre globe, il y a bien, dans les profondeurs du sol, d'autres sources de chaleur dont on constate les effets plus ou moins notables, en particulier les phénomènes voici, niques; mais il est constant que l'existence de ces sources de chaleur peut s'expliquer parles réactions chimiques qui s'exercent dans les couches solides de l'écorce, sous l'influence des eaux qui y circulent et des énormes pressions qui s'y développent.

D'autre part, on rencontre bien, comme base des terrains stratifiés déposés par les eaux, des roches d'origine ignée qui, comme les laves des volcans, ont été liquides et se sont solidifiées; mais, bien loin d'être antérieures aux terrains d'origine aqueuse, ces roches se sont formées après eux, comme le montrent les bouleversements qu'elles y ont apportés; elles se sont formées par des réactions chimi(iues analogues à celles qui se produisent encore aujourd'hui, et probablement aux dépens de terrains stratifiés qui ont disj)aru au-dessous de ceux que nous connaissons.

Naturellement, dans ces roches d'origine ignée, aucune trace de vie organique ne peut subsister; d'ailleurs l'action de leur substance en fusion sur les couches voisines a été d'ordinaire assez puissante pour les transformer, au point que l'on a pu douter si l'origine de ces dernières était aqueuse ou ignée. Au-dessus de ces terrains métamorphiciues, on rencontre immédiatement les vestiges de la vie organique, mais dans ces terrains eux-mêmes, nous iirnorons si ces vestiges ont toujours été absents ou s'ils ont été seulement détruits par des actions auxquelles ils ne pouvaient certainement pas résister.

Si donc la géologie nous offre, dans les couches successivement

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déposées par les eaux, les feuillets «lo riiistoire de notre globe les premiers de ces feuillets ont été entière.nent consumés et nous Ignorons absolument quel en était le nombre; quant aux suivants les plus anciens sont demeurés à j.eu j.rès illisibles. C'est là, en fait, la conclusion à tirer des beaux travaux de Lvell; on peut sans doute, se permettre des déductions plus aventureuses; mais on se place alors en dehors de tout contrôle scientili.pje.

Ainsi la i)aIéontologie a pu réunir un ensemble de faits suffisant pour donner une haute probabilité à une évoluti.m de la vie or^ran.que à la surface de la Terre; mais elle ne peul montrer le poini de départ de cette évolution et les limiles qui lui sont ri..„ureusement assignables, bien loin de s'élar<rir. semblent se re'streind.v de plus ,.„ plus devant les découvertes récentes. Ouant aux spécMlalioMs ,p,i étendent l'év.dution aux groupements de la matière .norjram.p.e, à la formation et à la destruction des astres et des systèmes sicllaires, si hardies et si séduisantes qu'elles soieni elles ne peuvent, à aucun degré, être .onsidérées comn.e démoi.stratives.

La question soulevée par Anaximandre reste ainsi pcMuIante en reahté, et eonni.e elle oflVe ce caractère sinjrulicr de former un de ces problèmes où les linutes de l'inconnaissable et du connaissable ne peuvent être rigoureusement tracées, elle demeure et demeurera bien longtemps encore, sinon toujours, l'objet des préoccupations de la science et de la philoso])hic.

12. Il me reste à présenter, pour la ihéorie de Ventrofue, la critup.e spéciale (pie j'ai annoncée plus haut. Mais, comme en général, cette théorie est loin d'être exactement connue, je suis oblige, toul d'abord, d'en rappeler sommairement les principes On sait que la transf(,rmation de la chaleur en travail mécanique^ et récqm.quement celle du travail en chaleur ont été démontrées s'accomplir sous une équivalence fixe, sous un rapport déterminé entre l'unité servant à mesurer la clialcur et celle employée pour évaluer le travail. La chaleur peut, par suite, être considérée comme un mouvement; il n'en est pas moins clair que ce mouvement réside dans les éléments les plus intimes des corps et doit être absolument distingué de celui que nous pouvons percevoir comme api)artenant aux molécules visibles.

Si, dans cet ordre d'idées, on appelle énergie moléculaire d'un corps le travail que représente la constitution de ce corps, y compris les mouvements généraux et particuliers de transfert des molécules, mais abstraction faite de la chaleur qu'il possède, si d'autre part on désigne sous le nom d'énergie calorique le travail équivalent à cette chaleur de ce corps, la loi de la conservation des forces vives, dans les Hmites où elle est applicable à un système de corps non soumis à des actions extérieures au système, peut s'énoncer en disant que la somme de l'énergie moléculaire et de l'énergie calorique est constante.

Aucune de ces deux énergies ne peut tomber au dessous de zéro; mais on peut supposer deux états extrêmes : l'un dans lequel l'énergie calori([ue serait nulle, où tous les corps seraient par suite au zéro al)Solu de température et où l'énergie moléculaire serait à son maximum; l'autre au contraire dans lequel l'énergie moléculaire serait nulle et par conséquent tous les corps au repos complet, dans lequel l'énergie calorique serait au contraire à son maximum, supposition qui exige d'ailleurs la répartition uniforme de l'énergie calorique ou l'équilibre général des températures, puisque l'expérience nous montre les dillerences de températures nécessairement liées à des phénomènes de transfert des molécules.

Si l'on suppose enfin qu'il soit démontré, pour le système de corps dont il s'agit, que l'énergie calorique va sans cesse en s'accroissant aux dépens de l'énergie moléculaire, il y aura, comme le dit Clausius, enlropie dans ce système; cette entropie sera la marche, sinon du premier au second des deux états extrêmes que nous avons définis, du inoins de l'état où l'énergie calorique est à son minimum à l'état où l'énergie moléculaire est au contraire la plus faible possible, si l'on admet que ces minima puissent être différents de zéro. Ceci posé, peut-on établir que notre monde est soumis à une entropie ?

Il faudrait pour cela : i^ démontrer que notre inonde est assimilable à un système de corps où le principe de la conservation des forces vives est applicable; i.^ prouver, par l'analyse des transformations entre la chaleur et le travail, qu'elles se terminent toujours au bénéfice de l'énergie calorique.

Sur le premier point, l'assimilation proposée exige avant tout que l'on considère l'ensemble de l'univers afin qu'il ne reste point

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de forces extérieures au système. Or, si rmiivers est infini, l'écjuation ([Ili exprime la eonstance de la somme des dejix énerjries devient absolument illusoire. (Ihaeune des deux énergies demeure en effet constamment infinie et il n'est plus permis <le leur appliquer les raisonnements faits pcMir des (juantités fim'es.

Mais il est impossible de démontrer ([ue l'univers n'est pas infini ; toutes les conséquences tirées de la théorie de l'entropie restent donc soumises à une hypothèse absolument incertaine.

L'assimilation exifjerait en second lieu, en toute ri<Tfueur, qu'il fût déiiKuitré ((ue toutes les forces qui s'exercent dans l'univers entre les m<décules matérielles dépenih'ut exclusivement de la situation respective de ces molécules et ne sont ])as autrement liées au tenqjs. C'est, à la vérité, un ])ostulatum aujourd'hui admis sans conteste par tous les physiciens. Il convient néanmoins de remarquer <pi'il n'y a là cpTun postulaliim et non pas une vérité rigoureusement établie. Or, tant (|u'oii n'aura pas examiné jus(ju'à quelles limites des hypothèses contraires pourraient être formulées sans entraîner de désaccord avec l'expérience, les conclusioîis lointaines à tirer du j)ostuIatum dont il s'agit ne peuvent avoir qu'un caractère provisoire.

Reste maintenant à examiner les conditions des transformations entre le travail et la chaleur, t(dles (pi'elles s'effectuent dans la réalité, reste à vérifier juscju'à quel point ces conditions peuvent avoir pour conséquence une entropie.

Il s'agit, en somme, de savoir si un. cycle de phénomènes peut se reproduire indéfiniment en ramenant, cha({U(' fois <[u'il expire. les choses à l'état initial, tant au point (h' vue mécanique qu'au point de vue de la chaleur, ou si, au contraire, le rétablissement apparent de l'état initial cache, à chafpie période, une transformation intime, toujours dans le même sens.

Parmi les phénomènes (jui s'oijèrent (huis le cycle (en sujiposant toujours qu'il s'agisse d'un système soumis à la loi de la conservation des forces vives), les uns sont accompagnés de production de chaleuret j)ar conséquent d'une diminution équivalente de l'énergie moléculaire (soit ])otentielle, soit correspondant aux forces vives de transfert); nous les appellerons positifs (dans le sens de l'entropie); les autres, ([ue n(»us dirons né<iatifs, sont au contraiie acconqnignés d'un accroissement de l'énergie moléculaire et

— ItS — par conséquent d'une destruction équivalente d'énergie calorique.

Pour (jue le cycle arrivât à restituer complètement l'état initial,

il faudrait évidenmient qu'il y eût compensation exacte entre les phénomènes |)ositifs et les phénomènes négatifs: mais toutes les lois (ju'il y a un phénomène positif, c'est-à-dire une production (le chaleur, nous voyons que cette chaleur se dissipe au moins en partie, avant d'être retransformée en travail. La différence des lempératures entre les parties les plus chaudes et les plus froides <|ii système occasionne cette dissipation qui s'effectue sans dépense d'énergie. 11 s'ensuit ({ue, si le cycle s'achève par une restitution ;ip]»arente au point de vue mécani(pie, par exemple, il y aura eu lin changement dans la distribution des températures, et ce chanfrement, correspondant à la dispersion de la chaleur dans l'ensend>le du système, sera, en fait, la conséquence d'un excès des phénomènes positifs sur les phénomènes négatifs, par suite d'un rertain accroissement total de l'énergie calorique et d'une diminution équivalente de l'énergie moléculaire. Or ce résultat est définitivement gagné par l'entropie, car, pour rétablir la distribution de tenquM^ature primitive, il faudrait faire repasser de la chaleur de corps plus froids à des corjis plus chauds, ce qui ne peut se faire (pie par transformation préalable de chaleur en travail, puis par retransformation de travail en chaleur, c'est-à-dire par iU\\\x phénomènes, l'un ])ositif, l'antre négatif, se compensant parfaitement.

1'elle est la thèse; comme conséquence, à l'état hmite auquel l'entropie doit le conduire, le système se conçoit comme arrivé à une temj)érature uniforme, ayant, les unes par rapport aux autres, ses parties en repos complet, et enfin, tant au point de vue rliimique qu'au i)oint de vue physique, condensé au maximum . (.rrespondant à la température finale, en sorte que l'énergie p«>tcntielle soit, sinon nulle, au moins à son minimum. Comme d'ailleurs ré(piilibre absolu des tenq)ératures ne peut s'établir dan^ un temps fini, cet état hmite ne doit jamais être atteint, et même, à mesure qu'elle progresse, l'entropie doit de plus en plus ralentir sa marche.

Le raisonnement est certainement spécieux, mais il repose sur une généralisation, peut-être aventureuse, d'expériences relatives

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à la surface de la Terre et il ne supplre jias notre i<rM(>ranre profonde des conditions dans lesquelles s'entretient la chaleur du Soleil. Au fond, toute la ijuestion esl là. Au houl du cycle d'une année, l'entropie ne paraît cruère avoir louché la Terre, mais nous nous demandons à quel prix le Sjleil a pu fournir à l'elfroyahle déperdition qu'il ])araît faire de sa chaleur. Nous sommes, à vrai dire, un ])eu ])lus avancés qu'Anaxiniandrc, mais les hypothèses que l'on formule aujourd'hui à cet éoard exciteront ])rol)aldement, dans ^in«rt-cin({ siècles d'ici, le même sourire qui peut nous venir aux lèvres en présence des conceptions de l'anticpic Milésien.

(]e n'est pîis le lieu de disciiter ici ces hyj)otIièses, mais une sinqde remarque ne sera pas imitile. Avant la théorie mécanique de la chaleur, on admettait, pour notre système solaire, d'une ])art à la suite des études de Fourier, la slahilité de l'équilihre relatif des températures, de l'autre, comme conséquence des travaux de Laplace, celle de l'éfpiilihre mécamque du S<dcil et de ses satellites. Comment est-on arrivé à détruire cette harmonie en s'appuyant sur un ])rincipe cpii, send)le-t-il, aurait au contraire dû la com|)léter ?

C'est ([u'après avoir assimilé la chaleur à un mouvement, on l'isole des autres rnouvenjcnts et on la considère comme tout autre chose dès (ju'il s'agit de son mode de transmission. Et cependant l'essence intime du mode de transmission des autres forces de la nature nous est tout aussi bien inconnue; nous déguisons notre ignorance en parlant d'énergies potentielles, mais nous sommes loin de pouvoir mesurer toutes ces énergies électriques, chimiques, etc., comme nous mesurons, par exemple, celles cfui corres[)ondent à la chaleur ou à la gravitation. Tant que leur indé- ])endance ou leurs relations réciproques ne seront pas absolu mcnl élucidées, il est prématuré de formuler comme définitive une loi pareille à celle de l'entropie.

Ces considérations suflisent pour justifier le scepticisme à l'éo-ard de cette nouvelle doctrine. Mais, pourra-t-on dire, faut-il pour cela écarter, fût-ce môme comme hypothèse, cette conception d'états limites idéaux et indéfiniment reculés dans le passé ou dans l'avenir, de quelque façon cfu'on doive d'ailleurs se figurer ces états opposés ? Les deux autres réponses à l'éternelle question sur les destinées de l'univers, la stabilité indéfinie de l'ordre de choses

actuel, la succession indéfinie de périodes d'organisation ou de «lésorganisation, ne sont autre chose, elles aussi, que des hypothèses indémontrées et peut-être indémontrables. Pourquoi à ces {\eux solutions de la sagesse antique refuser d'en adjoindre une troisième dont l'esprit moderne puisse se glorifier ? Un processus éternel du passé vers l'avenir, dans lequel chaque pas en avant serait définitivement acquis, un but devant nos yeux, vers lequel nous marchons, si loin qu'il soit, un point de départ derrière nuus, dont nous nous éloignons pour toujours irrévocablement, ne sont-ce point là des conceptions dignes d'un esprit philosophique ? Ne méritent-elles point d'être soutenues et développées, de jouer à leur tour le rôle d'inspiratrices et de directrices de l'humanité ?

Encore faudrait-il, ce nous semble, que ces conceptions eussent ]>our appui une base enq^irique suffisante. La stabilité de l'ordre de choses actuel nous est, en somme, démontrée, au moins comme iclative, par les faits; l'histoire authentique du monde, telle que nous ])ouvons la reconstituer, du moins jusqu'à présent, ne nous j>ermet de constater aucune perturbation appréciable de cet ordre, et les changements qu'il subit sont, dans leur imj)ortance relativement faible, soumis à des périodes dont le retour assuré maintient ré([uilibre général. La doctrine d'une évolution périodique doit, d'autre j)art, évidemment sa première origine à une conception anthr(q)omorj)hi(pie de la nature; nous naissons et nous mourons; le monde naît et meurt; mais, comme la race humaine, il se perpétue en se renouvelant. Seulement, à cette conception grossière, la science est venue joindre l'ensemble des possibilités qu'elle a reconnues; elle a cherché à concevoir les plus grands changements imaginables à l'ordre de choses actuel; elle s'est représenté leur jjrogrès, soumis nécessairement, comme tous ceux que nous obser- ^ ons, à la loi du rythme, au retour de périodes fatales.

(^uant à l'hypothèse d'une évolution continue, d'une entropie, elle correspond, elle aussi, non pas à une véritable découverte scientifique, mais bien à une conception appartenant à un tout autre ordre d'idées, dont la formule semble, à vrai dire, due à l'âge moderne. C'est celle du progrès continu de l'humanité vers un idéal sur lequel on ne s'est d'ailleurs pas encore entendu. Oui, nous pouvons rêver ce progrès, nous pouvons rêver aussi qu'il est

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suivi par l'aveugle et inconseiente nature. Mais si pour le premier de ces rêves nous empruntons nos images à des réalités tangibles, ce secours nous manque pour le second, et ils sont assez indépendants entre eux pour que nous renoncions sans regret à l'un, pour que nous consacrions tous nos efforts à faire de l'autre une vérité. Si la science ne s'arrête pas dans sa marche, si nous ne rencontrons pas le tuf qui épuiserait ses vains efforts, elle n'a pas dit au reste son dernier mot sur ces questions. Peut-être un jour nos arrière-neveux constateront-ils dans l'univers un changement irrévocable au ])oint de vue de nos destinées, comme serait une diminution appréciable du diamètre du Soleil. Alors l'hypothèse de la stabilité serait définitivement condanmée et il deviendra il temps d'agiter le problème de l'évohitioii périodicpie ou moFiodrome. Jus(pie-là nous n'avons quh amasser des faits et à nous garder de trop de confiance dans les déductions prématurées qui nous entraînent sur le domaine de l'inconnaissable.

DOXOGRAPHIE D'ANAXIMANDRE.

1. Théophrastf, fr. 9. {Sinipl. in. plit/sic, 0 a, Vois, i 5, 9.r-']i). — Parmi ceux qui admettent un seul principe mobile, mais indéfini, Anaximandros fils de Praxiadas, <le Milet, qui fut disciple et successeur de Thaïes (i), dit que l'indéfini est le principe et l'élément des êtres; c'est au reste lui' qui le premier introduisit ce terme de « principe » {iy/j,), entendant ainsi, non pas l'eau ou quelque autre des éléments que nous reconnaissons, mais une certaine nature indéfmie difTérente, de laquelle se seraient formés tous les ciels et tous les mondes qu'ils ont contenus; c'est de là que proviennent les êtres, c'est en cela aussi (pi'ils se dissipent suivant une loi nécessaire, car, comme il le dit en son langage poétique, ils sont châtiés et expient,' au temps préfix, leur réciproque injustice. Il est clair que, considérant là transformation réciproque des quatre éléments, il a jugé à propos de prendre comme suhstratum, non pas Vun d'eux, mais quelque chose de différent. D'ailleurs il n'attribue pas la génération au changement de l'élément, mais à la séparation des contraires par suite tlu mouvement éternel. C'est pourquoi Aristote la rangé à côté d'Anaxagore.

2. PniLosopHUMENA, I, G (Vors. 16, 24-17, 10). Thaïes eut pour auditeur Anaximandre fds de Praxiade, de Milet. Celui-ci donne pour principe aux êtres l'indéfini sous une certaine nature, de la(iu.'lle se seraient formés les ciels et

(*) Théophrastc a dû dire : concitoyen et ami de Tlialès.

— noies mondes y enfermés; elle est éternelle et sans vieillesse et elle embrasse tous les mondes. Il parle du temps comme déterminé pour la génération, I existence et la destruction. Ainsi il a dit que lindéfmi est le principe et r.lément des êtres, et c'est même lui qui, le premier, a employé ce terme (If principe; il a ajouté que le mouvement où se produisent les ciels, esj éternel. La Terre est isolée sans tenir à rien; elle reste en place à cause de léiralilé «le distance de tous les côtés; sa forme est arrondie circulairement et semblable à celle d'une assise de colonne; il y a deux faces planes opposées, sur Tune desquelles nous nous trouvons. Les astres sont des cercles de feu dégagé du feu cosmique et enveloppé d'air; il y a des évents, sortes de trous allongés en tuyau, ce qui donne l'apparence des astres; aussi quand ces évents se bouchent, il y a éclipse. La fermeture ou l'ouverture de ces trous fait également paraître la Lune tantôt pleine et tantôt échancrée. Le cercle du Soleil est 27 fois (celui de la Terre) et celui de la Lune (18 fois); le Soleil est au plus haut, les cercles des étoiles fixes, au jdus bas. Les animaux sont nés (de l'humide) évaporé par le Soleil, au commencement l'homme avait une forme tout autre et ressemblait à un poisson. Les vents proviennent des vapeurs les plus subtiles qui se dégagent <le Tair et, luie fois rassemblées, se mettent en mouvement; la pluie, de la vapeur que le Soleil a soulevée de la Terre; les éclairs, de ce qu'un vent <pji survient dans les nuées, les perce. Anaximandre naquit 01. \'i, 3.

3. Ps.-Plut. {Strom., 2, Vors. 16, 10-24) — Après Thaïes, son ami Anaximandre dit que l'indéfini renferme toute cause de production et de destruction dans l'univers; les ciels s'en sont dégagés, ainsi qu'en général tous les mondes en nombre indéfini. Il déclare que leur destruction et bien auparavant leur production ont résulté, depuis un temps indéfini, de leur révolution toujours la même. La Terre a la forme d'un cylindre dont la hauteur serait le tiers de la largeur. Du principe éternel s'est dégagé, à la naissance du monde actuel le «rénérateur du chaud et du froid et, comme l'écorce se forme autour de l'arbre, il s'est formé une sphère enflammée autour de l'air qui entoure la Terre; puis cette sphère s'est déchirée et les lambeaux en ont été enveh)ppés dans certains cercles, ce qui a produit le Soleil, la Lune et les étoiles. Il ajoute encore qu'à l'origine l'homme sortit d'animaux ayant une autre forme; car, si les autres animaux peuvent bien vite trouver eux-mêmes leur pâture, l'homme seul a besoin de longs soins nourriciers; si donc il avait été à l'origine comme il est actuellement, il n'aurait pu subsister. Voilà les opinions d'Anaximandre.

4. Epiphane, III, 2 (Dox. 589). — Anaximandre fils de Praxiade, Milésien lui aussi, a dit que l'indéfini est le principe de toutes choses; car tout en provient et tout s'y résout.

5. Hermias, 10 (Vors. 17, i i-i3). — Mais son compatriote Anaximandre dit que le mouvement éternel est un principe plus ancien que l'eau, et que c'est

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