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de la Philosophie grecque, de Hnrnct (tradiiclion française de A. Reynioiid, Paris, kjkj) et à V tnipedocle de E. Bigiione.(Tiiriu, 1916).
Si Paul Tannery avait vécu, il aurail suivi aver une curiosité passionnée le travail (|ui s'csl tait d€|)uis la |)ublicalion de son livr(î /*<Kir lu Sciencr Hellène el accueilli avec joie, soit les corrections, soit les C(ni(irnialions, (jue le prot^rès de la scienct» apportait à ses vues. Nous avons voulu nietlre le lecteur de cett(.' nouvelle édition à même de cond)l<'r, par ses lectures, cet intervalle entre Tannée 188^ et les années [)n'sentes. C'est ainsi que nous nous sommes décidés à mettre, à la lin du volume, une Hihlioi;raplii<'. Pour la période antéiieure à \\)\ \, il est l'aeile au h'cleur d<' trouver, dans les manu<'ls s[)éeiau\, des renseij;nements ahondarits; nous n'axions donc qu'à sij^naler les o'uvres I(îs plus mar- ([uantes; nous n'avons été plus (complets, d'intention au moins, que pojir les deinières années. Nous avons divisé cette hiblioj^raphie de laeon à corresp(uidre autant (pie possible aux chapitre^ successifs du livn;, et, naturellement, nous v avons si^n;dé en [)reuiier lieu les travaux de l*aul Tannerj lui-même (pii sont ()OStérieurs a la première édition. On trouveia de même, en notes courantes entre crocdiels, dans rintérieui- du volume, les renvois aux tiasaux de Paul Tannerv relatifs aux (piestions traitées dans cliacpie chapitr-e.
Tous ces travaux, articles ou notes, antérieurs ou postérieurs à I 887, sont repiMtduits dans les Mi'inoives scientifiques (() volumes parus, Paris, (iaulliier-\ illars, et Toulouse, Privai, i (^ j i - i ()2q), spécialement tomes l-lll et tome VU. Le tome X, actuellement sous presse, contiendra les comptes rendus faits par Paul Tannerj; les tomes XI et \ll, sa correspondance scientilicpie.
Un juge des plus autorisés disait, il y a déjà une (juinzaine d'années : « A mesure que les recherches se multiplieront, l'importance de r(Euvre de Paul lannerj apparaîtra davantage. Les hvpothèses passent et les faits demeurent. Le bon ouvrier, dont la sagacité patiente a su établir tant de faits positifs et débrouiller tant de questions difficiles, mérite d'être honoré comme
un .na.lr. ,„•„■ ,o„s ceux qu'Intéresse l'Insioire ,1e la nensée «nu.,,... „ ( . ,. c-ue année M..--n,e, une thèse de doctorat, soul.'...... d,.van. I'llnive.-.silé de Lausanne, était consaerée à l'oM.vre
q"e nous avons l'I.onn.-ur .le rééditer. L'aute,.r, parlant de la ""•t -..le générale qui inspire les t.avaux de Paul lannery, dit quelle nous apparait, dans le domaine de la philosophie antésocralup.e, .. eon.nu:. une réhal.iUia.ion du hon sens, de la elarté de '« l.'gi.ine: basée sur l'.d.servation et l'hypothèse s,.ienli(ique el-angere à .,u..|qu.; a prior! que ee soit, respectueuse .les textes el .Je. fa„s .lùn.ent étahlis, elle s'apparente à la grande Ira.lltion iHstonque de la science française, qu'elle renouvelle sur c.. point en la continuant par une vue générale d,- l'ensen.hle des sjs.èn.es •;' I""' ""<■ -'"npreh,.„si.,n parfait., .les réalit.'.s auxquelles elle .loi, sappl,qu..r „ ,^ ,. Conserver à cette ...uvre de Paul Tannery si mag.stral..M„.n. caractérisée. ,el ,né,ne, par M. K,..|er|o„ EMri.n.es, 1 'nteonté de s..n texte et do son caractère, ,o,.t en la' rendant s'il
se peut, plus pleinenn.nt utilisahle aux étudiants ou professeurJdes
LImversUés elà tous les an.is de la s.-ience el de la , sée grecques,
tel eta.t n.,tre devoir el telle a été uoire ambition : le livre novaleur de ,,S«; g.rde encore aiijour.rhui sa lla.nine .le jeunesse sa clarté .on.piérante ,.t ses vertus d'initiati.m spirituelle.
A. Dii:.s.
.') A. l„v..CD P,.„, r.„„u.ry ,.,s,..nrn ,,,. l„ Srienc- ,„.,i^„e (|,ev„. de
Lau
ausaniie, \\)2<j.
T.ANNKHV
\A SKINIFICATION ET L'IMPOItTAACE
L'HISTOlRi: DE LA bCIENTF
ET
L'ŒLIVHE DE PAUL TANNEHY
11 y a plusieurs manières d'envisager l'histoire de la science répondant à des buis difFérents; mais le hul qui lui convient propremenl consiste à monirer l'enchaînement des problèmes et à expliquer le développement des concepts, en vue de parvenir ainsi à une conceplion plus élevée de la science elle-même.
Ce qui fait, à ce titre, rini|)orlance de l'histoire des sciences, c'est en première ligne l'idée même que nous nous formons aujourd'hui de la connaissance scientifique : j'entends la nouvelle manière de considr-rer la nature des lois ou des théories, qui s'impose désormais à la pensée contemporaine. En effet, le savani ne saurait plus prélendre à énoncer des lois scienliliques d'une valeur universelle et absolue, qui relèveraient de la nature même des choses; instruit par le passé, il en est venu à concevoir que toute découverte n'est qu'une vue unilatérale et approchée sur la réalité : ce qui, d'ailleurs, ne saurait le décourager, puiscpie les mêmes expériences historiques (pii ont détruit sa foi naïve en la simplicité de la nature lui ont donné conscience de sa propre force et des raisons de croire dans le progrès illimité de la science.
Il im[)orte de souligner (pielques traits de la conception nouvelle, en la comparant à celle qu'elle a remplacée. Pour celui qui croit à des lois simples, reproduisant d'une façon univoque la nature même des choses, il i\\ a pas de moyen terme entre la vérité et l'erreur : il suffit de montrer que telle proposition n'est pas d'une exactitude
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iibsoliic, |)()iir (iiToii doive aussilôl la rejeter comme faiiNse. Au coiitrain;, d'après le rel.itis ism<î et ré\<>luli(.iiiiisme moderne, vérilc el erreur ne sont plus séparées |)ar eel ahîme (pie rien ne saurail rond)ler : (ui eonçoil (pie l'erreur nYvst pas la négation pure el simpl(; de la vérité, qui, de s.)n e(jlé, cessani d'élre absolue, paraît ff priori entaeliee d'erreur, el. par eon>é(pi<'nt, ne saurail èlre acceptée cpie comiutî approximation (Vuiw. vérité supérieure encore inconnue.
E>l-il nécessaire d'expli(pier par (piehjues exemples celle fa(;on de v(ur, (jui e>t devenue familière à tous les savants? Il ii'v a rni'à ra[)peler le développement de la Méeani(pie. (pii dérive des lois du uu)uvemenl des planèles. De (piel entliousiasme Kéj)ler n'a-t-ii pas salué sa (lé(H)uverle, l(« jour (u'i. pour s'exprimer suivant ses propres termes, il a rendu Mars son prisonnier! Dans l'excès Av sa joie, il n'esl j)as Iroublé par la |)ensée cpie, pnil-étre, s«»ii Iravail ne sera pas de siloi apprécié par ses «ontemporains ; commeni ne saurail-il pas atlendre, puiscpie Dieu lui-même a altendu des siècles jusqu'à ce (pie d,.> veux morlels s(denl capables de conl<'mpler son œuvre î
Or, les lois de Kepler devai(Mil i-enirer bientc^l dans la forme plus vaste de la i;ravilalion nevvhuiienne, d'après la(jiip|le elles n'oiil plus (pollue valeur approximative : les Irajeeloires des planèles ne sont plus des ellipses si l^ui lient compte des perturbations planétaires, elles devienneni même des courb»'S (pie les plus bailles ressources de TanalNse mat bématicpic ne sufliseni pas à dclinir dune manière explicite; et pourtant, la loi {)lus générale el plus exacte (pii a rempla(-e r.iionce keplérien n'est pas moins simple (jue celui-ci, pour\u (|u'(ui l'envisage à un degré de profondeur ( onvenable.
Mais la ibeorie de Newton ne saurait èlre considérée simplenu'ul C(»mme la correctiiui de celle de Kepler : il importe (I'n voir aussi son prolongement. Car l'indin^tion (|ui porte à suj)poser un<' force altraclixe s'exeiranl entre les masses découle en premier heu du calcul de la force atlraclixe du s,deil cpii serait capable de mouvoir les i>Ianètes suivani les lois képlérieiuics. De sorte qu'on
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est amené à recnn.îl.v .r ,,„il y e„t ,|,. mir,,culc.„x ,lan,s celte <;irco.,>|.„,ce. que la prcpon.l.rance d,. la .nasse du soleil nous a l'-n... d,. voir I,. mouve.neul réel des jdanèles sous un aspect siM.|,l,(lé. puisque c'est de celle erreur ,p,e la vérllé est sorlie.
l'our ce qui est de la loi ,le Newton, H,.nrl Poincaré disait que sa vénIi.Mlion n'a été que Irop exa.te. de son,, qu'elle a enirelenu I illusion qu„n possédai! enfin une vérilableloi d,' la nature, dune val,.ur univers..lk. el absolue. Cej.en.lanI les physiciens, poursuivanl le pro-ramuie d'un,, expllcallon luecanicpu. de l'univers, semblent n'avoir hésité à aucun nuuuent dfvani la nécessilé d'J toucher, ,.„ remplaçaul le carré de la dislance, qui figure dans sa formul... par une série de puiss uces. On sait d'ai/leurs que le <l<Ncl.q,penu.nt,les théori,.s optl,p,es et .leclr.uuasi.éli.p.es devail l^ure éclaler, à l'ésanl des hvpoihcs,.s mécaniques, un., cmlradicliou beaucoup plus profond,.. ,.| a„„.ner à une crise qui aboulil d,. n,.s j,iiirs à la dynamiqn,. ,rFinsli.in.
Or. révolution ,1,. d,.ctrlnes classi s, telle ,,ue celle que nous
v,.nons ,1e relrac'r dans ses grandes ligm^s, nesl pas s,.ul,.u„.n. un.. •I.'s ra.sons de la c,.ncepti,m hislori,p>e do la sci,.nce ,p.i a ga-né la p..nsce d,.s savanls : ,.||,,. .|„i, èlre conçue en n.êuu. t,.mpl el reeq.roqueuu.nl comme un ellet ,1e cell.-ci. ,p,i résull,. ,•» général ■Im iu,„.v,.Munl de la phll„>„phie contemporaine. En ..(lét, le r.'alism,. M,alhémall,pu. a élé cuulaumé eii principe depuis le m„n„.nl .0. lanalys,. ,1e Berkeley ,.| de Huu.,. a luonlré ,pu. l..s .pialiu-s |'><m,cr,.s àc^ la matièr,., aussi bi,.n que les qualités secondes. ,.|, «l.'Kir,. pan. 1,., rappons ,1.. cairsdité, ne sauraiejit poss.'d-.r un.' val.u,' a ,,rio,i indép,.n<lanle de l'expéri..nce: .-,. ,p,i donnerail aux ulées maihén.all.pe.s un,' vérilé ol,j,.,(ivo en d,.hors de r,.spril du malhemaliclcn. On p,.u| ajouter .|u.. ce mêm,. réalism,. pa laissait .a même temps battu sur le (errain d,. la c,u.slructl.,n scLulili,,
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puis,p„. la .lvnaml,p,ed,. N,.vvlon ..ngageail la raison mathéu.ali,pu. en un compron.is av,.c l'expérL-nc,.. ,p.i éiail appelée a juslifi,.r .l,.s hypoihéses non couq.réh,.nsibles en elles-mêmes, comuu. l'atlraclion ,l,.s mass,'s s'oxer.;anl à distance.
Une crillqu,. analogu,., ,lans le sens de rempiris.ue et du nomi-
nalisiiic, a ahonti chez \v> Grecs an .sr(»[)licismo. I.a pliilnsoplnr niodrrae n'a rriissi qiren parlie à «'^happer à «le pairilles coiirliisioiis, oiàcc à nu x'iis aij;ii de raclisilé et de la solidarité de la pensée linniaiiic (pii inspire le conrant idéaliste et se révèle anssi, sons nu anirc aspect, dans le [)ositivisine d' \u«;iiste Cojnle.
Tandis (pie jj;énéralenienl les (ii-ecs — par exemple Sextus — se honiaienl à opposeï" le> dillV^rentes doctrines les nnes aux antres, en \ ne d en laire ressortir la fansseté, nous cherchons anjonrcriini. [)ar delà l'errenr, ce (piellcs renleruient de scrilé relative, et nous saisissons, uiéine sons la coniradicticni apparente, nu ac(N)rd profnnd, (pji se r«'véle par lévolntion d(*s concepts. Ainsi, tout en a^'anl perdn l'espoir d'atteindre (pioi (pu* ce soit d al)>oln. non^ asons foi dans le progrès de ce relalit (ju'est notre science hnlnai^le.
Il est vrai (pie l.i conception hisloricjue, de même que la con- {;e[)tion hiolof^iqne on econonH(pie, tourne souvent à une crili(pie négative, (pii va jnxjn'à une réactiiui antiscientili(pie : mais, tout eu nous détendant de telles contdusions, nous ne nous refuserons [)as à l'econnaîlre la v(''rité partielle ([ue même les philosoj)hies pragmatisles ont ex[)rimée à leur manière. En elFel, entre les courants opposés de la pensée philosophique, aussi bien qu'entre les théories scientiTupies les plus éloignées, il y a une collaboration profonde, qu'il importe de comprendre dans sa si«^ni(icalion la |)lus élevée : à cet égard, les adversaires mêmes de la science, au moins s'ils se donnent la peine de rélléchir sur les doctrines (pi'ils ont étudiées, contribuent de leur C(')lé à développer notre connaiss.ince scientifique.
Il y a lieu de faire ici une remarque essentielle. La c«uiception historique de la science ne comporte pas seulement (jne toutes les théories sont approchées et limitées et qn'elles doivent évoluer en se fondani en des théories de plus en plus générales et exactes. Elle mnis apprend, plus encore, que le sens mémo d'une théorie scientifique se définit en fonction de théories qui l'ont précédée histori(piemenl et que ces concepts impliquent en quelque façon.
C'est ce que Ton voit, par ailleurs, très clairement, en se
plaçant au point de vue de la logique contemporaine, ainsi que j'ai lâché de l'expliquer en nn livre récent ('). Car, d'après celle-ci, d n'j a plus de définition réelle des concepts, et, par conséquent, iQulv théorie scientifique s'organise en sj^stème hypothéticodéductif en snj)posant des concepts primitifs, qui ne sont définis que d'une façon implicite par leurs rapports récipro(jnes, qu'on énonce sous forme d'hjpothèses ou de postulats. De sorte cpie, si, par delà l'ordre logique abstrait, on demande à saisir la signification réelle dn système, il faudra poursuivre les conséquences ou remonter à ce que la lhéori(^ snppose de connu : ainsi la réalité d'une théorie gît dans l'cnsendile des expériences 'qu'on élablil pour la vérifier et aussi de celles qu'on a établies antérieurement à la théorie, et (|ui forment la base des inductions j)réalables (jui ont suggéré nos concepts et nos hypothèses. Mais ces inductions, à leur tour, demeureraient [)onr nous inexplicables si l'on oubliait le sens (pie lesdites expériences prenaient à la lumière de théories antérienres, qu'elles venaient confirmer eu partie et en partie contredire, nous contraignant ainsi à corriger nos hypothèses et à modifier nos ('oncepts pour les adapter aux faits.
Afin d'éclairer c(!S quel([ues remarques, il suffira de rappeler l'évolution récente de la notion physique de la masse que, par égard à la nouvelle dynamique et en connexion à la relativité du temps, on a été obligé de distinguer delà quantité de matière, avec la(pielle elle se confondait dans la pensée de Galilée et de Newton. Les réflexions que nous venons de faire, louchant la nature de la connaissance scientifique, semblent nous avoir éloignés de notre sujet; cependant, par elles, le rôle et la valeur de l'histoire de la science se trouvent éclaircis. Si la signification même d'une théorie consiste dans les liens qui la rattachent au développement des théories qui la précèdent et de celles (jui en vont sortir, on ne comprendra vraiment la science, en une acception élevée, que par son évolution historique.
Cj Pcr lu storut dclla Logiva, Bologne. Zaniclielli, \(X2>. — Lue traduction de cet ou\rage va paraître cliez Cliéron dans ia Bibliolhèfjiie de synthèse scienti(\qii(\ sous ce titre : L^Évolution de la Logique.