II
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La rigin'iir Io«;icjii(» (Ir la <;«'()nuHrie j^recque doil donc être con>idérée coin me provfiiaiU tîxclusiveinciU du caractère propre à la race hellcnf' ; elle s'est gardée scienlinquenient, non pas contre les vaincs atlafpies, mais contre les erreurs où enlraînenl les raisoniirmriUs mal conduils cliez un peuple (jui aime à raisonner: ce fut l;i nolammenl Tobjel des M'sjGJtf'.a d'Euclide. (hianl à l'emploi si lalij^antdela nnHiiode de réduction à l'absurd*;, il faul aussi y voir un trait particidicr du j;énic j;rec, Irait (jui apparaîl d'une façon si lVap[)antc dans la dialcclifpie de /énon d'Klce.
i^es récents historiens de la nïallu''mati((ue l«'s plus autorisés (' i ont vu très nettement cpi'à la diflerence des sophistes propreuïcnl dits, ce dernier penseur a exercé au contraire une action très impoitante au point de vue de la science abstraite, et ils ont exactement reconnu (juels concepts fondamentaux se sont élucidés à la suite de la polémicpie (ju'il a ouverte; mais s'en tenant, pour spéci(i(;r la position prise par /énon d'Elée, aux résumés courants de sa doctrine, ils n'ont pas déterminé le but véritable de son argumentation, et ils l'ont, pa»- suite, encore estimé beaucoup au-dessous de sa valeur réelle.
Zenon d'I'.lée ne [)araît pas avoir été réellement mathématicien, pas plus (pril ne fut j)hysicien; nuns c'est un des hommes qui ont le plus fait pour les princi[)es des mathématiques, en précisant rigoureusement les notions fondamentales du point et de l'instanl et en détruisant définitivfîment les erreurs dont ces notions étaient entachées, je ne dis pas seulement pour le vulgaire, mais encore chez les savants de son temps. C'est ce q«ic je me propose d'établir partH'.ulièrement dans ce chapitre, tout en restituant en ménu' temps la véritable position philosophicpie de /én«uî, positiiui qui me paraît avoir été méconnue jusqu'à présent.
2 Le but des Discuuis qu'il avait écrits' a été très clairement délini pu- Platon, auquel il faut évidemment s'en tenir: Zenon a combattu la croyance à la pluralité comme hvpothèse et en démontrani pie, si cette hy[)othèse est admise, on arrive nécessairement à des contradictions, puisqu'on est également conduit à affirmer pour les choses l'infinie petitesse et l'infinie grandeur, le repos et
(') IIankkl, Zur iieac/iirlite der Afnthenialik, p. u; ci suiv. — M. Cantoh, V'orlesungen iiber (iaschiclitc dcr Mathematik, p. iGS-i-o.
le mouvement. Ainsi il doil être bien entendu (ce cpi'on oublie souvent (!<• nu-ntionner) cpie, quels que soient ses célèbres arguments, Zenon n"a nullement nié le mouvement (ce n est pas \\\\ scepti(pieK il a seulement aflirmé son incompatibilité avec l.i
croyance à la pluralité.
Jusqu'ici il n'v a |)as de difficulté ; mais l'erreur commence quand
il s'agit de déterunner (pielle est exactement cette croyance à la
pluralité rpie <'ond)al Zenon. Comme les autres, Zeller(IL p. 71
et suiv. ) dit ([ue c'est l'opinion commune; (Ui tait ainsi de l J^léate
un idéaliste au sens moderne.
Or, (pielle est l'opinion commune sur la pluralité? C est, par
exeuq)le, (pie i\(-\\\ moutons ne sont pas une seule et même chose.
Il n'y a peut-être rien dabsurde à supposer (jue Zenon d'Elée
trouvait erronée une pai'eille opinion, mais il s v prenait alors
bien maladroitement pour la combattre.
Aller s(uitenir, devant des hommes ayant le moindre jugement,
que leur cr(nauce à ce sujet est Inconciliable avec le mouvement, ne [)eut avoir aucun résultat ; ils pourront èlre incapables de saisir le vice de rargumentation, mais le sim|)le bon sens leur dira assez (Hiil n'y a aucun rapport entre les deux questions, et de lait on est incapable de montrei-, ce qu'il faudrait, en quoi l'hypothèse posée j)ar Zenon comme prémisse indue réellement sur les conclusions.
Ainsi, la méthode (pi'on attribue à l'Lléate ne pouvait en rien
éclairer sur sa doctrine véritable; elle devait aboutir à le fane considérei" uni(|uement comme un dispuleui oiseux, s(5 créant à lui-même de vaines difficultés sans savoir seulement en sortir.
Tel, en fait, dut apparaître Zenon dés ranti(iuilé aux jeux de bien des gens, suitoul à Athènes, s'il vint y lire ses écrits; au point de vue de l'impression qu'il produisit sur le vulgaire, on peut avec raison le comparer aux idéalistes modernes ; mais j)as plus qu'eux, encore moins peut-être, il n'écrivait pour ce vulgaire incapable de le comprendre; c'était à un public n^streint et savant qu'il s'adressait; c'était une théorie particulière qu'il combattait: devant ce public, contre cette théorie, il eut tout le succès qu il pouvait désirer.
On a supposé que les opinions visées par Zenon étaient celles d'Anaxagore ou de Leucippe, ce qui est également insoutenable;
TANNliRY
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on n a pas pciisr aii\ (»\ I liai;(»ri('ii> (|ii<' luiil iii(lic|iiail ct-pendanl : c fis! qii OH >e fail (rordinaire sm- les doclrincs J,« (•c> Jj.'rmcrs, à celle éjxxjiie, mir opiniini l(Mit à fail eri'onée.
P hi
.). l'ariiH'iiide avail éeril son poème dan> un niijien où, eojiinie penseurs, les pyllia^oritMis scids élaienl en honneur; il avail reproduit plus oji tnoins evacU'nienl Iriii- onsei«inenn»nt exolériqne iclalif à la eo>molo-ie el à la pliy>i(pie. mais, en toul eas, il avail nié la venir de l('ui l licx; diialislr; d'un aulii» eolé. dans sa lliéorir onhdo-npie, présenlée comme élanl d'une ri-ueui- el d'un.- ctMlilude mall)émali(pirs. il m- l<- avail pas. à vrai dirr. aliacpiés direc lemenl. Son principe londamenlal, sur Tèlre el le non-èlre, revenait au lond au poslulat " rien ne sr /ail de rien » de.-ja iMlmis. au juoin- implieilemenl, |)ar- lou- le> peiixiirs (pii laNaicnl précédé; pour Télahlir, il n'avail don(- à réfnler (pi.- l'opinion vid«;aire sur la -enese el la deslruelion : mai-, de ee priinipe unr foi. pose, i! I irait des eonsécpn^nees loulcs nouvelle-, et notamment cellessup ruuiic, la ecuilinuilé, Tiuimohilil.' de l'uniNcis eontr<»;uisaniii i(;~> docl rinr- [)\ I hai;orirnue-.
l.>'^ ;i(tarjurs (U)nlre son |)orme durent doue vtMiir surloiil dr pytlia-on.ii . et c'e-t rnx pie /cnoi. jiit a partie; \na\a-ore est eneoir j.HiH n daii- un luiliru loul dillrrenl; Leuei|»pc n'a [)as *^\iK^K)\v paru, .1 m.us allmi- voir (pic la tradition auli(|u<> <pn le rattarlH' ;in\ Idéales csi jojn d'être aussi dénué.' de prohahilit.-
1^' '''^'' *' i'i»ii«it. en pi.senic des opinions courantes -ur l'éleat isme.
(^uci (1,111 .i,.ii(; le pi.in! lailde reconnu par /«'non dans les doclrmes p M l,ai;()rienn<'> de sou temps.' <le (pn-lle jac-n !e présente-l-il comme eh. m une aflirmalion de la pluralité d- . hoses? l.a clef nous e>l .h-miee j)ai' une célèhre déliuili.»!! du p,,in! riiatliéinafKpie, deliinh.,!) enenr-.- elasM-pi-- ;,n î-'inp- ,i Vn^iolc, mai. . pôles lii-lnîH-i!^ Il oui |,,,x ' -ii-idéree assez an --n 1 1 v, m. n!
''•""''"• p.^tli tu«"i. il., h' poinlesl Vnnsl. ,i\nni une posHiull,
ou aulivmenl liniit.' cuiMueiee dan.^ l'espace. M Mîîf i?i,niéd|;,(o-
•"*''" •''' •■•■'f'" defiinlioîi que le e.,r|.- i:éonn'lri(pie eM •■nir pluralité,
■*^^'""''' '**' 1" '^^ 'I' même (pe le nondjre est hîh | hiralite.
somme du ni tés.
Or, une lelie prop.,),sUii,n csi al»>i>l(nn. ut faiivs,» : ,,„ rrsvy^^^ -me
surface ou une lij^ne, ne sont nullement une somme, une totalité de points juxtaposés; le point, mathématiquement parlant, n'est nullement une unilé, c'est un pur zéro, un rien de quantité.
i. Que, nial«;ré le développement de leurs connaissances géoméiriques, les pjlhagoriens aient commis cette erreur, on ne doit pas s'en étonner; ils étaient |)artis en t'ait du préjui^é vtd«;aire, encore partagé par la plupart de ceux qui sont étrangers aux mathématiques, et la seule découvert^ qui eût pu leur faire soupçonner la fausseté de ce préjugé, à savoii- la découverte de l'existence des quantités incommensurables, était restée dans l'Fxole, comme l'histoire des mathématiques le fait reconnaître, un véritable scandale logicpie, une redoutable pierre d'acht)ppemenl. ll«^ n'en continuaient pas moins leurs spéculations arithmétique» sur les nondiies trian- ::les. polygones, pyramides, etc., spéculatinn^ qui reposmî .p. fait sur ridée .jn'i! est possible de constituer des ligures geomelinpies avec des arrangements de points en nondues déterminés.
!>'ailleiirs, à cette épocpie, auc une distinction ne pouvait imcore e\i>ler entre un corps géométrique cl un co-ps phv-ifpie ; les pvihat'^oriens se représentai^'ul donc les eo«p- le h nature comme formés par l'assemblage de points phvsi(pies ; il importe peu de dÎM^iitei ici s'ils concevaienl on non ces puniits comnie étant d'une ou «le drux natures difr('renles(hvpn!hcM'dnall<li<pie); il n'y a pas davantage à rechercher s'ils avaient ou non e<msej'vé sans allerahnn la doctrine dn Maître, s'ils avaient bien compris ses enseignements. Nous de\ons nous arrêter >ni la loiinnle combattue pai'
/émtn.
J'ai déjà iinTupié (j». kw i deux sens din'érents (pi'a pu recevoir, avant Philolao^. la célèbre exj)ression : u[>es(dioses sont nombres. •>
r.a polémi(ji!c de /eii.ui non- apprend tpic, de sou temps, le premier stade et-o! Iranchi et l.i jm ... m ,-iî i. hi entendue d;ms ce sens que les corps étaient considérés comme sommes de points, et leuis propriétés coniim^ liées aux propriétés des noml)res représentant ces sommes.
C'est en ellet celle formule, prise en ce sen- <pip cond>a{ /.énon en l'exprimant en termes à très pt ii jo.- i.lenlKjues, en tout cas plus dans puni le publn : Le- êtres sont une pluralité (tt-Xax \nz\ Ta CviaV Kxpliqncs dans ce ^cn-. ses ar-nnienU appar.ns^enl comine
nets, jUpss.'uUs. inrfulahles, nu'int' ceux où l'on ne voil (rordinaire <|!!f' (le .simples |>aral(>j;ivnies.
Le succès de /énon lui coniplcl; sos adversairos ne [)ouvaieiU lui répondre. Si la delinilion j»\ lliaiiorlennc du point, inollensive en réalité dans la ^éornéhie, .sul)>i«,La par Ir.idilion jnscpi'à Kuclide, ^i ri^cole nr fit (jnr s'altaclier davantage à la l'oiinule : «les choses sonl nondiit.'s, » elle ne lui donna pins (piiine si<;niliealion synihoInpM' a t<ii<l;m( <■ idealish-. celle (pi^ni lui aUiilnie d'oidinaire dt -, i* h liij- i» rvilia^ore, niais (jii d ne tant pas faire remonter an delà de llnii laos; d aiiti<' part . i anlnpH' concept i( ni dualistKjue lut Iranslorniée et nnse d'ac'cord avec les |)r()<;rè> de la [)eiisée pai- Leucipp(^ <'l I )<'Mnocrite au nujven de I aditplionde la forme atoinis- Inpir. <pii i.tlli.i II II <''ti('ni'ciiH'n! imc întpni'janle IVaclinn p\||ino(>r HiiiK! ( {'.('pliante, etc. ).
'>• "'Il .1 j II -«IiIh'I' iiiaiiil « it,iiii !i!,! dièse par un fv.niuu ciiinn.>lancic des aft:n fiK'ii I ^ i]i- Yruiui |i| et fi di'-tri'iniii- r ju'-ini';"! quel [>"inl- il-' hnciil t iih ikIh- d.iii- h ui- sens \ «'•rit.i i >lc pai' les ténu)ins de I anlhiiiilr (iiii ihmi- miii i i i|i sci'n ('* e(^s ar^nnuMit-.
V\aiil (ou!, Vn>l()lt; ne doit pas .s \ «lie Iimiii|ic; c'e>l iUiiM ^f'dlcmrnt (pToîi pm! <'\|di<pi'i IViIîtliidr oni! (>i< n-l à ré«;aid d(" /.entiii. Au Iniid. \\ -iii liifii (pic sa diu irni' jiro[)re sur 1( sujet eu (piestioii r^l idciii ((|ii.' à crii. de ridcalr; mais comme forme, il lui rc[)roi;lif (i .i\oii jJitKcdc ^rosMcremcul ( v;:t',/.(T>-. .I/cV^ //'//. IL {, :>.() I et de iTav^ir p.i- di-hiiuu»' . «'Mnim i! a L;rand ->oin dr l(.^ l;>ire pour '-nn tiuiipte, Ir^ <i illn.uh's acception- du î< imc ((Un» cl du ItTiuc •'•Ire . ( ii^pendaii! . li ne s'all m ii« ii n ! Imn' n t à eritivpicr ieb ari;umcnl> de /cinni. -,ml «eux < i incrrn.iu ! \c un »u \ chk nt , (jui avaicnl ;H(pii- cnniinc p.ii-.uloxes une grande c(del)i'itè et sui^ lrS(| ncK un iii.ili'ii 1 .11(1 II ('v! ^1 l.irilr.
I neoplir,i'>l r non- Loi i|i|,iul ; /.r\\i>i\ ii i l til pi n nî un oh \ -h len et son iKun n ;ip|i,n,Nl t In/ lo d, ixo^im pin- ou.- p«nir di- indicafion'=; \.ii;nr> (iii (I une (Oléine -ii-pccle (-). (/c-l IjhI. me fOii \ ,i
il. \oir Anhi\' fur I iescliichtc (1er riiilo.soplui', \1. j». )i8 ( coiuplo reruiu (te l'^tj.'i). Cl. Mémoires scif'ntijiq(ns. i.\.
(') Si Tliroptiraste ;iv;iit parlé de Z(iiion, vc doit (•lie dans le^. Icrnies du I- I1ul. { Slrofu., ()). «Zenon dl'llée n'exposf; aucune thèse propre: il soulève en géntral des dilTicullés sur les «jueslions (traitées par l'ainiénide j ». Aétius
nous fournir les textes les plus précis, non [)as dans ses liisloires niatliéniati(pies, mais dans ses livres de phvsique, compilés par Simplicius ; or, déjà le disciple d'Aristole semble ne connaître la (piestion cpu' j)ar tradition et se laisse aller à donner à Zenon une j)osilion sceptifpie.
(Sim/>/i(\ iit filiysic^ :> i a.) (K)n rapporte (jue Zenon disait que, si cpielqu'un lui ensei<;nait ce qu'est l'un, il pourrait dire ce (pie sont les choses. La difficulté, send)le-t-il, était cpie chaque chose sensible est j)luralité, soit eu égaid à ses attributs, soit par division, et qu'il pose le point comme n'étant ri(;n ; car ce (pn, étant ajouté, ne fait pas aui:inenlation et, étant retranché, ne lait pas diminution, il le considérait comme ne faisant pas partie de
ce (pii est Si Zenon était de\anl nous, nous répondrions (ju'en
acte ce (pii est un n'(^st pas plui-alilé : l'iinilé lui ;ipparlicii! proprenu'nl. la pluralité n'est (pi'en puissance. »
L'élève du Sla<.;irite tient naturellement à appli(pici la formule de s(Mi maître: i! introduit dailleursla pluralité des attributs, dont Ai-istote se pi'(''Occupe au passade coinincnle, mai.s .pu na rien u faire avec rar«;ument de Zenon; la tonne scepli(pic aUrduMM- à la doctrine de l'idéate p(!Ut d'ailleurs Irnir an mode d'exposition dialoiiué (\v ci ar-nmenl, mais ce dernier est très ( lair, et Aleicandre d' Aplir(Hlisias (.S'/////>//r., 2i h ) \c rcorodui! în- hicn. I .a pluralité est une colleclion (runil(''s. il fini doin^ savoir ce (jue serait i imité dans les êtres: d'après l'adveisaire, c'est le p«Hni; mais le point uCbL licii ; lioui; il il y a pas [)luralilé. Sim[)licius [ibid.) se trompe en ( rnvanl ([im'. d'après Eudème. Zenon ni(^ aussi rnnilé; il ni»' scnlemcnl <pic rnnile soit le point, (pu n est lien : l unité pour lui, comin<- p.ni! l'ai-ménide, c'est l'ensemble des choses; le-, disisioiis (ju'on j iiiiroduii lu- lui enlèveni j)as sa continuité réelle ni son cararl^TC d'nnil*'-: il ne faut pa^ fi-ansfércr ce caractère à un prétendu «dément indi\ i-il)l<' des corps.
accole une fois Zenon avec Mélissos (I, 7), une autre avec l'arinénidc (1. 24). Le l's.-Galien le mentionne comme sceptique et comme chef de la philosophie éristique. l'îpiphane (III, 11), avant de reproduire un de ses arguments contre le mouvement, lui attribue la doctrine de l'immobilité de la terre et la négation du vide. Diogéne Laëice seul rapporte sous son nom des opinions nettement ph}si(|ues. qui n'ont d'ailleurs rien d'original.
- î6-> — (>. lU.is loin, à la vérih'. ÇUni), Simplicius revient sur ce qu'il a du el atlribue nwnut à AlexamJre d'Api. nxlisia. Vvvvvuvoù il eM tombe; puis il dcNeloppe rai-umenlalioii de /éiioii :
« Hans son énil. (p,i renferme plusif'urs fY>/W<r,vm,>5, il montre P'»»' <^l'J'<'nn d'euv que celui (,ui allirme la pluralité arrive à afiirmer desconlradicloires; dans un de ces /'/Hc/i^Wnies, il montre, par exemple, que si les choses s(,nl pluralile. elles sont en même temps Jurandes el peliles, el lelh^menl i;,,,ndes (p,e leur ^rande.ir es! .rifin.e, tellenuMil peliles (prdle^ n'ont pas deorandeur. Pour ceci, 'i monire que ce (p,i n'a ni grandeur, ni épaissmr, ni volume,' n'est rien, u Si en ellet, dil-il, on l'ajoule à autre chose, il ne la rend pas plus ^rande ; car ajoutez uih' o.andeur nulle, vous ne pouvez auomenhr la grandeur; ainsi rauonienlalion sf^ra nulle. lU'tranchez au contraire, l'aulre chose ne sera en rien moindre comme elle n'était en rien plus ^rande par l'addition; ainsi 1 augmentation et la diminution M,nl nulles, m Zenon parle ainsi sans n.er l'unité, n.ais il nie la ^ramleur de l'un quelconcjue des elemenls de la pluralile i.dinie, parce qu'au-des>ous de telle ^ran- <h'ur (,Mc l'on prendra, il y en aura toujours une autre, en raison ii^^ la d.v.sn>n à l'inliui; apré. l'aNoir prouvé, il montre que la i;randenr est n.die par la raison (p.e chacun des éléments de la Pl'n-ahle est un et identique a lui-n.éme. Thémistius dit que /énon prouve l'un.lé de l'être par la raison (pMl est continu et indivisible, (^ar, s d se divisait, il n'j aurait pas d'unité rigoureuse en raison delà d.v.sion des corps à l'iulini. Mais Zenon send.le plutôt nier IJi |>lmalit«Ml)iel> fr. î2, \ ors. i - f ^ ».
(.!o l>). « A,,n.s avoir nunUn- ,|„e, ., si l\Mn> n'. |..-.s ,l,> grandeur, Il 11 esr pasw, /éiKiu ajoiile :
» -S'il .•SI. il est nô-essairc qu,. ,:l,a,,„o être ait une certaine gi-..n,l,„r, une certain,, épaisseur, el qu'il y ail une certaine dis- • auee entre ce qui en lui présente une diirérence réciproque. On dira la nièu.e elM.se du précédent. T«z,«.-/.vt..-, de la partie de cette clu.se qu. la précède connue petitesse, ,lans la division par dichotomie). Ce précé.le.H aura aussi une certaine grandeur el sera lu. -M.éuu. précé.lé. Ce ,p,'ou a .lit une lois, on pourra toujours le répeter; il n v aura jamais de la so.le un terme extrême, où il n>
se (
ail pas de partio dilïérenles lune de l'autre. Ainsi, s'il y a pluralité, il faut que les choses soient à la fois grandes et petites, et iellement petites quelles n'aient pas de orandeiir, tellement grandes qn'elles soient infinies ( Vors. 174, ir. 1). »
Simplicius croit av(»ir sous les yeux le texte même de Zenon ; il le donne, dit-il, v.7~y. XÉ;iv; mais ranlhcncilé de l'cuivrage qu'il posidait est assez snspecle si, comme le remaripie Zeller, Alexandre l'Aphrodisias, Por|)hvre, Proclus ne l'ont pas connu, si Eudème lui-même ne parle que par ouï-dire. D'ailleurs l'ouvrage de Zenon était probablement dialogué, et le texte de Simplicius n'oftre aucune irace de dialogue. Il est donc assez probable que le commentateur (l'Aristote ne possédait qu'un résumé de la polémique de Zenon (peul-êlre un travail analogue au De Mclisso), et quoique ce résumé paraisse lidéle, nous n(^ sommes nullement forcés de le ie«'arder comme rigoureusement exact.
En re|)rcnant la suite des raisonnements Indiqués, on reconnaît d'ailleurs (|ue Zenon ne prouve nullement en fait que les choses seraient en même temps inlinimenl grandes et inlinimenl petites; en réalité, il enferme son interlocuteur dans un dilennue. Admettant la possibilité de la division à l'inlini (par dicholomie) comme évidente, il établit facilement qu'elb' donnera des parties de plus en plus petites, sans qu'il y ail de terme à la diminution. Donc, s'il y a un élément linaL il x'ra rigoureusement nul (application du principe des limites), ce (jui ^it conlirme d'ailleurs par cette raison ([ue la division ultérieure n'est pUis possible, parce qu'alors rélémenl ne présente plus de parties dilïérenles lune de l autre, ([u'il est rigonreusemenl réduit à un seul el même point; or, laddltion de ces éléments nuls, si nombreux (juils soient, ne peut jiiuiais donner (pi'une somme nulle. Par conséquen!, la chose divisée ne |)eut avoir aucune grandeur.
Mais (seconde paitie du dilemme ) l'adversaire peut soutenir que la division ne donnera jamais que des parties ayani une grandeur et que. par conséquent, l'élémenl linal en aura lui-même une; dans ce cas, comme la division se prolonge à l'iidini. il y a un nombre inlini de ces éléments; donc la chose divisée aura une
grandeur infinie.
En somme, Zenon démontre rigoureusement que le continu
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(c f3St-à-(lire le divisible à riiifini) ne p«;iiL èlre eoii«;u comme une somme d'éléments indivisibles, suivîinl le |>réjn^V' vid«;airc adopté par les pvlliai^oriens ; car, si ces éléments n'onl aucune grandeur, com/ne leui- noud)re est infini, leur somme serait inlinie.
/. «MmplMiiis (ht encore (avant le derni<^r passaf;(' cpii précède, ^) 0) (jU(î Zenon (b'-mniiliait (pie, s'il v a pliiralilc, les mêmes choses sont limitées cl illiniilces. «SU v a pliiralile, il e>l né«essaire (ju'elles soient autant (pTelles sont, ni plus, ni moins, l'jani autant (pi'elles sont, elles seront limitées : mais >'il v a pluralil*', elles sont illimitées: car il y en a loujonrs dauti-es enire le^ unilés, et encoie d'autres entre les précédentes, el aiusi les choses seroiii illimitées (\'ors. i^T), fr. W). »
C est ce passag«; (pie Simplicius dii donner lextuellement ; il e>l clair (pie sa brièveté est très suspecte : mais le sens j^énéral n'ol pas douleux. Ici /énon amené iN-ellement son adversaire à une contradiction : dire (pie les corps sont une somme de points, c'esi admelti-e impliciiemeni (pie le nond)re de points y est limilé, mais il est certain au contraire (pTentre deux points, si voisins (pi'ils soient, du momeni où ils ne se confondent pas ri^onrensenjent, il y a d autres |>oints, puis(pie la division à l'infini est toujours possible. I (d est bien ceitainement le sens de rar^umenlalion que /cller a mal rendu, (pioicpTil ail reconnu le a:*';; de la dichotomie, comme disaient hîs anciens. Ce terme vient évidemment de cequ(?, dans ses divisions, /énon procédait toujours par moitié, pour |)bis de simplicité.
Le même mode de diNision était employé par l'Kléale dans le premier des (piaire arguments sur le mou\(;ment, que rapporte Arislote ( /Vn.s., \ ï. (). — \ Ors. i-i, :>- et /lo).
« Il y a sur le mouxemenl (piatre a:-;:: de Zenon, dont la solution présente ilvs difficultés: le premier, sur ce cpi'il n'y a j)as de mouvement, parce que le mobile doit d'abord parvenir à la moitié avant d'arriver au but ; le second est celui cpi'on appelle l'Achille; il consiste en ce que le plus lent ne sera jamais atteint dans sa course par I<î [)1(is rapid(\ parce qu'il faut ([u»; le poursuivant arri\e d abonl au point d'où est parti le poursuivi, en sorte que le plus lent aura toujours (pielque avance. »
Dans le prenncr argument, en eflet, la dichotomie conduit à un nondne de points infini el il est impossible d'occuper successivement un nombre infini de positions dans un tenq)s fini : au contraire, dans le célèbre argument d'Achille et de la tortue, le nond)re infini de positions successives était autrement conclu, tandis que le princi|)e admis pour établir l'impossibilité était le même.
Mais il est clair (pie ce [)rinci[)e pouvait donner lieu à objection et l'on n'a pas remarqué jus(prà présent que les dillerents arguments sur le mouvement constituent les dilîerenles branches d'un dilemme double. En fait /énon ne veut nullement nier le mou\emenl, mais démontrer (pi'il est inconciliable avec la conce[)tion de l'iispace comme une somme de points.
Son i^remier argument part de la dichotomie, toujours admise r/ /^/'/o/*/ comme pouvant être indéfiniment prolongée. Mais l'adversaire ébauche peut-être la distinction d'Aristote, il ol)ject(î que ces points en nombre infini ne sont donnés cpie par la division, (pie celle-ci demande un certain tem[)s et que le mou\ement la devance; Zenon lui répond par Achille, argument auquel ne peut être faite la même objection.
8. L'adversaire remonte alors au principe qu'il a concédé trop facilement. Le temps fini n'est-il pas lui-même susceptible d'une dichotomie à l'infini ? N'(;st-il pas, lui aussi, une sommed'inslants? Lt qui empêche alors qu'à chaque position successive corresponde un instant ?
C'est contre cette conception que sont dirigés maintenant les deux derniers arguments, /énon aurait pu la combatlie directement, ainsi (pi'il a fait pour la conception du corps ou de la ligne comme somme de points ; il s'y prend d'une façon détournée, où l'on peut mesurer toutes les ressources de sa dialectique.
D'abord ('), c'est l'argument de la flèche. A chaque instant
(V Ahistotf, Pkys., VI, 9, « Le troisième est que la lleclie en mouvement est en repos; cela résulte de ce qu'il prend le temps comme somme d'instants. Si on n'accorde pas cette prémisse, il n'y a pas de conclusion. Le quatrième est sur les masses se mouvant dans le stade, en (lies égales, parallèles et en sens inverse, avec une égale vitesse, les unes partant de l'extrémité du stade, les autres du milieu. Il pense pouvoir conclure à régalilé entre un temps double et sa moitié.
donné, t'll<; occupe une |)(»ili(>n dchTininéc; mais occuper unr no.silion (Iclciinincc à un insl.nil donné, c'esl iHre en repos à ce nioinrnl ; (lon(' la (lèclie n'est pa> en niouveinenl, elle esl en repos poui' cluupie inslanl donn»'.
Non pas, reprend radvrr>.nrr, ci' n'esl pas là ce (pn^ j\inl«*ndais (piand je faisais i-enuircpier (pie le teinj)s esl une somme d'inslanis. Je dis (pu' chacpKî instant eorropoml non pas à une posiliou deltMininrc de la llè( lie, niais au [)assai;(î tle clia(pie position à la suivante.
Zéntui lient en rés(M\(* >on (piatrième ar«;ument, cpii a été complètement uïéconnu juscpi'à présent. Il \eut [>rouNer (pie cette dernière ohjcclion c.sl insouleuahle, car il s'ensuivrait (pie tous les mouvements seraient é^aux entre ( iix. Dans Tli vpotlièsc faite, d'une position à la suivante il v a toujours un instani ; or, tous les instants sont naluiellemenl é«;au\ entre eux. Il esl d(»ne impossible de su[)poser par- exemple la vitesse doublée | \ oi>. l7:^, <)->^ |.
Pour mener s(Ui raisonnemeni à houl, /.énon imagine trois liles parallèles de points juxtaposés ( suivant la llièse de son ad\ersaire) ; il appelle 'i-;v.o>. ces p(dnts, pare<î (pie, dans cette thèse même, les éléments ultimes de la matière^ |)ossèdenl n«''cessairement une certaine masse ; ce terme a rendu l'argument incompréliensibb;, parce (pi'on a ( ru (pie /énon voulait parler de coips de dimensions linie^ : mais ce même terme a «'té te( lini(|ue pcuir désii;ner les atomes dans les écoles (pii se rai ta( lient preeiséineul aux pjthagoriens (Uéraclide du Pont, Xénocrate, et('. ). Le sens cpie je lui doniH», nécessaire [)our donner (juehpie valeur à rar^umenlation, est donc parfaitement justilié.
[/une de ces (iles parallèles de points, A, esl immohib;; dt;u\ autres. Bel (1, ^<' meuNcnt en sens inverse l'une de raulr(^, avec une vitesse é«;ale. Le nn)u\(;nu^nt relatif de C par rapport à h esl double évidemmenl du mouvement de C par rapport à A : pendanl (lue C parcourt une certaine longueur, passe de\ant un ci-rtain nombre de points sur U, il ne parcourt (pu' la moitié de cette lon«'ueur, ne passe ([ue devant un nombre (b; points moitié moindre
Il y a paral<»gisnie en ce (ju'il po.^Lul<; (lur tJes j;ran(lrurs éftalrs, animées d'une «'•gale vitesse, passent dans le niènic temps le long d'une même grandeur, soil en mouveinenl, soit en repos f Vors 172. o-Sj.»
sur A; ce n'est donc pas le |)assa^(' d'un p(»int au suivant qui correspond à rinstant élément de lemj)s, car il sérail alors facile de conclure (pn' la moilié est éL;ale au double.
Arislole a nu'îconnu le picmier le earaclère de cet argument: il a cru à un paralo<;isme de 'Aémm et l'a accusé d'ii;norer la diilérence entre un mouvemeul relatif et un mouvement alisolu. Toul doit, au contraire, nous porter à croire (pn^ /énon était incapable d'une [)areill(î erreur et cpie sa combinaison a été in<;énieusemenl imaginée pour faire concevoir deux mouvements en rapport de vitesse double, sans (praucune objection j)ùl s'élever à cet é^ard.
9. Si l'on résume les ar<;iimenls de /én(ui. on voit donc (ju'ils se réduisent en fait à établir par l'absurde : (pi'un corj)s n'est pas une somnn' de points; tpie le lem|)s n'est pas une somme d'instants; (jue le mouvement n'est pas une somme de simples passages de point à point.
11 est clair ([u'il n'v a nullement là une thèse idéaliste. De même (pie Parménide, /énon part toujours du point de vue concret ; il ne f()iu;oil l'être (pie comme corjiorel et étendu; Mélissos, au contraire, niera (pie l'être doive être con(;u comme corps. Pour passer de l'un à l'autiH;, il j a un abîme à franchir.
Cependant la portée de celte conclusion ne doit pas être exagérée : s'ils sont partis du point de vue concret, les deux Kléates se^ sont élevés à l'abslrail : ils ont distingué le sensible de l'inlellecluel, et s'ils n'onl pas constilué une théorie de la connaissance, ils ont fait, l'un après l'aulre, deux pas décisifs dans celte voie.
Parménide a détermiiu; l'inlelligibililé comme condition nécessairt^ de l'être ; voici maintcnanl /enoii cpii nie (jue le point, et par suite la ligne, la surface, soient des choses existant réellement : ce sont cependant, et au plus haut degré, des choses intelligibles. Il y a donc désormais démarcation définitive enire le j)oinl de vue géométrique et le point de vue sensible : les iizr, ;j.aOr/xaTi7.a se trouvent, du coup, constitués en opposition aux eior^ a'sOrjâ, choses sensibles. Oux qui voudront aller au delà, monter plus haut dans les régions de la pensée, rencontreront désormais une base assurée, indestructible, qui stirvivra aux hardies constructions de leur dialectique. Les Kléates sont donc pour nous des idéalistes, non pas parce que leur manière de soir ressemble en
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tt
(juoi (jiic ce soil à celle des idéalistes iiioderiics, mais parce (jn'ils ont fourni le fondenic?it nécessaire, l'exemple essentiel, pour loule spéculalion idéaliste.
ii rsi permis d'ailItMirs de se demander si /««non n'a pas luimême (lé|)assé le t(;riain ou nous l'avons vu se mouNoir. L'anibif;uïté de son lan^aj;e, iiu'x ilahlr avanl le*^ distinctions aristolélifpies, a fait (pie ses argum<'nls ont pu rire répétés |)lus lard presque textuellement dans un sens tout autre: raud)i^uïl<; du lan<;a<];e est souvent at:c()m|)a<;iiée de ctdle de la pensée, et l'on peut être porté à croire (jii'il axait au moins tendance à élargir la |)ortée de sa polénncpie et à marclicr dans la \oie suivie plus tard par Alelissos. Mais, de l'ait, muis n'avons aucun indice à ce sujet ; le l\innrm'(lt' de IMalon n ('>t ujallHurcusemcnl pas de nature à nous en tournir, et les rares ptripal«'ticiens qui mms parlent encore de Zenon, comme les auteurs des trait<''s Dr Mc/isso ou Drs /t''>nrs i/i/If\isihirs, lie paraissent pas plus (jn'l'.udémc le connaît rc de première main.
Il v a toutefois une itjmric de /énon, citée par Aiistote ( l*hys.^ I\ , .V), (pil nojis le montie faisant encore un pas ré'el dans la théorie de la (!onnaissance. Il a nie cpie l'espace fût un être, et il en a ainsi reconnu la relativité (•).
()uanl à sa piMJposltion (/Vn.s\, \ II, .')), (jue toute partie d'un grain de millet fait du l)iuit en tombant, si |)etlte cpi'elle soit (- ), elle a un tout autre caiaclèie. Aristote a tort de la contredire, car elle est inéfutahle au point de vue <d)jectlf, et c'est le point de vue (Mitî partie toujours /énon dans ses raisonn<'ments sur les choses sens 1 Mes.
(') Simpliciiis (i.îo b) : « Si le li<u« est, il srra dans quchpio chose; car tout ce (|ui est, est en (jucIcum' chose ; cl ce qui est on queicjuc chose est aussi dans un lieu. Donc le lieu sera dans un lieu et cela à l'infini. l>onr le lieu n'est pas» [ Vors. 171, 17 ].
Zcller délij,'ure sin},'ulièrcment la conclusion de Zrnon, en la donnant sous cette forme : Ki<Mi d'existant ne peut être dans l'espace. Ce sérail la thèse de Mélis'^os, mais aucun texte n'autorise en rien cette traduelion.
(^) D'après Simplieius ( 253 a. — Vors. i 3, i-io), c'est à l'rulaj^oras que r^z/^o/vc aurait élé posée. Ce récit n'a cNidemment rien d'historique, mais il lient un juste compte de la position réciproque des tieux sophistes dans la théorie de la connaissance, l'our Trotaf^'oras, en ellet, Tliomme est la mesure des choses, de celles qui sont en tant qu'elles sont, de celles qui ne sont pas, en tant qu'elles ne sont pas ; le bruit qui n'est pas perçu n'existe donc pas.
10. Il me resterait maintenant à confirmer ce que j'ai avancé, qu'après /énon, les thèses qu'il avait attaquées n'ont pas reparu. Je me contenterai de quehjues indications à ce sujet.
Il \a sans dire que les idées justes qu'il défendait ne sont pas devenues immédiatement universelles ; elles ne le sont pas encore ^injourd'hui : mais nous ne les voyons pas attaquer dans l'antiquité et l'exposition (pie fait Aristote des mêmes idées ne fait pas supposer (pi'elles fussent réellement coud)atlues.
A la vérité, le Slai;irlte, pour faire croire à rorij;lnalité de sa ihéorle, |)arle de Platon comme s'il admettait des éléments de surface indivisibles (dans le 7Vm^W, Xénocrate nous est aussi représenté comme admettant des li«;nes indivisibles. Mais il est i-ertain que, malj;ié remj)loi (|ue Platon ou Xénocrate ont pu faire ^le termes oénmélri(|ues (pi'ils auraient mieux fait (ré\iter, ils <-ntendenl sous ces termes des grandeurs physiques et se rapprochent ainsi des atomisles. La (piestion est en elîet maintenant Iransportée sur le terrain de la physique : la divisibilité à l'iniini de l'espace géométricpie esl toujours admise ; mais, pour la matière, tandis (pi Vristote admet (pi'elle est également divisible à rinfini, les diteclples de Leucippe d'une j)art, les derniers tenants du pvthagorismetrausfor.mé de l'autre, soutiennent sous des formes ddlerentes (pi'll y a une limite à lîi divisibilité physique, que la matière n'est pas un continu comme l'espace, mais une somme, un système di; particules insécabh^s.
ï.e traité pérlputétlcien Des. lignes indivisibles est un assez niauNais exercice (réluiliant, destiné à l'intérieur de l'école, non pas ix une polémlcpie réelle, et il n'y a pas lieu de s'y arrêter.
Je n(; vois en fait, dans la période hellène^ que deux indices de discussions rentrant dans le cadre de celles de /énon. D'aj)rès IMutarque (Adv. Stoicos de conunun. notit.), Démocrite demandait si, lorsqu'un cône est coupé par des plans infiniment voisins parallèles à la base, il faut regarder les sections comme égales ou iné«ndes, et il aurait réfuté les deux alternatives. Il me semble <pi'll ne pouvait avoir qu'un but, semblal)le à celui de /énon, à savoir d'établir que la surface du cône ne peulêlre regardée comme une somme de circonférences.
Le titre d'un des écrits mathématiques de Démocrite: zspl Bia^^p^; VV(:/ay;: r, -spl 'I/a.T-:; v.y/.'ryj v.t. TOa-par (sur une divergence
et
opinions (iii sur le conlact du cercle el de ia ^^plière), litre assez mal e\()ii(|ué juscju'à présenl, me paraît se rapportera une discussion soulevée p;ir Ptoia^oras et mciilionnée par Arisio{e(A/éfaph II,.):
«Les lignes sensibles ne sont |»as telles que le dit le géomètre, car il n'y a rien dans les choses sensibles de rigoureusement droit «m rond ; et ce n'est pas <'n un seul p(unt <|ue le cercle touclie la règle, mais la vérité est ce (pie disait Protagoras contre les géomèiies). (Vois. II. >..>o,2o).
Ici il s agit de la légitimilé des déduction- géonwtrifpies appli- (pifcs a la nature ; la question t!st don(' d'un autre ordre que celles soulevées par /énon, el sa dialeclirpie était impuissante a la résoudre, aussi l)i{;n (pi'ellc ne pouvait tianclier le déhat entre les partisans de la divisibilité inlinie de la matière cl les partisans des atomes. Il me sulTil deremarcjucr (pic iJémocrite devait prohahlement preiulre plul(>t parti contre Protagoras.
CHÂl'lTRE XI.
MKLISSOS DE SAMOS
1. il nous reste de Mélissos des fragments importants, qui permettent de se faire une idée assez nette de l'écrit qiril avait laissé. La prescpie lolalité de ces fragments nous le montre développant des thèses ontologicpies sur le modèle de celles de Parménide, ne s'écarlant guère du poète d'Llée qu'en ce qu'il cpialilie d'infini l'Etre imiverscl. On croirait donc (^u'il traite absolument le même sujet et nîsteentièivment sur le même terrain. Les deux derniers fragments nous transportent au contraire bien loin ; dans l'un. Mélissos nie expressément que cet lAre dont il parle soit étendu ; dans TîMitre, il déclare non moins clairement que le monde changeant des phénomènes n'est qu'une illusion de nos sens, que la raison ne peut reconnaître la réalite de l'être sous aucune des formes du
(le\eni!-.
Voilà l'idéalisme désormais bien caractérisé sous la forme monislique. Comment les germes dus aux Lléales sont-ils ainsi éclos loin <le la terre où ils avaient semé? Comment est-ce l'Ionie qui porte
encore ce nouveau fruif?
En Italie, le mouvement iulellecluel, malgré les gu(UTes civiles qui l'ont entravé, continue, pendant la seconde moitié du V siècle, dans les voies ouvertes par le pjthagorisme. L'Ecole n'existe plus comme association politique ni même comme centre d'études; les groupes et les penseurs s'isolent plus ou moins et tendent à former secte, mais en se reconnaissant toujours comme disciples du Sami'en, autour duquel la légende commence à seformer. Il s'agit
lSuf ce rliapitre el la façon donli'auteur pensait avoir à le modifier, rf. Appendice m : lettiedc l^aul Tanneuy à Gaslu.i Miliiaud, et compte rendu des Disser-,
talions de Parst et Cihapelli.]
inamlcnanl de mclUe (i accord avec le j)io{;rès des idées les lorimiles vénérées qu il a laissées, dv. placer les nouvelles découvertes sous le patroivjige de son nom. Les systèmes les plus divers pensent apparaître; nul ne sonj^c à rompie ascc la tradition; chacun sv ratla<'h(î au contrair(î, ne iiU-ce (pie par un point, comme Empédoc'Ir [>ar la mélemj)svcos(%
Dans ce milicMi sont apparus les l^léates, en fait comme une seci(; particulière, non pas comme une école vraiment nouv<'lle; ils ont soule\<'' de j^raNcs cniestions, réfuté d<'s |)réju<;és invétérés, substitué au\ Inpollièses surle concret le raisonnement sui' I ahstrait. Le contre-Coup est dccisil; la mass(i pvilia^orienne se jette à son tour dans l ahstiait, et s'attache forcément dès lors aux notions mathemali([ut*s ([ue le iNLiitre a ensei<^nées. (1 <'st sous cette forme (pie s'élaborent les <;ermes (h* la doctrine des hh'cs; c'est de là (pi elle viendra fleurir à Athènes.
Platon a la pleine conscience de cetteévoliition, et c'est [)our(pior il salue comim; pn'curseurs les Lléates au même titre (pie les |)vlha«^()riens. Concilier le monisme" des uns et le pluralisme des aiilres, voilà le pr(d)leme (pi il lr(uive toujours pendant et dont il tente à son tour de cherch(;r la solution. Mais si, chemin faisant, if rencontre Mélissos, à peine lui accordt.'-t-il (juelque attention : c'est que celui-là s'est mû dans un tout autre; (u-dre d'idées, c'est (piil a sinj^ulièreuK'iit dépassé le t(M'raiii sur lecpnd la conciliation pouvait (^tre essayée.
Depuis la ruine de Milet, l'essor intellectuel était au contraire singulièrement ralenti dans les colonies hellènes de 1 Asie; là c'est l'école d llérai'lite (pu domine désornuiis et, lalliiuint sur l'inconstance des choses, elle tombe jus(ju'a la niaiserie. En face de; cette doctrine, le monisme idéaliste devait fatalement surj^ir; c'était rantilhèse appelée et préparée: il na pas d'autre sens ni d ailleurs d'autre portée. Les deux doj^ines se c<nicilient immédiatement, sans amener de pro«jrès intellectuel vers un point de vue supérieur.
Si l'on re[>rend en (h'tail la comparaison des thèses de Mélissos ave(* celles de Parmenidc, il est facile (h; reconnaître l'inlluence de l'heraclitisme sur les premières. Quand TEleate avait nié (piune chose (jui n est [)as puisse devenir une chose (pii est, le Samien nie (ju'iine chose qui nCst pas blanche puisse devenir une chose
— ^273 — (pii est blanche, ('/est la réplique forcée à l'héraclitisant qui disait : Cette chose est et nest pas blanche.
± Mais Parmènide parlait de l'univers concret; de quoi parle au juste Mélissos et (pielle valeur ont ses thèses? 11 est facile de lépondre (pie ses ar«;umenls ont été constamment appliqués depuis deux mille ans à l'idée de Dieu; il a, le premier, parcouru le cercle limité où la philosophie reli*;ieuse a touwié depuis, en cherchant vainement à l'a-randir, et où le spiritualisme s'est usé comme le naiilhéisme. lùernel, infini, nn, immuable, voilà en eflet les affirmations de la raison, quand elle croit pouvoir aflirmer: au delà, elle se heurte à des obstacles infranchissables. Comment donc un penseur tel (pie nous apparaît Mélissos est-il, d'ordinaire, classé à un rang inférieur? Comment ne lui reconnaît-on pas l'importance majeure que ses thèses ont, historiquement, ac(piise en philoso-
>liie
11 y a à cela une double raison : lu première est que son mode d'ar«;umenter est emprunté aux Éléates et que son originalité se trouve mas(piée par cette forme étrangère, cpioiqu'il l'adapte à de nouvelles (|uestions: la seconde est qu'Aristote le malmène dans ses appréciations et va jusqu'à dire qu'il conçoit l'être comme matériel. On a donc cherché, pour justifier l'opinion du Stagirite, à rabaisser Mélissos en crilicpiant la portée de ses thèses etla valeur de ses raisonnements.
Il était cependant facile; de reconnaître le motif déterminant de l'attitude d'Aristote : Mélissos s'écarte de Parménide par l'affirmation de l'inlinilude de l'être: or nne telle aflirmati(m se trouve en contradiction avec les thèses propres du Stagirite: celui-ci est en ellet demeuré sous rinlluence de l'idée pjthagorienne, que la perfection est un attribut du limité.
Mais, pour apprécier justement le Samien et peser les critiques qui lui ont été adressées, nous ne sommes même pas obligés de nous placer au point de vue que j'ai indiejué plus haut, la considération de l'idée de Dieu; nous pouvons rester sur le terrain que nou> ln(li(iue Vristote, sauf à envisager l'univers phénoménal comme doit le faire la science moderne.
Pour elh;, comme pour Mélissos, le monde n'est qu'une illusion; l'analyse le réduit à un ensemble de mouvements de formes éten-
TANMiHV
Nt.
dues, mais 1 existence <Je i'es[)are et du temps ne nous est assurée fjue siihjechxemcnl ; 1»; rtîsidu (^[i',\ laissé sul)sish;r i'analjse scienlifj([ue peut donc n'avoir aneune valeur ohjeeliv*' et n être (|u une lornie commode pour la i^'cliei elie.
Mais ceUe conception nn-me du monde, où le mouv«*meiil prédomine, n'eNt-(dle pas al)S(dumenl C(uilradictoire dr i immutahililé affirmée par Mélissos? Aucunemenl : Ions les mouvements, quel que soit leur mode. s(miI des transformations (pii s'accomplissent d'après la loi d'uin; e(pii\ alence, etlehutde la science est précisément d <'lal)lir ces équivalences, de spécifier par suite ce (jui reste (N)ustant «'1 invarial)l<> au mili«'u du fïu\ |)erpéluel des i^lioses. Tout [)hénoméne, une fois (puî la sci<Mi(!e s'en est rendue maîtresse, sv. trouve détermine par une «(piiilion entre l'ellet et la cause; celle é([uation exprime justement la constance et l'invariabilité qui nout» permettent d'aiiiver à la connaissance du mohile et du clian«;eanl.
La forme sous lacpielh! se détermine ainsi ce qui, dans l'univers, est coiislanl, se trouve, luen entendu, relative au mode de noire conuaissaïK'c : elle est em|M'eiute dès lors d'éléments subjectifs que nous desons renoncer à «liminer. Mais cela importe peu au fond; il n'en est pas moins clair (pie sous ce voile (jiii le déguise encore et (pu ne sera jamais lesc, nous saisissons l'-M^re» au sens anli(|ue.
C'est ainsi (pie la seuMUîe reconiiidl la permanence de la masse, celle d(; la (pianlitt'; de mouvement, de la somme des moments des (pianlités de mouvement, enfin (pi elle postule C(dle de; la force vive. (]es diverses déterminations sont essenli«dlement abstraites: l(Mir diversité et même leur Indépendance ne masrpie cerlainemeni pas d'ailleurs lunité du monde plienorîîi'ual, car on peut sans doute les concevoir comme renlranl sous une loi complète doni nous n'avons fait jus(prà [)r«'sent (pio reconnaître ([uehpies traits.
3. La permanence de TMèlreo ainsi déterminé par la science résulte d'un postal it j)rimordial de la raison — rien ne se lait de ri(Mi — déjà admis au sens concret [)ar les premiers penseur^ hellènes, envisagé abstraitement |)ar M<'lissos, mais que nou'« pouvons [)lus clairement formuler que lui. <.( Il y a équivalence entre la cause et l'effet, entre l'état antérieur et l'état postérieur. » Cette permanence impli(pie immédiatement l'éternité dans les deux
sens. Il n'y a pas de commencement à la série des causes; il n'y a pas de fin à la série des eflels.
De l'éternité, Mélissos conclut à Tinfinltude et de l'inlinltude d l'unité, (/est sur la seconde conclusion que porte surtout la crilique d'Arislote.
En fait, à nos yeux, lunlté correspond à la nécessité de tenir compte, pour l'équivalence de cause à efî'et, de la totalité des causes et de la totalité des eflets, de considérer l'état antérieur et l'état postérieur dans toute l'extension de l'univers. L'inlinitude (qui au reste n'est pas un dogme universellement reconnu") correspond au contraire à l'impossibilité de supposer la série des phénomènes comme limitée j)ar l'espace. Les deux questions paraissent donc indépendantes.
S'il était vrai que, dans son argumentation, Mélissos eût, comme (Ui le prétend, entendu par infinitude l'infinilude dans l'espace, le vice de sa déduction serait palpable. Maison ne doit certainement pas lui altribuer une pareille thèse, alors qu'il nie formelle ment (pie l^uHre» soit étendu. Il entend sans aucun doute l'infinilude au sens abstrait; c'est là un concept dont il faut lui faire honneur, (pi'il soit ou non vahible, et dont il se sert pour affirmer
l iinile.
Il est certain (pie la langue ([u'il emploie est encore pleine de termes concrets (vide, plein, etc.); d'autre part, le raisonnement par Uupielil établissait l'infinilude se trouve singulièrement écoiirté dans les fragments et il est difficile d'en établir le vérllable sens.
Les fragments 1 à o sont une réduction de Simplicius doaaée par lui comme formant le début de l'écrit de iMélissos; il y avait présenté le résumé de ses thèses pour les reprendre et les développer ensuite; malheureusement les citations ultérieures ne donnent guère oliis nue le résunn' lui-même.
.l'appelle toutefois l'allenllon sur la dernière phrase du fragment 7. Elle impll(iue la claire conscience que la permanence éternelle ne peut èlreattribuée qu'à la totalité de l'être, ce qui est tout à fait le point de vue moderne: la totalité des causes équivalente à la
totalité des efï'ets.
A la vérité, dans nos déterminations mathématiques, nous attribuons également celte permanence éternelle à des propriétés susceplibles de mesure, donc de limitation; la masse d'un corps est
If
. if
•■î si
pour iioiis loul à t'alL iiidt'.slrucLiblo, au même hlre que la masse totale, et même raflirmalioii de la permaïKMice de celte masse totale serait illusoire, si nous la considérous coiume infinie. Mais il s'aj^it làd(^ concepts donl Mélissos ne pouvait certainement avoir le uioindre pressentiuicnt; nous devons nous borner à étudier en (pioi ceux qu'il possédai! pcuvcut être ra[)procliés de> nôtres.
l/infinitu(Je, d'après son ar^uuientatiou, n'est que la négation de l'exislence d'autres èlres; ce n'est donc qu'un svnonvuie de totalité pour FiMiseudjle des pliénouièntîs. Mais, «lans nos totalités concrètes, il v a toujours limitation, par e\( ludion de c«* qui est en dehors de la série dénond)rée. Dans la >érie totale des phénouiènes, où l'on ne doit rien exclure, la liuiilalion est au contraire inconcevahle, ce qui est encore le point de vue uioderne.
Or, s'il est impossible d'i'tahlir cpie M«'lissr)s ait suivi, autant (pTil pouvait Ir faire en tout cas, l'oidre d'ichTs (pie je viens d'exposer, les lacunes de ses fia«;inents sfuit de t<'lle nature (pi'on n'est nullement obligé de prendre pour reneliaîuement réel de ses thèses celui (pii apparaît dans leur su(M"ession; l'être est éternel, donc il est infini, doue il (\si im. Il ;i pu raisoniK'r comme suit: L'être est éternel; mais pour allirmer son eleruite, il laul le conce\oii- dans sa totalité; or, la totalité, |)our lui, impli(|U(; 1 inlinitude et l'uuité.
4. L'immutabilité de l'être, sur bupielle s'étendait ensuite Mélissos, est une* consé(|uence imm«';diale d(* son point de départ même; il convenait cependant (pi'il précisât, comme il l'a fait, dans quels termes il Tentendail, a la suite des délerminalions précédentes.
I\irmi les négations qu'il lait rentrer dans cette immutabilité, celles d(î la douleur et du chai^rin attirent parlicidièrement l'attention. l^Jles tendent à faire penser que Mélissos considérait efTeclivement son I']tre comme le Dieu et lui altiibuait ou était au moins porté à lui attribuer la conscience immuable de son éternelle stabilité. Cette; conséquence ne doit pus être considérée comme en contradiction avec le témoignage de Diogène l/aér(*e (IX., 2\ I Vors. 176, io|), suivant lerpiel Mélissos aurait dit qu'il ne faut rien afiirmer des dieux, parce cpi'ils sont inconnaissables. Il s'agit là, suivant toute probabilité, des divinités populaires.
Mais les négations auxquelles nous avons fait allusion étaientelles seulement provoquées par les mjtlies vulgaires? Cela paraît difdcile à croire; pourquoi Mélissos les aurait-il clioisies jdutol que tant d'autres, parmi toutes celles dont Xénopbane lui avait donné l'exemple? 11 semble donc qu'il réfuie une assertion spéciale, que nous ne savons guère à qui atliibuer. Visait-il le dieu satiété-faim d'Heraclite ( fr. 86) ou c[uelque expression d'Empédocle relative à la ruine du Sj)liéros? La première alternative nn^ païaîl plus probable.
l ne (juestion d'ailleurs se pose ici que l'état de la chronologie ne permet point de trancher. Mors (jue Alélissos fait des allusions expresses aux phvsiciens, quels sont ceux qu'il a considérés, quels sont au contraire ceux qui lui sont certainement inconnus?
Kd. /eller (11, p. 91^ admet qu'il a eu égard à Hmpédocle en démonirani l'indivisibilité de l'être el l'inq^ossibilité du mélange, auxalomistes, dans les arguments qu'il dirige contre le mouvement; mais le fragment L'i, sur rindivlsil)llité, ne dénoie pas plus une polémique contre Empédocle cpie contre Anaxlmène ou contre Heraclite, car eux aussi admell;iient que la mallèie [)rlmordiale se divise selon ses f<u-mes secondaires et cela par mouvement. Quant à l'argumtînlalion contre l'idée de mélange, elh^ n'apparaît que dans le traité inauthenticpie /)<' McUsso^ et la doctrine réfutée avait déjà paru avant Enq)édocle, non seulement en llalie (Alcméon, phvsnpie de Parménlde), mais sans doule aussi en lonic, par exemple dans les écrits médicaux anléhlppocratiques; elle j)OUvait d'ailleurs se déduire de la [>h)sique d'Anaximandre et se concilier parfaitement avec les idées d'IIéracllle, comme dans le traité pseudo-hippocralique A' diaeia.
T). Je ne vois pas davantage que les arguments de Mélissos supposent la connaissance de l'école atomislique; ils sont tout à fait comparaldes à ceux de Parménlde ou, si l'on veut, à ceux d'Anaxagore. Ce qu'il dit en parlleuller ( fr. .')) sur le mouvement dans le plein est trop <d)scur pour tirer à conséquence. Enfin il semble beaucouj) plus insister sur la négation des dilTérences de condensation et de raréfaction, ce qui se raj)porte plutotàrécole d'Anaximène, ainsi (|ue le reconnaît l'.d. Zeller.
Quanta l'argumentation que réfute Aristote {Gen. el Corr.^ I, 8,
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3'^5 a [ V'o^'^. i^\. \'2-v\\) et que le savjiiil liislorieii allriliue à Vlélissos, avec* assez de raison, il esl dillicile lie nier que le Sla«;irite air pu y introduire certaines inodiliealions :
((Quelques anciens onl pensé que Fèlre esl nécessairement un etinirnohile; car le vidtî n'es! pas, etd'autre pail il esl impossible (pi'il \ ait mouvement sans vid«» disiiuci, et qu'il y ail pluralilé sans rien qui sépare. Il n'y aurait d'ailleurs pas de dillerence entre dire que l'univers n'est pas continu, mais ([u*il y a contiguïté avec division, et dire qu'il est [)luralité ou méine vide sans unité. Si en elïct la division a lieu piirlout, il n'y aurait plus rien d'un^ ni par conséquent pas méuie une pluralité, mais tout serait vide. Si au contraire la division a lieu ici et non là, cela ressend)le à une fantaisie, .lusipi'à (pielle cpiantité en effet et pour quelle raison telle partie i\ii tout serait-elle ainsi pleine, et le resie divisé? Ils soutiennent de méuie qu'il faut (ju'il n'^ ail pas de moiivement. Par ces raisonnements, né«;li«;eant la sensation et n'en tenant nul co!n[)te en face de la raison, ils disent que l'univers esl un, immo- Wûv et infini, car la limite terminerait au vide. »
A part ce (|ui concerne l'immobilité et rinfinilude, toute cette arguuientation semble enq>runlée à Zenon, sauf" la substitution du term(î ((vide» au terme" ((uon-étre», substitution qui peut être du fait d'Aristote. Quaut aux deux points qui paraissent ap|)artenir en pro[)re à Melissos, il est certain (pie l'on y doit reconnaîlie la néj;ation de la notion du vide, telle que lont professée les atomistes, mais il n'y a pas là une preuve suffisante que celte néoaiion soit <liri«^é(î contre cette école.
Le traité De A/cUmso nous donne Aua\a<j;ore comme ayant déjà nié le vide et affirmé (pi'il n'était point nécessaire pour l'existence du mouveuKînl. Aristote (P/n'.v., \\\ (i [ Vors. 3()0, aa]) nous montre d'autre part le (^lazoménien s'allaelianl, pour coud)allre l'existence du vide, à des expériences (pii prouvi^nt cpie le vide a[)parent est de l'air, (le qu'il réfutait, c'était donc soit l'opinion eojumune, soit celle des pjtlia<;oriens; rien ne peut nous forcer à croire que Melissos ait visé d'autres opinions, et sa délinition du plein et du non-plein (fr. T) et li) nous imliquerait plutôt le contraire.
Il ne faut pas se figurer que la notiondu vide absolu sesoitproduite
ex ahruplo et sans une longue élaboration préalable. Aristote [lac. cil.) parle comuie aduiellanl le vide, non seulement de Leucippe et de Démocrite, mais encore d'autres physiologues qu'il distinouedes Pvtba-oriens. li est à croire que les premiers Ioniens, se eontormant à l'opinion vid«;aire, et n'ayant nullement élucidé la question, ne se sont point fait faute d'employer le terme de vide et même de l'appliquer à l'explication des mouvements locaux. Le sens restait vague et lu llièsi; du monisme n'étaitnuliemcnl contredite par là. Le dualisme pjtbagorien {voir Chap. V, t>) du plein et du vide une fois posé, la question c(»mmenea à se préciser, quoicjue le vide fût encore en réalité conçu comme matériel. Les Éléales survinrent, établissant la thèse du monisme dans toute sa rigueur, mais en lui donnant un caractère abstrait et sans l'étendre à l'explication des phénomènes de la nature. On dut dès lors commencer à agiter la fameuse question :
Commenl, lotit étant plein, tout a pu se nàoiivoir.
Vnaxagore el Melissos la trouvent égalciiK'nt posée et la traitent en deux sens opposés. Le preuiier reste sur le terrain de l'empirisme et n'y voit pas de difficulté: le second, qui l envisage in abslracto, la déclare insiduble. En fait, les Éléales et lui sont arrivés à déterminer négativement le concept du vide absolu, par cela méuie (pi'ils ont voulu déterminer positivement la notion de l'être. Le rôle des atomistes fut de reprendre ce concept, d'en aflirmer l'intelligibilité et de le faire servir à l'explication des phénomènes de la nature. Leur succès fut nécessaireuienl la ruine de l'éléatisme, dont les consécpiences aboutissaient à la négation même des problèmes de la science. Tout au contraire, la façon dont les Kléates, de Parménide à Melissos, traitent la question du non-être, indique qu'ils n'ont point à combattre une doctrine précise qui soutienne l'existence du vide absolu et qui en lire des conséquences sérieuses.
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0. Ainsi, sans qu'il soit possible d'en donner une démonstration rigoureuse, nous sommes amenés à croire que Melissos n'a eu co^nnaissance ni d'Anaxagore, ni d'Kmpédocle, ni des atomistes, et nous pouvons maintenir intégralement rap|)réciation que
nous
avons doniico, en coinincnraiU ce clinpllic, de son rùlc cl de sa [)()sition.
Pas plus (pie Zenon, il ne s'est d'ailleurs occupé de plijsi(|ue et Tlié()j)lirasie n'avail pas eu da\anla<^<' a s'occuper de lui à ce point de vue ('). Ainsi Técole éléali(pie, ahandonnanl le coniproiuis essayé par son chef, s'élait enj^a^ée dans des voies (pii récarlaienl de la science el iinaleuient elle arrivail à uneiuïpasse. Une nouvelle génération (!<• physiciens va se lever, j)our cjui elle sera couune non avenue, tandis cpie son hérita^(' dialeclique passe entre les uiains des sopliistes, qui en useionl et en abuseront.
dépendant le rôle de celle école n'en a pas moins r\r considérable au point de vue scienlilicpie ; la poleini(jii(î de Zenon a ahouli à une élucidation noiabb' des notions nialliéniali(pies, les thèses de Mélisses à la constitution d'un système idéalist<', sans doute établi sur une base tout à l'ait insidlisante, mais d«mt les traits [)rincipau\ sont bien ceux (|ui s'iu)pf)senl à toute conception analogue, (le cpi'ils avaient ^euié lut ujùri r{ ncolté par d'autres; l un i^arda le renom d'un para<loxal di>j)uteur, l'autre «l'un penseui* s<*condaire, (exclusivement attaché au point de vue d'un monisme étroit. xMai-s (piand (!es ap[)i«''ciations Furent poilées sur eux, on ne jugeait plus exactement dans quel milieu intellectuel ils s'étaient trouvés; les ab>t raclions oéouH'tri(pies faisaient déjà depuis lon«;t<Mnps robjet d'un ensei«;nemenl courant très ri«;oureu\; l'idéalisme avait reparu et s'était brillamment déveloj)pé sous une forme toute nouvelle, celle qui était vraiment appropri^'e au <;énie de rilellade, mais (jue nous pouvons à peine nous assimiler.
FRAGMENTS DE MÉLISSOS | >].
I. Si aiicime clioso nVsl. (|ireii ponrr;iit-on «lii»^ comme si (jiiplqiie rliose
(*) Actiiis(I, 3, 7, jI; il, I, /j; IV, ,j) le elle, généralement accolé à quelque antre, romnic ayant reconnu comme dieu l'univers un, seul éternel et infini, nié la j;enc?e cl la destruction en affirmant rimmobilitc, déclaré les sens trompeurs rej;ar(lé le monde comme un, inengendré, éternel, impérissable, mais en même lenq)s (avec Diogéne) comme limité, tandis (jue l'univers est infini [Vors. iS/j. /!>: 143, 3i]. — Celte dernier.' donnée, contredite par Tliéodoret (IV, S), est plus que suspecte. — l-lpiphane ( III, 12), après l'aflirmation de l'unité, lui fait ajouter que rien n'est stable par nature, (|ue tout est périssable en puissance 1 Vors, 1-4, 4? ! — Les autres doxograpbes sont muets.
[2. Les fragments numérotés iei de 1 à 5 ne sont que des parapbrases des
était? Si quelque chose est, elle est ou devenue ou toujours étant. Mais si elle est devenue, c'est d'une chose étant ou n'étant pas. Or. il n'est possible que rien devienne ni d'une chose n'étant pas (rien, ni une autre n'étant rien, ni d fortiori ce qui est simplemeiu) ni d'une chose étant; car dans ce dernier cas, la chose serait et ne deviendrait pas. Donc ce qui est n'est pas devenu; dès lors il est toujours. — Ce qui est ne peut pas davantage périr; car il n'est pas possible que ce qui est se transforme ni en ce qui n'est pas ( ce dont les |)h\siciens conviennent d'ailleurs) ni en ce qui est. Dans ce cas, en ellel, il subsisterait et ne périrait pas. Ainsi ce qiii est n'est pas devenu et ne périra pas; donc il a été et sera toujours. (Vors. i8>. •>3-i8(). i<;.l
-1. Mais ce qui e>t devenu a un commeucenient, ce qui n'est pas devenu n'a pas <le commencement; or, ce qui est n'est pas devenu; il n'aurait donc pas de commencement. Dautie |)art, ce qui périt a une fin, mais si quelque chose est impéi issable. elle n'a point de fin; donc ce qui est, étant impéris^îable, n'a point <lt' fin. Mais ce qui n'a ni fin ni commencement est infini. Donc l'être est infini. ( Vor«. iS(), i()-2o.)
:{. Mais s'il est infini, il e^l un ; car s'il v avait deux êtres, ils ne pourraient être infinis, mais se limiteraient réciproquement; or, l'être est infini; donc il n'v a pas de pluralité d'êtres, et l'être est un. (^orS. 187. •i3->.î.)
A. Mais s'il est un. il est aussi immuable; car l'un est toujours semblable à lui-même, et le semblable ne peut ni perdre, ni gagner, ni subir un changement d'ordre inlerue. ni ressentir de la douleur ou du chagrin. S'il éprouvait rien de tout cela, c'est qu'il ne serait pas un; car ce qui subit un mouvement quelconque change de queh|ue chose en quelqu'autre ; mais en dehors de ce qui est, il n'y a rien d'autre: il ne peut donc y. avoir de mouvement pour l'être. ( V^ors. 187, -25-188, i(k)
,". D'une autre façon, rien n'est vide de l'être; car le vide n'est rien et ce qui n'est rien ne peut être. Donc l'être ne se uuMit pas, car s'il n'y a pas de vide, il n"a pas de place j)our aller nulle part; il ne peut d'ailleurs se concentrer sur lui-même; car il serait alors plus dense que lui-même, ce
fragments G à 14; cf. A. l*AiJsr, de Melissi Saniii Fraginentis, l3onn, ibbg. et, ici, à l'Appendice III, la leproduction du compte lendu de cette dissertation par Paul 'l'annery {lievue philosophique, 1891, p.2r3-2i(i) « Arnold Pabst a montré... (jue le groupe des fragments 1-5 était, de fait, constitué par une rédaction due à Simplicius lui-même, rédaction comportant, d'ailleurs, des additions et des modifications assez fjraves pour que l'on ne doive pas, en général, tenir compte de ces fraiiments, en présen» e des suivants qui représentent plus fidèlement le texte et la pei»sée de Mélissos ».
Diels a rejeté ces paraphrases en bas de paj,^es: aussi renvoyons-nous, pour les fragments numérotés ici de 1 à 5. aux paj^'cs el lignes des Vorsokratiker, tandis que, pour les fragments suivants, traités par Diels comme les seuls fragments authentiques, nous renvoyons, par un chillre gras entre parenthèses, au numéro que porte chacun d'eux dans ces mêmes Vorsokratiker.]
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qui est impossible. I^u ellet, le dilatr ne peut être aii^si itMiipli qm* le dense, mais il se Irojive cléjà plus vi(le qu«" le dense; or le vide n'est pas. Que ce qui est soit plein on non, il faut en juger suivant qu'il peut ou non admettre quelque chose d'autre ; >'il n'admet pa'*. il est plein; s'il admet quelque chose, il r>'t;st pas plein. Si doue il n'y a pas de vide, il est n«'*ces«;aire que l'être >()it plein, et, par conséquent, qu'il soil immobile. Ce n'est pas qu'il soit im|)i»-siblc qu'il se meuve dans nu espaee plein, comme nous le disons pour les corps, mais c'est qu«' rèiic universel ne peul se mouvoir ni vers r«Ure (iniisqu'il n'y a pas (pubjuc autre être que lui) ni vers le iionèlre; ("ar le non-ètre n'est pas (N'ois. iSq^ i j-[()o. i(\.)
(). Ce ({iii a éti', a toujours été el sera (oujours; car, s'il «'tait d<'venu, avant de devenir, il aurait nécessairement efé rien; mais ce qui a été rien, ne peut jamais devenir rien de rien ( 1 ).
7. Ce qui n'est pas devenu, mais est, <ela a toujours été, sera toujours, n'a ni comniencement ni lin. mais est inliii. Car s'il était devenu, il aurait iMi commencement (il aurait, à un moment, commencé à devenir) el lin il auiail à un moment liui de devenir»; •^i au c<nitraire il n'a ni commencé ni liu-i, mais a toujours été et sera toujours, il n'a ni commencement ni lin. lin eflet, il n'est pas possil)le (jue quel<|ue chose soil toujours, si ce n'est ce qui est t<mt ( 2 ).
8. Mais, <"omme il est toujours, de uK-me il taul toujours que sa içrandeur' soil infinie (3 ).
9. Hien de ce qui a commencemeni et lin ne peut être éternel ni inlini.... (4).
M). S'il n'«'lait pas un, il serait limite par rapport à l'auire — (5).
11. Ainsi doue l'univers est éternel, inliui. un et uniforme; il ne peut ni perdre ni gagner, ni <ul)ir un changtrment d'ordre interne, ni ressentir de la soiillrance ou du chagrin. S'il éprouvait rien de tout cela, il ne serait plus un; car s'il devient autre, il faut que l'étn' ne soit pas uniforme, mais que l'être antérieur périsse el que ce qui n'est pa> <levictine. Si en dix mille ans l'univer'* avait changé d'un cheveu, dans le temps total il aurait péri. ( 7. nOs \-±)
1"2. Il ne peut d'ailleurs subir un <haugement d'ordre interne; car Tordre ( xoaao; > qui est d'abord ne péril pas, et eelui qui n est pa-^. ne devient pas. (Juand rien ne s'ajoute, ne se perd, ni ne devient autre, comment quelque changement d'ordre pourrait-il avoir lieu dans l'être? Si quelque chose devenait autre, alors seulemenl il \ aurait changement d'or<lre. ( 7. n» 3.)
lU. Il ne soulfre pas; car, s'il scMillrait. il ne serait pas univers<*I; une chose qui souflVe ne peut être toujours et n'a pas une même force qu'une saine. S'il soutirait, il ne serait pas non plus uniforme; car il soulTrirait du départ ou de l'accession du (iiielque chose et ne serait plus uniforme. Le sain ne peut d'ailleurs souffrir; car il faudrait pour cela que périsse le
sain ou ce qui est, et que devienne ce qui n'est pas. Tour le chagrin, le raisonnement est le même que pour la soulfrancc. (7, n^^ 4-0.)
1 i. D'aiilrc part, rien n'est vide; car le vide n'est rien, et ce qui n'est rien ne peut être. Et Têlre ne se meut pas, car il n'a pas de place pour aller nulle part, puisqu'il est plein; s'il y avait du vide, il pourrait en eft>l aller dans le vide; mais comme il n'y a pas de vide, il n'a aucune place où aller. Il ne peut être condensé ou dilaté; car le dilaté ne peut être aussi rempli que le dense, mais il se trouve déjà plus vide que le dense. Voici la distinction qu'on doit faire du plein et du non-plein. Si quelque chose peut entrer ou êtn- admis, il n'y a pas plein; si rien ne peut entrer ou être admis, il y a plein. 11 faut donc que l'être soit plein, s'il n'y a pas dévide; si donc il est plein, il est immobile — (7. n^^ 7-10.)
I.'i. Si l'être se divise, il se meut; mais en mouvement, il ne peut plus être.... (10).
K; [ i]. S'il doit exister, il faut qu'il soit un; étant un, il faut qu'il n'ait pas de corps; car s'il avait une «limension, il aurait des parties et ne serait plus un ( 9).
17. Voilà la plus grande marque qu'il est seulement un. Mais il y en a d'autres; car s'il y avait pluralité d'êtres, il faudrait que chacun fût tel que je <lis être l'un. Si eu elfet ce sont des êtres que la terre, l'air, le fer, l'or, le feu, si ceci est vivant, cela mort, ceci blanc, cela noir, si toutes les autres choses que les hommes disent être vraies sont en effet, si nous voyons et entendons juste, il faut que chaque chose reste telle qu'elle nous a paru d'abord, sans changer ni s'altérer, <iu'elle soit toujours ce qu'elle est. Or, nous disons que notre vue, notre ouïe, notre intelligence sont justes; le chaud nous semble devenir froid et le froid chaud, le dur devenir mou et le mou dur, le vivant mourir ou naître du non-vivant ; tout change, rien ne reste semblable à ce «lu'il était; l'anneau de fer, tout dur qu'il est, s'use contre le doigt; de même l'or, la pierre, et tout ce qui paraît le plus solide ; la terre et les pierres viendraient de l'eau ; ainsi ce qui est, nous ne le voyons pas et ne lec«mnaissons pas. Il n'y a, en tout cela, aucune concordance; nous disons qu'il y a nombre de formes éternelles et solides, et tout ce «pie nous voyons partout nous semble s'altérer et se transformer. Il esl donc clair que nous ne \ oyons pas juste, mais aussi que c'est à tort «jue toutes ces choses nous paraissent être. Car si elles étaient vraies, elles ne changeraient pas, mais chacune serait telle qu'elle parait; car rien ne peut triompher de l'être véritable. Or, dans le changement, ce qui est périt, ce qui n'est pas devient, \insi, s'il y avait une pluralité d'êtres, il faudrait <|ue chacun fut tel (|ue l'un (8).
[i. Paul Tannery a pensé plus tard que ce fragment serait inaulhentique, et que celte aCfirinalion de rincorporéité de l'être serait due à un glossateur, cf. Vppendice III, Compte rendu de A. Cuiapelli. sui frammend e sulle
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doctrine di Melisso di Sanio, Home, 1890.]
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CHAPITUK X[[.
ANAXAGOIIK DE GLAZOMÊNE.