‹ Pour l'histoire de la science hellène [microform]Chapitre 58 sur 90 · L-tî · texte numérisé non relu

L-tî

nions du vulgaire, il les Aoyait sjstémaliquemenl employées par les pjlliagoriens. il s'en est donc servi à son tour; alors (pie l'antiquilé n'a jamais su s'en débarrasser, on ne peut sérieusement l'en

hiamer.

En second lieu, Anaxagore se représente les choses comme si les qualités ntî pouvaient varier que par un déplacement mécaniqiie des particules de la uiatière auxquelles il les a attachées. C'est dire qu'il ignore toute la physique et toute la chiuiic modernes, (|iie même il n'a pas encore la notion complète de la qualité et qu'il n'établit pas une distinction parfaitement nette entre la qualité et la substance. iMaisau moins il a fait le premier pas indispensable pour l'abstraction; le second ne sera pas difticile, car du mouient où il s'agira d'étudier les phénomènes, si peu que ce soit, on laissera naturellement de coté les déplacements uiécaniques qui ne peuvent étn; soumis a la théorie, et l'on s'attachera aux moddicationsdans l'échelle intensive des qualités, c'est-à-dire au point de vue dynamicpie.

Si donc, entre la théorie de Kant et la conception d'Anaxagore, il y a de graves diUérences, la dernière n'en est pas moins tout aussi avancée, tout aussi satisfaisante cpi'on pouvait l'espérer pour une é|)o(jue aussi reculée, l't alors (jue la science de la nature était aussi imparfaite.

» r^cs fragments du Clazoménien, dont on trouvera la traduction à la lin de ce cha[)ilre et dont l'authenticité n'est sujette à aucun doute, sont en général assez clairs pour que je croie inutde de les disculer minutieusement pour justifier l'exposition de sa tlnorie, lelle que je viens de la faire; il me suffira donc de présenter quelques remarques sur divers passages, qui me semblent avoir généralement été entendus d'une facjon erronée, et auxquels mon x position même peut permettre parfois de restituer leur véritable sens.

Zeller (II, p. 4ii) admet ([ue le premier effet du mouvement a été de diviser les substances, selon les oppositions les plus générales, en deux grandes masses, qu'Anaxagore désignait sous les noms d'éther et d'air; par le ])remier de ces noms il aurait entendu le eh t il. le lumineux et le ténu; par le second, le froid, le sombre et le Idui'ii.

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Le fragment 1, qui formait certainement le début de l'ouvrage (')

du Clazoménien, montre nettement qu'au contraire il considérait

l'éther et l'air comme étant les apparences sous lesquelles se

montrait le chaos originaire, avant toute action du Nous. En en

parlant, Anaxagore corrige ce qu'il a dit au début du fragment, et

qui pourrait être entendu en ce sens que le mélange universel

n'offrirait aucune des qualités déterminées des choses; comme tous

les autres mélanges, cehii-là doit nécessairement a])i)araître sous

les formes qui prédominent comme quantité, et d'après l'état

actuel du monde, suivant d'ailleurs en cela l'opinion d' Anaximène,

le Clazoménien pense que la prédominance a})partient à l'air; mais

il croit devoir distinguer entre l'air lumineux (éther ) et l'air sombre

(ce qu'il ap])elle proprement air). Comme, pour lui, ces formes

remplissent les espaces célestes, la prédominance comme nombre

{-'/.r/jz'.) doit sans doute être rapportée au contraire à l'état de

confusion originaire, où les molécules qui ont forme d'air sont

reo-ardées comme les plus nombreuses et comme déterminant dès

lors l'apparence du mélange universel. Ou bien encore -n'/.rflzi doit

ici être simplement entendu dans le sens de (piantité, comme il

paraît devoir l'être dans le fragment "2; car, en thèse générale, le

lantmoe d'Anaxasore est encore loin de posséder toute la i)récision

désirable.

Le texte de ce fragment % qui représente l'air et l'éther comme se dé^aseant du miheu environnant, n'est nullement en contradiction avec ce qui précède; car ce texte désigne l'apparence actuelle et non l'efTet qui aurait amené cette apparence.

Le fraoïnent 15 fait une allusion très claire à la polémique de Zenon contre la pluralité, même si la leçon de Zeller : ts '/qlo àcv cjy. ïcrz'. tî^ly; (au lieu de zb pv; que donnent les manuscrits) cl/, zbyj., devait être rejetée. Mais je ne puis approuver son explication (II, p. 399, n. 3) d'un autre passage de ce fragment: /a- '(^zv Ï77i (t: ixvpj.z^j) 70) a/JLt/po) Tu///;^:.:, à savoir : la grandeur a autant de degrés que la petitesse (littéralement : le grand est égal au petit en pluralité).

Le sens de ce passage est certainement le même que celui des propositions analogues du fragment 10, proi)Ositions que j'ai

{») Contredit par Zeller, qui n'a pas compris.

traduites à la lettre. Voici comment il me semble qu'on doive les

entendre :

Anaxacrore allirme, contre Zenon, la coexistence de la pluralité dans Funité; mais cette pluralité est. pour lui, celle de substances toujours confondues, aussi bien (bms les grandes masses que dans les petites, et que la division n'arrivera jamais à séi)arer. J'emploie d'ailleurs inexactement ici le terme de substances, car, en fait, ce sont des qualités que considère Anaxagore sous un <()ncept encore vague et mal défini. Le fragment I :i montre bien que, sous l'unité du cosmos, c'est à la pbiralité du froid et du chaud, etc., (pie s'attache le Clazoménien, et c'est cette })hiralité (fu'il déclare ne pouvoir être rés(due en unités distinctes i)ar la division mécanique, quoique la distinct i«m existe parfaitement, soit pour les sens, soit au moins ])Our l'intelligence.

Il alhrme donc cpie toutes choses sont encore confondues comme à l'origine, quoiqu'il y ait eu ici diminution des unes, là augmentation des autres. La pluralité des substances (qualités) confondues est donc toujours la même en tout corps, et cela, d'ailleurs, cpi'il soit grand ou qnW soit petit. C'est bien là sa thèse, comme nous l'avons exposée plus haut. On voit en même temi)s comment la question de la pluralité dans l'unité a été détournée du terrain où l'avait posée Zenon et comment les sophistes, Platon, puis Aristote, ont eu à la traiter pour la pluralité des attributs.

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