IV. — Influence historique de la conception d'Anaxagore
in Je crois inutile d'insister davantage sur la conception J \iiaxagore et de faire ressortir plus amplement comment elle satisfaisait heureusement aux conditions du problème tel qu'il le \ (.\ ,tiL posé devant lui, à quel point elle conciliait harmonieusement la croyance monistique des Ioniens et le ])luralisme des oppositions pythagoriennes; son plus grave défaut était la subtilité d'esprit (fu'cllc exigeait, surtout à Téjxxpie où elle a])parut. pour être pal iaiteinent comprise dans sa rigueur géométricpie et sa nécessité logiqnr Si rllr îi'ofîrait pas prise aux arguments dun Zenon, elle n'en était pas iiM.in rx posée à être bientôt méconnue, et c'est ce qui lui ai riva sans contredit; il nous reste à examiner si, néanmoins.
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avant de disparaître, elle n'a pas joué un rôle considérable et intlué d'une façon décisive sur les conceptions qui devaient lui
succéder.
Reprenons donc la théorie d' Anaxagore et cherchons à répondre d'après elle aux questions qui se poseront dans l'âge suivant.
Pourquoi telle chose est-elle dite être ce qu'elle est ? C'est parce qu'elle participe à telle espèce; elle est dite chaude parce qu'elle participe du' chaud, etc.; mais le chaud y est seulement présent, il est loin de la constituer tout entière.
Au contraire, la même chose participe également du froid ; elle est donc chaude ou froide relativement aux termes de comparaison choisis; le froid absolu ou le chaud absolu n'existent pas dans la nature, mais tous les corps naturels participent à ces deux espèces. Bien plus, les corps se forment et se détruisent, les êtres naissent et meurent, le chaud et le froid échappent au devenir; ces espèces subsistent éternellement sans altération.
Ces formules diverses ne se trouvent point dans les fragments d' Anaxagore, et il n'y a pas à les lui attribuer; mais c'est seulement parce ipi'il n'avait pas à répondre aux questions indiquées; autrement, i»our tout esi)rit non prévenu, c'est bien ainsi qu'il y eût répondu. Lorsque ces questions furent soulevées, ce fut donc là la doctrine qu'on trouva implicitement dans ses écrits.
Or, à qui ai)partiennent les formules ci-dessus ? Ai-je besoin de dire cpie je les emprunte à Platon et que j'aurais pu multipher les
rapprochements ?
Sans doute il y a tout autre chose dans le platonisme ; les espèces d' Anaxagore sont des qualités physiques, les zlor^ du Maître peuvent être purement abstraites ou correspondre à des qualités morales; les unes sont nettement immanentes à la matière, on peut des autres soutenir qu'elles sont transcendantes (/.optora).
Mais si la théorie des Idées est incontestablement une création originale, où trouvera-t-on. dans les doctrinesantérieures, quelque chose qui en soit réellement plus voisin que la conception d' Anaxagore ? 11 est vraiment singuher qu'Aristote, voulant nous éclairer sur le développement de la pensée de Platon, nous renvoie aux formules pvthagoriennes sur les nombres comme essences des choses, et que nous répétions encore cette exphcation, plus obscure que la théorie à interpréter. La doctrine d' Anaxagore, au contraire.
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bien conçue par un esprit pliilosopliique, c'est-à-dire capable d'abstrjiclion et <le oéiiéralisation, si cet esprit se trouve en présence des problèmes soulevés dans l'âge des sophistes, aboutit naturellement à la constitution de la théorie des blées platoniciennes.
L'évolution était d'autant j)lus naturelle qu'Anaxagore avait moins limité le nond)re des espèces qu'il concevait comme correspondant aux phénomènes : étendre son explication à tous les domaines de la pensée, au lieu de la restreindre aux faits de la sensation, voilà ce que lit IMaton.
Je ne crois (huic pas m'i'tre trop a^■ancé en disant (pie la théorie d'Anaxagore sur la matière est nn facteur essentiel des conceptions platoniciennes, et qu'il est inchspensable d'en tenir conq)te pour envisager ces concept i(»ns sous toutes leurs faces.
II. Les irulicalions c[ue j'ai essayé de donner sufliront, je l'espère, à mes lecteurs, et je crois inutile d'insister. Toutefois, je ne dois ]>as dissimuler, et ceci ])rouve })récisément l'originalité de IMaton, que, tandis ([u'il extrayait de la doctrine d'Anaxagoie ce que celle-ci [louvail hii donnei*, il entrait dans de tout autres voies pour élaborer sa {)r()pre concept icm de la matière.
La science du Llazoménien fut bien vite surannée; Platon, d'ailleurs, subit incontestablement l'influence des pythagoriens, mais moins sous le ra|)port de la doctrine générale que des théories particulières: dans son Tiniée, il a essayé un très curieux compromis entre la négation du vide et rhy])othèse des atomes.
Il considère comme des conq)osés les éléments matériels, amenés au nond)re fixé })ar Empédocle; pai' un reste assez singulier du dualisme pytfiagorien primitif, il admet que trois de ces éléments peuvent se convertir les uns dîins les autres; la terre, au contraire, l'élément solide par excellence, n'est pas susceptible de transformation; dès lors, pour comj)oser les quatre éléments, il prend deux sortes de triangles, ([ui sont en réalité de véritables atomes.
Seulement, au lieu de concevoir ces atomes, ainsi que Leucippe, sous forme de petites masses globuleuses isolées, Platon les représente comme ayant une dimension négligeable par rapport aux deux autres, assimilables par suite à des plans de formes géométriques et de difTérentes grandeurs, en sorte qu'on puisse se figurer
qu'ils remplissent tout l'espace. Son disciple Xénocrate transforma cette conception en substituant, aux surfaces atomes de son maître, des lignes atomes; mais il est bien clair, en tout cas, que l'insécabibté de ces lignes ou de ces surfaces doit être conçue au point de vue physique, nullement au point de vue géométrique. D'autre part, la condition de remplir tout l'espace ne peut être satisfaite qu'en supi)osant que les dimensions de ces indivisibles sont susceptibles de descendre au-dessous de toute grandeur donnée. Si le Timée était perdu, on s'en ferait une singuHère idée en étudiant la polémique d'Aristote. Et cependant, c'est le disciple de Platon, et si, sur bien des jKunts, il n'a pas suivi les évolutions du Maître, il nous a souvent gardé, en se l'appropriant, un moment de sa pensée.
C'est dire qu'il ne faudrait pas s'attendre à voir Anaxagore mieux expHqué par Aristote que ne l'est Platon, quand même le Stagirite eût fait au Clazoménien des emprunts directs. A quel point il a défiguré la conception de la matière de ce dernier, on l'a vu ; et pourtant, dans sa propre théorie, on reconnaît encore un écho très affaibli de la doctrine méconnue. Toutefois, elle n'intervient qu'avec deux autres éléments distincts et prépondérants : d'une part, les déterminations d'Empédocle; de l'autre, des concepts purement i)latoniciens. Le compromis entre ces trois facteurs porte d'ailleurs la marque du maître d'Aristote, et quoique celui-ci V ait apporté sa précision ordinaire, cette combinaison peut bien sembler une de celles où il répétait surtout les paroles
de Platon.
Les quatre éléments d'Empédocle sont éternels et inaltérables; ceux d'Aristote, au contraire, se transforment les uns dans les autres. Ce ne sont donc point des principes; comme tels, le Stagirite énonce trois véritables abstractions : la matière, l'espèce (ou forme) et la privation.
Si le dogme ionien de l'unité de la matière se retrouve ainsi derrière ces abstractions, il y a opposition flagrante avec le principe d'Anaxagore, puisque celui-ci n'admet pas la privation comme possible, ce en quoi il a, d'ailleurs, théoriquement raison. Mais, si nous nous demandons quelles espèces, par leur présence ou leur absence, constituent les diverses formes élémentaires, nous retrouvons ces mêmes couples de qualités qui jouaient le principal
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rôle pour le Clazoménien : le chaud et le froid, le sec et l'humide. Ainsi le feu est chaud et sec, l'air chaud et humide, l'eau froide et humide, la terre froide et sèche; c'est par les échanges de ces qualités que la transformation des éléments peut s'accomplir; mais elles sont tout abstraites; et d'ailleurs aucune loi de ces transformations ne se trouve indiquée.
12. On sait le lonjz; trioniphe de cette théorie formée d'éléments disparates; il sulïit de remarquer qu'au point de vue scientifique elle est très inférieure à celle d'Anaxagore; aussi doit-on regretter que ce ne soit pas cette dernière que la science antique ait eu à mettre à l'épreuve, au lieu de se mouvoir dans le cadre étroit de la symétrique construction d'Aristote.
Cette dernière ne permet aucune combinaison mathématique effective; son infécondité à cet égard est malheureusement trop prouvée a posteriori pour que j'aie à insister sur ce point.
La réunion constante des qualités opposées, telle que la professait Anaxagore, satisfaisait au contraire aux conditions scientifiques, car elle a pour conséquence qu'il faut toujours uniquement considérer la résultante des deux tendances opposées, et l'on se trouve dès lors bientôt aux mêmes points de départ que la science moderne pour l'explication des phénomènes.
La séparation absolue des qualités opposées et leur association arbitraire avec telles ou telles autres étaient un retour, avec de nouvelles erreurs en sus, aux premières ébauches des théories pythagoriennes. C'était la consécration du système d'expHcations vagues et illusoires déjà en vigueur chez les médecins de l'époque; car ce sont eux qui ont, les premiers, abusé des qualités élémentaires, comme on devait si longtemps continuer à le faire d'après Aristote. Avec la théorie de ce dernier, ces qualités élémentaires deviennent de véritables êtres de raison, auxquels on attribue les propriétés les plus diverses et le mode d'action le plus fantastique. Le nombre des combinaisons logiques possibles se réduit au minimum et, comme elles doivent suffire à expliquer l'infinie variété des phénomènes, on a recours à d'étranges artifices en s'écartant de plus en plus de fobservation et de l'expérience.
Mieux eût valu, certes, au lieu de ce bizarre compromis entre des conceptions essentiellement différentes, s'en tenir fidèlement
au plurahsme décidé que professait Empédocle et ne pas chercher, dans les accouplements arbitraires des quahtés élémentaires, une preuve a priori qu'il doit y avoir quatre éléments et qu'il ne peut y en avoir davantage. Si grossière que fût la première approximation d'Empédocle, il y avait, dans ses idées, un point de départ pour l'étude des combinaisons chimiques; les éléments d'Aristote, avec leurs qualités prétendument immuables en soi, ne sont plus un sujet d'expérience, mais de véritables fictions dont le fantôme hantera, pour des siècles, le cerveau des pionniers de la science. Quand enfin celle-ci aura pu s'en débarrasser, après quelques tâtonnements incertains, l'antique doctrine de Leucippe apparaîtra comme le seul port de salut; le trait de génie d' Anaxagore restera oublié, et ses idées seront condamnées à attendre dans l'oubh qu'on tente de les soumettre à leur tour à l'épreuve de nos théories.
DOXOGRAPHIE D'ANAXAGORE.
I. Théophr., fr. i [Simplic. in pliijsic, G b, Vors. 383, 37-384, h))- — De ceux qui admettent des principes en nombre infini, les uns les supposent simples et homogènes; les autres, composés, hétérogènes, contraires et caractérisés parce qui y préc/omine.- Anaxagojo, fils d'Hégésiboulo, de ClaV.omènc, après avoir suivi la philosophie d'Anaximèiie, fut le premier à réformer les opinions touchant les principes et à les compléter par la cause qui faisait défaut. D'un coté, il multiplia à linfini les principes corporels; en effet, tous les homéomères, comme l'eau, le feu ou Vor, seraient inengendrés et impérissables; ils paraîtraient naître et se détruire par suite de simples compositions et décompositions, tous étant dans tous, et chacun étant caractérisé par ce qui ij prédomine; ainsi ce qui paraît comme or contiendrait de Vor en grande quantité, mais tous les autres principes ij coexisteraient également. Anaxagore dit en effet : « Dans tout il y a une part de tout » et « chaque chose est, pour l'apparence, ce dont elle contient le plus. » Théophraste dit qu'en cela Anaxagore se rapproche d'Anaximandre; il dit en effet que, dans la décomposition de r« infini », les similaires se réunissent, que la formation de l'or ou de la terre fut possible, parce qu'il y avait dans l'univers de l'or et de la terre; de même, pour chacune des autres choses, il n'y aurait pas eu naissance, mais préexistence dans le tout. D'autre part, Anaxagore, comme cause du mouvement et de la genèse, posa l'intelligence, grâce à laquelle la séparation engendra les mondes et la nature des divers êtres. A le prendre ainsi, dit Théophraste, il semblerait admettre les principes matériels en nombre infini, comme on l'a dit, mais, pour le mouvement et la genèse, une cause unique. Si donc on considère le mélange de toutes choses comme une seule nature
TANNERY
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indéterminée de forme et de grandeur, ce qu'il paraît vouloir dire, il n'aurait de fait reconnu que deux principes, la nature de !'« infini » et l'intelligence; de sorte que, pour les éléments des corps, il se rapprocherait tout à fait d'Anaximandre.
± Théophu., Ir. 19 (Aétius II, 19- — ^o^s. My>., 39). — Anaxagore, dit ïhéophraste, attribue aussi la défaillance de la Lune à ce que parfois il y aurait interposition de corps situés au-dessous d'elle.
3. Théophu, fr. 23 {Ale.v. iti ineteor., \)i a. — Voi-s. 39i, 37-41). — H y a sur la mer une troisième opinion, que l'eau filtrant à travers la Terre et la lessivant devient salée, parce que la Terre renferme de pareilles saveurs; on en a donné comme preuves les mines de sel et de nitre, et les saveurs acres (des eaux) que l'on rencontre en différents endroits de la Terre. Cette opinion fut soutenue par Anaxagore et Mctrodore.
-i. Philosopuum. 8 (Vors. 38i. 25-385, 28), — i Après Anaxiniène vient Anaxagore, fils d'IIégésiboule, de Clazomcne. 11 dit que le principe de l'univers est l'intelligence et la matière, l'intelligence comme agent, la matière comme passive. Car toutes choses étant confondues, l'inteUigence survint et les ordonna en les séparant. Les principes matériels sont en nombre infini et en même temps d'une petitesse infinie. — x Tout en général participe au mouvement dû à l'intelligence et les semblables se sont réunis. L'ordonnance du ciel résulte du mouvement circulaire; le dense, l'humide, l'obscur, h- froid et, en général, tout ce qui est lourd, s'est réuni vers le milieu et s'y est figé, ce qui a formé la Terre; les contraires, le chaud, le lumineux, le sec, le léger, se sont portés vers le haut de l'éther. — 3 La forme de la Terre est plate; elle reste suspendue par suite de sa grande largeur et parce qu'il n'y a pas de vide; l'air est dès lors assez fort pour supporter la Terre. — 4 Le liquide de la Terre a formé d'une part la mer et de l'autre les eaux intérieures; une partie a donné naissance à des vapeurs qui sortent aussi du cours des fleuves. — 5 Les fleuves sont alimentés tant par les pluies que par les eaux que renferme la Terre; car elle est creuse et contient de l'eau dans ses cavités. Le Nil grossit en été par les eaux qui descendent de la fonte des neiges d'Ethiopie. — 6 Le Soleil, la Lune et tous les astres sont des pierres incandescentes entraînées par la révolution de l'éther. Le Soleil et la Lune sont au-dessous des astres, et il circule aussi au-dessous des corps qui nous sont invisibles. — 7 La chaleur des astres n'est pas sensible, à cause de leur grande distance de la Terre; ils ne sont pas d'ailleurs aussi chauds que le Soleil, parce qu'ils occupent une région plus froide. La Lune est plus basse que le Soleil et plus voisine de nous. — (8) Le Soleil surpasse le Péloponèse en grandeur. La Lune n'a pas de lumière propre; elle est éclairée par le Soleil. Les astres tournent en passant sous la Terre. — (9) Les défaillances de la Lune sont dues à l'interposition de la Terre et parfois à celle de corps inférieurs à la Lune; le Soleil s'éclipse aux nouvelles lunes, par suite de l'interposition de la Lune. Les retours (aux
tropi(iues) du Soleil et de la Lune sont occasionnés par la résistance de l'air; ceux de la Lune sont plus frécpients parce quelle ne peut aussi bien triompher j,i (,.„i(l. — (10) Anaxagore a le premier déterminé ce qui concerne les éclipses et les phases; il a dit que la Lune est une terie et qu'elle présente des plaines et des précipices. La Voie lactée est l'effet de la lumière des astres qui ne sont pas oiîus(iués par le Soleil. Les étoiles filantes sont comme des étincelles qui sautent par suite du mouvement du ciel. — (11) Les vents proviennent de l'air dilaté par le Soleil et des embrasements qui montent vers le ciel et (lui dèsceiulent. Le tonnerre et les éclairs sont dus au chaud qui tombe sur les nuages. — (r.>) Les tremblements de terre sont occasionnés par l'air supérieur tombant sur celui qui est au-dessous de la Terre; celui-ci étant mis en mouvement, la Terre qu'il supporte est ébranlée. Les êtres vivants sont d'abord nés de l'humide, et après cela, les uns des autres; les mâles se produisent (jua.ul la liqueur séminale, venant du coté droit, s'attache à la partie droite de la nu. hic.'; pour les femelles, c'est le contraire. — (i3) 11 florissait Ol. 88,1, l.inps où l'on dit que naquit Platon [1]. On attribue des prédictions à Anaxagore.
5. ÉpiPUAN.:, m, 4 (Dox. 589). — Anaxagore, fils d'Hégésiboule, de Cla/omène, a dit que les principes de toutes choses sont les homéoméries.
6. ÎIehmias, 6 (Dox. 652). — Lorsque Anaxagore me prend, voici ce qu'il m'enseisne : « L'intelligence est principe de toutes choses, cause et maîtresse de lunivers, elle donne l'ordre au désordonné, le mouvement à l'immobile, sépare ce (pii esl mêlé, lait un monde de ce qui est confus. « Vn tel langage me plaît et j'adopte cette opinion.
7. CcKHoN [Dedeor. nal., I, 11. - Vors. 388, 6-1I). — Puis Anaxagore, qui reçut les enseignements d'Anaximène, a le premier attribué la distinction et l'ordonnance de toutes choses à l'action raisonnable d'une intelligence infinie. Il iia pas vu qu'il ul- peut y avoir dans l'infini de mouvement joint et inhérent à un sentiment, ni pas davantage de sentiment que n'éprouverait pas la nature tout entière. D'autre part, s'il a voulu que cette intelligence fût comme un être animé, il y aura quelque chose d'nitérieur, d'après (pioi cet être animé sera nommé. Or. qu'y a-t-il de plus intérieur'que l'intelligence ? Tl faut donc l'entourer d'un corps extérieur. Mais cela ne lui plaît pas, et son intelligence, pure et sans mélange, sans adjonction de ri.'u qui puisse lui procurer un sentiment, paraît dépasser les forces de notre pensée.
S. AK.iUs, I (Vors. 387. 8-21). — 3. Anaxagore, fils d'Hégésiboule, de Clazomène, a aflirmé que les homéoméries sont principes des êtres. Il lui a
[1 Cf. supra, p. ',8, et n. 1 : cette date est inadmissible pour ïacnié d'Anaxagore, étant celle de sa mort. Diels modifie ici le texte de façon à lui faire dir ■ : « il florissait en.... et mourut 01. 88, i », correction que Paul Tannery acceptait certainement d'avance.]
paru tout à fait inexplicable que quelque chose devînt du non-être ou pérît en non-être. Or, nous prenons une nourriture qui a une apparence simple et uniforme, soit le pain, soit l'eau. De cette nourriture s'alimenlent les cheveux, les veines, les artères, la chair, les nerfs, les os et toutes les aulros parties. Il faut dès lors confesser que, dans la nourriture que nous prenons, coexistent Joutes choses, et que toutes choses peuvent, par suite, s'en auiçmenter. Ainsi cette nourriture contient des parties génératri.-.s de sang, de nerls, «l'os, etc., parties qui ne sont recounaissables que par la raison; car il ne faut pas (oui réduire aux sens, qui nous montrent .[ue le pain et l'eau forment ces substances, mais reconnaître par la raison qu'ils en contiennent des parties. De ce que ces parties contenues dans la nourriture sont scmblaDlrs aux substances qui en sont formées, il les a appelées homéoméries et a airirn.é que c'étaient là les principes des choses, 1rs homéoméries comme matière, et l'inteHigence qui a ordonné l'univers comme cause eiriciente. Il débute ainsi : Toutes choses étaient ensendd.-, l'intelligence les a séparées et ordonnées. Il faut l'approuver <le ce qu'à la matière il a ajouté l'artisan.
9. Heraclite (Allêi;. homér., i? | Dox. 9i|). — Anaxagore de Cla/omène, q.ii par succession appartient à l'école de Thaïes, ajouta à l'eau comme second élément la terre, pour que l'union du sec et de l'humide produisît par tempérament la concordame des natures opposées. L'origine de cette opinion remonte aussi à Homère, (pii a fourni à Anaxagore le germe de son idée, en disant :
Mais piiissioz-vous tous devenir terre et eau !
En effet, tout ce qui provient de certains éléments s'y résout également par la destruction, comme si la nature redemandait à la lin le prêt qu'idle a fait à l'origine. Aussi Euripide, sectateur des dogmes d'Anaxagore, dit :
« Ce qui est né de la terre retourne à la terre, ce qui a germé de la semence éthéréc retourne à l'éther. >-
[Cf. Ihénéf., C. Uœr., II, l i | Vors. -^98. ?.5] . Anaxagore, qui fut surnommé l'athée, dogmatisa que les animaux sont nés de semences tombées du ciel
sur la terre.)
10. AÉTius, I iVors. 3H8, 1 . — 7. Anaxagore dit que les corps existaient au commencement, mais que l'intelligence divine les a ordonnés et a produit la genèse de toutes choses. -- Anaxagore : Dieu est l'intelligence qui a fait le monde. — 9. (Théodoret) La matière est sujette aux modifications, aux changements et à l'écoulement. — 14 [S^S, /i ). Les homéomères ont toutes sortes de formes. — 17 (3^8, 35). D'après Anaxagore et Démocrite, les mélanges se font par juxtaposition des éléments. — ■ 24. Empédocle, Anaxagore, Démocrite, Épicure et tous ceux qui forment le monde par réunion de corps très ténus, introduisent des compositions et des décompositions, mais n'admettent pas, à proprement parler, la genèse ni la destruc-
tion; car elles n'auraient pas lieu suivant la quahté par changement, mais suivant la (luantité par réunion. — 29 (390, ri\. Anaxagore et les Stoïciens : Le hasard est une cause obscure pour la raison humaine; les événements sont dus soit à la nécessité, soit à la destinée, soit au libre choix, soit au hasard, ou se pro.luisent d'eux-mêmes. Le hasard est un nom donné à l'action non coordonnée.
11. AÉTIUS, II (Vors. 390, 2, 10, 16-20). — I. Anaxagore : Le monde est un. /,. Il est périssable. - - 8. Diogène et Anaxagore ont dit qu'après la formation du monde et la production des animaux de la Terre, le monde s'est incUné de lui-même vers le Mi<li, peut-être par un effet de providence, pour que les différentes parties du monde devinssent les unes habitables, les autres inhabitables suivant l'excès ou le tempérament de la chaleur et du froid.
12. AÉTiLs, II. — i3 (Vors. 391, 26). Anaxagore : L'éther environnant est igné par essence et la force de son mouvement révolutif a détaché <le la terre des pierres <iui, rendues incandescentes, ont formé les astres. — 16 (39.), ',1). Anaxagore, Démocrite, Cîéanthe : Tous les astres se meuvent d'Orient en Occi<lenl. — 20 (391. 29-32). Anaxagore, Démocrite, Métrodore : Le Soleil esl uur niasse ou une pierre incandescente. — 21. Anaxagore : 11 est plus grand que le Péloponèse. — 22. Les retours du Soleil sont dus à la résistance de l'air vers le Nord; cet air poussé par le Soleil et se condensant devient assez fort pour réagir. — 25 (392, 26). Anaxagore, Démocrite : La Lune est un corps solide incandescent qui renferme des plaines, des monta-nes et des vallées. -- 28 (392, 34). Anaxagore : Elle est éclairée par le Soleil. — 29. (Voir Doxog. de Thaïes, 12.) — 3o (392, 3o). L'aspect de la Lune est dû à l'inégalité de la formation du mélange de froid et de terrestre; elle a des parties élevées, d'autres basses, d'autres creuses.
13. AÉTIUS. ni Vors. 393, 8. 14, '25, 35, 411. — I. Anaxagore : La Voie lactée correspond à la partie du ciel où tombe l'ombre de la Terre, lorsque le Soleil passe au-dessous oL n'éclaire pas tout autour. — 2. Anaxagore et Démocrite : Les comètes sont formées par le concours de deux ou plusieurs étoiles dont les lueurs se réunissent. — 3. Anaxagore : Lorsque le chaud tombe sur le froid (c'est-à-dire la partie éthérienne sur l'aérienne), Je bruit produit le tonnerre, la coloration contre la noirceur de la nuée donne l'éclair, la quantité et la grandeur de la lumière font la foudre, le feu plus corporel le typhon, celui qui est mêlé de nuée, le prestère. — 4- Anaxagore explique les nuages et la neige comme Anaximène; pour la grêle, il pense que lorsque, des nuées congelées, il y a chute vers la Terre de parties déjà refroidies, elles s'arrondissent par la longueur de la descente (?). - 5. Anaxagore : L'arc-en-ciel est -m reflet de la lumière solaire sur un nuage épais, qui se montre toujours en face de l'astre réfléchi. Il explique d'une façon send)lablc les parhélies que l'on observe sur le Pont-Euxin.
li. Aktils, m (Vois. M)U >'>, \\f. — l'i. Anaxagoro : Los tremhlemcnts (lo torre sont dus à la pénétration pur on dessous de lair qui rencontre la siirl'aoo solid«; et, no pouvant so dégager, ébranle tous los alontours. — iC. Les eaux slagnantos à l'origiiK' oui été chauffées par le Soleil dans sa course et, la partie plus subtilo (?) ayant été évaporée, lo reste est devenu salé et amvv. — IV, I [Ufi, I ). La crue du Nil vinit do la noigo qtii se formo en hivor dans rÉlliiopio ot qui tond en été.
i:i. Aktu s, IV (Vors. 39G. 5-7). — 3. L'àme est do nature aérienne. — 5. Pythagore, Anaxagoro, Platon, Xénocrate, Céantho : L'intolligonce s'introduit on venant du doliors. - \) (39'i, 23). A. Les sens sont trompeurs.
(Voir Dosog. dePannénide, i\.) - ( IgO. i5> Toute sensation est accompagnéo do poino. — 19 ( Î97. 3o). La voix se produit par lo ohoo du soulHo sur c(^ qu'il y a dr ïrrxnr dans l'air; vo olioc est suivi d'un niivoi vois los oroillos. C'osI de la rnoinr laooi» quo so produit l'ôolio.
l(). Aktils, V. — 7. (Voir Doxog. de Pannénide, i5.) — 19 ^SgS, 8). Suivant Anaxagoro ot Kuripido : « Kion (U^ ce qui est no niourt, mais la dispersion çà ot là lo nmntro sous d'autres l'ormos. » - 20 (397, 7^. Anaxagoro : Tous les animaux possè«lonl 1.- logos do l'acte, mais non colui de la parole, qui ost commo l'inJolligonco ot ((u'on appollo lintoiprôto do celle-ci. — 2). (397, i5) Lo sommeil arriv»' parla latiguo do l'action oorporelle; car c'est un offot corponi, non psychicfuc; la moit ost la séparation de l'àme.
17. Ci-NsoiuNLs (Vors. 397, 39-398, G). — :"). [Voir p. 9ij et 243.) —G. Anaxagoro penso (quo la partie qui so forme la promièro dans l'embryon) est le cerveau d'où dépomlont tous los sons. — Anaxagoro et Empédoclo sont tl'aocord pour diro (ju»' los nulles naissent iU^ la sonuMU-o vouant du côté droit, les l'omellos do colle qui vient .lu t ôté gaucho. — Anaxagoro croit que les oniants ressond)Ient à celui des doux parents qui a l'ourni le plus de
semonce.
FRAGMENTS [i].
1. Toutes choses étaient confomluos onsombl(\ infinies en nombre et en petitesse; car l'infiniment petit existait. Mais, toutes choses étant ensemble, aucune n'apparaissait, par suite de sa petitesse; tout était occupé par l'air ot par l'éthor, qui sont tous deux infinis; car de toutes les choses, ce sont celleslà qui l'emportent par le nombre ot par le voljuno (1).
'i. Va eu elVel l'air et l'éthor so dégagent de la masse (jvu nous environne, et cette masse est inlinio vi\ quantité (2 >.
3. Cela étant ainsi, il faut croire (jue dans tous los composés coexiste un graïul nond)ro de (parties) de toute sorte, germes de toutes choses et ayant des formes, dos couleurs et des saveurs do tout genre ( 4. init.).
\\. Les chiIVres gras, entre parenthèses, renvoient aux numéros des fragments dans Diels, p. 399-110]
A. Avant la distinction, toutes choses étant confondues ensemble, aucune couleur n'apparaissait; il y avait empêchement par suite du mélange de toutes les choses, de l'humide et du sec, du chaud et du froid, du lumineux et de l'obscur, de la terre en grande quantité et des germes en nombre infini n'ayant aucune ressemblance entre eux; car des autres choses aucune ne ressemble à l'autre. Cela étant ainsi, il faut croire que dans tout coexistent toutes choses (4, p. 4oi, 10-17).
5. En tout il y a une part de tout, sauf du iwùs; mais il y a des êtres où le nous existe aussi (11).
6. Les autres choses participent de tout; seul le nous est infini, agissant par lui-même, sans mélange avec aucune chose; il subsiste seul isolé à part soi. Car s'il n'était pas à part soi, mais mêlé à quelque autre chose, il participerait de toutes choses, en tant que mêlé à celle-là, puisqu'on tout il y a une part de tout, ainsi que je l'ai déjà dit; et ce mélange l'empêcherait d'actionner chaque chose, comme il peut le faire, étant isolé à part soi. C'est, de toutes choses, ce qu'il y a de plus subtil et do plus pur; il possède toute connaissance de tout et sa force est au plus haut degré. Tous les êtres animés, grands et petits, sont actionnés par le nous; mais, dès le commencement, c'est lui qui a produit la révolution générale et en a donné le branle. Tout d'abord cette révolution n'a porté que sur peu de chose, puis elle s'est étendue davantage et elle s'étendra encore, toujours de plus en plus. Ce qui est mêlé, ce qui est distinct et séparé, le nous en a toujours eu connaissance complète; il a tout ordonné comme il devait être, tout ce qui a été, est maintenant et sera plus tard, et aussi cette révolution même qui entraîne les astres, le Solod, la Lune, l'air et l'éthor, depuis qu'ils sont distincts. C'est cette révolution qui a amené leur distinction, et qui distingue aussi le dense du dilaté, le chaud du froul, le lumineux de l'obscur, le sec de l'humide. Il y a beaucoup de parts dans beaucoup de choses; mais il n'y a jamais distinction complète, séparation absolue entre une chose et une autre, sauf pour le nous. Tout le nous est semblable, le plus grand et le plus petit; il n'y a, par ailleurs, aucune chose qui soit semblable à aucune autre, mais chacune est pour l'apparence ce dont elle contient le plus (12).
7. Quand le nous a eu commencé à mouvoir, dans tout ce qui a été nui il y a eu distinction; jusqu'où s'étendait le mouvement dû au nous, jusque-là s'est étendue la séparation; mais la révolution des choses ainsi mues et séparées les a fait se séparer encore davantage (13).
8. Le dense, l'humide, le froid, l'obscur se sont concentrés là où est maintenant la terre; le dilaté, le chaud, le sec et le lumineux se sont retirés vers le haut de l'éther (15).
9. De ce qui s'est ainsi séparé, la terre reçoit sa consistance solide; car. par le froid, l'eau se dégage des nuées, la terre de l'eau, les pierres se concrétionnent de la terre, en s'écartant davantage de l'eau (16).
10. Dos hommes se sont formés, ainsi quo tous les autres êtres vivants qui ont une âme; ces hommes ont des villes qu'ils habitent et des champs qu'ils cultivent comme nous; ils ont le soleil, la lune et le reste comme nous; la terre leur produit en abondance toutes sortes de plantes; ils récoltent les plus utiles et s'en servent pour leurs besoins (^). J'ai dit cela sur la séparation, parce que ce n'est pas seulement pour nous qu'elle a dû se faire, mais elle a dû avoir lieu ailleurs (4, p. 4oi. i-Gl.
11. C'est ainsi que les choses eu révolution se séparent parla force de la vitesse. Car la force est produite par la vitesse, et leur vitesse ne ressemble en rien à celle des choses qui sont maintenant chez les hommes; elle est multiple à un haut de,gré [9] [-).
12. Le nous se trouve certainement, maintenant comme toujours, là où sont toutes les autres choses, dans la masse environnante, dans les choses séparées et dans celles qui se séparent ( li).
13. Les choses ([ui sont dans le monde uni(jue ne sont pas isolées; il n'y a pas eu un coup de hache pour retrancher h» chaud du froid ou le froid du chaud (8).
li. Après cette séparation de toutes choses, il faut savoir que le tout n'est en rien ni plus grand ni ph:s petit. Car il n'est pas possible qu'il y ait plus que le tout, mais le tout est toujours égal à lui-même (5).
15. Par rapport au petit, il n'y a pas de minimum, mais il y a toujours un plus petit, car il n'est pas possible que l'être soit anéanti par la division. De même, par rapport au grand, il y a toujours un plus grand, et il est égal au petit en pluralité, et en elle-même chaque chose est à la fois grande et petite (3).
16. Et comme il y a, en pluralité, égalité de sort entre le grand et le petit, il peut, de la sorte, y avoir de tout en tout, et rien ne peut être isolé, mais tout participe de tout. Puisqu'il n'y a pas de minimum, il ne peut être isolé et subsister à part soi, mais, encore nuiintenant comme au commencement, toutes choses sont confondues. En tout il y a pluralité et, dans le plus grand et dans le moindre, toujours égalité de phiralité des choses distinctes (6).
17. Les Hellènes ne jugent pas bien du devenir et du périr; car aucune chose ne devient ni ne périt, mais elle se mêle ou se sépare de choses qui sont. Ainsi on dirait à bon droit « se composer » au lieu de « devenir » et « se décomposer » au lieu de « périr » (17).
(^) Anaxagore paraît, dans ce fragment, parler de la Lune ou d'un autre monde (Simpl. m Phys., 35).
{-) Ce fragment se rapporte à l'organisation qui continue à s'étendre au delà du ciel, la révolution générale gagnant toujours de plus en plus; c'est ce que marquent encore les derniers mots du fragment suivant.
CHAPITUE XIII.
ExMPÉDOCLE IVAGIUGENTE.