‹ Pour l'histoire de la science hellène [microform]Chapitre 7 sur 90 · J'appelle proprement Science Hellène celle q„i naquit et · texte numérisé non relu

J'appelle proprement Science Hellène celle q„i naquit et

g-andit dans les pajs de langue erecaue nendnn I. • f

,, . ... o fe"-i-4"e) penaant la période

d enyu-on tro.s s.ècles qu'embrasse leur histoire, depuis l'époque ou .«.ssent les âges légendaires jusqu'à celle où les conquêtes d Alexan,Ire agrandissent démesurément le domaine de l'hellén.sme et provoquent, dès lors, sa complète transfornuuion

Cette pèr.ode, qu'au restejl serait vain de vouloir limiter entre des dates précises, présente, en elFet, des caractères aussi nettement tranchés pour l'histoire scientifique, que pour l'histoire politique, littéraire ou philosophique. Lorsqu'elle s'ouvre il nV a encore m science n. même aucune idée de ce que peut ou doit être la science; lorsqu'elle se ferme, deux immortels monuments sont debout, deux modèles devant lesquels toute l'antiquité s'inclinera désormais : les œuvres d'ilippocrato pour la médecine; celles d Aristote pour toutes les sciences physiques et naturelles bien plus, pour 1 universalité des connaissances théoriques les mathématiques mises à part. '

Au même temps, et ce n'est pas une des moindres raisons pour clore cette période, deux disciples d'Aristole, Théophraste et

de. ., n„osopl.,c en hnmcc (Pour rhùtoire de la Science Hellène) co. rendu de l'aulcur, p. ius-V.Sl. '-••■''nej coi

toire compte

TANNERY

FAidcnie, écrivai<'nl pour la première fois des histoires des sciences, en sorte que les renseignements que nous possédons sur les précurseurs, soit de leur maître, soit des grands matlicniaticiens de l'Age suivant, proviennent surlout de ces ouvrages histori(pies, malheureusement perdus. J)ès lors, les règles de criti(pie à appliquer [)our la restitution des travaux de tous ces penseurs présentenl une singulière uniformité, tandis qu'on doit les mo<lilier [)nur les temps postérieurs, soit j)arce que les sources n'ollrenL |)lus le méuie caractère, soit parce que les concepts élucidés par Arislote ont désormais ac(piis une forme et une précision (pi'on doit leur dénier auparavanl.

2. J'ai parlé des grands mathématiciens de l'Age suivant, c'est-à-dire de la période alexandrine, à laquelle on peut, comme à la ])réeédente, assigner une durée d'environ trois siècles, celle de la dynastie des Ptolémées en Egypte. Si, en elli^t, cette période est aussi hien délimitée, pour la politique et la littérature, (jue l'Age hclU^nc propreuient dit, elle est surtout remarquahh', au point de vue scientifique, par ra])pariti(m des plus grands géomètres de l'antiquité, comme aussi par celte circonstance que les écrits scieutilicpies, qui en suhsistent encore, sont exclusivement mathémati(jues.

Au contraire, de l'Age antérieur, il nous reste à peine un seul fraguKMit géométrique ('). Mais nous ne devons pas nous y tromper; les sciences abstraites avaient, dès lors, grandi autant et l>lus que les sciences naturelles, et la vérité est que les théories exposées dans les ouvrages d'Euclide et d'Apollonius qui subsistent encore en grec, leur sont en réalité bien antérieures. Seulement, les perfectionnements apportés à ces théories, soit dans le tond, soit dans la forme, ont fait oublier, et cela de très bonne heure, tous les traités précédents sur la matière, quelle qu'en ait pu être la valeur.

(') Celui (l'Hippo.ratc de Cliios sur la quadrature des lunules, conservé, d'après Euderne, par Sin.plicius. ( Voir l,« textr qur j'ai d.mnr. Mémoires de la Société des Sciences phys. et nat. de Bordeaux, V,. p. ,79-,87. .883, [reproduit dans Paul Ianniky, Mémoires scie ntiriij nés, publiés par J. H. Heiherjï et U. C. Zeutlicn, t. I, Sciences exactes dans l'antiquité w^ a'), (Toulouse, Edouard Privât, Paris, Gaulliier-Villars, 191 1)].

Le développement des mathématiques pendant l'Age hellène fut précisément assez considérable pour les constituer en spécialité et pour obliger désormais ceux qui voulurent les faire progresser à s V consacrer exclusivement. Au iv^ siècle avant notre ère, Eudoxe de Cnide, le grand géomètre et le grand astronome, est en même temps médecin, moraliste, législateur; et cet exemple n'a rien d exceptionnel : si Eudoxe est le type du soplûste accompli, l'universalité des connaissances et des capacités est, encore de son tenq>s, une prétention assez commune. Aux siècles suivants rien de semblable : les géomètres se renferment dans leur science i)ure ou n'en sortent que pour étudier les applications, à la mécanique par exemple, comme Archimède.

Les écrits scientificpies qui nous restent de la période alexandrtne, sont, d'ailleurs, loin de nous donner la mesure de l'activité nitellectuelle dont ils témoignent. Non seulement la géométrie s éleva, dans des ouvrages dont beaucoup sont perdus, au moins en grec, à une hauteur qu'il est aujourd'hui difficile d'apprécier exactement, mais qui, en tout cas, excite un juste étonnement; les autres domaines se rattachant aux mathématiques furent l'obiet de travaux considérables. C'est ainsi qu'Ératosthène assure à la géographie un fondement scientifique; qu'Ilipparque donne à 1 astronomie ancienne sa fc.rme définitive. Toutefois, ces génies créateurs sub.rent à leur tour le sort des géomètres de TAge /œllenc : Strabon et Ptolémée ont fait oublier leurs œuvres

En rcN anche, du côté de la physique et de l'histoire naturelle la science alexandrine n'acconq)lit aucun progrès réel; si la .n;;decine reste en honneur, les recherches théoriques s'arrêtent et 1 ceuvre d'Aristote semble suffire à la curiosité. 11 y a deux raisons a ce fait sini-ulier.

D'une pan, les connaissances acquises ne sont pas encore telles qu 11 puisse, c.nnne pour la médecine ou les mathématiques se c..„st.tuer des sciences indépendantes, exclusivement cultivées pour elles-mêmes; or, comme désonnais la philosophie est devenue un objet d'enseignen.ent réf^ulier, la physique n'en sera p us qu une partie subordonnée, après avoir fourni, jusqu'à Maton, les questions prédon.inanles dans les préoccupations des penseurs. Déso-mais, la logique et l'éthique ont passé au premier plan. ^

Mais ce n'est pas là la seule condition défavorable. Après Aristote, ridéal de la vie théoréticpie, la science pour la science, s'évanouit devant les tendances pratiques des nouvelles écoles qui surgissent et sedisputentla direction morale de la civilisation hellène. Epicuriens et stoïciens feront bien de la physique et même beaucoup; mais la position rpie [)rennentles [)remiers, — Tindinèrcnce vis-à-vis des diverses explications compatibles avec une hypothèse « /y/7'0/7 j^énérale, — est la négation même de la possibilité de loul progrès scienlificpie ; quant aux seconds, c'est le principe mcn^e de leur doctrine qui est hostile à la science. Ils s'en occuperoul, mais seulement pour satisfaire aux nécessités de l'enseignement, pour ne pas rester, à cet égard, en arrière des autres écoles. C'est à eux surtout qu'Aristote sid'Iil, quand ils ne remonlent |)as jus- (pi'à lléraelile : au moins l'écoh' (rÉpicure nous a-t-elle légué l'admirable poème de Lucrèce; du Portique, il ne nous est parvenu, pour la science, que des fragments sans importance et, sans doute, le reste n)éritait assez l'oubli (jui Ta recouvert.

3. A la suit(; des armées d'Alexandre, l'hellénisme a concjuis l'Orient; il j multiplie les centres de culture inlelh-cluelle; Alexandrie, Rhodes, Pergamc font pâlir l'éclat de l'antique cité d(! Minerv<*; mais celte brillante civilisation ne peut s'asseoir sur des institutions politiques couimunes et conformes à son génie. Peu à peu, elle perd son indépendance et doit se plier à la suprématie romaine; lorsque rKgy|)te des IHolémées succombe à son tour, lorsque Auguste fonde l'enq^ire, une troisième période s'ouvre qu'on peut ap[)eler grèco-romdine.

A son tour, elle euibrasse, elle aussi, trois siècles en nombre rond, jusqu'à la révolution politique et religieuse accomplie par Constantin; alors l'Orient hellénisé retrouve, de fait, son indépendance, mais en gardant l'unité d'un régime politique traditionnel. Le nouvel enqiire, ainsi constitué, reprend une vitalité qui désormais fait défaut à l'Occident latin; malgré les assauts des Barbares, il défendra son intégrité jusqu'à l'invasion arabe, pendant trois siècles encore, et, quoique ensuite amoindri de plus en ])lus, il prolongera son existence sénile jusqu'à l'aurore des temps modernes.

Mais il faut au plus tard clore l'histoire de la science antique au

moment où l'islamisme s'empare de la cité qui, depuis sa fondalion par Alexandre, avait toujours été le plus actif foyer de celte science. Et cependant il avait déjà cessé d'éclairer* le monde, tourné vers un autre pôle, avide d'une autre lumière. Encore assez vivace au iv^" siècle, l'hellénisme avait fourni pour son existence, contre la nouvelle religion, contre les institutions et les nueurs transformées, une lutte aussi longue qu'honorable; vers le milieu du VI' siècle, ses derniers représentants s'éteignaient et ne léguaient à leurs disciples, désormais tous chrétiens, que des enseignements inféconds. Fille de l'hellénisme, la science antique en partagea le sort; la nouvelle société ne voulait qu'une science chrétienne, et elle s'enferma dans la théolooie.

i. Le nom de période gréco-romaine, donné à l'Age mûr de la science antique, se réfère à l'état politique de ce temps, plutôt qu'à une iniluence directe des Romains. La Grèce conquise avait, couime on sait, fait à son tour la conquête de ses farouches vainqueurs, de bonne heure ils s'étaient mis à son école pour lui emprunter ses arts, sa littérature, sa philosophie et ses sciences; ce uiouvement nous a valu des poèmes immortels et aussi cette curieuse Histoire naturelle de Pline, que son auteur rêvait, sans doute, d'égaler à l'œuvre d'Aristote, mais dont il n'a pu faire qu'une immense compilation, souvent précieuse pour nous, souvent aussi bien peu utilisable, par suite du défaut d'indication précise des sources.

Mais cet elîbrt vers la science avorta bientôt et les Romains ne parvinrent même pas à se donner une littérature philosophique. Après un siècle de lutte, l'hellénisme étouffa, chez ses disciples, toute tentative de rivalité. Marc-Aurèle écrit en grec ses Pensées; l'âge des Antonins est celui de Ptolémée et de Galien ; c'est la le point culminant de la science gréco-romaine, qui cependant, vers la [\\\ du siècle suivant, nous présente encore Diophante et Pappus.

Ces noms montrent assez que les mathématiques et la médecine se maintiennent à la hauteur atteinte par la science alexandrine ; d'importants travaux de coordination sont accomplis. Toutefois, le génie créateur fait défaut et l'on cherche plutôt à reprendre et à refondre ce qui a déjà été élaboré, que l'on ne s'efforce de réa-

liser de nouveaux proj^ivs. Cet état statlonnaire est le sjmj)loine de la déeadence procliaiiie, (pn ne s'accusera que troj) tôt.

Quant aux sciences naturelles, la situation antérieure ne s'améliore pas; ce cpii est [)lus di^^ne de remarcpie, c'est la vicissitude que subit la pliilosophic.

\ itvs le comnicncenicnt de la période g^réco-romaine, le stoïcisme avait acqtiis, sur les autres écoles, une préénjinencc marquée; dès lors, son induence grandit de plus en plus et arrive à son a()oi;ée sous les Anlonins. Après eux, il disparaît subitement; les écoles qu'il avait si loii<;lemps cond)atlues, ne lui survivent pas; riicllèuismt' send)le sentir le besoin de concentrer ses forces contre \c Ilot montant du christianisme; Plotin et ses disci|)les immédiats occupent la scène du m* siècle et, après eux, il n'y aura plus qu'une seule philosophi<' hellène.

Pour se rendre un eouq)te exact de> raisons de celte vicissitude, il faut remarquer que le véritable mouvement stoïcien, celui fpii a trouvé sa plus [)ure expression dans K[)ictète, recouvrait, au fond, un rnouvement polilicpie; c'était, en réalité, la lutte.' de l'hellénisme sous sa forme la |)lus noble, adoptée par ce qu'il y avait de meilleur dans l'aristocratie romaine, contre les traditions violentes du césarisme. Mais, une fois vainqueur avec les Antonins, le stoïcisme se trouva im|)uissant devant la lâche immense cpii s'imposait à lui; la conscience et l'aveu de cette iuqniissance éclatent dans le beau livre de Marc-Aurèle; après sa mort, un elVondrement du système était inévitable.

En didiors de la scène polili(pie, le mouvement intellectuel avait déjà sourdeuient préparé l'avènement du syncrétisme plotinien. Dès la lin de la période alexandrine^ le stoïcisme avait lui-même subi une première évolution momentanée, grâce à la(|uelle précisément la prééminence lui avait été assurée. Sous rinlluence surtout de Panétius et de Posidonius, il était sorti de la voie étroite où l'avaient engagé ses fondateurs jusqu'cà Ghrysippe; il s'était ouvert à d'autres enseignements et avait pris un caractère éclectique se prêtant à tous les compromis de théorie, sauf avec les épicuriens.

Ceux-ci furent mis au ban de la philosophie; mais, en exceptant d'ailleurs aussi les sceptiques, cjui se perpétuèrent en une école fermée surtout recrutée parmi les médecins, les autres sectes

n'échappèrent point à ce mouvement qui tendait à effacer leur réelle distinction. Désormais, il n'y a plus de successio?i légitime, de chefs d'école reconnus, et tandis que maintenant les vrais stoïciens vont se désintéresser de plus en plus des spéculations étrangères à la morale, la foule des ,)enseurs qu'ils n'entraînent pas à leur suite, se retourne vers les anciens maîtres, Pythagore, Platon, Aristote. C'est là, au reste, un mouvement analogue à celui qui pousse les mathématiciens de la même période, et qui leur fait essayer de reprendre et de coordonner les travaux antérieurs.

Mais, quels que soient les noms dont puissent s'affubler les philosophes suivant leurs préférences particulières ou la nature spéciale de leurs études, ils ne peuvent cependant faire revivre les anciennes écoles ni retrouver l'esprit des siècles disparus. Ils sont de leur lenips et leurs efforts ne peuvent aboutir qu'à la constitution d'un vaste syncrétisme où tous les grands génies hellènes seront représentés comme ayant, à de très minces différences près, partagé les mêmes opinions et jeté les fondements d'une seule et même doctrine.

Dès l'aurore de la période gréco-romaine, le mot d'éclectisme est formulé; mais dès auparavant la tendance qu'il indique se prononçait des côtés les plus divers. Or, à ce mouvement, l'ancien stoïcisme surtout devait perdre, tout compte fait : sa logique n'est plus sérieusement défendue et disparaît devant celle d'Aristote; celui-ci, depuis Andronicus, gagne de plus en plus; le grandiose monument scientifique qu'il a élevé, est unanimement apprécié à sa haute valeur. Toutefois, IMalon reste le Maître par excellence, quoique de nombreux adeptes des doctrines propagées sous le nom de Pythagore, dans des écrits plus ou moins apocryphes, essaient d'élever au même niveau la gloire légendaire du mystique Sam i en.

Qu'un homme de génie vienne maintenant, à l'heure propice, donner une formule définitive à ce syncrétisme inconsciemment pré|)aré, une nouvelle philosophie sera fondée («) et elle ralliera

( ) Le nom iVecole d Alexandrie, que l'on applique d'ordinaire à cette philosophie, est assez peu justifié, .a ce qui la concerne, et devrait être réservé pour les littérateurs et savants contemporains des Plolémées. Quelle qu'ait été long.ne d'Ammonius Saccas et de Plotin, les plus illustres représentants de la

nécessairement toutes les forces vives de riiellénisnie, après la banqueroute du stoïcisme officiel. Mais celte profonde et remarquahle transfonnalion n'en sera pas moins insuffisante pour euipèclier le trioni])lie polilicpie du christianisme et l'ouverture d'une ère nouvelle.

5. Si, pour désigner cette nouvelle période, de Constantin à Iléraclius, on clierclie un autre terme que celui de décadence, qui est le vrai, on ne pourrait, je crois, mieux la (pialilier (ju'en disant : l'âge des commentateurs. C^ouimenter et conqjiler pour commenter, ce semble, en effet, être le seul but des travailleurs de ce temps, soit en sciences, soit en pliilosophie. Sans doute, ils ne sont pas les preuiiers à se livrer à rJnlerj)rèlation des vieux maîtres; ils ne font que suivre l'impulsion de l'époque précédente; mais désormais toute orioinalité fait défaut, la pure servilité s introduit. L(îs matières de l'enseignement ont pris un caractère traditionnel; ou ne peut plus sortir d'un cadre de pbis en j)lus restreint. Ce cadre, les anciens maîtres l'ont renq)li et l'on désespère de dire mieux qu'eux; il s'agit seulement d'explicpier et de laiie bien comj)ren(ht' ce qu'ils ont dit.

-Malliémalicpies ou pliilosojjliie, que ce soit Tliéon d'Alexandrie ou Eutocius, (pie ce soit Jamblique ou Proclus, Simjdicius, Philopon ou 01ym[)iodore (•), l'impression générale que |)r()duisent leurs écrits est toujours la même; le but est d'enseigner une science existante (et (pii se perd de plus vn plus ), non de la perfectionner ni de retendre.

nouvelle (locliine ont \vvxx «le li.it, soil à liorne, soil à Athènes, el ri':},'ypte n'en a jimiiiis été le eentie véiitjihle.

{') Ces deux (ieiuieiv; nouïs, eoninie aussi IVxislenre du eoninienlaiie aslron«Mni(iu«> alhiinu' à l'enipereur Héraelius, e\pli.|ueiont p<)un|uoi je n'anéte pas, (•oinme d'autres l'ont fait, l'Iiisloiie de la pensée anti«|ue à la fernu'ture de l'école d'Alhenes par Jusliuien. lùi fait, Sin.plieius, <lont les ouvrages sont liisioriquenient si importants, écrivit ;ip,ès cette fermeture. Pliilopon «st son contemporain, plutôt antérieur: Olvinpiodore, le commentateur de la Météorologie d'Aristole, écrivait après 5(i5. (^>uelle (ju'ait été la religi(.n de ces deux derniers auteurs, on ne peut faire autrement que de les lanpr à c6té de Simplicius. Kndn Stéplianos d'Alexandrie (voir la Commentatio d'Usener, Bonn, iS8o), ijppelé à Constantinople par lléradius, est le dernier représentant de la science antique au terme de son évolution, le <lernier anneau de la tradition à laquelle la science byzantine essaiera plus tard de se rattacher, quand, après lâge de fer, les études seront remises en honneur.

Il serait injuste de ne pas mentionner pour la même période en regard de cette appréciation somniaire : des travaux médicaux dune certaine importance (l'utilité de l'art d'Hippocrate uiaintenait mieux le niveau de son étude, tandis que baissait celui des sciences théoriques); l'école d'ingénieurs qui se rendit célèbre sous Justinien; enfin et surtout l'apparition de ces curieux écrits chimiques qu'un maître de la science moderne tire aujourd'hui cl un long oubli. Mais s'il y a là l'indice d'une certaine activité intellectuelle, cherchant à sortir du cadre consactx' par la tradition .t a répondre à de nouveaux besoins ou à de no.iveaux désirs de I lu.man.té, cette activité ne fut pas assez puissante pour créer un nouveau courant scientifique, m pour modifier réellement le caractère général de cette ère de décadence.

6. Ainsi l'histoire de la science antique se partage naturellement entre quatre périodes, chacune d'environ trois siècles et dont deux précèdent l'ère chrétienne, tandis que les deux au'tres la suivent. Nettement tranchées par le caractère des monuments scentifiqties qu'elles nous ont légués, elles ne sont pas moins appropriées aux divisions de l'histoire politique ou de l'histoire Piidosophique; elles se prêtent enfin suffisamment à des distinctions analogues pour la littérature et les beaux-arts. En tout cas quelle que soit celle de ces périodes que l'on se propose d'étudier au point de vue scientifique, ij est essentiel de se former une idée précise des caractères propres à chacune d'elles; car, d'un côté, il taut toujours se rendre un compte exact de l'état antérieur de la science et des conditions dans lesquelles elle a été transmise- il aul d autre part, pouvoir apprécier dans quel esprit ont été écrits les documents postérieurs.

Je n'ai évidemment pas la prétention d'avoir marqué, dans la rapide esquisse qui précède, tous les traits essentiels et nécessaires a connaître; j'espère toutefois que les indications données suffiront pour faciliterl'intelligence des développements ultérieurs, auxquels me conduiront les discussions de détail amenées par le plan de cet ouvrage. '

Des quatre périodes que j'ai définies, la première est, sans contredit, celle qu. a été, jusqu'à présent, l'objet des travaux les plus nombreux; c'est pourtant celle dont l'histoire reste toujours la

-lopins obscure, et c'est ù réclaircir, s'il est possible, c'est à rechercher et à applicpier de iioiivelles méthodes de criticpie plus plausibles, que sont consacrées les études réunies dans ce volume. Je laisserai d'ailleurs de coté, en thèse générale, ce qui concerne, soit la médecine, soit la géométrie, qui veulent être traitées à part (' ); je m'attacherai principalement à ce qui regarde la cosmologie, la physicpie générale et aussi l'astronomie, en lanl du moins qu'elle se rattache au même ordre d'idées.

7. ï.'étnt (rinq)erfeclion relative où reste l'histoire des origines de ces sciences, ne tient pas seulement a rinsuflisance et a 1 incertitude des documents que nous possédons sur celte période primitive ; il a une aulre raison dont il convient de se rendre compte.

Les premiers penseurs grecs sont, de [)ar la tradiMon, considérés comme [)hilosophes; leurs opinions onl donc élé étudiées surtout par les philosophes, et les historiens des sciences parliculiéres ont, d'ordinaire, admis sans plus ample informé les conclusions formuh'cîs par les historiens philosophes qui leur onl paru les mieux aulorisés.

Il est cependant facile de reconnaître quels graves inconvénients présente, pour une claire inlelligence du progrès scientilicpie à son début, la méthode naturellement adoptée par les philosophes pour la restitution des systèmes des premiers /t/tysiolo^nies.

En présence des fragments é[)ars et des renseignements partiels que fournissent les auteurs anciens pour chaque p/nsiolo^ue en particulier, le philosophe cherchera, en ellet, tout d'abord, à dégager l'idée métaphysique la j>lus inq)ortante; au besoin, i\ la formulera lui-même, sans troj) s'intpiiéter souvent s il le tait en termes apparleuant vraiment* à la même épocpie. Il groupera ensuite, autour de cette idée-mère, les opinions (^u'il regarde comme secondaires; il en établira, autant (pie peut se faire, la filiation logicpie et la dérivation successive; mais forcément il

(!) J'ai abonl»' un de ces deux sujets dans mon volume : La iréométrie grecque, comment son histoire nous est parvenue et ce que nous en savons. Paris, Gautliier-Villars. 1887. — Je ne pourrai cependant {iuère éviter, dans celui-ci, pour caractériser la valeur scienliliiiue de divers penseurs, de faire quel([ues excursions dans le domaine des matliématiciues, ainsi que dans plusieurs autres, en dehors de celui que j'ai particulièrement cherché ù étudier.

négligera ou citera seulement, à litre de curiosité, les thèses spéciales d'un caraclêre purement sclenlilique.

Qu'on veuille bien ne pas s'y méprendre; je ne veux nullement m'allaquer à cetle façon de comprendre l'hisloire de la philosophie.

A la vérité, si, comme tant d'autres choses, elle a ses abus, il ne faut pas \ouloir les pallier; mais un philosophe de profession, (iusinv Teichmiiller, s'est dc\jà chargé avec assez de bonheur du soin de les mellre au jour; ses Études pour l'histoire des concepts montrent surtout, de la façon la plus nette, à quelles graves erreurs on se laisse entraîner quand on suppose, par exemple, chez tel penseur de l'âge hellène, telle notion qui n'a été élucidée que |)ar Aristole. Toutefois, on doit reconnaître qu'ap[)liquée avec les précautions nécessaires, la méthode que j'ai décrite et (pii, en fait, a été inaugurée ])ar la Slagirite lui-même, est la seule qui puisse vraiment lépondre au but que se propose l'histoire de la philosophie. Si factices que puissent être les reconstructions ainsi obtenues du processus suivi par chaque penseur, leur ensemble correspond, en tout cas, à un enchaînement dialectique salislaisant plus ou moins notre esprit, et d'après lequel nous voyons se dérouler le progrès métaphysi(jue delà pensée humaine, qu'elle en ait ou non eu conscience.

Seulement, et c'est là-dessus que je veux insister, on ne possède pas ainsi la vérité tout entière; on n'en contemple qu'une face reslreinle, d'un point de vue tout sj)écial. L'histoire philosoj)hique doit donc être complétée par l'histoire scientifique, et celle-ci, loin de s'appuyer sur la pn^miêre, doit être établie directement et par une iiK-thode entièrement opposée.

8. Jusqu'à Platon, les penseurs hellènes, en presque totalité, ont été, non pas des j)hilosophes, dans le sens que l'on donne aujcjurd'hui à ce nom, mais des pliysiologiies. comme on disait, c'est-à-dire des savants. Peu imj)orte ([ue leur science n'ait été qu'un tissu d'erreurs ou un échafaudage d'hypothèses inconsistantes; l'erreur est le chemin de l'ignorance à la vérité, l'hypothèse, en tant qu'elle peut être vérifiée, est le moyen d'acquérir la certitude. L'histoire des origines de la science doit, avant tout, s'attacher à ces erreurs, scruter ces hypothèses des premiers

— h2 — temps; elle a à démêler en quoi les unes ont servi au progrès, en quoi les autres l'ont entravé.

Or, le noyau des systèmes des anciens pliysiolo^j^ues n'a jamais été une idée métaphysique, mais l)ien la conception générale que chacun d'eux se formait du monde, d'après l'ensemble de ses connaissances particulières. C'est seulement de ces conceptions concrètes qu'ils ont pu s'élever aux abstractions, encore insolites alors, (jui sont devenues <lepuis le domaine propre de la phdosophie, tandis que les savants spéciaux s'en désintéressaient de plus

en phis.

Dès lors, pour reconsiiluer ce noyau, pour restituer cette concei)tion générale, il faut évidemment faire passer en première ligne ces opinions spéciales sur les divers points de la physique, qui, dans l'histoire philosophique, sont au contraire mises au dernier rang et [dus ou moins négligées; ce sont ces opinions (pi'il s'agit, avant tout, de rattacher entre elles et d'expli([uer, si faire se peut, dans leur lilialion historique. On voit que l'ordre d'idées à suivre est aussi contraire (pie possible à celui que réclame l'histoire phi-

losophi([ue.

A (piels résultats peut conduire ra])pllcation systématique de cette métho(h^, on le reconnaîtra dans les monogiaphies particulières que renferme ce volume. Si imparfaits que puissent être encore ces premiers essais, j'ose dire que l'on ne peut espérer autrement mettre Tordre et la clarté où régnaient la confusion et l'incertitude; mais surtout cette méthode conduit à reconnaître une unité singulière et un lien tout naturel entre des doctrines que l'on se plaît à considérer, du point de vue philosophique, comme discordantes et contradictoires.

9. Ces discordances et ces contradictions existent en effet sur le terrain métaphysique; mais, en thèse générale, il s'agit de questions qui, aux yeux des physiologues antiques, n'avaient nullement la prépondérance qu'elles ont acquise plus tard. Ce ne sont donc pas les solutions qu'ils donnent à ces questions qui forment la caractéristiciue essentielle de leurs systèmes; j'aurais pu les laisser dans l'ombre, si je n'avais cru intéressant de rechercher comment elles se sont trouvées mêlées aux problèmes proprement scientifiques, sous quelles influences elles ont grandi et à la suite

de quelle évolution elles sont parvenues à concentrer sur elles une part si considérable de l'activité intellectuelle.

La plupart de ces questions sont telles, en fait, que la science ne peut s'en désintéresser absolument; quand elle ne recommence pas à les discuter dans une certaine mesure, c'est qu'elle n'ignore plus qu'elle peut, sans inconvénient, les préjuger dans un sens déterminé ou bien qu'elle n'a pas encore réuni assez d'éléments pour les aborder fructueusement. J'ai donc été conduit à tenir compte, pour chacun de ces problèmes, de l'importance qu'il me paraissait avoir aux yeux de la science moderne, comme aussi à préciser la position prise, en face d'eux, par cette dernière. Enfin, j'ai pu avoir cà marquer la limite qui sépare le terrain scientifique du domaine de V inconnaissable. Certes, les premiers pionniers de la pensée humaine ne pouvaient aucunement discerner cette limite, mais il Importe de l'avoir présente sous les yeux, quand il s'agit, |)our telle ou telle de leurs tentatives, d'en apprécier le caractère, soit vraiment scientifique, soit purement philosophique. Ainsi je ne me suis pas proposé seulement de réunir dans ce volume des matériaux pour l'histoire des origines de la science, j'ai voulu grossir ces matériaux d'appréciations théoriques, et aussi, dans une certaine mesure, donner une sorte de complément à l'histoire des origines de la philosophie. Quelle importance peut, à mes yeux, oITrlr ce complément, je crois l'avoir suffisamment indiqué. 11 s'agit de mettre en lumière une autre face de la question, toute dlfTérente, sans toutefois faire oublier la première et la seule qui ait vraiment été bien considérée jusqu'à présent. IMus tard peut-être, un esprit assez large, assez puissamment doué, pourra suffisamment s'élever pour embrasser, d'un seul point de vue, pendant cette période créatrice, l'histoire de la pensée humaine, avant l'époque où ses progrès mêmes l'obligèrent à distinguer et à séparer les divers champs ouverts à son activité.

10. Avant de clore cette Introduction, il me reste à donner quelques explications sur le plan que j'ai suivi.

La forme de monographies, consacrées aux principaux penseurs dont j'avais à m'occuper, m'était imposée par la nécessité des reconstructions de système à opérer pour chacun d'eux; je ne me

dissimule pas les graves inconvénients qu'eniraîneiail cette forme pour une véritable histoire des doctrines, à quel point elle peut masquer leur (ilialion ou, si l'on veut faire sentir celle-ci, à quelles fastidieuses répétitions on peut être obligé. Mais le temps ne me paraît pas encore venu où l'on puisse essayer d'écrire réellement une pan'ille histoire; c'est surtout d'éclaircissements spéciaux, de discussions du détail que Ton a aujourd'hui besoin, iiinilé de l'cruvre dùl-elle en soufïVir.

Les lacunes qu'ollre la liste des monogra[)hies ainsi réunies, sont assez frappantes pour (pie Ton reconnaisse luimé(balement ([ue je n'ai nullement préten<bi être com[)let. l^^n particulier, l^vthagore n'a pas son chapiire spécial, (pjoifpie j'aie consacré à la détermination de ses connaissances et de ses opinions, diverses études fragmentaires, dans lesrjuelles j'ai d'ailleurs formulé des conclusions nouvelles et imr)ortantes, au moins à uks >eu\. Mais les documents relatifs à raneien pvthagorisme sont tellement contradictoires et d'une authenticité tellement douteuse, que je n'ai pas, pour le moment, jiigé à pr(q)os d'alhr plus loin.

(]e livre présentera déjà, j(; crois, assez de thèses nouvelles et parlant sujettes à controverse, pour rpie je ne le grossisse pas encore d'autres (pi'll me serait luipossible d'apj)uver suffisamment et surtout sur l(^s(pielles je n'ai pu me former pour moi-même une opinion bien plausible. Quant à me borner à répéter ce (pii a été déjà dit et|que Ton trouve parl(»ut, cela sans doute était inutile; j'avais, sur d'autres sujets, assez d'autres empiunts à faire à des travaux encore iusuflisamuient connus en l^'rance et dont l'analyse, je l'espère du moins, oUViia d'autant plus d'intéièt qu'elle pouvait être moins attendue (*).

II. Au lieu de suivre l'ordre par écoles, suivant la tradition de l'histoire philosophicjue, j'ai cherché à suivre l'ordre des temps, le seul qui puisse faire jqq)récier la succession des progrès sclenli-

(') Il sa^'il l'ii i»ail i( ulirr : r t|»-s <l<u\ prriniris ( li.ipih. v. doni je vais paih-r maintenant, sur les (ioxosrjiplus jjircs et sur la rlirunoio-iic «les |)li\ siol<»;,'Uf'S. ( hapilics dont le fonds «si rrnprunlé à FI. Dicis; •»» drs inono<,Maplii<-s d'Anaxiniandit' el d'Ilt ra«lilr, tiives rn jiiandr partie (U's ouvrap's (!<• ("i. Tcirliinullcr. — Jr n'ai pas à fairr IViop- de ces illustres savants dont laniitir ni'lionorc d'autant plus (|u't>ll<> rst \enur nu* « IhmcIici-; mais, vu l(»ut (as, sur 1rs points <ju'ils avaient toueli/'s, je ne pouvais «ionirri- à rtre orij^'inal.

li((ues et la transmission des découvertes. Même au point de vue

philosophique, cet ordre ne présente d'ailleurs aucun inconvénient

pour une époque où renseignement d'école n'a guère existé, de

fait, en dehors des pythagoriciens, d'autant que l'évolution qu'ont

pu subir les doctrines de ces derniers nous est. pour ainsi dire, II- ' ^ '

absolument inconnue.

Mais la chronologie des philosophes de l'âge hellène présente <les difficultés considérables et souvent de graves incertitudes. J'ai donc été amené à la discuter dans un chapitre particulier, dont je puis dès uiaintenanl énoncer la conclusion générale ; c'est que, sur cette question, les anciens n'avaient guère de documents sérieux que nous ne connaissions d'ailleurs; que la tradition la uiieux assurée est, en réalité, passablement -incertaine; que; dès lors, là où elle prête à l'indécision, on doit se former une opinion d'après les indices fournis par la comparaison des doctrines.

12. In autre chapiire, dont l'objet est également général, précède aussi les monographies particulières et suit l'introduction. S'il y a, en effet, une question préalable à résoudre, c'est celle (jui concerne la valeur des sources utilisées pour ces mono"rajdnes, alors que les ouvrages des pliysLologues sont jierdus sans exception.

Ces sources sont d'une double nature : en premier lieu, nous possédons des fragments, tantêjttrès minimes, tantôt, au contraire, vraiment considérables. Ils nous ont été conservés d'ordinaire, soit par des poljgraphes, soit par des commentateurs, appartenant, les uns et les autres, soit à la période gréco-romaine, soit à l'âge de décadence. En dehors des questions que peut soulever l'aulhenlicité de ces fragments, il convient de remarquer qu'en tlièse générale, ils ne peuvent guère être isolés du texte de l'écrivain qui les a conservés et qui, d'ordinaire, détermine d'une certaine façon leur signification souvent obscure. Dès lors, on est appelé à se demander si l'ouvrage cité existait encore réellement au moment de la citation, s'il a été lu en entier par l'auteur qui cite, en sorte que ce dernier se soit bien pénétré des doctrines antiques, ou si, au contraire, il ne transcrit que de seconde main, soit sur des Excerpta insuffisants, soit sur quelque autre écrivain, lui-même plus ou moins sujet à caution.

Ces questions ne peuvent évidemment être débattues qu'en détail, sur chaque cas particulier, et malheureusement elles ne sont guère susceptibles en général, dans l'état actuel de nos connaissances, de recevoir une solution assurée. Rien ne serait, par exeni[)le, plus intéressant que de connaître avec précision jusqu'à quelle époque se sont conservés dans leur intégrité les ouvrages d'Heraclite ou d'Empédoele; mais il nous faut, là-dessus, avouer notre ignorance. Toutefois, plus on pénétrera dans l'inconnu que nous ollre encore Thistoire de l'antiquité, |)lus on sera porté, je crois, à admet Ire (pi'une citation, surtout faite par un auteur de la décadence, ne doit nullement faire préjuger qu'il la tire directement de l'ouvrage cité.

En dehors des classiques, les écrits de la date ancienne ont toujours été, dans l'antiquité, très rares et très chers, sinon absolument introuvables en dehors des grandes bibliothèques ('). La plupart du temps, on se contentait donc de puiser ses informalions dans des conqiilations ou des recueils [)olygraphiques, comme il nous en reste encore quehpu'S-uns sur divers sujets, mais comme nous savons pertinemment qu'il en a existé un nombre beaucoup plus considérable, et dont nous ne pouvons douter (pi'ils ne fussent toujours refaits, comme nos dictionnaires, en grande partie les uns sur les autres (-).

Page 1