CHAPITRE VII. — HERACLITE d'ÉPIIÈSE (f
torturent do toute façon les malades et, leur faisant un Lien qui est la même chose qu'une maladie, réclament une récompense qu'ils ne méritent guère. — 91. Le chemin droit et le contourné est un et le même; le chemin en haut ou en bas est un et le même. (Voir la note qui suit les fragments.)
92. Ce n'est pas à moi, mais au logos qu'il est sage d'accorder que l'un devient toutes choses. — 93. Ils ne comprennent pas comment ce qui lutte avec soi-même peut s'accorder.
94. Ce qu'on voit, ce qu'on entend, ce qu'on apprend, voilà ce que j'estime davantage.
95. Les hommes se trompent pour la connaissance des choses évidentes comme Homère qui fut le plus sage des Grecs. Des enfants, qui faisaient la chasse à leur vermine, l'ont trompé en disant: « Ce que nous voyons et prenons, nous le laissons; ce que nous ne voyons ni ne prenons, nous l'emportons. »
96. Les hommes ne savent pas juger des choses obscures d'après les évidentes ; ils ignorent que la nature humaine ressemble aux arts dont ils font usage. Car l'intelligence des dieux a enseigné à imiter leurs œuvres; mais, si les hommes savent ce qu'ils font, ils ignorent ce qu'ils imitent. Toutes choses dissemblables sont semblables; toutes choses différentes sont concordantes, toutes non-parlantes, parlantes, toutes sans raison, douées de raison; seulement le mode reconnu pour chacune est contraire. Car la loi et la nature, par quoi tout se fait, ne s'accordent pas sur les choses reconnues; la loi a été établie par les hommes pour eux-mêmes, sans qu'ils sussent sur quoi ils l'établissaient; la nature a été disposée par les dieux. Or, ce qui a été établi par les hommes n'est jamais constant ni sur ce qui est droit ni sur ce qui ne l'est pas; ce que les dieux ont établi est toujours droit; voilà en quoi diffère ce qui est droit et ce qui ne l'est pas.
Note sur le Fragment 91.
Une des sources les plus fécondes en fragments d'Heraclite se rencontre au livre IX de la Réfutation de toutes les Jiérésies attribuée à saint Hippolyte (*). Parmi ces fragments, il en est un
(l) Je ne donne pas ici à cet ouvrage le nom de Philosophumena, parce que ce nom me semble devoir être réservé pour la première partie.
198 pour l'histoire i>k i.\ science hellène»
qui se trouve entaché d'une corruption assez singulière en ce qu'elle a entraîné des interpolations ridicules et que le sens du texte d'Heraclite se trouve par suite passablement défiguré.
Voici pour ce fragment (91 Mullach) le texte de saint Hippolyte d'après l'édition (Duncker et Schneidewin) de Gœttingue, 1859, page 446, où je rétablis toutefois les leçons du manuscrit indiquées dans les annotations.
Ka\ î'jBj ce, çflffî, K3tl rrpscAcv -b <x'jtc loti* « Tpacécov », çyjtîv, « Soc; câôeîa v.x\ r/S/J.r, » — rk tsj cpyâvou tcu y.aXsyjiivcj v.zyjJ.yj ev t;T) vpxçsuo KeptTtpap^j sLOîia xat sxoXdrç* à'vo) yàp ôjj.oj y.al y.Jy.X<.) r.=y.ïyzxciL\ — « \ii% £ot( » $l}9(, « xn\ rt ai*:/;. » Ka\ tb àvw xâd 73 y.aTO) £v Êcrct XXt to aÙTC. « 'Ooc; avw y.aiG) jaChj -/.a- toOTlfj. »
Pour ypx^éwv, Mullach et Éd. Zeller (II, p. 112, note 1) lisent Ypa?s(o), correction bien inutile. Mullach ponctue après v.z/jJ.zj et substitue xeptéXy.exa'. à 7U£piéx£"7'-
Duncker écrit yvaçéwv, plus loin yvaçeîw pour Ypa?£uo, enfin 7uepiép/£Tat.
Au reste, Éd. Zeller ne reproduit pas la parenthèse et ne paraphrase le fragment qu'à partir de to avu>, en se demandant si l'identité du haut et. du bas a bien été posée par Heraclite.
A cet égard, on peut répondre négativement. Il suffit de parcourir les pages où saint Hippolyte fait des citations du philosophe d'Éphèse pour être édifié sur la question. L'apologiste chrétien relève les identifications qu'il trouve dans Heraclite, les énonce en son langage à lui, puis cite à l'appui de son dire le passage qu'il a en vue. Les éditeurs de Gœttingue ont donc bien distingué les mots appartenant à Heraclite, sauf pour ypaséwv qui n'est pas de lui et ne fait que troubler le sens. L'Éphésien n'a point dit: « Le haut et le bas sont une même chose » ; il a dit : « Le chemin vers le haut ou vers le bas est un et le même », de même que plus haut il disait : « Le chemin direct ou détourné est un et le même
L'authenticité de la première des deux formules est garantie et par les formes ioniques du texte, qui n'ont point été conservées dans l'autre, et par la citation qu'en fait Hippocrate (Héracl., fr. 32, Mullach). Ce que signifie cette formule, on le voit assez; c'est l'unité de la loi qui préside à la double transformation par laquelle la matière devient plus subtile et plus légère OU encore plus condensée et plus pesante.
Le sens de l'autre formule apparat! <le même immédiatement et s.ui rapprochement il<> la précédente est absolument justifié. Le