‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 112 sur 209 · CHAPITRE VII. — HERACLITE p'ÉPHÈSE (f · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — HERACLITE p'ÉPHÈSE (f

chemin direct sera, par exemple, la transformation immédiate de feu en terre; le chemin détourné sera la même transformation opérée par l'intermédiaire de l'eau. Qu'Heraclite identifie ces deux chemins, cela, pour lui, va de soi. Mais il n'a pas pour cela, comme le dit saint Hippolyte, identifié le droit et le contourné.

Reste à expliquer l'origine des interpolations. Pour la première, Y(:açéo)v, la chose est très simple.

Très probablement saint Hippolyte n'a pas sous les yeux l'ouvrage d'Heraclite, il copie simplement un doxographe. Or celui-ci se laisse aller à mettre frtai (dit-il), comme ici après jtat eôflù os, quand pourtant ce n'est pas Heraclite, mais lui-même qui parle; puis il se corrige en ajoutant un participe présent, comme, huit lignes plus haut, Xévwv &&& ^^ Pour indiquer qu'il va donner le texte exact. Cette fois, pour varier, il avait mis ypobwv (écrivant), en employant peut-être la forme ypaséuv, lue en tout cas par saint Hippolyte qui l'a prise pour le génitif pluriel de ypacsOç et a dès lors répété à tort le mot ftjffCv.

Quant à la parenthèse, elle comprend au moins deux interpolations distinctes qui ne sont nullement de la même main et correspondent à deux ordres d'idées différents. La première, 7} toû bçrféKM t:j KaXoopévQU v.oyyJ.cj, doit avoir été introduite la dernière. Son auteur, constatant celle qui suit et ne la comprenant pas, ce qu'on ne peut guère lui reprocher, ne se sera pas fait scrupule de donner à son tour, comme explication du paradoxe d'Heraclite, l'exemple d'un mouvement à la fois rectiligne et curviligne; il a indiqué celui d'une vis dans son écrou, sans se demander si les vis étaient connues avant Archimède.

Cette interpolation n'ayant aucun rapport avec ce qui suit, pour établir la concordance, on a imaginé la leçon moderne yvoçe&p. Car que peut-il y avoir de commun entre une vis et un pinceau (ypassïcv)? Certes le premier inventeur de yvaçsico a dû avoir un moment de fierté légitime. Mais, s'il n'y a pas d'autres preuves que, dans l'antiquité, c'était particulièrement dans les « boutiques de foulons » qu'il fallait chercher des vis (de pression ?), l'histoire de la mécanique pratique ne peut certainement se contenter de celle-là.

La seconde interpolation, év t7> ypaçsito luepurpc^Y) £u6eta xal axoXCih est évidemment le commentaire du génitif ypaçéwv, et indique sans doute ce mouvement de viration qu'on fait subir au pinceau, en le promenant le long d'une ligne, pour maintenir la

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pointe effilée (*). Ce commentaire peut être de saint Hippolyte lui-même, il peut lui être postérieur. Seulement èv est suspect, il faut probablement rn corruption qui s'explique d'elle-même.

Le dernier membre de phrase de la parenthèse, ava> yàp &pou '/.%>. JcuxX(p xepiépx«Tat (?), me semble au contraire se rapporter au mouvement de la vis dans son écrou bien plutôt qu'à celui du pinceau. Ce membre de phrase a donc pu faire partie de l'interpolation postérieure qui aura été écrite en marge; quand elle aura passé dans le texte, le copiste aura maladroitement scindé en deux l'annotation qu'il rencontrait.

Quant à savoir s'il faut écrire ftcptépxerat ou xtptéXxecat, la question n'a évidemment plus d'intérêt.

(*) L'explication de Mullach : « Nam stili circumversio recta et curva est, siquidem a scribente sirnul sursum atque in orbern flectitur », ine parait moins probable que celle que je donne.

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