‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 190 sur 209 · CHAPITRE XIII. — EMPÉDOCLE d'âGRIGENTE (f · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — EMPÉDOCLE d'âGRIGENTE (f

Un homme sage ne pensera jamais ainsi, il ne croira pas | que, pendant que les mortels vivent ce qu'ils appellent leur vie, | ils existent, jouissant des biens, souffrant des maux, | mais qu'avant leur formation ou après leur dissolution ils ne sont rien. |

420 1 Allons, considère ce qu'ont attesté mes premières paroles, vois | s'il y a, dans ce que j'ai dit, quelque forme omise : | le soleil, brillant à voir, source de toute chaleur, | l'éther épandu, que baignent les blanches lueurs, | la pluie, sombre et froide entre toutes choses, |125| la terre, d'où provient tout ce qui est solide et pesant. ] Dans la Haine, ils sont tous isolés et défigurés, | mais l'Amour les réunit par un désir réciproque. | C'est d'eux que se forme tout ce qui a été, est ou sera jamais, | que poussent les arbres, les hommes et les femmes, |130] les bêtes, les oiseaux, les poissons que l'eau nourrit, | et les dieux à la longue vie, à qui appartiennent les suprêmes honneurs. | Tous ces êtres sont ces mêmes choses, qui circulent au travers les unes des autres, | apparaissent sous divers aspects, que la dissociation fait varier. |

De même les peintres travaillent leurs tableaux destinés aux temples; |135| ces hommes profondément instruits dans leur art ingénieux, | prennent les couleurs aux nuances variées; | ils les mélangent harmonieusement, plus des unes, moins des autres, | et en font des figures imitant toutes les formes, | arbres, hommes et femmes, |140| bêtes, oiseaux, poissons que l'eau nourrit, | dieux à la longue vie, à qui appartiennent les suprêmes honneurs. | Ainsi donc ne laisse pas tromper ton esprit et ne va pas croire qu'il y ait ailleurs | quelque autre source pour les choses mortelles, si innombrables qu'en soient les espèces ; | tiens pour assurée la connaissance que t'enseigne la parole divine. |

145| Car elles ont été auparavant, elles seront plus tard, et je ne crois pas | qu'aucune des deux manque jamais dans le temps infini. |

Tour à tour ils prédominent dans le cours d'un cycle, | se perdent l'un dans l'autre ou grandissent suivant le retour fatal. | Ils restent les mêmes, mais circulant au travers les uns des autres, |150| forment les hommes et les diverses tribus des bêtes. | Tantôt l'Amitié les réunit en une seule ordonnance, | tantôt ils se séparent, entraînés par la Haine, | jusqu'à ce que toute union soit absolument détruite. | Ainsi, en tant que l'un naît de plusieurs, |155| et qu'à leur tour, ceux-ci se constituent par sa division, | en ce sens l'un et les autres commencent et ne

durent pas éternellement. | Mais en tant que jamais il n'y a àé terme au changement perpétuel, | en ce sens ils subsistent toujours dans un cycle immuable. |

Tout d'abord il y a quatre racines de toutes choses : |160| Zeus brillant, Héré vivifiante, Aïdôneus | et Nestis qui alimente la source des larmes humaines. | Quand ils sont réunis, la Haine est rejetée au plus loin. |

Mais quand la Haine se fut retirée à l'extrémité | du tourbillon et qu'au centre fut venue résider l'Amitié, |465| dès lors toutes choses se réunirent pour former un seul ensemble. |

Il n'est dans l'univers ni vide ni superflu; | mais, égal dans tous les sens, infiniment vaste, se forma | le Sphéros arrondi dans sa parfaite immobilité. |

Alors ne se discernent pas les traits rapides du soleil. |

170| Il était arrondi |

Tout le lourd d'un côté, tout le léger de l'autre | Alors n'apparaissait ni la splendeur du soleil, | ni le sol boisé de la terre, ni la mer. | Tout était ennemi, sans amour et sans union. |

175| Ainsi, au sein de la stable harmonie, reposait | le Sphéros arrondi dans sa parfaite immobilité. | Mais quand la Haine eut grandi dans ses parties, | quand elle s'éleva aux honneurs après le temps révolu, | que lui marquait le grand serment réciproquement échangé, |180| alors successivement s'ébranlèrent tous les membres du dieu. |

. . . Considère | le merveilleux ensemble des parties de l'homme ; | tantôt l'Amitié les réunit en un tout, | en un corps, et la vie florissante les anime; |185| tantôt au contraire une funeste discorde les sépare, | et elles errent, chacune de son côté, aux confins de la vie et de la mort. | Il en est de même pour les arbres et les poissons aux humides demeures, | pour les bêtes des montagnes, pour les oiseaux emportés sur leurs ailes. |

Mais je rentre à nouveau dans la route que mes chants |190| ont déjà parcourue; à mon discours j'ajoute le discours | que voici. Quand la Haine se fut retirée à l'extrémité | du tourbillon, et qu'au centre fut venue résider l'Amitié, | dès lors toutes choses se réunissent pour former un seul ensemble, | mais ce n'est pas d'un seul coup, et dans les différents lieux se constituent d'elles-mômes des unions différentes. |195| De ce qui s'unit ainsi naissent les innombrables races des êtres mortels; | mais en face de ce qui était associé, beaucoup reste isolé; | c'est ce qu'a retenu la Haine

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