‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 25 sur 209 · CHAPITRE III. — TIIALÈS DE MILET · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — TIIALÈS DE MILET

Pour en revenir à Thaïes, la question est beaucoup moins de savoir s'il a pu prédire une éclipse avec quelques chances de succès, que si, l'ayant annoncée, fut-ce comme nos almanachs populaires prédisent le temps, il a vu l'événement s'accomplir suivant sa parole.

Or, on sait, à n'en pas douter, que les astrologues orientaux, dès .le vin0 siècle av. J.-C, prévoyaient les éclipses de soleil et les annonçaient comme devant arriver ; voici notamment à ce sujet un curieux texte cunéiforme déchiffré par M. Smith (d) :

« Au roi mon seigneur, son serviteur Abil-Istar. Que la paix protège mon seigneur; que Nébo et Mérodak lui soient favorables; que les dieux lui accordent longue vie, santé et joie! En ce qui regarde l'éclipsé de lune, pour laquelle le roi mon seigneur a envoyé dans les villes d'Akkad, de Borsippa et de Nipour, j'ai fait l'observation dans la ville d'Akkad; l'éclipsé a eu lieu et je l'annonce à mon seigneur. Pour V éclipse de soleil, j'ai fait aussi l'observation; l'éclipsé n'a pas eu lieu, et j'en rends de même compte à mon seigneur. L'éclipsé de lune, qui se vérifie, regarde les Hittites et signifie destruction pour la Phénicie et les Chaldéens. Notre seigneur aura paix et, pour lui, l'observation n'indique aucune disgrâce. Que la gloire accompagne le roi mon seigneur! »

Ces habiles gens tiraient, comme on voit, hardiment parti de leur ignorance aussi bien que de leur savoir. Pour eux, l'important était moins de faire des prédictions exactes que de ne pas laisser passer une éclipse sans l'avoir annoncée (*). Quant à la cause réelle des éclipses, ils l'ignoraient très probablement, quoi que leurs successeurs aient pu, dans la suite, faire croire aux Grecs devenus leurs maîtres.

3. Comment a-t-on pu arriver à prédire les éclipses sans en connaître la cause? Ce point mérite sans doute explication.

L'observation apprend d'abord qu'une éclipse de lune arrive toujours quand cet astre est dans son plein, qu'une éclipse solaire arrive au contraire vers la nouvelle lune; enfin que, dans la presque totalité des cas, l'éclipsé solaire est. précédée ou suivie

(') Voir Schiaparelli, Le sfere omocentriche di Endosso, di Callippo e di Arhtotele, Hœpli, Milan, page 12.

Ç9) En Chine, Tan 2159 avant notre ère, les astrologues Hi et IIo auraient été mis à mort, conformément aux luis, à la suito d'une éclipse de soleil non prédite.

d'une éclipse lunaire, exactement à une demi-lunaison de distance,

si du moins, au moment correspondant, la lune est au-dessus de l'horizon. Les deux phénomènes apparaissent donc comme liés entre eux et l'on aperçoit déjà qu'il suffit que l'un d'eux puisse être prévu, pour que l'autre le soit également, au moins en tant que possible. Pour ces constatations, il suffisait, au reste, de donner à la lunaison la valeur approximative de vingt-neuf jours et demi, c'est-à-dire d'avoir établi le calendrier lunaire.

Si maintenant on rapporte aux étoiles voisines la position de la lune au moment de l'une de ses éclipses, on peut reconnaître que le phénomène n'a jamais lieu que dans une bande circulaire très étroite (d'un demi-degré). Une fois cette bande délimitée, on constate, d'autre part, que l'éclipsé a toujours lieu, lorsque la lune traverse au moment précis de la pleine lune.

La régularité périodique des mouvements astronomiques étant supposée admise, il suffit, dès lors, pour pouvoir prédire les éclipses de lune, d'observer au bout de combien de temps le phénomène se reproduit exactement au même point du ciel; il est clair qu'on aura ainsi obtenu une période aux mômes dates de laquelle reviendront régulièrement les éclipses avec la môme grandeur et la même durée.

C'est sans doute par une marche analogue que les Ghanéens sont arrives à connaître la période de 223 lunaisons dont l'exactitude est très satisfaisante et qui peut servir pour les éclipses de soleil aussi bien que pour celles de lune (1).

J'ai supposé toutefois des observations faites sans aucun matériel; avec des moyens très simples, il était facile4 d'aller un peu plus loin, mais ces moyens étaient à peine nécessaires pour identifier avec la route du soleil cette zone des éclipses dont nous avons parlé. Il suffisait en effet de constater qu'au moment des éclipses de soleil, cet astre s'y trouve également et que, d'autre part, tandis que la lune change continuellement sa route <le chaque mois dans le ciel, le soleil parcourt annuellement toujours les mêmes signes.

En somme, les éclipses de soleil et de lune ont lieu lors de la rencontre de l'un de ces astres, à la nouvelle lune pour le premier,

(') D'après le témoignage de Si

tard chaldéen, quoi<[iie \o mot

«loguefl ; il vaudrai! mieux, i exéliame.

. on donne è i

cette

péri<

rie le

nom

de

ait un sens

U>Ul

dtfféi

vut p

our

les

Geminiis, la t

riplei

• et 1

'appel,

Page 1