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CHAPITRE III. — TIIALÈS DE MILET

à la pleine lune pour le second, avec l'un ou l'autre de deux points idéaux de la sphère céleste (les nœuds de l'orbite lunaire) diamétralement opposés entre eux et animés d'un mouvement déterminé sur l'écliptique. Dans l'astronomie hindoue, qui dérive de l'astrologie gréco-orientale, les éclipses sont causées par un dragon céleste, auquel on attribue le mouvement correspondant. Le langage technique de l'astronomie moderne, en désignant comme tète et queue du dragon les nœuds ascendant et descendant de l'orbite lunaire, a longtemps conservé des traces de cette antique croyance, qui fut probablement l'explication primitive du phénomène. Elle est encore de nos jours rappelée par les symboles figurés de ces nœuds, empruntés aux manuscrits grecs. Si jusqu'à présent elle n'a pas été retrouvée dans la mythologie chaldéenne, on peut faire un rapprochement avec le serpent Apap des Égyptiens, qui lutte éternellement contre les dieux célestes.

Comme au reste c'est avec les Égyptiens que la légende met Thaïes en rapport, il faut se demander s'ils connaissaient également la période de Yexéligme. On n'en a pas de preuves directes; toutefois, si l'on en croit Diodore de Sicile, les prêtres de Thèbes prédisaient les éclipses tout aussi bien que les Chaldéens; or, il leur fallait posséder pour cela, soit la période, soit, comme semble l'indiquer Adraste dans Théon de Smyrne (Astron., 30), des procédés graphiques. Mais, dans cette dernière hypothèse, on serait conduit à admettre pour leurs observations une exactitude improbable et l'emploi d'instruments dont l'invention paraît bien due aux Grecs; d'autre part, il n'est guère douteux que la période des 223 lunaisons ne fût connue d'Eudoxe, et il semble bien l'avoir rapportée d'Egypte.

Il est d'ai'leurs parfaitement possible que, dès avant Thaïes, les prêtres de ce dernier pays aient emprunté aux Chaldéens les notions nécessaires pour la prédiction des éclipses. L'astrologie orientale a pu n'avoir qu'un seul berceau ; mais, dès sa naissance, elle eut droit de cité dans le monde entier; quand, après les conquêtes d'Alexandre, on la voit s'assimiler les travaux du génie hellène et propager ses erreurs plus rapidement que ne progressèrent les vérités astronomiques, pn peut croire qu'au commencement du Yiie siècle av. J.-C, vers l'époque où les légendes classiques placent le roi-astronome Nécepsos, elle trouva un champ fécond dans la vallée du Nil et pénétra jusque dans

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Thèbes, à la suite des légions victorieuses d'Assour-Akhé-Idin ou d'Assour-Ban-IIabal .

Nous avons donc Le droit <1<4 supposer connue en Egypte cette période chaldéenne que nous regardons comme le seul moyen pratique pouvant être, à cette époque, employé pour la prédiction des éclipses; mais admettrons-nous qu'elle fut également connue déThalèsl

Le fait est très improbable; il devait y avoir là un secret que les adeptes des doctrines astrologiques ne communiquaient guère aux profanes, et rien n'indique que Tbalès ait été initié à ces doctrines. D'un autre côté, la connaissance de la période chaldéenne permet, comme nous l'avons vu, d'annoncer avec assurance les éclipses de lune et non celles de soleil; les témoignages qui portent un caractère historique devraient donc attribuer à Thaïes la prédiction des premières et non pas seulement celle d'une des secondes. Enfin il ne parait nullement avoir transmis le secret de sa méthode.

Reste donc à supposer qu'un astrologue rencontré par Thaïes dans ses voyages lui ait, par exemple, prédit un certain nombre d'éclipsés avec une précision plus ou moins grande, et que le Milésien, après avoir partiellement vérifié l'exactitude de ces prédictions, se soit hasardé à en prendre une à son compte. Cette hypothèse me semble parfaitement admissible et elle permet d'accorder au récit d'Hérodote un degré de vraisemblance suffisant D'après ce récit, Thaïes aurait simplement fixé l'année de l'éclipsé; s'il y en avait plusieurs de possibles cette année-là, il ne s'était guère aventuré. La grande chance, c'est que l'éclipsé ait été totale.

4. Nous clorons ici cette discussion pour aborder désormais l'examen des connaissances mathématiques que Thaïes put emprunter aux Egyptiens.

Pour l'arithmétique, nous n'avons qu'un seul témoignage. Iamblique (Sur Nicomaque, 10) lui attribue d'avoir défini le nombre UÊ système d'unités (formule qui est restée classique dans l'antiquité) et l'unité numérique, comme s'appliquant aux objets particuliers. S'il ajoute que ces définitions étaient empruntées aux Egyptiens, il y a peut-être là un indice qu'il reproduit un passage d'Eudème, car cette dernière donnée est conforme à l'opinion d'Aristote sur l'origine des sciences abstraites; elle est au contraire on désaccord .i\cc la tradition qui fait venir l'arithmétique des Phéniciens.

Cette dernière tradition a sa pari, bien bible, de vérité, on égard

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