CHAPITRE IV. — ANAXIMANDRE DE MILET
que nous avons déjà faite à propos de l'éclipsé de Thaïes (ch. III, 3), on aura ainsi un tableau assez complet des humbles commencements de l'astronomie hellène, alors qu'elle repassait par les mêmes étapes que la science chaldéenne.
On a vu comment celle-ci avait été amenée à se préoccuper tout d'abord de l'écliptique et dès lors de la zone qui l'entoure, d'ailleurs remarquable en ce qu'elle est le lieu où s'effectuent les mouvements des planètes. Il s'ensuivit que ce fut au cercle moyen de cette zone du zodiaque que les Babyloniens rapportèrent les phénomènes célestes et les positions des étoiles, au lieu de les rapporter à l'équateur comme il nous paraît naturel de le faire. Cette circonstance a eu une importance historique considérable, parce que le système des coordonnées en longitude et latitude célestes qui en dépend, permit à Hipparque de reconnaître la loi fondamentale de la précession des équinoxes, qu'il n'aurait certainement pas pu débrouiller, s'il ne s'était trouvé en présence que d'observations par ascensions droites et déclinaisons.
Les étoiles situées dans la bande des éclipses étant reconnues par une longue observation, il s'agissait de les figurer sur une sphère à leurs distances réciproques ou en d'autres termes de déterminer leurs longitudes, sans instruments propres à mesurer la distance angulaire (1). La clepsydre pouvait donner les ascensions droites, c'est-à-dire les temps correspondant à une division de l'équateur en parties égales. Pour passer de là à une division du zodiaque en parties égales, problème qui nécessite pour nous l'emploi de la trigonométrie sphérique, on admit, par une approximation alors suffisante, et suivant un système évidemment chaldéen d'origine, que développe Hypsiclès d'Alexandrie (11e siècle av. J.-C), que les différences des ascensions droites, correspondant à des parties égales du zodiaque, croissaient en progression arithmétique; pour déterminer la raison de cette progression, il suffisait d'avoir observé le rapport du plus long jour de l'année à la plus courte nuit.
L'observation de l'ombre dans le polos fournissait aussi tous les éléments nécessaires pour y disposer la sphère mobile en donnant
(*) L'emploi du cercle divisé, avec l'alidade ou ligne de visée (dioptre des Grecs), mobile autour du centre, si simple que semble cet instrument, paraît avoir été étranger à toute la période hellène; les Chaldéens et plus tard les Grecs semblent n'avoir eu qu'un instrument analogue au bâton de Jacob et ne leur servant que pour les petits angles.
86 POUB L'HISTOIRE DE la SCIENCE HELLENE.
à son équateur et à ses tropiques l'inclinaison des cercles célestes.
L'écliptique étant tracé et divisé en degrés, d'après le parallèle décrit par le soleil, on peut déterminer chaque jour, par un pr« cédé purement mécanique, le degré occupé par le soleil. Enfin, en observant les levers, couchers ou culminations d'une étoile en dehors du zodiaque, et en remarquant les points de l'écliptique se trouvant alors à l'horizon ou au méridien, il était facile de tracer sur l'appareil deux grands cercles dont l'intersection donnait la position de l'étoile (*), et dès lors son observation pouvait, pour la détermination de l'heure, remplacer celle du point de l'écliptique se levant, se couchant ou culminant en môme temps qu'elle.
C'est ainsi que les fondements de l'astronomie ont pu être établis, pour ainsi dire sans autre matériel qu'un appareil élémentaire donnant l'heure et permettant, en thèse générale, de résoudre mécaniquement les problèmes pour lesquels nous nous servons de la trigonométrie sphérique; celle-ci ne vint qu'à son heure: Hipparque se trouva pour l'inventer, quand le perfectionnement des moyens d'observation rendit insuffisants les procédés primitifs.
4. Il est temps de revenir à Anaximandre pour achever d'apprécier son rôle comme savant.
J'ai mentionné son travail géographique, dont l'authenticité n'est pas douteuse; il ne semble pas que dans cette voie, comme pour l'astronomie, il ait pu suivre des modèles étrangers; ce travail mérite d'autant plus d'attirer l'attention. Strabon nous atteste qu'il servit de base à la première description écrite de la terre donnée cinquante ans environ plus tard par un autre Milésien, Hécatée. Si grossière qu'ait du être la mappemonde d'Anaximandre (2), comme le confirment les critiques d'Hérodote, elle n'en constitue pas moins, pour son auteur, un titre sérieux auprès <lo la posi.Mil>
(l) Ce procédé n'est pas applicable aux étoiles circumpolaires, ou du moins
il ne donne qu'un grand cercle sur lequel elles se trouvent; ces étoiles, dont les anciens au reste se préoccupaient beaucoup moins, ont dû être placées approximativement, d'après dos alignements.
(*) Ou plutôt s;i planche (tz(vxÇ). Elle représentait un disque rond, entouré par l'Océan, et où l'Asie n'était pas plus grande que l'Europe; la Grèce (Delphes?) devait donc en être te (entre.
(3) C'est sans doute à la mappemonde d'Anaximandre d à sa détermination des dimensions de la terre que se rapporte la donnée d'où provient le texte de Suidas: xa\ o>.w; yttti&sfpfac osMnhwsefw £ôei!;e. Rien n'indique qu'il se soit particulièrement occupé de géomél rie et il n'est boom <|iie de lui SUppOSCT le>
notions élémentairef que Thaïes avait apportées en Grèce.