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CHAPITRE IV. — ANAXIMANDRE DE MILET

fondée scientifiquement. A cet égard, il y a à formuler de très sérieuses réserves, ce que nous ferons plus loin.

On connaît enfin le système d'Herbert Spencer, la loi du rhythme, de l'intégration et de la désintégration successives; l'évolution du monde, de sa naissance à sa mort, s'accomplit dans le cours d'une période après laquelle doit nécessairement recommencer une nouvelle évolution. Ce serait le retour pur et simple de la science moderne à l'hypothèse d'Anaximandre (*), si les conceptions du grand penseur anglais ne portaient pas sur un univers démesurément agrandi par rapport à celui des anciens, si, par suite, un stade de l'évolution ne pouvait s'accomplir pour notre monde, tandis que le stade inverse s'accomplit pour un autre système stellaire, en sorte que, pour l'ensemble total, les évolutions partielles pourraient ne point apporter de changement appréciable.

1 1 . Ainsi, sur cette grave question de l'origine et des destinées du monde, la philosophie se trouve, depuis sa naissance, ballottée entre la thèse d'Anaximandre et l'antithèse de Xénophane ; car la croyance à une création n'a d'importance qu'au point de vue religieux, et la récente doctrine de Y entropie n'est pas assise sur des fondements scientifiques suffisants.

Au reste, la thèse et l'antithèse sont d'accord pour reconnaître comme indéfinie dans le passé et dans l'avenir la succession des phénomènes, et la divergence porte sur l'importance plus ou moins considérable des variations qui affectent l'ordonnance générale de l'univers. Aujourd'hui, la science paraît prêter surtout son appui à l'opinion qui attribue à ces variations la plus grande étendue que l'on puisse concevoir; elle semble ainsi, ou bien conduire à substituer, à l'idée de l'éternité dans la stabilité, celle de l'éternité dans un changement s'accomplissant toujours dans le même sens, celui de Yentropie, ou bien, plutôt, assurer la prédominance de l'opinion d'Anaximandre, rajeunie sous l'épithète d'évolutionniste. Ce serait aujourd'hui un paradoxe que de soutenir l'éternité du monde sous sa forme actuelle; mais les arguments qui se dresseraient contre ce dogme antique de Platon, ont été en réalité accumulés contre la croyance à une création et il n'y a point à se faire illusion sur la valeur des preuves ainsi apportées au système

(*) On a pu de même remarquer, dans les opinions du Milésien, une grossière ébauche de la doctrine de l'évolution des êtres vivants.

de l'évolution, surtout pour la partie qui concerne la matière inorganique; il n'y a point à se figurer que le système contradictoire soit à jamais condamné, quand, pour reparaître, il n'attend peut-être qu'une idée scientifique nouvelle, tournant les esprits vers une autre direction.

Sans discuter par le menu les preuves de l'évolution du monde, on peut néanmoins dire en thèse générale qu'elles reposent sur un échafaudage de suppositions aussi plausibles que l'on voudra, aussi concordantes entre elles qu'on puisse le désirer, mais qui n'en gardent pas moins leur caractère hypothétique.

Si ce caractère est surtout, frappant en ce qui concerne la conception des nébuleuses non résolues en étoiles comme étant des mondes en voie de formation, la discussion des faits géologiques, qui constitue sans contredit, pour le moment, le plus solide appui des théories en cours, ne permet même pas d'affirmer aujourd'hui, d'une façon positive qu'il y a eu un moment où la vie a commencé sur la terre.

II faut tout d'abord écarter la supposition de l'existence dans notre globe d'un noyau central fluide et à un degré de chaleur énorme, tant qu'il ne sera pas possible de démontrer ni que cette chaleur centrale joue un rôle quelconque dans les phénomènes de surface, ni qu'une couche donnée de l'écorce solide provienne directement du refroidissement primitif de la masse liquide.

A la vérité, en dehors de la chaleur solaire qui prédomine par ses effets à la superficie de notre globe, il y a bien, dans les profondeurs du sol, d'autres sources de chaleur dont on constate les effets plus ou moins notables, en particulier les phénomènes volcaniques; mais il est constant que l'existence de ces Bources de chaleur peut s'expliquer par les réactions chimiques qui s'exercent dans les couches solides de l'écorce, sous l'influence des eaux qui y circulent et des énormes pressions qui s'y développent.

D'autre part, on rencontre bien, comme base des terrains stratifiés déposés par les eaux, des roches d'origine ignée qui, comme les laves des volcans, ont été liquides et se sont solidifiées; mais, bien loin d'être antérieures aux terrains d'origine aqueuse, ces roches se sont formées après eux, comme le montrent les bouleversements qu'elles y ont apportés; elles se sont formées par des réactions chimiques analogues à celles qui se produisent encore aujourd'hui, et probablement aux dépens de terrains stratifiés qui ont disparu au-dessous de ceux que nous connaissons.

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