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CHAPITRE IV. — ANAXIMANDRE DE MILET

Naturellement, dans ces roches d'origine ignée, aucune trace de vie organique ne peut subsister; d'ailleurs l'action de leur substance en fusion sur les couches voisines a été d'ordinaire assez puissante pour les transformer, au point que l'on a pu douter si l'origine de ces dernières était aqueuse ou ignée. Au-dessus de ces terrains métamorphiques, on rencontre immédiatement les vestiges de la vie organique, mais dans ces terrains eux-mêmes, nous ignorons si ces vestiges ont toujours été absents ou s'il ont été seulement détruits par des actions auxquelles ils ne pouvaient certainement pas résister.

Si donc la géologie nous offre, dans les couches successivement déposées par les eaux, les feuillets de l'histoire de notre globe, les premiers de ces feuillets ont été entièrement consumés et nous ignorons absolument quel en était le nombre; quant aux suivants, les plus anciens sont demeurés à peu près illisibles. C'est là, en fait, la conclusion à tirer des beaux travaux de Lyell; on peut, sans doute, se permettre des déductions plus aventureuses; mais on se place alors en dehors de tout contrôle scientifique.

Ainsi la paléontologie a pu réunir un ensemble de faits suffisant pour donner une haute probabilité à une évolution de la vie organique à la surface de la terre; mais elle ne peut montrer le point de départ de cette évolution et les limites qui lui sont rigoureusement assignables, bien loin de s'élargir, semblent se restreindre de plus en plus devant les découvertes récentes. Quant aux spéculations qui étendent l'évolution aux groupements de la matière inorganique, à la formation et à la destruction des astres et des systèmes stellaires, si hardies et si séduisantes qu'elles soient, elles ne peuvent, à aucun degré, être considérées comme démonstratives.

La question soulevée par Anaximandre reste ainsi pendante en réalité, et comme elle offre ce caractère singulier de former un de ces problèmes où les limites de l'inconnaissable et du connaissable ne peuvent être rigoureusement tracées, elle demeure et demeurera Lien longtemps encore, sinon toujours, l'objet des préoccupations de la science et de la philosophie.

12. Il me reste à présenter, pour la théorie de l'entropie, la critique spéciale que j'ai annoncée plus haut. Mais comme, en général, cette théorie est loin d'être exactement connue, je suis obligé, tout d'abord, d'en rappeler sommairement les principes,

108 tour l'histoire de la science hellène.

On sait que la transformation de la chaleur en travail mécanique et réciproquement celle du travail en chaleur ont été détnontrées s'accomplir sous une équivalence fixe, sous un rapport déterminé entre l'unité servant à mesurer la chaleur et celle employée pour évaluer le travail. La chaleur peut, par suite, être considérée comme un mouvement; il n'en est pas moins clair que ce mouvement réside dans les éléments les plus intimes des corps et doit être absolument distingué de celui que nous pouvons percevoir comme appartenant aux molécules visibles.

Si, dans cet ordre d'idées, on appelle énergie moléculaire d'un corps le travail que représente la constitution de ce corps, y compris les mouvements généraux et particuliers de transfert des molécules, mais abstraction faite de la chaleur qu'il possède, si d'autre part on désigne sous le nom d'énergie calorique le travail équivalent à cette chaleur de ce corps, la loi de la conservation des forces vives, dans les limites où elle est applicable à un système de corps non soumis à des actions extérieures au système, peut s'énoncer en disant que la somme de l'énergie moléculaire et de l'énergie calorique est constante.

Aucune de ces deux énergies ne peut tomber au-dessous de zéro; mais on peut supposer deux états extrêmes : l'un dans lequel l'énergie calorique serait nulle, où tous les corps seraient par suite au zéro absolu de température et où l'énergie moléculaire serait à son maximum ; l'autre au contraire dans lequel l'énergie moléculaire serait nulle et par conséquent tous les corps au repos complet, dans lequel l'énergie calorique serait au contraire à son maximum, supposition qui exige d'ailleurs la répartition uniforme de l'énergie calorique ou l'équilibre général des températures, puisque l'expérience nous montre les différences de températures nécessairement liées à des phénomènes de transfert des molécules.

Si l'on suppose enfin qu'il soit démontré, pour le système de corps dont il s'agit, que l'énergie calorique va sans cesse en s'accroissant aux dépens de l'énergie moléculaire, il y aura, comme le dit Clausius, entropie dans ce système; cette entropie sera la marche, sinon du premier au second des deux états extrêmes que nous avons définis, du moins de l'état où l'énergie calorique est \ son minimum à l'état où l'énergie moléculaire est au contraire la plus faible possible, si l'on admet que ces minima puissent être différents de zéro. Ceci posr, peut-on établir que notre monde est soumis à une entropie?

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