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CHAPITRE VI. — ANAXIMÈNE

démontrée, ce n'est même pas à discuter ; qu'elle ne puisse jamais l'être, c'est peut-être une thèse plus hardie, mais il me semble qu'elle peut se soutenir comme suit.

Nous admettons, pour l'existence de la matière, deux sortes de preuves, les unes empruntées au témoignage immédiat de nos sens, les autres conclues d'un raisonnement.

Les premières sont évidemment à écarter; si l'éther existe, il ne peut influer sur nos sensations que par l'intermédiaire de la matière pondérable, puisque nos organes sont construits avec une pareille matière et que nous vivons nécessairement dans un milieu également pondérable. Nous ne percevons donc que des mouvements de la matière pondérable, et l'éther n'est imaginé que pour transmettre ces mouvements, nullement pour les produire.

Nous sommes ainsi ramenés aux preuves conclues d'un raisonnement; or, ce raisonnement peut être soit inductif, soit déductif. Mais pour l'éther, l'induction est exclue, puisqu'elle ne peut procéder que suivant des analogies avec les substances tombant directement sous nos sens, et que, par la nature même de son hypothèse, l'éther doit être tout différent.

Quant à la déduction, pour constituer une démonstration, il faudrait qu'elle fût conduite de manière à établir que, si tels phénomènes se produisent, il faut nécessairement qu'il existe une substance ayant telles ou telles propriétés. Or, le problème se présente de façon à ne pouvoir être traité que mathématiquement, et la science est cependant loin d'être assez avancée pour qu'il puisse être sérieusement traité ainsi. On s'est donc contenté de tâtonner, d'imaginer a priori des propriétés et de vérifier si elles satisfaisaient aux conditions de l'expérience. Comme on n'est pas encore arrivé en fait à établir ainsi des hypothèses réellement concordantes, on est encore loin de pouvoir examiner si un autre système d'hypothèses ne serait pas possible tout aussi bien.

Mais supposons toutes les difficultés mathématiques résolues et le problème entièrement élucidé. Pour que les phénomènes lumineux et autres puissent être expliqués, il faut que notre éther ait telles propriétés bien définies; aura-t-on démontré son existence?

Le croire serait se faire illusion sur la puissance et le rôle réel des mathématiques. On aura mis l'hypothèse dans les équations; elle en sera ressortie plus complète et plus précise. Mais les prétendues propriétés qui servent à la définir, que pourront-elles représenter en réalité? Rien que des relations mathématiques

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entre les conditions du mouvement des parties de la matière pondérable. Ces mouvements sont le seul élément scientifiquement assuré qui ait été posé dans les prémisses. Il ne peut y en avoir un autre dans les conclusions, et avec des relations mathématiques on ne peut créer une substance.

9. En résumé, l'unité de la matière chimique est pour nous un postulatum, tout comme pour Anaximène. Que dirons-nous, s'il s'agit de l'unité entre la matière inerte et la matière vivante?

Je n'irai pas jusqu'à poser la question entre la matière simplement vivante et la matière sentante et pensante; c'est un terrain rebattu où l'on piétine sans avancer. Mais, pour la vie en général, où en est-on depuis les Ioniens?

On a résolu, il n'y a pas relativement très longtemps, un grave problème accessoire. On a établi l'identité des matériaux chimiques du monde organique et du monde inorganique. Ni creuset ni éprouvette n'ont jamais donné la moindre trace d'une substance exclusivement propre au premier de ces deux mondes.

Il n'en est pas moins incontestable que la vie se présente comme un phénomène d'un ordre tout particulier, irréductible à ceux de l'ordre physique ou chimique. Il y a donc une différence et, si nous savons pertinemment désormais que ce n'est pas dans la matière qu'il faut la chercher, nous n'en sommes pas moins conduits par les» faits à un dualisme dans la forme.

Il y a deux manières de tourner la difficulté, objectivement parlant, c'est-à-dire du seul point de vue où la science de la nature puisse se placer.

Ou bien on affirmera que la vie est le cas général et que, si nous ne pouvons la constater partout, c'est en raison de la faiblesse de nos moyens d'investigation qui ne peuvent atteindre les particules extrêmement ténues, où siège la vie du monde inorganique. Cette hypothèse est évidemment toute gratuite et n'a rien de scientifique; elle nous ramène au reste précisément à l'hylozoïsme des premiers Ioniens, sauf à l'adapter aux progrès accomplis depuis eux.

Ou bien on dira que la vie, que nous ne pouvons pas produire dans nos laboratoires, a dû néanmoins apparaître à la surface de la terre, certains éléments se trouvant en présence, dans certaines conditions de température et de pression. C'est la thèse matérialiste proprement dite.

Cette thèse était très simple, sans graves objections possibles au

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