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CHAPITRE VI. — AXAXIMÈNE

point de vue scientifique, et ne se distinguait pas d'ailleurs parfaitement de la précédente, alors que Ton croyait à peu près universellement à la génération spontanée, ce qui ne remonte pas à une époque bien lointaine. Mais des travaux récents, et qui seront une gloire de notre siècle et de notre France, semblent avoir relégué définitivement au rang des mythes la vieille croyance des âges antérieurs.

La logique des faits influe si peu sur la constitution des hypothèses que, loin de se trouver ébranlé par ce changement de circonstances, le dogme matérialiste a au contraire reçu, de nos jours, comme une nouvelle vie par l'introduction des idées évolutionnistes. L'évolution se prête si facilement à expliquer tant de choses; ne pourrait-on aussi lui faire expliquer la vie?

Je ne remarque point cependant que les vagues indications données à ce sujet aient abouti à une tentative sérieuse. On a compris sans doute que l'évolution, au fond, suppose la vie et l'on s'est contenté de reproduire la vieille thèse, sans la rajeunir sensiblement. Son insuffisance est visible; il faudrait du moins essayer de préciser quels éléments doivent être supposés en présence et sous quelles conditions extérieures ils peuvent produire la vie.

Mais je veux surtout remarquer que logiquement cette thèse est insoutenable devant celle de l'hylozoïsme. S'il y a en effet un caractère bien constant de la vie, c'est de naître de la vie. Supposons donc réalisé le desideratum du matérialisme, un cas de génération spontanée de l'être le plus élémentaire que l'on connaisse ou que l'on puisse imaginer. Supposons ce cas bien constaté scientifiquement; s'il y a une logique, si l'induction n'est pas un vain mot, on conclura légitimement que cette substance vivante n'a pas été produite par des matériaux bruts, mais bien par des êtres organisés trop petits pour que nous ayons pu les soupçonner jusqu'alors, mais que nous nous mettrons à rechercher avec ardeur.

C'est ainsi que depuis Anaximène la science a amassé des faits qui, à première vue, semblent plutôt probants pour le pluralisme, qu'elle n'en recherche pas moins l'unité avec une invincible obstination, et qu'alors elle retombe fatalement sur l'antique hylozoïsme. Je l'ai qualifié plus haut d'hypothèse gratuite au point de vue scientifique; ai-je besoin de dire que les hypothèses du dualisme méritent tout autant la même épithète?

DOXOGRAPHIE D'ANAXIMÈNE

1. Théophr., fr. 2 (Simplic. in jjhysic, 6 a). — Anaximène, fils d'Eurystrate, de Milet, qui fut ami d'Anaximandre, reconnaît, lui aussi, comme son maître, pour substratum une seule nature indéfinie; mais, au lieu de la laisser indéterminée comme Anaximandre, il la détermine en disant que c'est l'air. Elle diffère, d'après lui, d'une substance à l'autre, par le degré de dilatation ou de condensation; ainsi, devenant plus subtile, elle forme le feu; en se condensant, au contraire, elle forme le vent, puis la nuée, à un degré plus loin, l'eau, puis la terre et les pierres; les autres choses proviennent des précédentes. Il admet aussi le mouvement éternel, comme amenant la transformation.

2. Philosophum., 7. — (1) Anaximène, Milésien lui aussi et fils d'Eurystrate, reconnaît comme principe l'air indéfini; c'est de là que proviennent, sont provenus ou proviendront et les dieux et les êtres divins et tout le reste par dérivation. — (2) Voici le caractère de cet air : lorsqu'il est au plus parfait degré d'égalité, il est invisible aux yeux, mais se manifeste comme froid, chaud, humide ou en mouvement. Le mouvement est éternel; sans lui, les transformations qui se produisent n'auraient pas lieu. — (3) Maintenant, en se dilatant et en se condensant, l'air apparaît sous différentes formes; car, quand il s'étend en se dilatant suffisamment, il forme du feu; au contraire, les vents sont de l'air condensé. Quand il arrive à se feutrer, il en résulte un nuage; à un degré plus loin, de l'eau; encore davantage, de la terre; enfin, à la condensation maxima, des pierres. Ainsi la genèse est dominée par les contraires, le froid et le chaud. — (4) La terre est plate . t portée par l'air; de même le soleil, la lune et tous les autres astres ignés que leur largeur fait flotter sur l'air. — (5) Les astres proviennent de la terre dont l'humidité s'est vaporisée et, par dilatation, a formé du feu; celui-ci s'est élevé et a constitué les astres. Mais il y a aussi dans le lieu qu'ils occupent des corps de nature terreuse, entraînés comme eux par le mouvement de révolution. — (G) Il dit que les astres ne se meuvent pas au-dessous de la terre, comme d'autres l'ont supposé, mais autour de la terre, de même qu'un bonnet tourne autour de la tète. Si le soleil disparaît, ce n'est pas qu'il passe sous la terre, mais derrière les

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