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QUATRIÈME CARACTÈRE: L'AMOUR FIN DERNIÈRE

Sue

La conclusion toute naturelle du triomphe de l'amour sur la nature et sur l'esprit, de son triomphe apparent sur Dieu même, c'était l'affirmation de la transcendance, de la pleine suffisance, de l’universelle précellence de l'amour. Il porte avec soi sa justification, sa raison et sa fin.

Is per se sufficit, is per se placet, et propter se. Ipse merilum, ipse praemium est sibl. Amor praeter se non requirit causam, non fructum. Fructus eius, usus eius. Amo, quia amo: amo, ut amem (S. Bernard. Serm. in Cant. 83. 4 — PL. 183. 1183).

Verus amor se ipso contentus est (Id. De diligendo Deo €. 7. n. 17 — P120102. 9847 fa pr02}

Vide quomodo totum tibi est dilectio, ipsa est electio, ipsa est cursus, ipsa est perventio, ipsa est mansio, ipsa est beatitudo (Hugues de $. Victor, De laude caritatis PL. 176. 973).

Solus igitur amor est quem a nobis Deus exigit... Plenitudo legis est caritas, et legem continet et prophetas, quia quiequid divina lege inmdicitur, vel interdicitur, ad solum amorem reducitur. Solve tri-

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butum amoris, et Domino noveris satisfactum (Richard de Saint Victor, De gradibus Caritalis. ce. III: —-PI, 196. 1202)1).

Amor omni supereminet gratiae ... Caritas cumulus est, caritas fundamentum ... Ha in primis, illa in ultimis, illa in intimis: illa inchoat, illa consummat ... Media, mquit, caritate. Bene media, quae sic intima est. Plenitudo legis est caritas ... Amori nihil satis est, nihil minus se ipso. Amor se ipso satiari non potest, et tamen nisi se ipso pasci non potest: ipse sibi dulce satis est pabulum. Amor nil magis vult quam amare. Quam dabit homo commutationem pro amore? quam dabit vel quam accipiet? Nihil gratius amore impenditur, nil dulcius sentitur ... Vere dulcis amor, et solus dulcis amor: et omnis duleis amor, sed non est amor ad amorem Christi (Gilbert de Hoy, Serm. in ‘Cant. 19, 1. 2 — PL. 184. 96—97).

On reconnait ici un des plus magnifiques lieux communs de la littérature religieuse au Moyen Age. Les développements de ce

genre s'amorçcalient comme d'eux-mêmes sur certains versets de

l'Ecriture, qu'on citait avec prédilection: Cant. 8.7. — 1 Cor. 13. 13. — Rom. 18.10. — Mat. 22.40. —- Ils trouvaient aussi

des appuis en maintes sentences des Pères, et particulièrement dans le mot célèbre d'Augustin: ,Dilige, et quod vis fac.“ In Ep. loannis 7, 4. 8. —- PL. 35. 2033).

Mais on allait nécessairement plus loin que les Pères.

L'affirmation d'un certain primat de l'amour, — si l'on peut employer ce terme, — n'était pas seulement plus violente: elle

était aussi plus précise. La présence d'une métaphysique de l'amour puissante déjà sur ces esprits, bien qu'encore implicite, faisait ici sentir ses effets, et faisait inconsciemment préjuger à ces écrivains lyriques la solution d'un problème spéculatif fort délicat.

SPÉCULATION SYSTÉMATIQUE. L'ESSENCE DE LA BÉATITUDE: LA POSSESSION PAR L'AMOUR.

Si l'amour se justifie par lui-même, si, comme disait S. Bernard, l'amour ,tout seul suffit“, il est donc l'unique nécessaire,

1) Dans son essai de démonstration de la Trinité {v. p. 63) Richard énonce le principe: ,Nihil caritate melius, nihil caritate perfectius® (De Tri- ‘nitate JIL. 2), sans s'inquiéter de le prouver autrement que par l'affirmation: »Hoc nos docet ipsa natura, idem ipsum multiplex experientia* (ib. IT, 3). Les raisonnements sur le Saint-Esprit supposent de plus que l'amour est un bien en

82 Problème de l'amour.

il est fin dernière, fin en soi (propler se volitum, en langue scolastique). Ce qui équivalait pour les hommes d'alors, à dire que l'amour est la béatitude même, ct c'est ce que nous disait précisément Hugues de Saint Victor: ,ipsa est beatitudo“. —— Mais la béatitude n'était pas conçue autrement que comme la ,possession du souverain Bien“. Donc, l'action d'aimer devait être conçue comme une action formellement possédante. Cette conception, qui est très répandue au XII siècle, a eu, si je ne me trompe, une très grande influence sur le développement de la Scolastique. Il ne faut pas chercher la différence essentielle du scotisme et du thomisme ailleurs que dans la notion de possession spirituelle. . D'après S. Thomas, percevoir, pour l'intelligence, c'est avoir et être. C'est ce que Scot ou n'a jamais pu comprendre, ou n'a jamais voulu concéder. Esprit profondément logique, il a reconstruit en conséquence toute sa théorie de la connaissance et toute son ontologie. Sur ce point fondamental, il pouvait facilement se croire d'accord avec la tradition patristique et médiévale 1). Voici d'abord quelques textes des mystiques du XIT° siècle: Quid autem est absurdius uniri Deo amore, et non beatitudine? Beati enim vere et unice, et singulariter et peyfecte beati, qui vere et perfecte amant te... Quid enim est beatum esse, nisi non velle nisi bonum, et omnia habere quaecunque vu? Te igitur velle, et... singulariter amare . . . hoc demum est non velle nisi bonum, hoc est habere quaecunque vult omnia: quia habet te quis, in quantum amat te (Et plus lom:) Licet... nullus sensus cuiuslibet animae vel spiritus te comprehendat, tamen tolum te, quantus es, comprehendit amor amantis, qui totum te amat quantus es (Guillaume de S. Thierry, De contemplando Deo €. 8 — PI. HÉULOn AU Amare, lam tenere est; etiam assimilari et uniri est. Quidni, cum Deus caritas sit? (Gilbert de Hoy, Serm. in Cant. 8. 6 — PL. 184. 51. Voir cependant 1b. 9, 2, 3 la distinclion de tencre el teneri, ep. 13. 6). Qui amat te, capit te?): et tantum capit, quantum amat, quia ipse amor es, quia caritas es (Aelred de Rye, Speculum caritatis. L I.

soi, même si on le considère pur, pour ainsi dire, de tout contenu: la communicatio comme telle est un bien, abstraction faite de tous autres biens à communiqüer (v. ib. III. 14. VL 6).

) ,Ama et propinquabit: ama ct habitabit. Dominus in proximo est, nihil solliciti fueritis. Vis videre quam si amaveris tecum sit? Deus caritas est (Aug. serm. XXI]. n 2 — PL. 38. 143).

*) Cp. l'étrange étymologie d'André le Chapelain (qui semble avoir écrit vers 1190): Dicitur autem amor ab «mo vero, quod significat capere vel capi,

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ec. 1 — PL. 195. 505. -- À la même page, Aelred avait appelé l'amour: locus capax Dei).

Per caritatem apprehendis et frueris. Deus, inquit Ioannes apostolus, caritas est, et qui manet in caritate, in Deo manet, et Deus in eo. Qui igitur carilatem habet, Deum habet, Deum possidet, in Deo manet (Hugues de S. Victor, De laude caritatis. PL. 176. 973. cp. 975).

(Deus) si amatur, habetur; si diligitur, gustatur: praesens est dilectioni (Id. de Sacramentis. 1. IL p. 13 — PL. 176. 534 — cf. 535 B)°).

O bone Deus, quem amare edere est...ad hoc ergo cibas, ut esurire facias . .. amoris namque bona eo minus satiant, quo magis replent. Zmplevit bonis: quibus bonis? nolo a me quaeras quae sint bona carilatis; profecto ïlla esse aestimo de quibus dicitur: Oculus non vidit absque te, quae praeparasti diligentibus te; et alio loco: Oculus non vidit, et auris non œudivit, et in cor hominis non ascendit. Audis diligentibus praeparata, ut dilectionis bona fore non ambigas. Un hac ‘enim repositae sunt aeternitalis deliciae, et omnis caelestis suavitas (Richard de $. Victor, De gradibus caritatis. c. I. — PL. 196. 1200) ?).

Ecoutons ensuite un auteur plus didactique, qui a vécu au XIIIe siècle, et chez qui l'on rencontre déjà des formules arabisantes, bien que la fluidité de son style rappelle encore l'école de S. Bernard. Guillaume d'Auvergne parle lui aussi de l'amour

Le) possédant: loin de critiquer ou d'excuser la métaphore, il la tourne en affirmation systématique. Son langage est du moins très net, quand il restreint l'application du principe à une sorte de possession intentionnelle, de communication sympathique des sentiments; ensuite, des comparaisons lyriques l’emportent, et sa pensée ressemble, pour l'imprécision, à celle des auteurs précédents. Après avoir rappelé, selon la doctrine aréopagitique, que l'aimant devient la chose de l'être aimé, il affirme que la réci-

proque est vraie:

Nam qui amat, captus est cupidinis vinculis aliumque desiderat suo capere hamo. Sicut enim piscator . . . ita vero captus amore . . . totis . . . nisibus instat duo diversa quodam incorporali vinculo corda unire vel unita semper coniuncta servare (De amore, Lib. 1 e. 3 — Ed. Trojel p. 9).

‘1) Ce raisonnement d'une logique si naïve a peut-être sa source dans une phrase de S. Augustin qu’on lit quelques lignes après le passage cité à la note 1 p. 82: Deus caritas est. Dicturus es mihi: Putas quid est caritas? Caritas est qua diligimus“ (loc. cit.).

?) Sur la manière très originale dont Guillaume de $. Thierry conçoit la possession par amour, voir l'appendice IT à la fin de cette étude.

84 Problème de l'amour.

Secunda laus et virtus eius est, quia quiequid tetigerit, suum facit

amantis, quod multi ignorant... bona et mala eorum quos amamus, nostra sunt per communionem quam supra prosecuti sumus ... Mani-

festum autem quod quiequid tangit amor noster, nostrum est per modum praedictum. Facillima ergo est nobis acquisitio omnium bonorum, dum solum huius modi tactu ea acquirimus, et nostra facimus ... [ste amor est velut accipiter rapacissimus, euius rapacitatem nullum volatile effugit. Bona enim spiritualia . .. volucres sunt ... Huius modi volatum atque rapagitatem vel ipse Deus haud fugit, aut evadit ...cum iste accipiter eum consequitur, et comprehendit, et ligatum tradit possessori suo . .. statim eum amaveris, immo quam cito ipsum amas eundem capis et tenes... Si vero aliquid quod contra eum (Deum) sit, amet ille (homo), se per vineulum amoris possidendum jam tradidit et tenendum, quem ad modum solet tradi equus vel asinus ei a quo possidendus est (Guillaume d'Auvergne, De moribus €. IV. t I pp. 207. 208).

Et plus loin l’auteur fait parler l'amour:

Ego sum fur fidelissimus, atque iustissimus, et imnocentissimus, qui omnia bona aliena clam capio, mea facio, ac quaero (acquiro?): amando enim illa, atque inde gaudendo, nescientibus ils quorum sunt, clan illa raplo, mea facio, et acquiro (Id. ib. 209).

Passons enfin aux auteurs classiques du XIII siècle. Voici comment s'exprime cet éclectique que fut Albert le Grand, le

maitre de S. Thomas):

1) S. Thomas nie que l’amour opère formellement la possession réelle. »Coniungere secundum rem non est de ratione caritatis, et ideo potest esse habiti et non habiti* (Car. a. 2 ad 6 — cp. de Spe a. 1 ad 11, et les articles où il traite des éléments constitutifs de la béatitude). Posséder, tenir, c'est, d'après lui, le partage des facultés appréhensives dont la principale est l'intelligence: c'est par conséquent l'intelligence dont l'opération nous béatifiera en nous rendant possesseurs de l'Essence divine, — Sans doute 51 a des affirmations comme: ,Notitia in actu est quodam modo ipsum cognitum, et amor in actu est quodam modo ipsum amatum“ (De Anima, a. 12 ad 5 — cp. 1 q.37 a. 1 etc.}, mais il a expliqué très nettement ce qu'il entendait par ces manières de parler. V, 4 CG. 19: »Quod amatur non solum est in intellectu amantis, sed etiam in voluntate ipsius; aliter tamen et aliter. In intellectu enim est secundum similitudinem suae speclei; in voluntate autem amantis est sieut terminus motus in principio motivo proportionato per convenientiam el proportionem quam habet ad ipsum: sicut in igne quodam modo est locus sursum, ratione levitatis, secundum quam habet proportionem et convenientiam ad talem locum .. Amatum in voluntate exsistit ut inclinans et quodam modo impellens intrinsecus amantem in ipsam rer amatam . ..* (Voir encore Comp. Theol. [. 45 — 1 q. 27 a. 4 — 1n 2e q. 16 a. 4, où S. Thomas ajoute ,sic habere finem est imperfecte habere ipsum). L'amour ne donne donc pas l'aimé à l'aimant en lui communiquant comme un autre exemplaire de la même essence (ce qui est le cas des intellections per

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Visio ... dicit conversionem super pracsentiam lantum: comprehensio autem quae succedil spei, dicit adhacrentiam: sed amor co quod est vita slringens et acutum mobile, penetrans amatum, ut dicit Dionysius, dieit inhacrentiam ... Est enim duplex coniunctio, scilicet per merilum, el per quendam quasi conlactum. Per meritum enim omnis virtus contungit Deo: sed per contactum tripliciter accidit coniunetio, scilicet secundum praesentiam, et hie est cum intellectus aitingit rem in sua essentia, sed non necessario lenet el habet eam: unde assimilaur quasi tactui mathematico, in quo ultima langentia sunt simul tantum. Secunda est quasi per adhaerentiam el tentionem et habere, el hic tactus est eius quod succedit spei, et assimilatur quasi taclui compactorum. Tertia est per inhaërentiam, quando unum quasi ingreditur alterum, et contrahit impressiones el alfectiones e natura eius: et hic est tactus amoris, et assimilatur taclui naturali, in quo tangentia agunt et patiuntur ad invicem, et imprimunt sibi mutuo suas proprietates. Et primus modus coniunctionis est ut materialiter dispositio ad fruitionem. Secundus autem et tertius propinque se habent: sed quartus est completivus: et hoc patet ex nomine eius quod est fructus, quia hic est gustus dulcedinis quietantis, et gustus ille non elicitur nisi ex interiori-

speciem), ni en lui communiquant l'essence réelle elle-même dans sa totalité (ce qui est le cas de l'intellection per essentiam), mais en le soumettant au principe de vie de l'être aimé, en lui ôtant son individualité privée pour le constituer partie d’un tout nouveau. Et si l'on peut encore ici parler de ressemblance, c'est ,secundum quod potentia habet similitudinem ad actum ipsum“ (1 21c q. 27 à. 8): il ne s’agit pas en effet de ressemblance entre deux égaux, et, plus l'amour est amour, plus l’aimant est totalement subordonné à l'aimé et informé par lui (cf. p. 29).

La doctrine de l’amatum in amante trouve une application théologique dans la théorie thomiste de la grâce (1 q. 8 a. 3 ad 4 — 1 q. 48 a. 3 — 4 CG. 28. 9). ,C'est par l'amour qu'il cause en nous que le Saint Esprit est en nous, et que nous le possédons.* La grâce, ce principe de nature divine, est tout entière fendance, mouvement vers la gloire.

Cette idée d’une sorte de possession par disposition potentielle se retrouve chez certains auteurs du XIIe siècle à propos de l'amour surnaturel. ,Non habitus desiderari non posset* dit Richard de $S. Victor (Expl. in Cant. ce. 1 — PL. 196. 411) Et de même $. Bernard, parlant d'avance comme Pascal: »Nemo te quaerere valet, nisi qui prius invenerit* (De Diligendo Deo VII. 22 — PL. 182, 987). (Cp. encore Guillaume de $. Thierry. PL. 184. 366). Ce n'est pas à la possession définitive, c'est à la disposition potentielle et à la tendance vers l'union réelle qu'elle implique, qu'il faut rapporter certains développements sur la ,nature aiguë“ et pénétrante de l'amour, qui met ,l'objet aimé dans l'aimant* (Voir Hugues de $. Victor. Exp. in Hierarchiam caelestem. PL, 175. 1037, et Albert le Grand, De adhaerendo Deo liber. ©. XIT (Ed. Borgnet t. XXX VII p. 536) qui est ici tout près de la conception thomiste. Cp. S. Thomas la 21e. q. 28 a. 2:

86 Problème de l'amour.

bus-rei quae sunt de naltura et complexione eius quo fruimur* (In 1. d. 1. B. a. 12 ad qelam 1 — Ed. Borgnet t. XXV pp. 29, 30). Cf. in Cael. Hier. 1. VE $S 1: (affectio) ,immediatius coniungit fini“, et ad 3. fiboet XIV: 159):

Pour Albert donc: la possession, chez les êtres spirituels, n'est pas identique à l'intellection (éntellectus attingit rem in sua essentia, sed non necessario tenet et habet cam), laquelle est une disposition matérielle qui la précède; la pénétration d'amour est distincte aussi de la possession: mais elle la suif, et la rend plus parfaite; elle est suivie elle-même du quatrième moment, fructus, gustus dulcedinis quietantis, qui correspond à la délectation des autres scolastiques. Albert ne nous dit pas à quelle puissance de l'âme il attribue le second moment (la possession, tentio, habere), ni même sil l'attribue à une puissance de l'âme.

S. Bonaventure distingue de même wsio, tentio, et fruitio. Et, tout en pensant que la possession n'est formellement ni intellection (vision), ni jouissance, il déclare pourtant que la jouissance, parce qu'elle est union d'amour, est ce quil y a de plus unitif.

Fruitio de sui generali ratione dicit amoris unionem, scilicet fruibilis cum fruente ... Si quis videt aliquid et habet, nunquam delectetur, nisi amet; aller tamen requiritur visio quam amor. Nam visio disponit, similiter et lentio, sed amor delicias suggerit. Unde est quasi acumen penetrans, et ideo ei maxime convenit unire et per consequens delectare et quietare; ideo essentialiter, non dispositive est fruitio (1. d. La. ,qun.. :sol.et. ad 2).

Le Cardinal Mathieu d'Aquasparta enseigne de même:

Principalis actus voluntatis est amare, qui est alius a desiderio et

delectatione ... Et hoc actu voluntas pertingit ad finem et consequitur, unitur et adhaeret ei perfectius quam per intellectum ... Con-

seculio vel obtentus sammi boni inchoatur in cognitione, sed perficitur in amore (Quaestiones disputatae selectae q. 9. de Gognitione, ad 9, — Quaracchi 1903, pp. 407. 408) ?.

Scot devait dire, avec une plus grande précision technique: (Dicendum) beatitudinem essentialiter et formaliter consistere in actu voluntatis, quo simpliciter et solum attingitur bonum optimum

1) Dans cette même question 9, l'auteur décide aussi que le ravissement (raptus) est une élévation de la volonté éncore plus que de l'intelligence (Loc. cit. p. 405 — Cp. Grabmann, Die philosophische und theologische Erkenntnislehre des Kardinals Matthaeus von Aquasparta. Vienne 1906, pp. 163-—172).

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euius fruitione est nalura bealificabilis perfecte beata . .. Concedo, actu desiderti, qui est absentis, non assequi finem, sed id evenire per alium actum, qui est amor rei praesentis; hoc enim obiectum beatificum assequitur primo, loquendo de primitate perfectionis, licet per actum intellectus sit aliqualis assecutio prior prioritate generationis . .

Delectatio sequitur finis asseculionem, nedum primitate gencrationis, sed étiam perfectionis; sequilur enim actum diligendi finem visum, qui est vere actus elicitus voluntalis. Porro, omnino falsum est, voluntatem circu obiectum amabile sibi praesens non elicere actum aliquem, sed solum recipere delectalionem et passionem (4 d. 49 q. 4).

Et ailleurs:

Dei beatitudo non consistit in acquisitione finis secundum actum intellectus, sed primario et completive in possessione eiusdem per actum voluntatis . .. . (operatio voluntatis est) adductiva formaliter possessionis saummi boni (4 d. 49 q. 3).

On remarquera combien un pareil aboutissement est étrange, après qu'on a entendu les partisans de la conception ,extalique* proclamer lamour essentiellement mortifiant et destructeur. — Cet aboutissement était pourtant nécessaire, car, si l'on concevait l'amour comme plus fort que toutes les inclinations naturelles, qu'il tvrannisait, -— comme on était d'ailleurs scolastique et qu'on ne pouvait se dérober à la croyance en l'harmonieuse finalité de la nature, il fallait bien qu'on attribuñl la possession du souverain bien à celle des inclinations de lime qui triomphait de toutes les autres. Vide quomodo totum tibi est dilectio! En passant du poème au système, en prétendant se prononcer sur l'essence des choses, on devait attribuer formellement à l'amour, après le rôle de moyen principal dans l'état de voie, là possession immédiate de la fin dans l'état de terme.

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