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A), — NÉCESSITÉ DE GROUPER LES HOMMES

La plupart des lettres pastorales consacrées à ru. C. insistent éloquemment sur ce point.

Le Congrès des missionnaires diocésains de France, tenu en 1913 sous la présidence du cardinal archevêque- de Paris, roula . tout entier sur la nécessité primordiale de V Apostolat des hommes, ses méthodes, le moyen d'en assurer les fruits par les groupements d'hommes.

La troisième partie du volume des comptes rendus (1) traite de ces groupements. Du chapitre premier citons ces quelques phrases :

« Avec les groupements permanents d'hommes, nous touchons un point de la plus haute importance; mais, il faut bien l'avouer aussi, d'une pratique fort difficile... Cependant, le mot d'ordre qui vient du Vatican, qui est répété dans tous les évêchés de France, c'est à peu près celui-ci : Que les catholiques s'unissent pour être forts, pour oser pratiquer leur religion plus ostensiblement et plus parfaitement, pour défendre leurs droits, revendiquer leurs libertés avec courage et avec succès. Il le faut! Qu'importent les difficultés?

(1) U Apostolat des hommes. Téqui,. 1919, p. 208.

A nous surtout, les hommes de dévouement, d'aider nos vaillants évêques dans cette œuvre d'organisation nécessaire... « Dans notre siècle, dit justement M^^ Gibier, les timidités religieuses sont peut-être plus déplorables que les ignorances religieuses. Que d'hommes qui n'osent pas professer la religion! Ils ont peur d'un mot, d'un sourire. Or, par les groupenn.ents, le respect humain est vaincu. Nos voisins, les Belges, ont bien compris que, par l'union, les forces sont décuplées, centuplées, eux qui ont fait leur cette devise : « l'union fait la force. » Les ennemis de la religion le savent bien aussi; ce qui fait leur succès, c'est précisément l'association, c'est par l'association qu'ils produisent, à certains moments^ ces mouvements sociaux que nous avons peine à nous expliquer. Quand nous aurons réussi à grouper les hommes honnêtes sur le terrain religieux, ce jour-là nous aurons des chrétiens qui ne rougiront plus de prier en public, de se confesser et de communier, nous aurons des chrétiens instruits et convaincus, nous aurons^ des chrétiens apôtres. »

Oui, c'est l'homme, le père, qui tient dans ses

mains l'avenir de la famille — c'est l'homme, le

citoyen, qui tient dans ses mains l'avenir du pays,

c'est V homme, le chef d'industrie, qui tient dans ses

mains notre avenir social et économique.

« Tant que nous n'aurons pas les hommes, nous n'aurons rien ou presque rien, mais dès que nous les aurons, nous aurons tout » (1).

V école doit occuper dans les préoccupations des

(1) Vuillermet, O. P., La conquête des hommes. Lethielleux, 1922, p. 22.

•catholiques et des bons Français une place de choix. Non point la première.

Pendant une bonne partie du siècle dernier, les. catholiques eurent entre les mains la très grande majorité des enfants du peuple. Il y avait dans nos collèges catholiques plus de la moitié des enfants de la bourgeoisie. Malgré l'inévitable déchet, il semble qu'il devait sortir de là une forte niajorité de catholiques pratiquants. Il n'en fut rien. — « Ce sont les enfants que nous avons élevés qui, devenus électeurs ou législateurs, ont été les artisans de lois de laïcisation » (1).

Pour compléter ou remplacer nos œuvres scolaires,, les catholiques ont donné libéralement leur argent,, leur temps aux œuvres post-scolaire.

'« Le jeune clergé, aidé par des laïques au dévouement inlassable, s'y «st mis de tout son cœur... A quel résultat est-on arrivé? Je n'oserais le dire moi-même. C'est M^^ Gibier, l'évêque de Versailles, qui affirme que sur le nombre des enfants qui fréquentent nos patronages — et c'est la minorité des enfants - — il n'y en a que 5 à 10 pour cent qui persévèrent » (2).

Cela ne veut pas dire que nous devions nous relâcher en rien de notre effort relativement aux œuvres, scolaires ou post-scolaires... Cela veut dire que ces. œuvres, si elles ne sont pas complétées par des œuvres.

(1) Vuillermet, O. P., op. cit., p. 23.

(2) Vuillermet, O. P., ibid. p. 34. — - Sur l'Apostolat des hommes, lire plusieurs chapitres fort suggestifs dans les ouvrages d& M&i" Gibier : « Sur les devoirs de l'heure présente ». Lethielleux.

réservées à révangélisation et au groupement des hommes, seront inefficaces ou insuffisantes.

Si, au sortir de l'école, du patronage, le jeune homme se trouve, à l'usine, au magasin, dans le* monde, mêlé à des hommes qui, en grand nombre^ ne pratiquent pas la religion, se moquent de ses préceptes; si, au foyer même, il voit son père indifférent ou hostile en matière de religion, notre jeunehomme se dira qu'à l'école, au patronage, on a exagéré. « Nous formons une enfance que le milieu déformera aussitôt... Nos œuvres de jeunesse se complètent donc nécessairement par des œuvres à'hommes. Pour établir ces œuvres d'hommes n'attendons pas que nos jeunes gens soient métamorphosés en hommes, c'est de suite qu'il faut agir » (1).

Un jour, le Saint Pape Pie X, au cours d'une conversation avec plusieurs cardinaux, leur demandait quel était, ' à leur sens, le moyen le plus sûrde régénérer la société contemporaine. L'un des cardinaux opina pour l'école catholique; l'autre, pour la multiplication des églises; un troisième, pour le recrutement des prêtres. Pie X fit à chacun d'eux une réponse négative. Puis, il ajouta : « Ce qui est présentement le plus nécessaire, c'est d'avoir dans^ chaque paroisse un groupe de laïcs éclairés, résolus,, intrépides, vraiment apôtres » (2).

Point n'est besoin que ces groupes comptent au.

(1) Vuillermet, op. cit., p. 26.

(2) Ed. Lecompte, S. J. : Nos voyageurs.

début beaucoup d'adhérents. Qu'ils groupent une élite : la masse suivra.

« La guerre, disait le maréchal Jofîre, si on veut la définir d'un seul mot, a été une guerre d'états-majors. Sans eux, les plus belles vertus militaires eussent été paralysées » (1).

B). — Comment grouper les Hommes ?

Un point est donc acquis, ce travail de groupement des forces catholiques auquel nous convient l'Épiscopat et les Souverains Pontifes doit commencer par les hommes. La première préoccupation de Pie XI, nous l'avons vu, en réorganisant l'Action catholique italienne a été de créer, sur le modèle de la Jeunesse catholique, une Fédération nationale des Hommes catholiques.

Aux États-Unis, le Conseil catholique national à peine constitué a jeté, lui aussi, les bases d'une Union nationale des Hommes catholiques.

L'Union catholique nationale n'existant encore chez nous qu'à l'état de vœu n'a pu prendre l'initiative d'une création de pareille envergure. Néanmoins, la plupart des unions catholiques diocésaines furent, à juste titre, conçues comme des groupements d'hommes catholiques..

Ici ou là, cependant, on admit les femmes soit comme membres de l'Union, soit à titre d'auxiliaires

(1) Discours de réception à l'Académie Française.

chargés de procurer à T Union des ressources finan cières.

Ceci pose un problème important. Les U. C. qui excluaient les femmes (et c'était le grand nombre) faisaient valoir les arguments suivants auxquels r expérience semble donner très nettement raison : « Les hommes aiment à être chez eux dans leurs œuvres. C'est un fait d'expérience que, sauf dans les Unions catholiques professionnelles, les groupements religieux où on admet à la fois hommes et femmes aboutissent fréquemment à ceci : les hommes sont débordés, envahis par l'élément féminin et se retirent. Ainsi se crée ce préjugé contre lequel nous avons tant de peine à réagir que les œuvres à étiquette religieuse sont des « œuvres de femmes ». Puis, ajoute-t-on encore avec raison, les groupements réservés en droit ou en fait aux femmes sont déjà très nombreux; y a-t-il urgence d'en créer un nouveau? »

A quoi le parti adverse répondait :

« 1° Puisque l'Union catholique diocésaine ou paroissiale a pour but de fédérer pour une action commune toutes les œuvres de la paroisse ou du diocèse, de quel droit en exclure les femmes déjà groupées dans les diverses Ligues féminines? 2° De plus, le rôle social et civique de la femme va se développant. Les adversaires le savent et travaillent activement par l'école, par les groupements économiques ou politiques à la conquérir. Va-t-on se laisser devancer

encore une fois? 3° Malgré le grand nombre d'œuvres féminines existantes, c'est encore la majorité des. femmes, surtout dans les milieux populaires, qui reste à embrigader. — Vous dites que les hommes n'entreront pas dans une Union où seront admises, les femmes ou qu'ils se retireront, c'est vrai. Mais ne pourrait-on pas trouver un moyen terme qui, sans réserver l'Union catholique aux hommes seuls, leur

donnerait l'évidence que l'Union a été faite avant tout pour eux? »

Ce moyen terme a été, en effet, conçu de diverses manières. L'Union populaire italienne, bien que s' adressant surtout aux hommes, admettait comme membres de droit du Bureau ou Comité paroissial,, diocésain, national, les présidentes des grandes œuvres féminines. Mais on a vu Pie XI, estimant nécessaire une organisation où les hommes fussent encore davantage chez eux, créer la Fédération nationale des Hommes catholiques.

Aux États-Unis, la même marche a été suivie.

Le N. C. W. C, après avoir voulu fédérer dans ses Unions diocésaines toutes les forces catholiques masculines et féminines, a, lui aussi, dernièrement constitué, à part, l'Union nationale des Hommes catholiques. Les Unions diocésaines n'ont pas été supprimées pour autant mais leur rôle a été modifié. Elles ne sont plus qu'un organisme de liaison entre les diverses œuvres paroissiales ou diocésaines d'une part, et, d'autre part, entre ces œuvres et le Conseil national. « L'Union catholique )2 est devenue eji

somme une Union des œuvres, une sorte de Bureau central des oeuvres. C'est le rôle que Pie XI, à son tour, dans sa réorganisation de l'Action catholique, laisse à rancienne Union populaire. La difficulté d'adopter, dès maintenant, une telle méthode en France vient de ceci : nous n'en sommes encore qu'à ce stade initial 4^ l'organisation où il importe grandement de ne pas multiplier les difficultés. Or, vouloir constituer d'un côté une Fédération des Hommes catholiques, de l'autre une Union catholique réduite à ce rôle de coordinatrice des œuvres, n'est-ce pas, en poursuivant deux œuvres à la fois, risquer de n'en réaliser pleinement aucune? Et puis, le français est, surtout en matière d'organisation, de tempérament simpliste. Lui proposer d'emblée deux œuvres, c'est risquer de l'embrouiller, de le rebuter.

A quelle solution s'arrêter, du moins provisoirement?

Vraisemblablement, la plus simple sera la meilleure.

C'est ce qu'on a généralement compris en demandant à V Union catholique d'être le groupement des Hommes catholiques — et en même temps d'assurer l'Union des œuvres.

Pour cela, il suffit que le Comité (ou Bureau) diocésain de l'Union catholique convoque les présidentes des principales œuvres féminines à quelquesunes de ses réunions pour y établir les bases d'une action concertée.

D'autre part, les présidentes des grandes œuvres

nationales de femmes feraient de droit" partie du Comité national de l'Union catholique.

Ainsi se fera une première coordination des œuvres que l'Assemblée des archevêques et sa Commission permanente pourront prendre soin d'assurer par d'autres moyens (1). .

Il semble que cette solution soit en train de rallier peu à peu tous les suffrages (2).

(1) Gomme celui d'une Semaine des œuvres catholiques, d'un Bureau central des œuvres, d'une Revue de V Action catholique, etc.

Il existe depuis cinquante ans un office central de documentation, c'est l'Union des Associations ouvrières catholiques fondée par Mgï" de Ségur et dirigée actuellement par Ms"^ de Poterat. Cette Union a des services organisés, un Comité directeur, une revue mensuelle.

(2) Néanmoins, l'enquête dont nous réunissons les éléments depuis quelques années nous apporte le vœu de plusieurs directeurs d'œuvres de voir se constituer parallèlement à V Union catholique des Hommes une grande Union catholique des Femmes qui, sans s'ingérer dans la marche de TUnion masculine, travaillerait de son côté avec le même programme et les mêmes méthodes.

Un fait émeut vivement ces prêtres, l'enrôlement intensif, en certaines régions, des milieux féminins par le socialisme et le communisme. Il y a, il est vrai, pour remédier à ce mal, les Unions professionnelles féminines ou mixtes déjà existantes, les grandes Ligues féminines catholiques... Si tout cela paraît tout de même insuffisant..., rien ne s'oppose à ce que les directeurs diocésains des œuvres, les évêques, organisent, sur le plan de l'Union catholique des hommes, l'Union catholique des femmes. Il est vrai que le terme logique d'une telle création sera, sans doute, comme en Italie et en Amérique, l'organisation de deux fédérations nationales parallèles : celle des Hommes catholiques et celle des Femmes catholiques. Le malheur ne serait pas grand, pourvu toutefois, comme nous l'avons dit, qu'en voulant dès l'abord poursuivre un double but on ne s'expose pas à compromettre le plus important et le plus urgent qui est de grouper nos hommes catholiques et de créer par les moyens les plus simples une entente entre les œuvres.

2. — L'Action civique et le rôle politique des Unions catholiques.

Un problème plus difficile à résoudre est celui du rôle civique et politique des Unions catholiques.

C'est surtout contre cet écueil que toutes les tentatives d'Unions faites depuis un demi-siècle sont venues se briser. Le problème demeure fort complexe. On peut, néanmoins, par la lumière des enseignements

de l'Église, les directions épiscopales et les leçons de l'histoire, l'éclairer quelque peu.

A). — L'Union Catholique ne sera pas un parti

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