POLITIQUE
Elle ne sera pas un parti politique briguant comme les autres partis et par les mêmes moyens de droit la conquête et l'exercice du pouvoir. L'Union ne fera ni politique dynastique ni politique de parti. Elle ne présentera pas, du moins habituellement, ses candidats aux élections législatives ou communales.
Elle ne constituera pas un « parti catholique », au sens propre du mot parti.
Pourquoi cela? On trouvera la réponse à cette question dans les directives données par les Souverains Pontifes à l'Action populaire italienne. Faire d'une Association catholique, soumise à la haute direction de la hiérarchie cathojique, destinée d'abord à servir la cause de la vérité catholique en restau-
Tant un ordre social chrétien, faire d'une telle Association un parti politique (ce parti aurait-il un programme de gouvernement explicitement catholique) serait compromettre, à la fois, les intérêts dje l'Union ^et ceux de l'Église.
Car cette politique catholique devra s'exercer par des hommes qui,, leurs doctrines fussent-elles parfaites, sont, eux, des hommes imparfaits. Ces hommes investis officiellement par des groupements, catholiques d'un mandat législatif pourront être ■amenés — par le jeu compliqué des intrigues, des compétitions, des combinaisons politiques, des rivalités de personnes qui si souvent vicient le mécanisme parlementaire — à prendre, du point de vue national, social, politique, des responsabilités pour lesquelles ils n'ont point été mandatés.
Qu'on le veuille ou non, l'Église, avec tous les intérêts spirituels nationaux ou internationaux qu'elle représente, sera rendue solidaire des votes, des démarches, des erreurs de ces représentants. Et César :s'il estime, à tort ou à raison, que les hommes de l'Église ne lui ont pas reiidu ce qui lui revenait, sera, par mesure de représailles, entraîné à refuser à l'Église ce qui est à l'Église. De plus, comme le notait Pie XI dans les directives aux évêques. d'Italie que nous avons citées, les hommes politiques doivent jouir dans l'exercice de leur mandat d'une liberté, d'une indépendance (1) à laquelle ne sauraient prétendre
(1) Rappelons que si l'Église respecte la liberté de ses enfants 4ans l'exercice de leurs droits civiques, dès qu'ils ne violent
au même point les représentants officiels d'un groupement catholique patronné ou dirigé par la hiérarchie ecclésiastique.
Respectueuse de toutes les formes de gouverne-
pas les règles communes de foi et de conduite imposées à tous les croyants, à plus forte raison respecte-t-elle les droits des nations à se donner telle ou telle forme de gouvernement :
Depuis vingt siècles, l'Eglise répète la parole du Christ :
« Rendez à César ce qui est à César »; « mon Royaume n'est pas de ce monde ». Elle redit le précepte de saint Paul : « Obéissez à vos maîtres selon la chair, comme au Seigneur. »
Depuis vingt siècles, l'Église s'accommode de toutes les formes de gouvernement.
Le Christ s'inclina devant le pouvoir de César Auguste, devant Pilate et Hérode, et s'il recommanda parfois d'agir autrement que les Princes des prêtres et les Sanhédrites, il ajouta : « Tout ce qu'ils vous diront, gardez-le et faites-le ».
L'Église, à son tour, s'inclina devant les Césars romains et les Empereurs byzantins, même quand ceux-ci s'appelaient ; Néron, Tibère, Caligula, Constance ou Valens... Si elle se prêta au sacre de Napoléon pr^ elle ne refusa pas, en 1848,' de bénir les jeunes arbres de la liberté. Elle chanta ses Te deum au sacre de rois comme elle les chantait naguère pour le centenaire de la fondation des Républiques de l'Amérique latine.
L'Église catholique n'est ni républicaine, ni royaliste, ni impérialiste. Elle est l'Église. Son roj^aume est celui des âmes, et, en servant les âmes, elle sert, de la manière la plus efficace, les républiques et les empires.
À ses fidèles elle laisse la liberté de choisir entre les diverses théories spéculatives du pouvoir, comme elle leur reconnaît la faculté d'opter entre les systèmes philosophiques ou les thèses économiques qui : — le dogme étant sauf — se partagent le large terrain abandonné à nos libres recherches.
Mais, dans le' domaine de l'action, elle leur demande à tous de servir, comme elle-même, la cause des âmes et de la vérité, dans la soumission légale à toutes les formes légitimes de gouvernement, sans pourtant leur retirer le droit de travailler, comme les autres citoyens, par les moyens légaux, à la réforme ou au changement d'une forme de pouvoir qu'ils estimeraient moins
ment, l'Église reconnaît, de plus, aux gouvernements, le droit d'exercer leur charge en toute indépendance, de promouvoir librement les intérêts temporels de la cité qui sont leur terrain propre.
C'est la doctrine de la distinction des deux pouvoirs : le civil et le religieux; des deux puissances : puissance
favorable au bien du pays. L'Église fait des citoyens dévoués, dociles, nullement des citoyens diminués.
Le 21 octobre 1923, Sa Sainteté a reçu les jeunes gens catKo- Jiques du diocèse de Rome, qui venaient de participer à une Semaine d'organisation des Œuvres de Jeunesse. Pie XI exprima dans les termes suivants son avis sur la place que doit tenir la politique dans les Œuvres de Jeunesse :
« On pourrait peut-être se demander si une note n'a pas manqué à votre Semaine d'organisation, la note politique. Il ne Nous semble pas, en effet, l'avoir remarquée. Et Nous vous avouons que cette absence Nous a réjoui. Nous Nous sommes dit : c'est bien ainsi. Ne faisons pas de politique dans les œuvres de Jeunesse catholique. Non. Faisons-y ce qui est inscrit au programme : un travail de préparation et de formation.
«Nous voyons une coïncidence providentielle dans le fait que votre audience tombe le jour où l'Église nous fait lire dans l'Évangile une parole célèbre, une parole fréquemment répétée de par le monde, et souvent aussi, hélas I abusivement interprétée : Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui. appartient à Dieu. César est la personnification de l'autorité politique de tous les temps et quelle qu'en soit la forme à travers les vicissitudes de l'histoire.
« Oui, qu'on donne à César ce qui revient à César et à Dieu ce qui revient à Dieu. Dieu Lui-même nous a placés dans la grande famille humaine et II a voulu que chaque homme appartînt à un État, portion déterminée de cette grande famille qu'est l'humanité. C'est donc Lui qui nous impose l'obéissance et le respect envers cet ordre qu'il a établi. En obéissant aux autorités civiles, vous aurez conscience d'accomplir un devoir qui vous incombe, non seulement comme citoyens, mais aussi comme chrétiens. Et, en général, vous serez d'autant meilleurs citoyens que vous serez meilleurs catholiques. » (Traduit de V Osservatore, Romano du 22 octobre 1923.)
•spirituelle, celle de l'Église; puissance temporelle, <îelle de l'État, souveraines chacune dans sa sphère.
Cette thèse aussi ancienne que l'Église et que l'Évangile, Léon XIII la rappelait au monde dans son ;admirable encyclique « Immortale Dei (1) ». Pie Xlla confirmait, au mois d'octobre 1922, dans la circulaire du cardinal Gasparri aux évêques d'Italie.
L'Église ne fait pas de politique de parti.
L'Union catholique n'en fera pas non plus... Ce .-serait, là, mêler fâcheusement l'œuvre de deux pouvoirs, de deux puissances qui doivent rester distinctes (2).
(1) Lire le commentaire de cette encyclique dans les conférences de Moi' d'Hulst, Poussielgue, 1886.
On lira aussi utilement, les pages consacrées par M. Gaétan Bernoville au problème des deux pouvoirs : Sur la paix religieuse, 2me partie, Laïcisme et Catholicisme, pp. 170-237, B. Grasset, 1922.
(2) Pratiquement, le problème, surtout en France, pourra se ■poser moins simplement. Abordons loyalement une question -délicate. L'Union catholique demandera-t-elle, en France, à ses adhérents, par motif de loyalisme, d'être des républicains, des ■ralliés? Exclura-t-elle les catholiques inscrits dans un parti royaliste? Plusieurs, parmi ceux qui travaillent à l'organisation des Unions •catholiques, répondent par l'affirmative. Ce que nous avons reproduit de la correspondance du cardinal Lavigerie et de Keller, à propos de l'Union des catholiques, nous montre le grand cardinal répondant lui-même par l'affirmative, tout en protestant •que l'Union des catholiques devait bien se garder d'être un parti politique. Léon XIII lui-même, sans réclamer des catholiques le sacrifice de leurs « préférences intimes », demanda cependant aux Comités catholiques, à leurs Assemblées annuelles, de se placer, franchement sur le terrain de la constitution. De là sortit non pas l'organisation d'une Union catholique comme celle dont iie cardinal Lavigerie donnait le plan à Keller, mais un parti j)olitique : V Action libérale organisée par J\I. Piou et M. de Mun. De ce nouveau parti, les républicains au pouvoir repoussèrent
B). — ^L'Union Catholique devra néanmoins