EXERCER UNE ACTION CIVIQUE ET SOCIALE
Et c'est là un point sur lequel on ne saurait trop insister. L'Union catholique, pas plus que l'Action catholique d'Italie, n'est nullement une confrérie.
d'ailleurs, les avances. Pie X revint à la conception d'une Union des catholiques uniquement fondée sur un programme catholique. Benoît XV et Pie XI, dans leurs directives à l'Union populaire, recommandent d'adopter la même tactique. — Bien quela situation politique ne soit pas la même en France et en Italie, il nous semble que les Unions catholiques françaises en faisant appel, comme elles l'ont fait généralement, avant et après la . guerre, aux catholiques de tous les partis, donnent une interprétation fidèle à la pensée du Saint-Siège. On objectera que sur le terrain civique où les Unions sont appelées à jouer un rôle, cettecomposition pourra nuire à leur autorité auprès du gouvernement établi. Mais le mal ne serait-il pas plus grand d'insérer dans les Statuts de l'U. C. une clause politique (celle du ralliement à la République?) N'est-ce pas alors, précisément, que l'Union ferait forcément figure de parti? Ne suffirait-il pas, pour éviter aux Unions le reproche d' antiloyalisme, de ne point mettreà leur tête des hommes compromis dans les luttes de partis et de faire comprendre à tous que l'Action catholique, pour être efficace, pour éviter la dispersion des énergies, doit éviter de poser les questions de régime?
L'Action catholique, se plaçant à un point de vue pragmatique, travaille loyalement au bien commun sur le terrain du régime de fait, collabore sans arrière-pensée avec les pouvoirs publics — dès qu'ils sont respectueux des droits légitimes des consciences- — au service du pays.
Cette acceptation pratique des conditions concrètes de l'action ne témoigne de nulle hostilité à l'égard des royalistes. Le Régime venant à changer, l'action des Unions catholiques demeurerait inchangée. Par ailleurs, le fait que des royalistes acceptent défaire abstraction de leurs préoccupations dynastiques pour servir l'Église et la France dans les cadres et d'après la formule de l'Union catholique ne saurait être plus, suspect au pouvoir établi
Elle sert les confréries et les utilise, mais elle est elle-même conçue sur un plan tout différent. Elle a pour objet l'accroissement de la piété individuelle,
que le geste de royalistes apportant, au cours de la guerre, la contribution de leur or et de leur sang au salut du pays, donnant, par surcroît, tout leur appui aux patriotes républicains détenteurs du pouvoir pour assurer le triomphe de nos armes. Nul ne s^étonne, même à la Chambre, de voir réunis dans un même groupement extra-parlementaire (comme celui des mutilés, des anciens combattants, des intérêts viticoles, du suffrage familial), des députés d'extrême-droite, et des députés d'extrême-gauche rapprochés seulement pour la défense des mêmes intérêts. Pourquoi s'étonnerait-on de voir réunis, soit à la Chambre, soit dans le pays, p«ur la défense des intérêts catholiques... les. catholiques de droite et de gauche?
Si le fait que quelques-uns d'entre eux, usant de leurs droits de libres citoyens, professent, en dehors de l'Union catholique, qu'un changement de régime procuré par les moyens légaux serait utile au bien du pays — si ce fait entraînait de la part d'un gouvernement républicain une attitude hostile à F égard ' des Unionistes et de leurs justes revendications — ce gouvernement affirmerait par là-même la faillite de la formule républicaine.
Une telle attitude serait d'autant plus odieuse en France que le respect de la liberté civique y a été poussé jusqu'à l'excès à l'égard de telles et telles catégories de citoyens. Il existe en France, au vu et au su du pouvoir, des milliers de fonctionnaires, en particulier des milliers d'instituteurs, ayant donné publiquement leur adhésion et versant annuellement leur cotisation à des groupements ouvertement hostiles non seulement à la forme constitutionnelle mais encore à Tordre social et national : la C. G. T., la S^^ Internationale communiste. Et non seulement le gouvernement tolère cette liberté, mais il continue à rétribuer, par les deniers publics, ceux qui la revendiquent violemment comme un droit.
« A cette heure », écrivait] e journal Le Temps (20 novembre 1923) qu'on ne soupçonnera pas de cléricalisme, « la France compte, avec 14.000 instituteurs et institutrices extrémistes, 67.000 syndicalistes plus ou moins révolutionnaires, et, en tout cas, rebelles à la légalité. »
mais aussi le rayonnement social de la morale chrétienne par l'exercice des droits et des devoirs du citoyen. Les enseignements des Souverains Pontifes, sont sur ce point parfaitement lumineux. Méditons quelques-unes des déclarations de Pie X déjà citées :.
« Le but de l'Action catholique est de réunir ensemble toutes les forces vives (des troupes catholiques) dans le but de combattre par tous les moyens justes et légaux, la civilisation antichrétienne, replacer Jésus-Christ, dans la famille, dans V école, dans la société, s'employer, par conséquent, à rendre les lois publiques conformes à la justice, à corriger ou supprimer celles qui ne lesont pas. » (Encyclique II fermo proposito.)
Benoît XV n'est pas moins catégorique :
, « Le but de T Union populaire est... de faire T éducation de la conscience sociale, civique, morale et religieuse du peuple; d'assurer la défense et la mise en valeur de Tordre social et de la civilisation chrétienne. »'
Pie XI, à son tour, ne parle pas autrement et le Bulletin officiel de V Action catholique commentant ses déclarations, après avoir dit : « L'Action catholique poursuit une sérieuse formation de l'individu )>, ajoute : elle a aussi pour objectif « d'exiger et d'obtenir que l'État donne à ses institutions juridiques une forme... qui en fasse non un obstacle mais une aide au développement dans les individus d'une forte conscience religieuse». Cela, l'Action catholiquele fera « par une intense propagande d'idées, enentrant directement en contact avec les pouvoirs
responsables, en opposant le faisceau de toutes les forces catholiques aux tentatives hostiles du pouvoir ».
Un tel programme, s'il n'a rien de commun avec une politique de parti, énonce néanmoins le devoir d'action civique qui incombe à tout citoyen libre et à tout catholique. L'Action catholique ne crée pas un devoir nouveau, elle rappelle un devoir fort ancien et offre le moyen de le mieux réaliser.
Dans sa lettre pastorale du 8 mars 1923, M^"" Guérard, évêque de Goutances, rappelle ces vérités en termes excellents (1).
Si l'Union catholique ne fait pas de politique c'est que, même au point de vue civique, elle a mieux à faire que cela : former la conscience civique des électeurs selon les règles de la morale chrétienne, préparer pour la vie publique une élite d'hommes de gouvernement profondément pénétrés des grands devoirs que leur dicte leur foi. C'est déjà la tâche assumée par l'A. C. J. F. auprès de notre jeunesse. Mais ru. G. composée d'électeurs se contentera-t-elle de cette action indirecte?
Non. Les documents pontificaux et le bon sens ne nous laissent aucun doute sur ce point. En période électorale, l'Union ne se contentera pas de rappeler à se^s membres le devoir grave de voter selon leur conscience et de travailler, à titre individuel, et de
(1) Docum. cathoh, 1 avril 1923, col. 835-852.
On trouvera de longs extraits de cette lettre à l'Annexe II.
tout leur pouvoir, au triomphe des candidats dont la conscience catholique approuve le programme. Elle pourra ou niême devra exiger, selon les circonstances, des candidats qui briguent ses suffrages (à quelque parti qu'ils appartiennent), selon la méthode de l'Union des catholiques anglais ou américains, l'engagement de respecter les libertés catholiques.
Certes, cette démarche pourra être parfois délicate. La sagesse demandera, dans tel ou tel cas, que, pour éviter un plus grand mal, on se montre peu exigeant (1). Faut-il renoncer à une action nécessaire parce qu'elle comporte des difficultés d'application ou que ses résultats ne peuvent être atteints que progressivement? Un arbre même le mieux venu ne donne pas ses fruits dès la première année. Ce fut parfois un mal bien français que celui d'estimer inutiles des initiatives qui ne pouvaient aboutir qu'après un long et méthodique travail de préparation (2). .
(1) Sans aborder ici la question de fond qui déborde notre compétence, il nous semble que le mémoire anonyme intitulé : La politique religieuse en France et les élections en 1924, adressé, en janvier 1923, aux évêques français (c. f. Rome, 15 juillet 1923), énonce ime vérité de bon sens quand il dit que les catholiques devront « se maintenir dans le champ des possibilités électorales ». Il est bien vrai qu' « une bataille électorale n'est pas une pure campagne doctrinale où s'affirment avec éclat les principes, abstraction faite des résultats ». Il est tout de même bien désirable, et l'auteur du mémoire n'y contredit pas, que l'heure vienne où, grâce à l'Union de leurs forces, les catholiques pourront affirmer, enfin, même en période électorale, les principes et les exigences de leur foi.
(2) D'ailleurs, les résultats immédiats de l'Union même sim-
L'Union catholique s'abstiendra d'ailleurs soigneusement de se donner l'allure d'un groupement d^ opposition. Son premier travail sera celui d'une collaboration dévouée à la paix, à la prospérité du pays. Comme le dit excellemment M»"" Gibier, •elle s'imposera d'abord à l'attention et au respect <( par les services rendus ». Et c'est cela avec la fofce inhérente- à l'union qui donnera à ses justes revendications, quand le moment sera venu de les formuler devant les pouvoirs publics, l'autorité qui force l'attention.
plement ébauchée dépasseront souvent nos prévisions. Nous •connaissons une ville du centre qu'un Comité radical terrorisa longtemps par ses manifestes, ses campagnes de presse... on s'aperçut un jour que ce Comité était composé d'un homme. Un catholique considérable d'un département de l'Est nous racontait récemment comment lui et ses amis obtinrent aux élections qui précédèrent la guerre un facile succès. Les catholiques n'avaient pas de candidats. On avait parlé un peu. partout ■des Unions catholiques en formation. Le diocèse en question n'en possédait, pas. Ce catholique décide d'en former une avec quatre de ses amis. Au nom de V Union des catholiques, ces cinq hommes rédigent un programme de revendications assez modestes mais très ferme qui est communiqué aux candidats et à la presse. Le résultat ne se fit pas attendre. Dans tout le département, les candidats s'appliquèrent à montrer que leur programme radical respectait les revendications de l'Union. L'un d'eux prit, en ce sens, des engagements formels, fut élu et tint parole. Après cette victoire, l'Union cessa d'exister pour ne revivre qu'en 1922, avec le même chef.