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L'Union catholique et la hiérarchie

ecclésiastique.

Le problème de l'Action civique des Unions catholiques nous amène à un problème non moins important et plus délicat, celui du rôle de la hiérarchie ecclésiastique dans l'Union. Nous avons vu, à l'époque des pourparlers engagés par le cardinal Lavigerie avec Emile Keller, pour la fondation d'une grande Union nationale des catholiques, celui-ci attirer l'attention du cardinal et de Léon XIII sur la nécessité de laisser aux seuls laïques, « la direction, la responsabilité, des Comités- catholiques, » faute de quoi l'action de ces Comités serait, au point de vue civique, réduite à rien. « Le rôle du clergé doit s'exercer dans les œuvres proprement dites qui ont pour but l'éducation chrétienne delà jeunesse, l'assistance des pauvres, l'amélioration du sort desouvriers », etc., dit Keller, mais, au point de vue de l'action civique, sous peine de tout compromettre,, la plus grande liberté d'action doit être laissée aux laïques. Il y a en France « des mots qui tuent » et celui de « parti des prêtres » est peut-être parmi ces< mots. Nous trouvons la même affirmation non.

moins énergique sous la plume du saint laïque et du grand homme d' œuvre que fut Philibert Vrau :

« Nos Comités doivent être laïques, de telle sorte qu'ils n'engagent pas la responsabilité des évêques,, des curés. Nos Comités doivent fonctionner avec Vas-

sentiment de l'Ordinaire et d'accord avec lui, mais sousr leur propre et unique responsabilité », tel était le point de vue de Léon XIII (1).

Pie X, dans l' encyclique « // ferma proposito », rappelle les mêmes principes. Il définit l'Action catholique un ensemble d' œuvres « dont les principaux soutiens et promoteurs sont les laïques catholiques ». Cette Action catholique « qui a pour but de promouvoir la vraie civilisation chrétienne », ne doit pas être évidemment « en opposition avec l'autorité ecclésiastique », elle ne doit pas non plus être indépendante « du conseil et de la haute direction de l'autorité ».

Néanmoins,

« Il est certain, ajoute Pie X, que de telles œuvres doivent se mouvoir avec la liberté qui leur convient raisonnablement, puisque c'est sur elles-mêmes queretombe la responsabilité de leur action dans les affaires temporelles et économiques, ainsi que dans celles de la vie publique, administrative ou politique,., toutes choses étrangères au ministère purement spirituel... Le prêtre, élevé au-dessus des autreshommes pour remplir la mission qu'il tient de Dieu, doit se maintenir également au-dessus de tous lesintérêts humains, de tous les conflits. Son propre champ d'action est l'Église. En agissant ainsi, il n'apparaît pas homme de parti. »

(1) Qui, d'ailleurs, n'estimant pas cette indépendance suffisantepour faire tomber les préjugés et les hostilités auxquels se heurtait l'Action des catholiques, désirait, dans le même but, voir les- Comités catholiques se placer nettement sur le terrain constitutionnel.

A ces sages directions Benoît XV et Pie XI donneront leur conclusion pratique dans l'organisation de l'Union populaire. L'Union se proposant un but mixte (et non point seulement religieux comme •celui des Confréries ou Congrégations), le prêtre ne sera jamais le président ou directeur des Unions paroissiales ou diocésaines, il en sera l'Assistant- «ecclésiastiqiie, l'Aumônier-conseil. Il en sera de même dans les autres grandes œuvres à but mixte : Jeunesse catholique (1), Hommes catholiques, Femines catholiques, Jeunesse . féminine catholique... Telle a été la direction constante des derniers Souverains Pontifes (2). Il est facile d'en voirie bien fondé, soit qu'on examine les principes, soit qu'on fasse appel à l'expérience. Sans sortir de France, quelles sont les œuvres qui ont vécu, prospéré (même pendant

(1) Le Père Tournade, aumônier général de la Jeunesse cathoique, nous répétait, au lendemain d'une audience de Pie X, ces

paroles du Souverain Pontife : « Dites et redites ceci : le prêtre, •dans la Jeunesse catholique, doit être aumônier; aumônier et non pas directeur ou président. .

« Ce titre et ce rôle doivent appartenir aux laïques seuls. »

(2) Je sais qu'en dehors d'Italie on a parfois redouté, si on suivait ces directives et ces exemples, de tomber dans le péril du laïcisme. C'est là un déplorable abus des mots. Le laïcisme, au sens condamnable du mot, n'est pas autre chose que l'athéisme social... Il y a un laïcisme détestable (auquel il serait singulier que Rome nous ait mené par inadvertance) qui consiste à nier la mission divine de l'Église et de la hiérarchie — et un autre excellent , nécessaire, que l'Église a toujours encouragé, c'est la distinction des deux pouvoirs : spirituel et temporel, c'est l'apostolat des laïques, apostolat que l'encyclique « Ubi Arcano Dei » exaltait naguère. En des temps comme les nôtres où le laïcisme athée a rendu suspect dans tant de milieux l'apostolat du prêtre.

la guerre, tombeau de tant d'organisations?) : les Conférences de Saint- Vincent de Paul, la Jeunessecatholique, l'Association catholique des chefs de famille, la Ligue patriotique des Françaises, laLiguedes Femmes françaises...

Or, toutes ces œuvres vivaces se distinguaient des^ défuntes Unions diocésaines par les mêmes caractéristiques : 1^ Toutes ''étaient conçues sur un plan national, sans cesser pour cela de s'enraciner dans, la paroisse. Cela permettait à tous les groupes de bénéficier des secours variés que seule une grande œuvre peut fournir, secours des revues, des congrès.... Un groupement était-il sur le point de tomber, le mouvement de l'ensemble le relevait, l'entraînait.... Il faisait partie d'un faisceau où les éléments composants s'appuyaient les uns aux autres.

l'apostolat des laïques est devenu plus nécessaire que jamais;. Pie XI, dans l'encyclique citée- l'appelle une sorte de sacerdoce :. « Regale sacerdotium. »

Nous avons publié [Hostia, janvier 1921, pp. 22-24) un entretien de Benoît XV avec M. van Goethem, un avocat de Gand denos amis, qui consacre une partie de sa vie, lui laïque, père d'unenombreuse famille, à prêcher dans les théâtres, les salles publiques... l'Évangile, la communion précoce et la communion fréquente...

Le l^r avril 1921, Benoît XV, recevant M. Van Goethem en audierfce, après l'avoir félicité de son apostolat, lui disait : « l'Apostolat laïque n'est pas seulement une bonne chose, une choseutile, mais une chose nécessaire. — Les fidèles ont pour devoir d'aider le prêtre dans sa mission, d'abord parce qu'ils peuvent atteindre beaucoup de personnes chez qui le prêtre n'a pas accès, et puis, ils touchent parfois les cœurs que le prêtre ne parvient pas à émouvoir, parce qu'ils se disent que celui-ci travaille pardevoir d'état, ce qui n'est pas le cas pour les laïcs qui agissent par conviction personnelle. »

2° vSurtout, ces œuvres, fidèles aux directives que nous venons de rappeler, avaient respecté, dans le domaine de l'action, V indépendance, V initiative des laïques SLMxqaels on s'adressait. Certes, l'action du prêtre était partout présente. Il assumait un rôle de direction au point de vue religieux et doctrinal, un rôle de conseil quant à l'activité civique et sociale. Mais c'était vraiment sur les cadres laïques que reposait la responsabilité de l'action.

Selon la juste réflexion de Pie X, on respectait « la liberté de ces œuvres » puisque « c'était sur elles que retombait la responsabilité de leur action ».

Responsabilité! mot qui à lui seul contient en matière d' œuvres toute une méthode.

C'est la responsabilité qui crée le dévouement, elle qui crée les chefs.

Or, les œuvres vivent par l'action d'un petit nombre de chefs., Du seul point de vue de l'expérience on voit combien il est important, à l'origine d'un mouvement comme celui des Unions, de ne pas compromettre l'avenir par une conception erronée du rôle qu'on y donnera aux laïques. C'est eux et non point les prêtres qu'on désire grouper, à qui on veut donner un rôle pour la défense de la cité, de l'Église. Il servirait de peu de créer des cadres magnifiques, de dresser des plans de campagne parfaits... si les cadres demeurent vides, si les soldats dévoués iont défaut.

Ce n'est pas avec du papier qu'on crée de l'action, c'est avec des hommes.

Mais ce point de vue pratique ne doit pas nous faire oublier le point de vue supérieur de la doctrine rappelé par Pie X. Le prêtre est l'homme de tous. « Élevé au-dessus des autres hommes, pour remplir la mission qu'il tient de Dieu, il doit se maintenir au-dessus de tous les conflits. »

Or, si ces directives doivent être prises en consi- <lération pour des œuvres comme la Jeunesse catholique dont le rôle social et civique est forcément assez limité et où, par conséquent, les inconvénients de la présidence confiée au prêtre seraient moindres, a combien plus forte raison doivent-elles être attentivement appliquées dans l'organisation des Unions catholiques! Celles-ci s'adressent surtout à des citoyens pourvus d'un mandat d'électeur. A ces hommas on demandera, non seulement de s'aider de la force de l'union pour mieux pratiquer leur religion, mais encore de prendre conscience de leurs devoirs civiques, d'agir éventuellement auprès des pouvoirs publics ou des candidats aux charges publiques, pour obtenir le respect des droits des catholiques, l'amendement ou le retrait des lois qui violent ces droits.

Ce programme d'action civique demande, nous semblé- t-il, d'après les paroles pontificales, que le prêtre abandonne la présidence, la direction et la responsabilité de l'Union à des laïques (1). Le rôle

(1) A moins qu'on ne prévoie dans l'Union un double organisme; l'un qui, sous le nom de Ligue eucharistique ou tout autre, limitera son rôle à Vaction religieuse : messe et communion mensuelle

du prêtre ne sera pas diminué par là mais spécifié.

«Le prêtre n'est présent dans vos groupes, écrivait Pie X à la Jeunesse catholique française (22/2/ 1907), que pour y être/ selon les cas, le docteur, le conseiller, le guide. » Ce rôle pour être limité n'en est pas moins prépondérant. Au prêtre les responsabilités de la doctrine, aux laïques les responsabilités de l'action (1).

Et il importe qu'une telle distinction des responsabilités soit non seulement réelle mais connue comme telle.

Cela dans l'intérêt du prêtre non moins que dans l'intérêt de l'Union. Un exemple : parmi les campagnes proposées pour l'Assemblée des archevêques à l'activité des Unions, je relève la campagne en faveur de la Répartition proportionnelle scolaire. Quel pourra être, sur ce terrain, le rôle du prêtre au sein de l'Union? Le rôle de docteur. Il exposera la doctrine de l'Église sur l'école, sur la neutralité... Il montrera dans la R. P. S. un moyen de se rappro-

re traite fermée, etc.. et il n'y a alors aucun inconvénient à donner^ ici. si on le juge bon, le titre de président au prêtre; l'autre qui, avec le nom d'Union catholique, et sous la direction des laïques choisis par leurs pairs, s'occupera plus spécialement d'action civique et sociale. Encore, même, dans le premier cas, importerat-il, généralement, si la Ligue' impose des cotisations et po^ède une caisse, que le prêtre directeur abandonne aux laïques la gestion et la responsabilité financière de l'œuvre.

(1) Dans certaines Unions on a donné au prêtre le titre de Directeur-ecclésiastique (celui de Président à un laïque). Il ne semble pas que ce titre donné au prêtre, pourvu que les attributions respectives soient nettement 'déterminées, soit contraire aux directions pontificales rappelées.

cher de ce qui est le vœu de l'Église et en même temps de faire régner un peu plus d'équité, d'égalité, dans la direction des affaires publiques. Ira-t-il plus loin, lui, curé de paroisse, prendra-t-il la direction d'une campagne « d'action directe » si je puis ainsi m' exprimer? d'une campagne de pétitions, d'une campagne de démarches auprès des pouvoirs municipaux, auprès des parlementaires élus ou éligibles? Non; ce serait «d'abord, généralement, rendre un mauvais service à la cause elle-même. D'une revendication de haute justice faite pour rallier tous les amis de l'équité, de la culture, les ennemis feraient aussitôt, à l'usage des esprits simplistes qui sont si nombreux, une pure revendication « cléricale ». Le curé lui-même risquerait de compromettre son autorité en une telle campagne, non seulement auprès des non catholiques, mais encore des catholiques. Après tout, même après le vœu trois fois répété de l'Assemblée des archevêques, la R. P. S. demeure une question libre.

L'unanimité des catholiques n'est pas faite sur ce point et ne le sera peut-être jamais.

Que le prêtre aumônier de l'Union, comprenant au contraire son rôle comme l'ont compris, en la même matière, les aumôniers de la Jeunesse catholique ou de V Association catholique des chefs de famille, après avoir exposé la doctrine, fait connaître le vœu de l'Assemblée annuelle, laisse les directeurs laïques de l'Union entreprendre leur campagne à leurs risques et périls, sous leur exclusive responsabilité. La cause y gagnera et le prestige du prêtre ne

du prêtre ne sera pas diminué par là mais spécifié.

«Le prêtre n'est présent dans vos groupes, écrivait Pie X à la Jeunesse catholique française (22/2/ 1907), que pour y être,' selon les cas, le docteur, le conseiller, le guide. » Ce rôle pour être limité n'en est pas moins prépondérant. Au prêtre les responsabilités de .la doctrine, aux laïques les responsabilités de l'actioii (1).

Et il importe qîi'une telle distinction des responsabilités soit non seulement réelle mais connue comme telle.

Cela dans l'intérêt du prêtre non moins que dans l'intérêt de l'Union. Un exemple : parmi les campagnes proposées pour l'Assemblée des archevêques à l'activité des Unions, je relève la campagne en faveur de la Répartition proportionnelle scolaire. Quel pourra être, sur ce terrain, le rôle du prêtre au sein de l'Union? Le rôle de docteur. Il exposera la doctrine de l'Église sur l'école, sur la neutralité... Il montrera dans la R. P. S. un moyen de se rappro-

retraite fermée, etc.. et il n'y a alors aucun inconvénient à donnerj ici. si on le juge bon, le titre de'président au prêtre; l'autre qui, avec le nom d'Union catholique, et sous la direction des laïques choisis par leurs pairs, s'occupera plus spécialement d'action civique et sociale. Encore, même, dans le premier cas, importerat-il, généralement, si la Ligue* impose des cotisations et pogisède une caisse, que le prêtre directeur abandonne aux laïques la gestion et la responsabilité financière de l'œuvre.

,(1) Dans certaines Unions on a donné au prêtre le titre de Directeur-ecclésiastique (celui de Président à un laïque). Il ne semble pas que ce titre donné au prêtre, pourvu que les attributions respectives soient nettement 'déterminées, soit contraire aux directions pontificales rappelées.

cher de ce qui est le vœu de l'Église et en même temps de faire régner un peu plus d'équité, d'égalité, dans la direction des affaires publiques. Ira-t-il plus loin, lui, curé de paroisse, prendra-t-il la direction d'une campagne « d'action directe » si je puis ainsi m'exprimér? d'une campagne de pétitions, d'une campagne de démarches auprès des pouvoirs municipaux, auprès des parlementaires élus ou éligibles? Non; ce serait 'd'abord, généralement, rendre un mauvais service à la cause elle-même. D'une revendication de haute justice faite pour rallier tous les amis de l'équité, de la culture, les ennemis feraient aussitôt, à l'usage des esprits simplistes qui sont si nombreux, une pure revendication « cléricale ». Le curé lui-même risquerait de compromettre son autorité en une telle campagne, non seulement auprès des non catholiques, mais encore des catholiques. Après tout, même après le vœu trois fois répété de l'Assemblée des archevêques, la R. P. S. demeure une question libre.

L'unanimité des catholiques n'est pas faite sur ce point et ne le sera peut-être jamais.

Que le prêtre aumônier de l'Union, comprenant au contraire son rôle comme l'ont compris, en la même matière, les aumôniers de la Jeunesse catholique ou de V Association catholique des chefs de famille, après avoir exposé la doctrine, fait connaître le vœu de l'Assemblée annuelle, laisse les directeurs laïques de l'Union entreprendre leur campagne à leurs risques et périls, sous leur exclusive responsabilité. La cause y gagnera et le prestige du prêtre ne

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risquera pas d'être compromis. Vraies en tous tejnp!?^ combien ces remarques le seront davantage en période électorale, alors que les passions politiques déchaînées risquent de déformer (surtout en France) les démarches les plus simples de la hiérarchie ecclésiastique (1)!

Plusieurs Unions catholiques diocésaines d'avant-guerre, n'ayant peut-être pas assez présentes à l'esprit ces vérités de fait, donnaient au clergé la. présidence et la direction effectives. Cela non point, seulement pour le côté spécifiquement religieux de

r Union, mais pour son activité totale à la fois religieuse, sociale et civique. Ce n'était qu'un essai,, une expérience. Il semble qu'elle n'ait pas été heureuse. Tandis, comme nous l'avons dit, que d'autres œuvres au programme à peu près identique prospéraient, ces Unions, après avoir végété, exercé uneaction publique médiocre, disparaissaient à peu près toutes ou donnaient naissance à un certain nombre d'Unions diocésaines plus indépendantes..

(1) Nous ne croyons pas qu'il faille accepter toutes les affirmations de M. Emile Faguet dans son livre sur l' Anticléricalisme, nous pensons que c'est exagérer quelque peu que de parler d'une « horreur innée, d'une phobie congénitale du peuple françaispour le gouvernement des curés ». Horreur ou phobie héritée des. souvenirs de Pancien régime et soigneusement entretenue par les manuels scolaires. Mais il reste peut-être vrai que, plus qu'en Italie, beaucoup plus qu'en Angleterre ou aux États-Unis, les^ directives des Souverains Pontifes prescrivant aux membjresdu clergé, « comme personnages publics », de s'abstenir de toutepolitique, de s'en abstenir même dans les o cas douteux », sont d'une grande sagesse pratique et ne sauraient être négligées sansde graves inconvénients.

Mais, gênées, d'une part, dans leur recrutement, par le voisinage d'un autre type d'unions et les préjugés qui, de ce fait, s'attachaient à leur nom; manquant par ailleurs de la force qui leur fût venue d'une organisation nationale, celles-ci périr eait à leurtour(l).

(1) Elles périrent parfois aussi, il serait facile d'en fournir des exemples éloquents, parce que les catholiques tombèrent trop souvent dans ce qui est un des plus graves écueils de nos œuvres, le principe de gratuité. On ne demandait pas aux adhérents de verser une cotisation sérieuse qui eût contribué à les intéresser à leur œuvre. En conséquence et parce qu'ils n'avaient, par ailleurs, aucune responsabilité dans cette œuvre, pas même celle d'un vote, ils s'en désintéressaient. Le groupement manquant de ressources, ayant à se mesurer avec des , organisations anticléricales abondamment rentées, n'osait rien entreprendre. Or, la vie est engendrée par l'action, Vita in motu.

Tous les services devaient être assurés gratuitement. On oubliait que ce secrétaire, ce président, ce conférencier, ce journaliste.. v dont l'Union réclamait le temps, les services, avait des devoirs d'état, devait assurer par son travail le pain de sa femme et parfois le pain et l'avenir de nombreux enfants. Devant les nécessités de l'existence, des hommes dont on aurait pu faire de vrais chef se retiraient cédant la place à d'autres qui, mieux pourvus de ressources matérielles, manquaient seulement des qualités qui font les chefs. .

a Les chefs, nous disait un prêtre éminent, ne nous ont jamais manqué. Nous en avons eu, nous en avons un grand nombre. Des chefs possibles et hors pair il en sort chaque année de nos grandes écoles. Que leur manque-t-il pour qu'ils deviennent les chefs réels d'une action catholique vraiment active? Il manque qu'on fasse appel à leur initiative, qu'on leur abandonne des responsabilités, et qu'on leur assure des ressources. Bref, qu'on « industrialise », au bon sens du mot et selon la formule américaine, l'action catholique... Nous ne sommes pas riches, objecte-t-oni Cependant la générosité catholique dépense, annuellement, des millions pour des constructions... des œuvres excellentes. Mais n'oublie-trelle pas un peu les leçons d'un passé bien récent? En d'autres temps aussi on dépensait des sommes considérables à embellir la maison, à l'agrandir... sans s'être assuré que les

Pour résumer l'effort de réorganisation auquel nous assistons, voici, semble-t-il, le plan architectural d'action catholique française vers lequel nous nous acheminons.

Au sommet, V Assemblée annuelle des cardinaux et archevêques avec sa Commission permanente, son Secrétariat, ses Ministères divers.

L'Assemblée dégage parmi les vœux transmis au Secrétariat et à la Commission permanente (par les évêques, les directions des oeuvres, les Congrès catholiques), les directives qui lui paraissent plus opportunes. Ces directives sont transmises par les évêques, les curés aux unions paroissiales ou diocésaines... Elles sont par eux expliquées, du point de vue de la doctrine.

Les divers ministères (enseignement, presse, etc.) fonctionnant sous la direction de la Commâssion

fondations étaient solides, qu'elles ne seraient pas emportées par la prochaine tempête. — La tempête vint en 1901, en 1905 qui, en quelques jours, emporta tout. N'aurait-on pas agi prudemment en consacrant quelques-uns des millions qu'on utilisait pour des buts particuliers à la sauvegarde de l'intérêt général : en créant un puissant journalisme catholique, en organisant l'action catholique, en lui donnant partout des chefs dont le zèle ne fût pas paralysé par la préoccupation du pain quotidien?.. Il est vrai, cela supposait l'existence d'une mentalité mettant l'intérêt général au-dessus des intérêts individuels. — Mais, puisque pourvoir à l'intérêt général était la seule manière, comme le prouve une expérience périodiquement renouvelée, de sauver de la ruine les intérêts particuliers! »

permanente se mettent aiz service de TUnion catholique polir unifier son action.

Dans chaque paroisse, chaque canton, chaque diocèse, l'Union catholique groupe, sous la haute direction du clergé et la présidence responsable des élus, les hommes catholiques pratiquants ou, du moins, sympathiques à l'idée catholique.

Le Congrès général des présidents diocésains élit le Comité général de l'Union catholique. Présidents et présidentes des grandes œuvres nationales font de droit partie de ce Comité général.

Bref : le pouvoir législatif, au sens très large du mot — car il n'est pas question ici d'émettre des lois,mais seulement de formuler des vœux — est assumé par l'Assemblée annuelle des Archevêques; le. pouvoir exécutif est confié aux laïques qui dirigent (sous le contrôle doctrinal de la hiérarchie) les Comités paroissiaux, cantonaux, diocésains, enfm le

Comité national.

Cette construction paraîtra à plusieurs un beau rêve : « Nous sommes des latins », diront-ils et donc une race réfractaire à l'organisation (1). Les Italiens

(1) Cela n'a pas empêché la Jeunesse catholique française de créer un type d'organisation qui a servi de modèle à plusieurs pays. — Voir. Annexe IV, une brève étude sur l'organisation de

Aux Annexes V et VI nous donnons aussi une brève étude sur l'organisation de l'Action catholique aux Etats-Unis, en

aussi sont des latins. Et pourtant, en peu d'années, cette organisation est devenue chez eux une réalité. L'Action catholique italienne nous donne de magnifiques exemples d'esprit d'initiative et de décision. Ceux qui prédisaient que V union obligatoire de toutes les œuvres de formation chrétienne et d'apostolat en un seul organisme allait alourdir l'action catholique en Italie sont heureusement déçus. Les initiatives particulières des groupes et des fédérations continuent à se produire. Mais on assiste à de puissantes campagnes d'ensemble qui étaient impossibles avant cette centralisation.

Deux exemples plus récents, pris parmi cent autres.

Le gouvernement italien a décidé que tous les collégiens, ceux des institutions privées et ceux des établissements publics, devraient subir désormais un examen d'éducation physique. Immédiatement, le Comité central de V Action catholique italienne convoque un Congrès national d'éducation physique, auquel sont priés de participer ceux qui dirigent ou sont susceptibles d'organiser et de diriger des groupes d'éducation physique. Ce Congrès obtint le plus franc succès. Il s'imposa à l'opinion. Ses conclusions furent communiquées à tous les intéressés, y compris le gouvernement, qui promit de les exa-

Belgique, en Allemagne. Ces leçons de choses plus efficaces que de longues dissertations nous dispensent d'insister sur d'importants détails d'organisation que l'étude des faits suggérera d'ellemême.

ailiner avec bienveillance. Et cette promesse fut tenue, ■puisque certaines modifications, donnant satisfac- "tion aux amis de l'enseignement libre, ont été apportées au décret gouvernemental.

Autre initiative non moins heureuse. A la suite du décret du gouvernement sur la réforme de l'enseignement moyen le Comité général de V Action catholique italienne convoque un Congrès de Venseignement moyen. Celui-ci réussit, comme le précédent, au delà de toute espérance. Des directives générales pour les prochaines campagnes scolaires ont été arrêtées. Des démarches ont été faites auprès des autorités civiles et du gouvernement qui ont trouvé cette initiative fort naturelle et en ont tenu grand compte.

Vraiment, l'union de toutes les forces d'action «catholique, dont il n'est pas difficile de prévoir a priori les résultats considérables, se montre plus -efficace encore, expérience faite, que ne le conce- -valent ses partisans les plus optimistes.

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