CINQUIÈME PARTIE
Annexes et Documents,
Annexe I.
Deux synthèses.
10 L'organisation des forces catholiques, par le P. Yves DE LA Brtère, pro/esseur à l'Institut Catholique de Paris.
V Organisation des forces catholiques: tel était le titre de « l'Intention mensuelle » donnée par Benoît XV, en janvier 1918, aux prières de la grande armée spirituelle qu'est TApos/oZa^ de Za Prière.
Le R. P. Yves de la Brière développa cette intention dans le Messager du Cœur de Jésus (t. XCIII, pp. 65-75). Voici quelques extraits de son article (1) :
« En publiant ces pages, à peine est-il besoin de le dire, on ne prétend nullement proposer une règle
(1) Quelques-unes des idées qui y sont développées, en particulier sur le rôle du prêtre dans l'Union et l'opportunité du Torganisation d'un double type à!' Union (l'une spécifiquement religieuse et présidée par le clergé., l'autre plus spécialement consacrée à l'action civique et dirigée par les laïques) me paraissent discutables ou moins' opportunes. Ces réserves n'enlèvent rien d'ailleurs à la valeur suggestive des points de vue développés par réminent rédacteur des Etudes. — A. B.
d'action uniforme à adopter dans tous les diocèses. Si les besoins sont plus ou moins les mêmes partout, les ressources sont si différentes! Et puis, seuls, les pasteurs ont qualité pour juger et décider ce qu'il est plus opportun de faire, chacun chez soi.
« On désire seulement, d'après les expériences faites, à notre connaissance, suggérer quelques éléments d'un programme d'organisation des forces catholiques que la nature même des choses, dans les circonstances présentes, semble rendre plus utiles et même plus nécessaires.
« Présidée par l'évêque, l' Union diocésaine assume la direction générale des œuvres et des institutions catholiques du diocèse tout entier. Elle a pour organe central le Comité diocésain, qui se réunit au moins une fois par mois et possède un secrétariat permanent.
« 1° Le Comité diocésain pourra être subdivisé en sec^zons particulières, groupant les compétences d'après leurs spécialités respectives... Les sections ou commissions du Comité diocésain peuvent être, par exemple, les suivantes, comme dans la distribution adoptée par le diocèse de Paris : œuvres de religion et de piété, œuvres d'enseignement et d'éducation, œuvres de jeunesse et de persévérance, œuvres charitables et
sociables, œuvres de presse, œuvres de propagande.
« La tâche du Comité diocésain sera d'étudier les méthodes à suivre, les campagnes d'ensemble à promouvoir — il encouragera, coordonnera et disciplinera les initiatives personnelles et locales. Il sera le centre de direction et de documentation... le centre vivant et permanent de l'organisation des forces catholiques du diocèse. A certains jours, il préparera certaines manifestations extérieures : congrès diocésains, journées diocésaines où l'on transmettra le mot d'ordre pour la coordination des efforts. Quand les circonstances le réclameront, le Comité diocésain organisera
-encore des réunions, des pétitions, des cortèges, des manifestations religieuses.
« Entre le Comité diocésain et le Comité paroissial pourra utilement s'interposer un Comité cantonal, dirigé par le curé doyen. Néanmoin-s, Torgane essentiel, avec le Comité diocésain, sera le groupement des forces paroissiales.
« La paroisse, en effet, demeure le centre normal de la vie religieuse des chrétiens et des familles chrétiennes.
« La fréquentation d'un centre d'action religieuse en dehors de la paroisse pourra bien se juxtaposer très légitimement, mais ne devra pas se substituer à la fréquentation de la paroisse et de ses œuvres. Indubitablement, l'organisation paroissiale est le cadre assigné, depuis de longs siècles, à la piété, à la charité des fidèles, par la discipline même de l'Église.
« On doit d'autant moins en disconvenir que les -<Buvres puissantes qui débordent les limites d'une paroisse, les limites même d'un diocèse, et couvrent tout un grand pays, s'adaptent parfaitement, Fexpérience le prouve, au cadre local de la paroisse... L'adaptation à l'organisme paroissial, comme à l'or- -ganisme diocésain, n'empêche aucune de ces grandes associations religieuses, instituées pour, le bien général de l'Église de France et protégées par le Saint-Siège, de conserver V autonomie corporative, l'esprit 'distinctif, la force de cohésion hiérarchique qui sont indispensables au rayonnement de leur influence et de leur apostolat. Sous la direction effective |du curé, deux organismes présideront à l'œuvre de propagande et d'action catholique dans la paroisse; le Comité paroissial et V Union paroissiale.
« 2° Le Comité paroissial se compose d'un nombre Testreint de catholiques pratiquants et militants qui Teprésentent les diverses œuvres paroissiales, les didiverses catégories de là population.
« L' Union paroissiale sera une association beaucoup plus étendue, on y admet tous les catholiques pratir quanis Gt même tous les /zommes de la paroisse, qui, sans remplir chacun des devoirs de la pratique religieuse, font cependant profession publique de catho-
if
licisme : tels les pères qui choisissent pour leurs enfants l'école catholique ou le patronage catholique.
« Par r Union paroissiale, il faudra grouper en bataillons compacts et permanents la grande foule des <îroyants — cette foule qui paraît ignorer la force religieuse que lui donnerait une organisation méthodique.
« Quelques paroisses de nos grandes villes possèdent leur Union paroissiale, d'ores et déjà florissante, pouvant servir de modèle à ce qu'il faudra tâcher d'orgaiiiser partout. Dans telle paroisse du faubourg parisien, l'union paroissiale compte autant de subdivisions, avec chef responsable pour chacune, que la paroisse ■compte elle-même de quartiers, de secteurs et de rues : tous les adhérents peuvent être atteints, convoqués, mobilisés en quelques heures (1).
«Dans certains diocèses et, en particulier à Paris, 11 existe ou il est question d'établir une carte de cathol icite , délivrée à chaque adhérent de l'Union paroissiale, renouvelable annuellement et portant la signature du curé. En cas de changement de domicile, la carte de ■catholicité donnerait le droit d'être immédiatement ac- •cueilli dans l'Union paroissiale de la nouvelle résidence.
« 3° Toujours présidé parle curé, le Comité paroissial :se rassemble au moins une fois par mois, pour examiner les questions mises à l'étude et adopter les résolutions utiles, dont l'exécution sera confiée à des commissaires responsables.
« Le Comité paroissial se tient en rapports périodiques
(1) En 1922, les 181 Unions paroissiales de Paris et de sa ban« lieue comptaient déjà environ 100. 000 hommes adhérents. — A.B.
avec le Comité diocésain qui siège à Tévêché... ou encore avec le Comité cantonal. L'un des bienfaits du Comité paroissial... est de mettre en rapports les uns avec les autres les principaux hommes d' œuvres et de faciliter par là une collaboration plus effective entre les différentes œuvres de la paroisse. Pareille collaboration fraternelle doublera le bien que toutes, ces œuvres accompliront.
« Selon rheureuse expression de Ms^ Gibier, évêque de Versailles, qui a tant travaillé pour l'organisation paroissiale, cantonale, diocésaine des catholiques de France, « le Comité paroissial doit être le syndicat d'ini- « tiative de toutes les entreprises d'apostolat catholique « réalisées sur le territoire de la paroisse ».
« Comité paroissial et union paroissiale, comité cantonal, comité diocésain, et union diocésaine, tels sont les cadres tout indiqués de l'organisation méthodique et générale des catholiques groupés dès à présent sur le terrain religieux autour de leurs pasteurs.
« 4° On est en droit de souhaiter autre chose encore — mais ici nous ne parlons que sous réserve des indications éventuelles de l'autorité religieuse.
« A l'organisation purement religieuse des^ catholiques unis dans les œuvres paroissiales et diocésaines, pourquoi ne juxtaposerait-on pas l'union générale, dans lé domaine de l'action civique, entre catholiques de toutes nuances7 pour la défense politique des libertés de l'Église?
« Toutes sortes de modalités peuvent être envisagées pour donner corps à cette idée généreuse dont il faut bien avouer que, jusqu'à ce jour, on n'a pu accomplir en France aucune réalisation importante et durable.
« Néanmoins, nous persistons à croire que cette union pour la défense politique de l'Église ne doit pas être tenue pour à jamais impossible.
« Il rie s'agirait pas de compromettre la hiérarchie religieuse dans la bagarre des luttes politiques, car runion des catholiques pour la défense politique de l'Église s'accomplirait entre catholiques laïques, agissant sous leurs propres responsabilités en tant que citoyens français. Ce ne serait pas, comnïeT union paroissiale et diocésaine des œuvres, un groupement qui aurait pour chef les évêques eux-mêmes. Le pouvoir spirituel prêche la croisade : ce n'est pas lui qui prend le commandement militaire de l'armée des croisés.
« Il ne s'agirait pas davantage de créer en France un parti catholique, c'est-à-dire une organisation politique de même ordre et de même caractère que les divers partis politiques existant dans notre pays. L'expérience paraît avoir condamné à jamais toute tentative de ce genre qui tendrait à constituer les catholiques, comme catholiques, en un parti distinct ayant pour objet, de même que chacun des autres partis, de conquérir le pouvoir gouvernemental. Mais rien ne permet de déclarer inconcevable une organisation de défense politique de l'Église, à laquelle adhéreraient les catholiques de toutes les nuances politiques et continuant d'appartenir aux différents partis politiques entre lesquels se répartissent, de fait, les catholiques français. Nous ne croyons pas énoncer une utopie.
« A l'heure actuelle, il existe des groupements considérables, consacrés à l'étude ou à la propagande exclusive de certaines réformes déterminées, qui échappent aux cadres de la politique de parti. On connaît, par exemple, une puissante Union des agri-* culteurs de France, une organisation de défense viticole, une ligue navale, etc. '
« Dans chacune de ces organisations collaborent à la fois des hommes de droite, de gauche et du centre, qui demeurent notoirement divisés par ailleurs sur le terrain politique, mais rapprochés ^par une idée
commune, un intérêt commun. Ensemble, ils formulent leurs revendications auprès des pouvoirs publics,, déclarent subordonner respectivement leur adhésion, électorale à T acceptation par leur propre candidat,, de certains engagements catégoriques conformes aux exigences de leur groupement. Pourquoi donc les catholiques français, divisés sur le terrain politique,, ne parviendraient-ils pas, eux aussi, à constituer, en marge des partis politiques, une organisation exclusivement consacrée à la défense des intérêts religieux dans le domaine de l'action politique ? Quelle que soit Forientation à venir de la politique française, quelle que soit même la forme des institutions gouvernementales, l'union générale des catholiques de toutes nuances aura sa raison d'être... pour promouvoir la défense politique des libertés de l'Église, pour combattre toute législation contraire aux intérêts catholiques, pour exiger de ceux qui exercent ou qui briguent le pouvoir, l'acquiescement aux revendications formelles des catholiques en matière de liberté religieuse, de liberté d'association, de liberté d'enseignement. »
« Les catholiques constituent dans là nation une grande force éparse et diffuse. L'organisation dont nous parlons rassemblerait, réaliserait cette force et la mettrait en mesure de peser efficacement sur les législateurs et les gouvernants de la nation.
« De l'autre côté de la Manche existe l' Union des: catholiques de Grande-Bretagne, qui constitue l'organisation active des forces catholiques en Angleterre,, qui dirige la propagande et l'action catholique contre les projets de loi opposés aux intérêts de l'Église, qui formule (en certains cas) les revendications législatives et scolaires à l'acceptation desquelles tout catholique subordonnera l'octroi de son suffrage, même au candidat de son parti. Et l'Union catholique des catholiques de Grande-Bretagne est composée indis
tinctement de catholiques appartenant à tous les partis politiques du Royaume-Uni, partis dont on sait pourtant quel fut, durant surtout les quinze années qui précédèrent la guerre européenne, Tantagonisme vraiment exaspéré. Le symbole de cette féconde collaboration des catholiques, divisés par la politique des partis et rassemblés pour la défense politique de l'Eglise, fut que r Union catholique de Grande-Bretagne eut à la fois pour président Tune des notabilités du parti conservateur et unioniste, le duc de Norfolk, et pour vice-président l'une des notabilités du parti libéral et radical, le marquis de Ripon... Tel est l'exemple que nous voudrions proposer en vue de l'organisation des forces catholiques en France, pour la défense politique des libertés de l'Église.
« L'une des bénédictions divines que, pour tous nos frères catholiques, nous sollicitons avec confiance du Sacré-Cœur de Jésus-Christ est que, fortifiés par le rayonnement de son amour, ils triomphent des causes funestes de division et que, défenseurs généreux de la vérité qui sauve, ils soient consommés dans l'unité ^k
2° Pour l'Action catholique, par M?^ Gouraud.
Dans son volume : Pour V Action catholique^ publié, en 1913, à l'Action populaire, M°^ Gouraud, évêque de Vannes, consacrait deux longs chapitres au problème des Unions catholiques (1). Il faut lire
(1) Voici l'analyse du chapitre m de la 11^ partie (pp. 178-206) :
I. — Nécessité (TuJie union organisée des catholiques. Situation des catholiques menacés dans leur vie religieuse et
ces deux chapitres et les méditer; contentons-nous ici d'en exposer les grandes lignes. Pourquoi organiser des Unions catholiques? se demande M^^ Gouraud.
« Les catholiques paraissent déjà organisés, puisque partout la paroisse existe, groupant les fidèles autour du prêtre, les paroisses sont groupées autour de Tévêque qui gouverne le diocèse, pourquoi chercher une autre organisation? «
Pourquoi? Les faits, « l'impuissance des catholiques à se défendre efficacement », donnent une réponse suffisante. « Il s'est fait comme une sorte de fossé ■entre les fidèles et le clergé », et ce fut parfois notre faute... « Est-ce que la personnalité du curé n'a pas absorbé l'activité paroissiale à un tel point que tout se faisait par lui... et que rien ne comptait en dehors de lui, même le Conseil de fabrique? Or, cette monopolisation est devenue une cause de faiblesse. Le peuple s'est désintéressé de la vie de paroisse à laquelle on l'avait rendu étranger » (pp. 188-189).
Le remède? Rétablir la collaboration entre le clergé
persécutés. — Impuissance des catholiques à se défendre, vu la crise que subit partout la vie paroissiale, vu leur défaut d'union.
— Le remède est dans l'union des catholiques avec le clergé et des catholiques entr'eux : union urgente, sur le terrain religieux.