II. — Organisation de V « Union catholique
Membres de l'Union : une élite exerçant son influence par l'exemple et par l'action ; groupements de l'élite : union diocésaine, cantonale, paroissiale — Comités et Unions. — Centre des groupements : Le prêtre conformément à la hiérarchie de l'Église.
Le chapitre IV (II® partie), pp. 206-241, a pour sujet : La vie ■dans V Union. En voici l'analyse : L'organisation doit être vivante
— la vie consistera d'abord à former les membres de l'Union. — Elle sera entretenue par ces organismes : 1° le Bureau diocésain; 2° les Congrès diocésains; 3° les Comités (comité paroissial et comité cantonal) ; 4° les Unions paroissiales, les Journées paroissiales, les Congrès cantonaux.
et les fidèles en les groupant dans V Union catholique sur le terrain exclusivement religieux. — Faut-il, cependant, exclure totalement la politique de F Union catholique? se demande Me^ Gouraud. La politique de parti, oui, « royalistes, impérialistes, républicains peuvent se rencontrer à Taise dans TUnion ». Mais « il y a ici une équivoque à prévenir ou à dissiper. Nos ennemis ont si souvent nommé politique certaines questions religieuses que nous sommes bien obligés de les agiter entre nous, malgré le caractère que Ton prétend leur attribuer; à ce titre, nous n'excluons pas la politique; si Ton y tient, nous dirons que nous faisons de la politique religieuse » (p. 195).
L'Union catholique commencera donc par grouper dans le Comité paroissial une élite (1) de catholiques, lesquels se mettront ensuite en campagne pour recruter les membres de F Uni on. Faudra-t-il admettre les femmes dans l'Union catholique, se demande M^r Gouraud, comme on Ta fait dans certains diocèses? — « Il n'est venu à personne, répond-il, la pensée de les exclure de V action catholique, mais il me semble que, pour l'œuvre dé défense et de propagande entreprise par l'Union, il vaut mieux les laisser en dehors des cadres. Je ne condamnerais pas pour cela l'existence d'un Comité de femmes à côté d'un Comité d'hommes pour les œuvres qui sont du ressort de l'apostolat féminin » (p. 199).
Un diocèse bien organisé comprendra donc une Union catholique ainsi constituée : à la base, dans chaque paroisse, une Union paroissiale et un Comité
(1) C'est la méthode recommandée par le cardinal Merry del Val dès 1907, dans sa lettre à l'archevêque de Paris. Mais, comme le note Ms^ Gouraud, il sera parfois préférable de commencer par le groupement de la masse dans l'Union catholique, après quoi, on dégagera l'élite qui formera le Comité.
paroissial; au-dessus, des Unions cantonales composées dés Unions paroissiales, avec un Comité cantonal pour centre; au sommet, une Fédération de toutes les Unions cantonales dirigée par un Bureau diocésain présidé par révêque ou son délégué.
« Imaginez, conclut Me^ Gouraud, tous les diocèses de France ainsi organisés, les Unions diocésaines ainsi constituées partout, tous les catholiques qui les composent agissant de concert, sur un appel des évêques et du Pape, qui pourrait leur résister? Est-ce rêver que de supposer cette organisation réalisée? Non, certainement, puisqu'elle se tente partout aujourd'hui, il nous suffit de la vouloir pour arriver au succès. Malheur à ceux qui, par leur inertie ou leur mauvaise volonté, empêcheraient ce beau mouvement d'aboutir I » (p. 205.)
Msr Gouraud, dans le chapitre suivant, traite de la vie des Unions et, à juste titre, la fait dépendre de y action. « Tout organisme qui n'agit pas s'atrophie » et c'est bien là, en effet, le point délicat. Comment arriver à faire agir nos Unions? (1).
(1) Un des principaux écueils des Unions catholiques, comme l'indique Mgr Gouraud, se trouve dans leur programme très large (universel même, puisqu'il s'agit de tout le programme de l'action catholique) et par là même, trop vague. Le remède est en partie dans la constitution de diverses Sections à l'intérieur de l'Union catholique. Sections auxquelles on laissera la plus grande initiative.
M. Jean Guir^ud, le vaillant et pratique directeur des Associations catholiques de chefs de famille, dans sa revue Ecole et Famille, (janvier 1923, pp. 81-83) signale le danger, moins grand pourtant dans des associations à but précis et limité comme la sienne. « Ce qui tue la plupart des associations, c'est l'inaction. Ce qui a manqué, c'est ce qui constitue et maintient la vie, le mouvement : Vita in motu... Quel est donc le moteur nécessaire ? Souvent c'est un homme... Tant vaut l'homme, tant vaut l'œuvre. Gardons-nous cependant des œuvres qui reposent exclusivement
M^r Gouraud développe un ample programme d'ac- -tion auquel nous renvoyons (pp. 213-239).
Sa réalisation sera confiée spécialement aux cinq ^sections du bureau diocésain.
Annexe IL Les Unions catholiques et le devoir civique.
M-'^ Guérard, évêque de Goutances, dans sa lettre pastorale du 8 mars 1923 (1), traite excellemment ce sujet. Nous citons les principaux passages de <îette lettre et résumons le reste entre parenthèses,
(Restaurer un ordre social chrétien est pour les '<îatholiques un devoir urgent — ils demeurent le
'.sur un homme; s'il disparaît, personne ne le remplacera... D'ailleurs, ii'est-il pas à craindre que son activité trop absorbante détruise autour de lui toute initiative? Certains ecclésiastiques n'échappent pas à cet excès de zèle. » Voici le remède proposé par M. Guiraud : a Le meilleur moteur, c'est une élite bien homogène prenant la direction de l'Association. Avec son expérience de V Action catholique dont il a été, dès les débuts de son épis- • copat, l'un des maîtres, Mgr Gouraud veut que ce moteur existe dans les Associations catholiques de chefs de famille, qu'il vient -de créer dans son diocèse de Vannes. Dans chacune d'elles, à côté de Bureau et en union avec lui, il veut une Section de pro pagande et d'initiative qui sera sans cesse en activité, se réunis- -sànt tous les quinze jours par exemple pour maintenir la vie ~à l'Association, en fournissant sans cesse un aliment à ses études '«t à son action. »
(1) Cf., Docum. catkoL, 7 avril 1923, col. 835-852.
rempart de l'ordre, leurs adversaires le savent et les convient à l'union sacrée. — Mais cette union nous ne saurions l'accepter sur le terrain de la laïcité.) Citons : « Ce qu!est le Idicisme. Ce mot de laïcité est susceptible d'interprétations diverses :
« Plusieurs de nos concitoyens demandent, avec M. François Arago, que Ton reconnaisse « le fait de « la laïcité de TÉtat, en vertu de laquelle TÉtat, en « tant que tel, s'il respecte toutes les religions, ne « fait profession d'aucune, pas même de celle qui « réunit Timmense majorité des français ». Ainsi comprise et si condamnable que Nous en estimions le principe, la laïcité peut être, en raison des circonstances et pour un temps, un mal inévitable^ imposé par la diversité des croyances et des symboles.
« Mais il est une forme de laïcisme, beaucoup plus radicale, que, sous peine d'apostasie, un catholique doit condamner et combattre, avec laquelle il ne pactisera jamais.
« Le laïcisme, en effet, dans son essence, n'est autre chose que la revendication sacrilège d'une pleine autonomie, d'une totale indépendance, pour l'intelligence, la volonté, la conscience de l'homme.
« Créer un monde nouveau « qui entende ne relever « que d'une autorité de droit humain », c'était le programme de Gambetta (1). Les disciples du tribun en ont résolument poursuivi la réalisation. « Toute «vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge »,. déclarait Jaurès à la tribune du Parlement français,, le 11 février 1895. Les apôtres du laïcisme intégral n'ont rien rabattu de leurs prétentions. Un'i philosophe chrétien pouvait écrire récemment : « Les.
(1 Discours à Saint-Quentin (16 novembre 1871).
« penseurs modernes préfèrent sans hésitation dix a erreurs venant de Thomnie à une vérité venant de «Dieu...; ils n'acceptent de vérité que celle qui passe « par eux » (1). — « Vérité et vie doivent donc être « cherchées, remarque le "même auteur, au dedans « du sujet humain; toute action, toute aide, toute « règle, tout magistère qui proviendrait... de Fautorité <( divine étant un attentat contre Tesprit (2) ».
« La première conséquence sociale du laïcisme, c'est, nécessairement, l'athéisme de FÉtat. « Nos lois, «nos institutions ne sont plus fondées sur les droits il de Dieu, écrit M. Ferdinand Buisson, mais bien sur <{ les droits de l'homme (3) ».
(Nous ne réclamons pas de privilèges pour les catholiques, mais le véritable Droit commun. C'est sur ce terrain du vrai droit commun et. non sur celui de la laïcité que peut se faire l'accord des catholiques et des Français patriotes.)
« Le droit commun, bien compris, ne demande-t-il pas que le pouvoir civil procure aux diverses collectivités sociales les conditions légales les mieux adaptées à leurs professions, à leurs besoins, à leurs intérêts? Cela est si vrai que nous voyons nos législateurs justement soucieux d'ajouter au Code des lois générales, qui régissent le citoyen comme tel, quantité d'autres lois spécialement destinées à fournir aux travailleurs de l'usine, de la mine ou des champs, aux commerçants ou aux fonctionnaires, une sorte de statut particulier, conforme aux exigences légitimes de leurs situations respectives. Cette conduite est sage et inspirée par la recherche du bien public. Mais l'État, qui, à bon droit, se préoccupe ainsi des
{1) J. Maritain, Antimoderne, p. 44.
(2) Ibid., Avant-Propos, p. 24.
(3) F. Buisson, Foi laïque, p. 206.
intérêts matériels, ne trahit-il pas son devoir et sahaute mission quand il refuse de prendre en considération les intérêts religieux et moraux? Ce n'est pas une faveur, mais un droit, d'obtenir, pour la, pleine sauvegarde de la liberté religieuse, une législation qui permette la pratique intégrale du catholicismedont nous faisons profession.
« On objecterait en vain T égalité de tous les citoyens devant la loi : nous n'y portons nulle atteinte. Elleserait violée, au contraire, en la personne des catholiques, si Ton s'obstinait à mesurer la liberté religieuse aux seuls besoins des iîicroyants, que leur incrédulité même dispense de toute obligation positive. Refuser aux âmes religieuses lès moyens d'atteindre leur idéal parce que cet idéal n'est pas universellement adopté, c'est comme si l'on refusait aux ouvriers une législation en rapport [avec leur condition pour ce seul motif que tous leurs concitoyens ne partagent pasleur genre de vie et ne gagnent pas leur pain quotidien par le travail de leur main.
« Ne sufïit-il pas que, en revendiquant notre dû,,, nous nous gardions de tout attentat contre le bien d' autrui? Or, vous le savez, l'Église catholique, à l'exemple de son divin Maître, professe un profondrespect pour la liberté des consciences. Elle offre au monde, qui en a grand besoin, le trésor de la vérité dont elle est la gardienne. Y puise qui voudra! Elle invite, elle ne violente pas; la prière et la persuasion, sont les seules armes dont elle ait coutume dé se^^ servir.
« Nous réclamons le véritable droit commun, c'està-dire, un état social dans lequel l'irréligion n'ait pasune situation légalement privilégiée, un état sociaLquî permette le plein épanouissement de la vie spirituelle^ A quels droits véritables et |en opposition avec les. nôtres faisons-nous échec? Manifestement à aucun.
« Quelques exemples suffiront pour établir, aux yeux de tout homme loyal, la légitimité de notre attitude. Nous voulons, pour les enfants catholiques, des écoles où leur foi naissante ne soit pas étouffée, où les leçons entendues et les exemples reçus ne fassent que prolonger et fortifier, loin de les interrompre et de les détruire, les enseignements et la formation du foyer domestique. Jamais nous n'essayerons d'y amener par contrainte les enfants de ceux qui sont étrangers à notre croyance.
« Nous demandons que, loin d'être condamnées à un douloureux exil, les âmes résolues à gravir les sommets de la perfection trouvent sur la terre de leur patrie les pieux asiles où s'abriteront leurs prières et leurs immolations. Nous tenons en haute estime le rôle social des religieux; nous croyons qu'un peuple a besoin du bienfait de leurs exemples et de la sauvegarde de leurs vertus. Mais se fasse moine qui en sentira l'attrait! en élevant des monastères et des couvents, nous n'aurons pas la tyrannique pensée d'y faire entrer ceux qui ont librement orienté leur vie dans une autre direction.
(( Nous estimons que la jouissance, et même la propriété des Églises, bâties par la libéralité des catholiques, doivent nous être légalement assurées, nous n'obligerons personne à y partager, contre son gré, nos cérémonies et nos prières.
« Les catholiques souscriraient à leur déchéance en se laissant frustrer- des avantages sociaux qui doivent constituer le patrimoine commun de tous les citoyens honnêtes, et le fait de réclamer leur part de liberté, de liberté religieuse avant tout, n'implique aucun empiétement sur un domaine étranger.
« En veillant à ce que vos droits ne soient ni périmés, ni violés, vous accomplirez un devoir. Il ne nous est pas loisible, en effet, de renoncer, sans péché, à servir Dieu et Notre- Seigneur Jésus-Christ comme ils veulent rêtre, par les actes intérieurs et extérieurs, privés et publics que comporte le plein accomplissement de la loi chrétienne. Si la mauvaise volonté des hommes met obstacle au développement régulier et complet de votre vie surnaturelle, vous n'échapperez à toute responsabilité qu'à condition de ne pas volontairement consentir au servage, d'employer votre énergie à briser les obstacles, et' à reconquérir la sainte et nécessaire liberté des enfants de Dieu.
« Voilà pourquoi, N. T. G. F., Nous vous mettons en garde contre un faux libéralisme, aussi funeste au bien social qu'au bien religieux, qui consisterait à rechercher dans de continuelles concessions et une abdication déshonorante les conditions de l'union civique et de la paix nationale. L'union féconde et durable, nous la trouverons dans la justice qui consacre tous les droits et comporte l'octroi de toutes les saines libertés.
(( L'œuvre de réparation et de libération à laquelle nous vous convions, par quels moyens la pourrezvous réaliser? Nous allons maintenant vous proposer ceux dont l'emploi Nous paraît à la fois le plus opportun et le plus efficace.
Un exaimn de conscience.
« Étudiant les conditions de la. paix religieuse, un publiciste écrivait, il y a peu de mois :
« Au lendemain de la guerre de 1870-71, jla France «officielle se voua avec une ferveur sombre à Tanti- « cléricalisme. Elle entra en religion laïque. Durant tune quarantaine d'années, le Gouvernement eut « comme mobile politique essentiel la destruction du «catholicisme en France » (1). Du succès rapide et étonnant de cette campagne d'irréligion dans un pays catholique, les causes sont nombreuses et il n'est pas l'heure d'en dresser l'inventaire complet. Il convient pourtant, N. T. G. F., pour notre instruction, de nous demander si les victimes, c'est-à-dire les catholiques, n'ont pas contribué par leurs erreurs, sinon par leurs fautes, au triomphe trop facile de leurs adversaires, beaucoup moins nombreux, mais autrement habiles.
« Les récriminations et les plaintes n'ont pas manqué dans nos rangs : elles étaient trop justifiées. Tous les échos se sont renvoyé les vibrantes protestations de nos consciences opprimées; et ces protestations étaient elles-mêmes un devoir. Mais Nous Nous permettrons d'émettre un doute : ces doléances verbales, véhémentes parfois, et d'une sincérité non douteuse, n'auraient-elles pas gagné en efficacité si elles avaient reçu le complément et l'appui d'une action plus
(1) Gaétan Bernoville, Sur la paix religieuse, p. 137,
vigoureuse et mieux organisée? Au lieu de faire vainement appel au sentiment d'équité de législateurs qui réalisaient, avec une persévérance digne d'une meilleure cause, les divers articles d'un programme soigneusement élaboré, n'eût-il pas été plus logique et plus sûr de travailler à remettre à des mains plus honnêtes le pouvoir dont ils faisaient un si déplorable abus? Gomment les catholiques se sont-ils obstinés à solliciter d'adversaires bien résolus à la leur refuser une liberté qu'un usage plus intelligent et plus hardi de leurs droits civiques leur eût sûrement assurée? « Plusieurs qualités leur ont manqué dont, grâce à Dieu, nous paraissons mieux pourvus; plusieurs sophismes ont eu prise sur eux dont nos esprits connaissent moins la séduction.
« Timides plus qu'il ne convenait, individualistes à l'excès, les catholiques se sont trop longtemps et trop complètement tenus à l'écart des fonctions publiques; voués avec ardeur à V action religieuse et sociale, ils ont méconnu V importance et l'absolue nécessité de l'action civique. Combien, parmi eux, ont apporté dans l'exercice de leurs droits de citoyens une conscience mal éclairée! Manquant d'organisation et de discipline, ils n'ont pas utilisé, pour agir sur l'opinion,, la puissance de l'association et les multiples ressources de la presse.
« Hâtons-nous de l'ajouter, leur tactique défectueuse peut invoquer plus d'une excuse. En cherchant dans leurs défaites d'utiles enseignements, gardonsnous de condamner nos devanciers et remercions la divine Providence qui offre à notre bonne volonté des circonstances plus favorables.
« Un grand évoque, le cardinal Pie, écrivait, il y
a plus d'un demi-siècle déjà : « Le chrétien n'est pas <( un être qui s'isole en lui-même, qui se séquestre « en un oratoire indistinctement fermé à tous les- « bruits du siècle, et qui, satisfait, pourvu qu'il sauve^ a son âme, ne prend aucun souci du mouvement des « affaires d'ici-bas. Le chrétien, c'est le contre-pied, «de cela : c'est l'homme public par excellence » (1)- L'oubli d'une telle vérité nous a été funeste.
« Respect humain, chez les uns, fausse prudence,, chez les autres. L'unique ambition de beaucoup des nôtres a été, pendant longtemps, de se faire tolérer,, à force de silence et d'effacement. L'acceptation résignée de toutes les avanies pour ne pas exaspérer l'ennemi, telle fut la méthode préconisée avec ingénuité, par certains catholiques apeurés, tandis que nos pires adversaires, par une habileté machiavélique, se faisaient indirectement les instigateurs d'une attitude dont ils recueillaient le bénéfice. Les temps sont heureusement changés. Si l'indifférence a gagné du terrain, le respect humain et l'excessive résignation, ne se rencontrent plus chez les vrais catholiques.
Obtenons notre part légitime d'action dans la conduite-
des affaires communes.
« Du reste, il vous sera facile d'obtenir votre part légitime d'action dans la conduite des affaires communes si voiis vous signalez par votre dévouement,, par votre compétence, par votre affabilité, par votre
(1) Mgr Pie, Œuvres, t. III, p. 499.
empressement à servir les autres; si vous rompez avec cet amour du repos et de la tranquillité, avec cet esprit individualiste, disons le mot, avec cette sorte d'égoïsme inconscient qui ont trop souvent éloigné des fonctions administratives des hommes dont le concours eût été grandement salutaire. Leur abstention systématique, laissant le champ libre aux intrigants et aux sectaires, a eu pour conséquence, en beaucoup d'endroits, des troubles et des difficultés d'ordre religieux qu'eût facilement évités un souci plus profond et plus éclairé des intérêts de la communauté. .
« C'est évidemment donner à son activité un excellent emploi que de se consacrer aux œuvres d'éducation morale ou religieuse, de bienfaisance et d'assistance sociale. Cette participation méritoire n'épuise pas cependant la liste de nos devoirs. Le patriotisme a ses exigences. Des millions de français l'ont merveilleusement compris quand la patrie menacée demandait leur sang. Ne serait-il pas déplorable que, par suite d'habitudes routinières ou de préjugés irréfléchis, les meilleurs citoyens refusassent d'accepter et de remplir ces obligations dans les difficiles travaux dé l'heure présente en se désintéressant de parti-pris des affaires communales, départementales ou nationales?
« Tous assurément ne sauraient pa;rticiper utilement aux délibérations des diverses assemblées. » (Mais tous peuvent et doivent voter.)
« Il faut voter, rhais il faut bien voter. Qu'est-ce à dire? Bien voter, c'est voter selon sa conscience, non selon ses passions, ses ambitions, ses sympathies, ses rancunes.
« Le choix de vos représentants est un acte qui relève, au premier chef, de la loi morale, un acte dont vous aurez à rendre compte au jugement de Dieu.
« Des coalitions se forment, des manœuvres se
préparent, des campagnes s'engagent pour nous ramener aux plus mauvais jours du passé. Nos espé> rances seront sans lendemain et l'effort de libération demeurera stérile si nous sommes rebelles, aux dures leçons de T expérience. Les catholiques — il faut le dire — iront encore à la défaite si, se désintéressant de la tâche électorale, ils méconnaissent l'importance du devoir civique et n'apprennent à le remplir avec exactitude et conscience.
Nécessité de V Association.
« Une des sources principales de notre faiblesse^ une des causes profondes de notre impuissance dans l'action civique, c'est la dispersion de nos forces, ce mal dont nous avons tant souffert et que nous con~ naissons toujours. Uunion fait la force, dit la sagesse populaire. Nous l'avons pratiquement oublié.
« Nulle disposition législative ne vous interdit^ N. T. G. F., de vous concerter dans l'intention de restaurer parmi nous l'autorité de Dieu, avec ceux qui estiment, comme vous, que les nations baptisées vont à ]a ruine qui, après avoir adoré le souverain Maître, se soustraient avec ingratitude à son bienfaisant empire
c( Il y a plusieurs années déjà, désireux de grouper plus étroitement les catholiques de Notre diocèse. Nous vous avons conviés à former, dans chaque paroisse,, des Comités qui, reliés aux Comités cantonaux et,, par eux, au Comité diocésain, donneraient à votre activité sociale et religieuse une sûre direction. Notre appel n'a pas été entendu comme Nous le souhaitions. Et, bientôt, la grande calamité d'une guerre prolongée tourna tous les esprits et toutes les énergies
■vers un devoir douloureux et urgent. Avec ses dures nécessités, la guerre a montré clairement aux individualistes les plus endurcis à quel point la convergence des efforts particuliers est indispensable pour assurer au déploiement des activités humaines son rendement total. Mieux persuadés qu'autrefois de la nécessité et de la fécondité de Tassociation, vous estimerez davantage ce moyen si puissant et absolument légal d'amener le triomphe de votre idéal social, c'est-àdire le retour progressif de la société contemporaine à la loi du Décalogue. Déjà les Congrès cantonaux tenus au cours de la dernière année ont rapproché, en chaque région, les fidèles les plus dévoués, et Nous avons vu avec grande satisfaction dans un de Nos doyennés, dont l'exemple sera persuasif, la création d'une association, légalement déclarée, ayant pour objet de faire connaître aux catholiques leurs droits et de leur fournir les moyens de les revendiquer ou de les défendre (1).
« Pour ce travail d'organisation et pour l'éducation civique de ceux qui sont, en fait, les maîtres de l'avenir. Nous comptons particulièrement sur l'Association catholique de la Jeunesse Française. Les douze cents jeunes gens réunis à Coutances sous Notre présidence, au mois de juillet dernier, n'oublieront pas les exhortations pressantes que leur adressa sur ce sujet leur éloquent président général, M. Charles Plory
« Pour remuer l'opinion publique, l'éclairer ou l'aveugler, 1,'améliorer ou la corrompre, la Presse est l'instrument le plus puissant, le plus efficace, le plus habilement, disons même le plus perfidement, employé par nos ennemis. Les catholiques français ont-ils compris cette irrésistible influence du journal quo-
(1) Association catholique du doyenné d'Octeville.
tidien ou hebdomadaire? A mettre en balance le petit nombre des périodiques dévoués à la religion et à rÉglise et la multitude des feuilles indifférentes ou hostiles, on en peut légitimement douter.
« Cette grave question demanderait des développements que Nous ne saurions donner aujourd'hui. Nous supplions seulement les directeurs et rédacteurs de ces publications multiples, qui constituent la principale lecture et, par suite, la principale nourriture intellectuelle du peuple, de faire, en toute conscience, œuvre éducatrice. De cette formation civique, dont Nous déplorons rinsufQsance, ils seraient, s'ils, -en avaient la préoccupation, les agents les plus sûrs et les plus écoutés. »
Annexe III.
La question de T Union catholique à la III® semaine
des écrivains catholiques.
(Paris, 28 mai-3 juin 1923).
A la dernière semaine des Écrivains catholiques la question de l'Union des catholiques, des campar gnes concertées de presse revint plusieurs fois sur le tapis. A la séance qu'il présidait, Pierre VErmite résuma avec humour la préoccupation de tous : « Nous avons des tracts, des livres, des revues, des œuvres sans nombre, mais tout cela épars, sans liaison. Qui donc nous donnera le verein des forces catho-
liques. ce verein qui nous junirait, nous disciplinerait? »
Dans son discours de clôture, le cardinal Dubois rappela, en y insistant, qu'en s'unissant les forces se décuplent.
Sur le principe, tout le monde s'accordait. 11 faut unifier l'action catholique, unifier les campagnes de presse, d'opinion, d'après un mot d'ordre unique. Mais qui donnera ce mot d'ordre? Nos parlementaires, suggéraient les uns, — nos journalistes, suggéraient les autres^ — un nouveau groupement réunissant quelques parlementaires et quelques écrivains avançaient plusieurs congressistes. Nous nous permîmes, en séance d'études et en séance publique, d'exprimer un doute sur l'efficacité de ces méthodes et de citer l'exemple de l'Italie et des États-Unis : « Pourquoi, disions-nous, ne pas demander à V Assemblée annuelle des cardinaux et archevêques ces directives communes que nous cherchons vainement ailleurs?
Pourquoi ne pas s'appuyer sur les Unions catholiques diocésaines pour ces campagnes concertées dont tout le monde voit la nécessité? )) Et nous citions les directives des trois dernières Assemblées dont il était bien difficile de nier l'opportunité. Les archevêques n'avaient fait, au fond, qu'exprimer avec autorité les préoccupations essentielles des catholiques français.
Si l'on trouvait que d'autres problèmes plus urgents auraient dû arrêter l'attention de l'Assemblée, pourquoi, au lieu de faire le silence autour de
ces directives, écrivains, journalistes, parlementaires, n'adoptaient-ils pas une autre tactique plus •efficace et plus catholique? Pourquoi ne communiquaient-ils pas leur vœiix motivés (comme cela s'était fait à plusieurs reprises et comme T Assemblée les y •exhortait), soit à l'Assemblée elle-même, soit à sa Commission permanente, soit à leur évêque?
Par là, l'Assemblée deviendrait vite ce qu'elle •désirait être, ce qu'elle était déjà aux États-Unis... , l'écho de la pensée catholique du pays tout entier... Il est bien^vrai qu'elle ne pourrait pas, vraisemblablement, retenir tous les vœux. Mais toute action collective suppose quelques sacrifices individuels. En tout cas, en dehors de l'Assemblée, il était trop évident que nulle autorité n'arriverait à imposer au pays ses directives. L'alternative paraît donc être : ou rester désunis, ou faire bloc autour de la hiérarchie, autour de l'Assemblée annuelle et de ses consignes...
Ces suggestions furent écoutées avec une visible sympathie par quelques-uns, avec étonnement par d'autres. La discussion eût offert quelque péril. Par un accord tacite, on la remit à plus tard.
Mais la question était posée. M. Jean Guiraud la reprit dans La Croix (5 juin 1923).
Nous citons les passages les plus caractéristiques de son article :
« La Semaine des Écrivains catholiques qui vient de se terminer avait mis à l'ordre du jour de ses délibérations la question des « campagnes de presse
« concertées » : et, si j'en juge par le rapport général que nous a présenté M. Berno ville, ce sujet est peutêtre celui auquel tenaient le plus ses organisateurs...
a Sur Tunité de ces campagnes, Taccord est parfait.. La marche en ordre dispersé est en général funeste* si les tirailleurs peuvent être bons, c'est à la condition qu'il y ait aussi une armée fortement constituée^ suivant un plan d'ensemble bien préparé. Dans son discours de clôture, le cardinal Dubois a rappelé qu'en s'unissant les forces se décuplent.
« Mais là où est la dîfift culte, et où la discussion a été plutôt faible dans la réunion du matin et nulle dans celle du soir, c'est de savoir comment s'établira ce « concert m si universellement désiré. Quel en serale chef d'orchestre invisible ou présent? Qui donnera les mots d'ordre, lancera les campagnes et leur fournira le diapason?
« Le P. BessièreSf dans une intervention que, pour ma part, j'ai trouvée fort opportune, mais qui n'a pas été jugée de même par tous, a rappelé que chaque: année les cardinaux et archevêques de France se réunissent pour dégager de toutes leurs préoccupationscelles qui leur paraissent les plus urgentes et que,, par des communiqués faits à la presse, ils signalent à tous les catholiques. Ne pourrait-on pas trouver dans leur déclaration annuelle le mot d'ordre désiré? Je n'ai pas l'impression que cette suggestion ait trouvé beaucoup d'écho et je le regrette; dans une réunion préparatoire, un catholique de gauche — que je ne crains pas de désigner ainsi, parce qu'il avait pris soin de se distinguer des catholiques de droite — avait dénié le droit de diriger les catholiques à une assemblée épiscopale qui n'est pas un Concile.
« D'autres cherchent la direction de ces campagnes- <ie presse chez les parlementaires. Journalistes et
députés, ont-ils dit, ne se connaissent pas assez : notre presse ne donne pas une attention suffisante aux travaux du Parlement, et, en particulier, e]]e n'sL pas mis en lumière Fœuvre sociale considérable qu'a accomplie la présente Chambre. Au lieu d'attaquer les députés catholiques, elle devrait les soutenir et être leur « écho » devant le pays : car ils connaissent mieux que les journalistes les questions qui doivent nous préoccuper, les ayant étudiées.
« Dès le lendemain de ces discussions, un journaliste, qui est aussi un écrivain distingué et un observateur pénétrant, M. Martin-Chaùfflery sl fait à cette conception une réponse excellente dans le Figaro; nous la reproduisons parce que nous ne saurions mieux dire pour exprimer notre propre pensée :
« Qu'un lien existe entre journalistes et parlementaires, rien de plus légitime. Que ce lien soit consacré par la formation d'un organisme, voilà le danger. Le Parlement a besoin d'être appuyé par l'opinion, les mouvements d'opinion sont créés ou développés par la presse. Je crains que, où il faudrait voir action commune et échange de vues et de conseils, les députés ne fassent que demander appui et donner des directions. On a bien vu plus d'une fois que le vœu du pays et l'action du Parlement se sont trouvés en désaccord (je parle surtout du Sénat) et que la puissance de la presse, en définitive, mise au service du pays, a fait peur aux parlementaires ou les a rendus raisonnables, voire les a éclairés. Pour que ces bons offices continuent, il vaut mieux, je crois, vivre séparés : dans un ménage il n'y en a jamais qu'un à porter la culotte, d'où de bonnes raisons de
« supposer que les journalistes catholiques ne la por- « ter aient pas. »
« C'est ainsi qu'auraient répondu, je crois, les grands journalistes qui ont fait de la presse une tribune aussi brillante et aussi savante que celle du Luxembourg et du Palais-Bourbon.
« Ils auraient rappelé que si les parlementaires doivent être soutenus, ils doivent aussi être contenus par l'opinion publique dont la presse est l'organe; que, livrés sans contrôle à leurs combinaisons, les principes risqueraient trop souvent d'être oubliés s'ils n'étaient rappelés par les journalistes, et que l'atmosphère du Parlement doit être souvent renouvelée par les courants d'air de l'opinion publique que lui apporte la presse.
« Admettons cependant un moment que la presse soit un simple écho, répétant par ses cent mille bouches la voix des parlementaires. Où sont, à la Chambre, les parlementaires catholiques qui donneront des directions à la presse catholique? J'y vois de nombreux députés et un certain nombre de sénateurs qui sont catholiques personnellement. Nous n'avons pas de parti catholique, et M. Berno ville s'en est grandement félicité dans son rapport général, d'accord, semblet-il, avec la grande majorité des semainiers : « Nous oi n* avons pas même un groupe d'intérêts catholiques « comme il y a des groupes d'intérêts viticoles, de la « représentation proportionnelle, des exercices phy- « siques, réunissant des députés de partis différents. « Mais alors quel groupement parlementaire donnera « l'impulsion au groupement de la presse? S'ils ne « sont pas organisés au Parlement, comment les par- « lement aires catholiques pourront-ils donner une « organisation aux journaux catholiques?
« On a dit que la presse est divisée, émiettée; c'est « vrai, mais les parlementaires ne souffrent-ils pas du
« même mal, et, avant de guérir les autres, ne f eraient- « ils pas bien de se soigner eux-mêmes? Les uns, « parmi les députés catholiques, s'accommodent si « bien du fait de la laïcité qu'ils s'en sont déclarés les « défenseurs dans un ordre du jour resté légendaire; « les autres, au contraire, estiment que plus il persiste « et plus il se transforme en principe inéluctable « pénétrant le pays et les catholiques eux-mêmes « jusqu'à la moelle; ceux-là pensent, comme Pie XI, « qu'il y a un modernisme juridique et politique. « Laquelle de ces deux tendances parlementaires « s'imposera à la presse; à quelle voix ferons-nous « écho ?
« Il suffit de poser ces questions pour montrer com- « bien sont difficiles dans l'application ces campagnes « de presse concertées dont l'utilité, cependant, ne fait « de doute pour personne. La vSemaine des Écrivains « catholiques rendrait un service signalé si elle trou- « vait la solution de ce problème... sans se mettre elle- (c même à la remorque de l'une ou l'autre des tendances « contraires qui se disputent l'action catholique.
« Jean Guiraud. »
Le secrétaire général de la Semaine des Écrivains catholiques, M. Gaétan Berne ville, ainsi mis en cause par M. Jean Guiraud répondit comme il suit dans La Croix du 14 juin 1923.
« Cher Monsieur le Rédacteur en chef.
« Votre article de La Croix, du mardi 5 juin : « Par- « lementaires et journalistes », article si intéressant, dont je discuterai ailleurs les points principaux, contient un passage auquel je tiens à donner une
réponse que je vous serais très reconnaissant d'accueillir dans votre journal :
«Le R. P. Bessières, disiez- vous, dans une inter- « vention que, pour ma part, j'ai trouvée fort opportune, mais qui n'a pas été jugée de niême par tous, a rappelé que, chaque année, les cardinaux et archevêques de France se réunissent pour dégager de toutes leurs préoccupations celles qui leur paraissent les plus urgentes et que, par des communiqués faits à la presse, ils signalent à tous les catholiques. Ne pourrait-on pas . trouver dans leur déclaration annuelle le mot d'ordre désiré? Je n'ai pas l'impression que cette suggestion ait trouvé beaucoup d'écho, et je le regrette; dans une réunion préparatoire, un catholique de gauche — que je ne crains pas de désigner ainsi, parce qu'il avait pris soin de se distinguer des catholiques de droite — avait dénié le droit de diriger les catholiques à une assemblée épiscopale qui- n'est pas un Concile. »
a S'il n'a pas été répondu à la suggestion du P. Bessières, ce n'iest nullement, j'en suis convaincu, parce qu'elle ne rencontrait pas d'écho, mais parce que l'assemblée des membres présents à cette réunion tenait sa suggestion pour l'expression même de l'évidence et de la raison. Quant à l'observation qui a pu être faite dans une réunion préparatoire et qui m'a échappé pour ma part, comme elle a échappé à plusieurs autres, elle ne saurait engager que celui qui Va. émise. On ne saurait la présenter sans injustice (d'ailleurs, vous ne l'avez pas fait) ni comme l'expression de la Semaine, ni même comme le signe d'un état d'esprit répandu. C'est une manifestation individuelle, sans plus.
« Vous qui avez suivi avec tant d'amicale attention les réunions préparatoires et les réunions de la Semaine elle-même, vous qui avez tenu à donner publiquement.
sous réserve de certaines conditions sur lesquelle nous sommes complètement d'accord, votre adhésio ^ux campagnes de presse concertées, en des terme ■qui m'ont profondément touché, vous savez que 1 principale préoccupation des organisateurs de 1 Semaine a été de maintenir au-dessus de toutes diî <îUssions, non seulement les questions de doctrin proprement dites, mais la divine nécessité de la disd ^line catholique. A cette préoccupation dont 1 Semaine de 1923 a témoigné d'un bout à Tautn Son Éminencc le cardinal Dubois a bien voulu rendr hommage en des termes dont nous lui demeurons tou profondément reconnaissants.
a J'ajoute, en ce qui concerne les futures campagne «concertées, comme, d'aiUeurs, toute l'action que non comptons mener dès maintenant, que la thèse laquelle vous faites allusion (celle qui s'oppose à 1 thèse du P. Bessières) ne sera jamais nôtre; elle n l'a jamais été. Nous nous inscrivons contre elle ave l'orée. Toute assemblée épiscopale n'est pas un Goncil .jugeant et dirigeant infailliblement. Quel catholiqu ne le sait? Il n'en reste pas moins que les décisior •des Assemblées épiscopales communiquées aux fidèh sont pour nous des directions, au plein sens du mo <et doivent être considérées comme telles. Quand ; «'agit d'action catholique, les évêques sont nos cheJ naturels et désignés. Alors même que nous ne serior pas, dans notre for intérieur, convaincus du hier fondé de leurs directions, nous sommes tenus d' ajuster notre action, ou, à tout le moins, de ne rie faire qui y soit contraire. Question de discipline laquelle nous ne saurions nous dérober. Tel est ] principe général des organisateurs de la Semaine, tell •est leur ligne de conduite, dont ils ne se départi ror pas ». — G. Bernoville.
Quoi qu^il en soit des impressions contradictoires éprouvées par M. Guiraud et M. Bernoville, la question de V Union des catholiques français autour de la hiérarchie, avec la direction deV Assemblée annuelle pour programme, aura, pensons-iious, retiré un réel bénéfice de ce fraternel et très courtois échange de vues entre écrivains, journalistes et parlementaires catholiques. '
Annexe IV.
L'organisation de la jeunesse catholique Française.
Un modèle d' Union catholique « supra-professionnelle ».
Au mois de mars 1886, six jeunes gens accompagnés de deux hommes d'âge mûr : le comte Albert de Mun et Raoul Ancel, pénétraient dans une vieille maison de la rue du Bac, puis s'agenouillaient pour entendre la messe et communier dans la petite chapelle consacrée par le souvenir de M^"" de Ségur. Après quoi les six jeunes gens gagnèrent le secrétariat de l'œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, 262, boule-
vard Saint-Germain. Là, M. de Mun leur rappela lebut de leur réunion.
Depuis plusieurs années, le fondateur de Vœuvre des Cercles rêvait d'associer à son apostolat toute une armée de jeunes, une Association catholique de la Jeunesse française.
« En quelques mots, M. de Mun fixa le but : coordonner les forces vives de la jeunesse catholique en vue de restaurer V ordre social chrétien. Il esquissa Torganisation : grouper les jeunes en associations locales,, unies elles-mêmes par un Comité central. Il indiqua les moyens : la piété, Vétude, l'action. Il définit la hase : obéissance à l'Église, adhésion pleine et entière et sans réserves à tous les enseignements du Pape » (1).
Robert de Roquefeuil ej ses amis acceptèrent le programme, et se constituant sur place en comité, se partagèrent la tâche. L'A. C. J. F. était fondée avec six membres. Auiourd'hui elle couvre la France,, d'où elle a rayonné sur le monde. Ces jeunes avaient la foi. Toutefois, la méfiance, les hostilités ne tardèrent pas à se faire jour.
« Que venaient-ils faire avec une œuvre nouvelle?* Il y en avait déjà trop! Leur initiative révélait une belle candeur : on ne les suivrait pas! Leur création diviserait les forces catholiques, dresserait une dangereuse concurrence à plusieurs œuvres anciennes, dont on oubliait les droits ! Ce comité parisien qui faisait appel à toute la jeune France catholique ne
(1) c. f., Fr. Veuillot. Association catholique de la Jeunesse française, Action populaire^ brochure n° 29.
"visait-il pas à diminuer les indépendances locales? »
Un prélat de haute intelligence, M^"" Freppel, Tassura les jeunes apôtres, et, au mois de mai 1887, présida leur première assemblée générale. En juin 1889 le cardinal Richard présidait la deuxième, à Paris; ^n 1891, M^"" Foulon la troisième, à Lyon. Au mois de septembre, Robert de Roquefeuil, président de . la J. G., conduit 1.500 jeunes gens à Rome. Léon XIII bénit et embrasse leur drapeau. Le 1®^ décembre 1894, un bref du Souverain Pontife comble d'éloges l'Association. Le succès fait tomber les dernières hostilités, ou, du moins, leur impose silence. Le Conseil fédérai <ie 1902 décide de marquer chaque année par un grand Congrès social.
Dès 1893, la J. G. s'attache à codifier ses coutuii^es ^t à définir avec précision son organisation.
Ge qu'elle a voulu, c'est organiser les forces, jusque-là inorganiques, de la J. G. de France.
Au Gongrès de 1889, M. Harmel dégageait la pensée commune en s' écriant : « Que votre Association soit donc nationale! Si certaines Associations particulières craignent de perdre leur autonomie et refusent de s'unir â l'Association générale, -cet esprit d'individualisme est un crime social qui empêché le salut de la France. »
Le Gongrès de 1893 vota les Statuts auxquels ne furent apportées, dans la suite, que des modifî- •cations accessoires. '
Getfce constitution qui pourrait être prise pour modèle par l'Union catholique nationale, deux mots
la résument : autonamie, fédération. La J. C. est une fédération de groupes autonomes. Chacun des groupes est libre et applique d'une manière personnelle le programme général : piété, étude, action, administre librement ses intérêts personnels, mais la Fédération veille aux intérêts généraux.
La J. C. est gouvernée par un Conseil fédéral formé par la réunion des délégués des groupes. Une fois par an, le G, F. a son assemblée statutaire. L'ordre du jour des travaux est fixé d'avance.
Le C. F. nomme le Comité permanent d'exécution * sauf V aumônier qui est nommé par l'autorité religieuse.
Outre l'aumônier, le Comité compte huit membres élus par le Conseil fédéral : le président, deux viceprésidents, le secrétaire, quatre chefs de section.
Au Comité, le travail est partagé entre quatre sections.
La Revue de la J. C, née en 1891, est un organe permanent de liaison entre la tête et les membres.
Au-dessous du Comité général, le Comité régional» le Comité diocésain réalisent une heureuse décen-. tralisation.
Propagande sociale, défense et propagande religieuse, tel est le programme commun.
Le Congrès de 1899, tenu à Lyon, amorce dans la J. C. et dans tout le pays une énergique campagne pour la liberté d'enseignement, qui aboutit à une pétition de 800.000 signatures et contribue à faire abandonner par le gouvernement le projet sur le
stage scolaire. En 1913, à la suite dû Congrès de Caen, c'est une campagne pour la R. P* scolaire qui pose le problème devant T opinion, fait reculer l'offensive parlementaire pour le monopole, aboutit, sur le terrain de la R. P. S. municipale, à d'appréciables conquêtes. Au point de vue social, l'activité de la J. C. s'est déployée sur tous les terrains : syndicats coopératives, assurances, travail des femmes et des enfants... Mieux que cela, elle à rapproché, en une collaboration de plus en plus étroite, le peuple et la bourgeoisie.
Selon le mot de son Manuel, la J. C. est « moins une œuvre proprement dite que le groupement de toutes les bonnes volontés jeunes et actives » autour de la hiérarchie catholique et de la doctrine catholique. Cette définition pourrait être appliquée à l'Union catholique avec cette seule différence que celle-ci prétend grouper tous les hommes et fédérer les diverses œuvres catholiques.
Depuis 1886, nous avons donc assisté, en France, à l'organisation progressive, méthodique « des jeunes bonnes volontés » catholiques.
Pourquoi ce qui est une réalité vivante pour nos jeunes gens catholiques ne le deviendrait-il pas pour ceux qui ne sont plus des jeunes gens, pour nos hommes?
Annexe V.
Regard sur l'étranger.
EN AMERIQUE. — Le N. G. W. G. national
GATHOLIG WeLFARE GoUNGIL.
Lé Conseil catholique pour la prospérité nationale (1).
Dans son rapport de 1921, sur l'organisation du N. G. W. C, Farchevêque de 'San Francisco écrivait:
« Quelle que soit notre force, si elle est dispersée et incapable de se ramasser sur elle-même, elle sera impuissante devant un ennemi méthodique et entraîné.
« Ge n'est pas trop de dire que la vie et le progrès de l'Église dépendent de notre capacité à faire face à cette opposition, en un seul corps uni.
« Or, en huit mois, nous avons non seulement établi les divers départements de notre N. W. G., mais nous avons coordonné et unifié la puissance catholique de ce pays : elle sait maintenant où et quand agir
{1)'G. f., Action populaire : « Organisation et méthode chez les catholiques américains » (Extrait du Correspondant), par M. le chanoine Dimnet. — Ibid. : Le N. G, W, C. d* Amérique (dossiers no 22), 1er- ayrii 1922. — Les Nouvelles religieuses, 15 avril, l^r et 15 mai, l^r juin 1922 : « L'organisation des catholiques américains ».
et elle s'encourage de la conscience de son unité. Nous nous sentons puissants parce que notre union est devenue visible. Toutes nos organisations catholiques se rendent compte de cet accroissement d'énergie et ne doutent pas que, grâce au N. W. G., nous puissions conduire la coopération catholique à son apogée.
Tel fut, en effet, le but poursuivi — et atteint déjà partiellement — par les catholiques des États-Unis en organisant le N. G. W. G. : « Goordonner et unifier la puissance catholique, lui donner conscience de son unité, créer la coopération catholique. »
Les organisations catholiques abondaient aux États-Unis. Parmi les plus puissantes il faut citer : 1° Les Chevaliers de CoZom 6 (Knights of Golumbus) qui comptent dans leurs rangs un grand nombre de prêtres, plusieurs évêques; 2° La Jeunesse catholique^ 3° La Société du Saint Nom.
Ge qui n'existait pas avant 1919, c'est une organisation générale permettant aux catholiques américains de se présenter sur un front unique. Le N. G. W, G. a réalisé cette organisation en quelques brèves étapes (1). .
Désormais, des millions de fidèles, catholiques, romains, groupés dans le cadre paroissial, encadrés
(i) Rappelons qu'au commencement du dix-neuvième siècle il n'y avait aux États-Unis qu'un évêque, une cinquantaine de prêtres, et 100.000 catholiques, irlandais pour la plupart. — En 1922 il y a, dans ce pays, 20 millions de catholiques, 101 diocèses, 16.000 prêtres, 4.500 écoles avec 1.300.000 élèves, 20 universités catholiques. De toutes les confessions chrétiennes, le catholicisme est, aux Etats-Unis, la plus nombreuse.
par leur clergé, conduits par un groupe d'officiers supérieurs: les évêques; tenus en main par une organisation centralisée, peuvent être rapidement, alertés pour le service de la patrie et de la religion.
Le N. G. W. G. est né de la grande guerre.
Les quatorze archevêques des États-Unis ont:
l'habitude de se réunir, au moins une fois l'an, à. Washington, pour suivre le progrès des intérêts catholiques.
En 1917, l'Amérique entrait en guerre. Lors de leur réunion annuelle, en avril 1917, les catholiques, offrirent leurs services au président Wilson. Les 11 et 12 août 1917, vingt-sept organisations catholiquesréunies en congrès à Washington (1) renouvelèrent ces offres de service que le gouvernement agréa avec reconnaissance.
En conséquence, le Gongrès décida de créer partout des bureaux diocésains et paroissiaux pour sus-
(1) Ce meeting « était dû à l'initiative du P. Burke de la Congrégation de Saint-Paul- Apôtre. Chargé de recruter les aumô- ■ niers de l'armée de terre et de mer, le P. Burke s'était heurté à. la difficulté provenant de la bonne volonté indiscutable mais mal disciplinée des multiples œuvres catholiques. Une organisation nationale lui parut nécessaire. Pour la réaliser il s*adressa aux cardinaux Gibbons, O'Connell, Farley et leur proposa une rencontre générale des associations catholiques en vue d'unifier et, par là, de multiplier la contribution d^s catholiques aux besoins du pays. La proposition fut approuvée; chaque évêque fut prié par les cardinaux d'envoyer un délégué ecclésiastique et un délégué laïque au meeting. Chaque association catholique devait pareillement envoyer deux représentants. Les difficultés de là situation furent exposées, le 12 août, dans un discours magistral du P. Burke. A la suite de quoi le N. C. W. C. fut constitué avec ses bureaux paroissiaux, diocésains, et son bureau national.
«citer et canaliser la charité catholique et accrédita les Chevaliers de Colomb comme représentants de l'Église catholique à l'armée. Le Conseil de l'Ordre devint par là, provisoirement, le lien officiel entre l'Église ^t le Gouvernement.
Cependant, estimant nécessaire une organisation plus spéciale, les quatorze archevêques réunis, en novembre 1917, se constituaient en Conseil catholique national de la guerre (National catholic War Council), nommaient un Comité permanent de quatre évêques, chargés de le représenter, créaient deux Comités consultatifs composés de laïques et de prêtres. Ces comités devaient s'occuper de l'emploi des énormes ressources en argent fournies par les sous- •criptions des catholiques.
A l'usage, le N. C. W. C. se montra un bon instrument de travail. La guerre terminée, dans un Congrès tenu, en septembre 1919, à l'Université Notre- Dame, en Indiana, le « Conseil catholique national de la guerre » se transformait en « Conseil catholique pour la prospérité nationale » (1). Les initiales du
(1) Et cela sur l'initiative de Ms.r Ceretti, représentant personnel du Saint-Père, qui demanda aux évêques assemblés à l'occasion du cinquantenaire du cardinal Gibbons de continuer leur œuvre : a Rome, disait-il, compte en ce moment sur l'Amérique pour •susciter un grand mouvement catholique et donner l'exemple -aux autres nations. » Le cardinal Gibbons' répondit : « Je* considère la proposition de Mgi" Ceretti comme un appel divin. »
En septembre 1919, une lettre *pastorale de l'Épiscopat américain fit conucutre cette décision : « Considérant les résultats obtenus par la fusion de toutes nos activités pour le temps et les nécessités de la guerre, il a été décidé de maintenir, pour les
nouveau Label demeuraient celles de l'ancien r N.C.W. C.
Le N. C. a son centre à Washington dans un magnifique immeuble. Son premier soin a été de procéder au recensement des troupes catholiques, en dressant un immense fichier qui permettra de mobiliser, en quelques jours, pour Tintérêt de TÉglise ou de la patrie, toute l'armée catholique; de faire appel à sa générosité, de lancer une campagne de défense catholique ou sociale dans tout le pays. Un film licencieux se produit-il...
« En 24 heures, le fichier de Wsfshington permet de donner un mot d'ordre à toutes les associations catholiques, à tous les journaux et à toutes les paroisses. Un projet de loi menaçant la liberté scolaire est-il déposé,, aussitôt, mot d'ordre lancé même aux journaux et aux associations non catholiques qu'on sait libéraux . »
Près du Comité exécutif (organe des quatre évêques du Comité permanent), et présidé par l'évêque de San Francisco, fonctionnent divers sous-comités, ou départements présidés chacun par un évêque: Comités d'éducation, de législation, d'action sociale, d'organisations laïques, de presse, des affaires extérieures (1).
besoins de la paix, l'esprit d'union et de coordination des forces. Nous ayons donc groupé dans le N. C. W. C. les diverses œuvres au service de. la cause de la religion. »
(1) Le Département des affaires extérieures a Executive Department » se tient en contact étroit avec le gouvernement auquel il fait connaître le point de vue des catholiques sur la législation, par exemple, sur le Prohibition Bill, le Tarif
Le département des organisations laïques a voulu répondre à un des plus graves soucis des évêques américains en organisant d'une manière plus méthodique toutes les forces catholiques laïques du pays.
« Jusqu'à présent, disait Tarchevêque Gurley, nous nous sommes tenus à F écart, travaillant avec de petits mioyens dans l'isolement de nos paroisses. Nous n'avons jamais donné l'expression de notre force potentielle bien qu'il y ait aux États-Unis vingt millions de catholiques; si nous voulons jouer le rôle qui nous est dévolu dans le développement de l'Amérique et
Bill et ses inventaires d'objets religieux. Grâce à 1' « Executive Department », le N. C. W. G. a été reconnu par le Gouvernement ■comme « Agence nationale » d'Immigration.
Le Département de l'éducation confié à Mgi" Dowling, avec le Rév, P. James Ryan pour secrétaire exécutif, a été consulté par le département de la guerre dans le choix des professeurs destinés aux écoles des Philippines. Le Département juridique, actuellement sous le contrôle de Msr Gibbons, est fréquemment consulté par le Gouvernement et les autorités des divers États. Le Ministère de la Guerre ayant résolu de constituer sur le front français ses cimetières militaires, nomma un Comité des monuments de guerre et choisit pour y représenter les catholiques le R. P. Burke, qui fit connaître les vœux des catholiques tendant à marquer d'un signe spécial les tombes des soldats catholiques, etc..
Au Département d'action sociale est due la création de « V école nationale du service social », établie en trois magnifiques édifices dô Washington et dirigée par M. Gh. Neill qui fut, durant huit ans, commissaire du travail aux États-Unis.
Au Département de la presse, Mgr Russell s'assura le concours de M. J. Megrath, ancien rédacteur en chef du New -York American et du San Francisco Examiner. Ici, comme partout ail-
répandre largement Tinfluence de TÉglise de Dieu, il faut nous rassembler et nous organiser. »
De ces préoccupations naquirent, grâce au N. C. W. C, le Conseil national des Hommes catholiques et celui des Femmes catholiques.
Le Conseil national des Hommes catholiques, répandu aujourd'hui dans trente-neuf diocèses, compte plusieurs millions d'adhérents. Il a mené déjà de nombreuses campagnes, notamment contre l'étatisme scolaire. Pendant l'année 1923 il doit concentrer son activité sur ces deux points : le cinéma et l'immigration.
Le Conseil national des femmes catholiques compte
leurs, le conseil supérieur du N. C. W. C, n'a rien négligé pour s'entourer d'hommes de toute première valeur. Les résultats obtenus ont répondu à l'effort déployé, et ce n'est pas sans quelque envie que nous pouvons en lire, dès aujourd'hui, la longue liste : agences d'information organisées, contrôle de la presse non catholique... le tirage de plusieurs journaux et revues catholiques doublé en quelques mois. Dès maintenant, l'organe de liaison du N. G., le Bulletin catholique de bien-être national, revue bimensuelle du Comité exécutif, dirigée parle P.Burke, a dépassé le tirage de 60.000. Le « Département. de la presse » renseigne 87 journaux, maintient des correspondants dans toutes les parties du monde.
UOsservatore Romano du 21 juillet 1922 souligne l'efficacité de l'action organisée du N. G. W. C. à propos du fait suivant : Mgr Muldoon, archevêque de Rockford, s'était vu refuser l'autorisation de célébrer la messe dans sa cabine, sur un navire de la Compagnie Cunard. Il protesta énergiquement. La presse et les organisations catholiques américaines, à l'instigation du N. C. W. C, appuyèrent sa protestation. Résultat : actuellement tous les navires de la Compagnie Cunard sont munis d'un autel portatif qui est mis au service de tous les prêtres catholiques se trouvant à bord.
700.000 membres. Il a donné son adhésion à l'union internationale des ligues de femmes catholiques.
Pas plus quel' Union populaire italienne le N. C. W. C. ne se substitue à aucune des œuvres existantes : chacune est une alliée non une rivale.
Chaque évêque du Conseil d'administration peut être assimilé à un ministre d'État.
L'archevêque de San Francisco délégué comme président du Comité exécutif, au dernier congrès, a choisi le Rév. John Burke pour secrétaire général: celui-ci se tient en liaison immédiate avec tous les départements.
En résumé, le A^ C. W. C a réalisé, en moins de trois ans (de septembre 1919, à septembre 1922) cette Union catholique dont les catholiques français cherchent la formule. Si cette réalisation suppose un immense travail et surtout « une méthode », on peut affirmer, néanmoins, que le plan architectural est d'une grande simplicité.
A la base de l'édifice, le Conseil paroissial régi par son Comité exécutif; au second étage, fédérant les Conseils paroissiaux, le Conseil de district; au troisième, le Conseil diocésain; — au sommet, le Conseil national, fédérant les Conseils diocésains et les directeurs de toutes les grandes œuvres. Les délégués élus par les paroisses élisent à leur tour les délégués de district et ainsi de suite.
En novembre 1922, les deux tiers des diocèses
sont déjà organisés. La plupart des grandes associations se sont formellement associées au N. C, à «commencer par les Chevaliers de Colomb, la Société du Saint-Nom, la Jeunesse catholique, les Conférences de Saint- Vincent de Paul..., etc.
Une épreuve assez pénible attendait cependant le N. C. W. C. Sur des informations incomplètes, un décret de la Sacrée Congrégation consistoriale, rendu au mois de février 1922, prononça la dissolution de <iette œuvre.
Une pétition, portant la signature d'environ 80 évêques sur 100, donna lieu à une enquête du Saint-Siège <jui aboutit, le 22 juin 1922, à un décret de la Sacrée Congrégation consistoriale signé du cardinal de Lai. Ce décret justifiait et approuvait l'action du N. C. W. C, tout en indiquant par quels moyens on pourrait, à l'avenir, éviter les récriminations qui avaient failli amener la riiine d'une œuvre aussi utile : « La Sacrée Congrégation consistoriale, se basant sur des rensei- :gnements supplémentaires, a décidé qu'il n'y a lieu à aucune modification touchant le National catholic Welfare CounciL » ,
Suivaient des instructions concernant l'assemblée •que devaient tenir, en septembre 1922, les évêques des États-Unis... Cette réunion serait facultative; ^lle n'aurait rien de commun avec un concile, mais ne serait qu'un « amical échange de vues au sujet des mesures d'intérêt public commun visant à assurer la liberté d'action de l'Église aux États-Unis ». Pour couper court aux interprétations malveil-
lantes (1), le mot « council » serait, peut-être, utilement remplacé par le mot « comittee » qui a d'ailleurs le même sens, etc. (2).
Les Nouvelles religieuses concluent leur longue étude sur le N. C. W. C. (15 mai , p. 229) par ces mots :
« On nous reprochera peut-être de revenir trop souvent sur cette œuvre catholique si puissante, nous voudrions qu'elle fût imitée chez tous les peuples chrétiens. Si les catholiques n'ont pas pour le bien du monde l'influence à laquelle leur nombre et leur valeur
(1) On sait que des bruits défavorables furent pareillemment répandus contre la puissante association des Chevaliers de Colomb, qui est le bras droit du N. G. W. G. Pie XI, informations prises, y a répondu en confirmant l'invitation faite par Benoît XV aux Chevaliers de Colomb de s'établir à Rome. Ils se sont installés, de fait, à l'ombre du Vatican, pour le plus grand bien de la jeunesse italienne, qu'ils protègent contre les propagandistes protestants.
Aux États-Unis, ils sont les meilleurs auxiliaires de l'Épiscopat et du N. C. W. G., dans la lutte actuellement engagée pour sauver la liberté d'enseignement.
(2) Le Décret, daiis son § 4, renvoie pour plus ample information à la lettre Communes de Benoît XV adressée, le 10 avril 1919, à l'Épiscopat américain. Benoît XV commence par y approuver sans réserve le principe des conférences épiscopales « où les évêques discutent en commun des affaires les plus importantes
■ qui concernent le bien tout ensemble de l'Église et du pays. Arme puissante contre le mal, elles concourent très efficacement à promouvoir le bien en développant l'émulation interdiocésaine. Les réunions épiscopales fréquentes, approuvées à maintes reprises par nos prédécesseurs, servent admirablement les intérêts de la religion, en mettant en commun les recherches de l'expérience de chacun », etc. Benoît XV indique parmi les sujets qui seraient utilement étudiés dans ces assemblées plénières : l'action économico-sociale, Véducation catholique de la jeunesse. »
(G. f. Les nouvelles religieuses, 15 octobre 1922. — La Documentation catholique, 13 septembre 1922).
morale leur donnent droit, c'est qu'ils ne sont pas organisés. Le centre allemand, le parti populaire italien ont obtenu de précieux résultats; même pour eux le N. C. W. F. reste un modèle. Nous voudrions surtout que les catholiques français s'inspirassent d'une si éloquente leçon. Ils sont, d'après les statistiques américaines que nous ne voulons pas discuter, 26.000.000 (dont 10.000.000 de pratiquants et 16.000.000 de baptisés et mariés à l'église sans autres pratiques régulières). Gomment se peut-il faire que 26.000.000 de catholiques soient condamnés à une vie nationale athée par 13 . 000 . 000 de non catholiques? Parce qu'ils ne sont pas organisés. Qu'ils étudient ce N. C. W. C, cette organisation encore jeune et déjà très puissante qui, se plaçant sous la direction et le contrôle des évêques, a déjà rendu de grands services à l'Église et à la patrie américaine. Par ses bureaux d'information, de conseils, de coopération et d^assistance, elle a travaillé efficacement à la création d'un esprit de solidarité entre les catholiques américains. Leurs forces éparses ont été groupées autour d'un programme unique, et, prenant conscience de leur nombre, ils ont senti croître leur espérance : l'élan, l'ordre, la persévérance ont marqué toutes leurs entreprises. L'an dernier, ils n'ont pas hésité à se mesurer avec courage et succès contre la persécution légale des bills attentatoires à la liberté de l'école. »
Annexe VI.
<{uelques autres exemples d'organisations catholiques
Nationales.