EN BELGIQUE
La Belgique, comme l'Amérique, nous donne •d'excellentes leçons d'organisation, malgré les , pénibles conflits de racés et de langues qui attristent, en ce moment, les catholiques de ce pays.
Le l®r septembre 1922, à Gembloux, le Congrès des Jeunesses catholiques belges offrait déjà, dans son splendide défilé de plus de 10.000 jeunes hommes, la vision raccourcie de l'Unité catholique belge.
Le dimanche 15 octobre 1922, un second Congrès,
celui de l' Union catholique belge, réunissait à Bruxelles
les délégués des groupements flamands et wallons du
parti catholique, sous la présidence de M. le sénateur
Gilles de Pélichy.
A l'occasion de ces deux Congrès, un problème fort •délicat fut agité parmi les directeurs de la Jeunesse catholique belge (1).
Quels liens devaient unir la Jeunesse catholique à -L'Union catholique belge?
L'Union C. B. est, en effet, un parti politique comme
(1) C. î.,V Effort, organe de la J. C. B., 21 octobre 1922 eipassim.
le parti populaire italien. D'où deux tendances contradictoires dans la J. C. La première s'exprime ainsi : <( Il ne doit pas y avoir de distinction entre nos organisations proprement catholiques et notre organisation politique catholique. Toutes défendent la mênie cause. La Jeunesse catholique servira donc d'avant-garde, de jeune garde au parti catholique. » Deuxième thèse : « En unissant ainsi œuvres catholiques et œuvres politiques, nous compromettons les unes et les autres. Donc, évitons tout contact, toute solidarité avec le parti catholique. )>
Une troisième thèse : celle des sages, du journal VEffort, et du président de la J. C. B., Fernand Daumont, tient le juste milieu: « Les campagnes politiques doivent être menées par des organisations distinctes des œuvres catholiques proprement dites.
« Mais il peut se faire que tel but particulier que se propose un parti politique coïncide exactement avec celui que poursuit Taction' catholique. Dès lors, il est trop naturel qu'organismes d'action catholique et parti politique s'entendent pour que leurs campagnes soient déclenchées simultanément et se renfor^cent Tune l'autre. »
Par exemple, dans son discours au Congrès de l'Union catholique, M. Helleputte, ministre d'État, dénonçait des actes de sectarisme scolaire : « enlèvement du crucifix des écoles d'Ougrée, de Nivelles », « on met entre les mains des enfants des tracts abominables... » La , Jeunesse catholique, toutes les
œuvres catholiques, doivent évidemment se solidariser avec le Parti catholique pour protester et réagir.
« De plus, tous les groupements de VA. C. J. B., continue le rédacteur de l'Effort, doivent donner à leurs membres la conscience de leurs obligations civiques et politiques, le sentiment de l'importance de la politique dans les destinées de TÉglise et de la patrie... Tous répondront : présenti chaque fois qu'une campagne d'ensemble s'imposera, à condition que cette activité politique s'exerce en dehors des cadres et de V organisation de VA, C. J. J5., car l'A. C. J. B. n'est pas et ne sera jamais, ne veut pas être, l' avantgarde du Parti catholique.. Ce serait déchoir, nous pouvons bien le dire sans désobliger personne, car nous sommes et nous voulons rester l'avant-garde de l'Église en Belgique. »
Cette attitude la J. C. belge est pleine de sagesse (1). Elle définit, nous semble-t-il, ce que doit être en
(1) V Osservatore Romano rendant compte du Congrès de L<embloux a rendu hommage à l'attitude de la Jeunesse catholique belge. Le 6 octobre, dans son éditorial, V Osservatore écrit : « Le premier mérite de FA. C. J. B. est d'avoir réuni en un faisceau puissant les forces de la J. G. B., autrefois éparses et sans rapport organique. Mais un mérite non moins notable est celui d'avoir donné et maintenu à ce vaste mouvement une orientation nettement catholique, supr apolitique. »
La Revue de l'A. C. J. B., V Effort, revenait sur ce sujet : Distinction de l'action catholique et de l'action politique, dans son numéro du 28 octobre 1922. — v Notre article de la semaine dernière à propos du Congrès de V Union catholique se trouve confirmé par deux documents qui nous arrivent de la Ville éternelle.
« Nous avons réaffirmé la distinction nécessaire entre Union catholique et action politique. Sa. Sainteté recommande une fois de plus au clergé d'Italie de ne pas se mêler aux conflits politiques. La mission de l'Église et celle d'un parti politique sont
France l'attitude des Unions catholiques à l'égard de la politique : 1^ demeurer indépendantes à l'égard des organisations politiques et des partis; 2» seconder énergiquement les campagnes politiques entreprises pour sauvegarder les intérêts de l'Église et de la patrie; 3° donner à leurs membres une haute conscience de leurs obligations civiques et politiques.
La difficulté, en Belgique (comme en Italie), de maintenir œuvres catholiques et œuvres politiques
irréductiblement distinctes. L'Église ne peut, dans nos temps de divisions et de passions politiques, endosser la responsabilité du programme et de Faction d'un parti politique, si catholique que celui-ci se prétende et qu'il soit...
« Nous avons affirmé, d'autre part, le devoir de la formation civique et la nécessité, pour nos groupes de Jeunesse catholique, d'aider leurs membres à cette formation et de les intéresser à l'organisation et à Vaction politique.
« Or, voici les paragraphes principaux de la résolution votée à l'unanimité par le dernier Congrès général de la Jeunesse catholique italienne sur les rapports de la ,« Gioventu cattolica italiana » et des mouvements politiques.
« La « Gioventu cattolica italiana », tout en affirmant de nouveau la distinction essentielle entre son action et l'action politique que les catholiques exercent dans le pays sous leur propre responsabilité, ne peut se désintéresser des problèmes politiques, mais doit les étudier et les résoudre à la lumière des principes de la morale et de la sociologie chrétiennes. Et chaque fois que les lois attentent à l'intégrité de la doctrine et de la vie catholiques, chaque fois qu'elles reconnaissent ou protègent insuffisamment les libertés religieuses, n'appartient-il pas à l'élément chrétien de la nation de réagir dans les formes légales, et les jeunes gens catholiques ne doivent-ils pas être les plus ardents protestataires? Enfm, la formation chrétienne n'implique-t-elle comme une partie essentielle la formation civique et ne doit-elle pas donner à la patrie des citoyens vaillants et consciencieux? »
{Gioventu italica, organe officiel de l'Association catholique de la Jeunesse italienne, numéro de septembre 1922).
sur un terrain distinct vient, en partie, de la confu- •sion engendrée par le choix des vocables. C'est pour cela que les récentes directives de Pie XI ont, nous l'avons vu, laissé tomber le nom d'Union populaire pour lui substituer celui d'Action catholique.
C'est pour cela aussi que nous venons de voir (novembre 1923), S. E. le Cardinal Mercier, archevêque de Malines, adresser à son clergé une lettre pastorale où est annoncée l'organisation d'une Action catholique Béigé calquée sur la nouvelle Action catholique Italienne. Voici quelques extraits de cette lettre pastorale :
« S'il plaît à Dieu, nous aurons le bonheur de célébrer vers l'époque de Pâques de l'année prochaine un Synode diocésain. Ce sera l'heure propice d'organiser dans chaque paroisse, dans chaque fioyenné, dans le diocèse entier, les cadres de Vii Action catholique », «si chère au' Souverain Pontife ». Avec votre concours, éclairés par votre expé»rience, nous rechercherons les moyens de réaliser,
par l'entr'aide des fidèles et de leur curé, l'Association paroissiale; la coordination des associations paroissiales dans une Fédération interparoissiale ou décanale; un rattachement plus régulier et plus soutenu de ces unions locales au foyer de la vie diocésaine, »