ACTE IV, SCÈNE I
LAZARF.
Et puis, est-ce bien là du chagrin? C'est étrange.
Point de pleurs dans ses yeux, au nom du grand Michel;
NonI il a des frissons, ainsi qu'un criminel.
Et sa morne tristesse au remords est pareille.
On dit qu'avec des cris, chaque nuit, il s'éveille.
Et prie, en se frappant le cœur d'un dur caillou...
Vraiment! cet homme a l'air d'un coupable... ou d'un fou.
ANNA
Soldats, quelle cruelle injustice est la vôtre! Lui, fou? coupable?...
LAZARE
Il est peut-être l'un et l'autre.
Quel est son plan ? A-t-il de secrètes raisons Pour livrer les combats où nous nous épuisons ? Voudrait-il, par hasard, nous lasser de la guerre?
OUROSCH.
C'est possible.
LAZARE
Autrefois je n'aimais déjà guère Sa stupîde clémence envers les prisonniers.
Or, le peu qu'on en fit dans les combats derniers Fut épargné.
OUROSCH.
Le Turc épargne-t-il le Slave ?
8o POUR LA COURONNE
LAZARE
Sa seule compagnie est cette jeune esclave. . Une infidèle encor.
OUROSCH.
Ce n'est pas naturel.
LAZARE
Et sa conduite envers la veuve de Michel ?
Toi qui ne l'aimais pas, Ourosch, sois équitable :
Elle avait pour Michel un amour véritable ;
Elle pleure toujours le héros regretté,
Et jamais deuil ne fut plus noblement porté.
OUROSCH.
J'en conviens.
LAZARE
Constantin, le cœur plein de colère, N'a pas voulu revoir la veuve de son père ; Et depuis lors, pleurant et priant tour à tour. Ainsi qu'une recluse, elle vit dans sa tour.
ANNA
Alors, chez Constantin, tout vous semble équivoque?
OUROSCH.
Ma fille, nous vivons dans une sombre époque. La gue« re sainte est longue et meurtrière, hélas ! Plus d'un se décourage, en disant : c Je suis las'i 4» La conscience, alors, devient trouble et s'égare. Songe au Serbe Sava, songe à Jean le Bulgare;