ACTE IV, SCÈNE I 8l
La défaite leur mit la félonie au cœur, Et, vaincus, ils se sont alliés au vainqueur 1
ANNA
Osez-vous accuser Constantin ?
OUROSCH.
Pas encore, Mais nous nous demandons quel souci le dévore, Quel secret désespoir peut ainsi l'envahir... Il est déjà vaincu... S'il songeait à trahir?
ANNA
Luil Chassez ces mauvais rêves d'esprits malades! Lui!...
LAZARE
Mais c'est le soupçon de tous nos camarades.
Et nous verrons bientôt éclater leur courroux.
Constantin parait au fond du théâtre.
ANNA
Parlez plus bas. Voici le chef.
OUROSCH.
Ëloignons-nous.
LAZARE, mettant la main sur la poignée de son arme. Par l'Enfer! si j'étais certain qu'il fût un traître...
OUROSCH, V entraînant.
Allons, viens.
ANNA, sortant h, dernière, après un r^ard jeté sur Constantin, Qu'il est triste et pâle I Pauvre maître !
SCÈ!?CE II
CONSTANTIN, seul. Il s'avance Uniment, h visage d^,
plongé dans une sombre rêverie*
J'en suis sûrl j'ai bien fait. Ouil je devais frapper.
11 le fallait I De quoi dois-je me disculper?
D'avoir fait mon devoir?... Qui m'accuse? Personne.
J'ai tort quand je pâlis, j'ai tort quand je frissonne;
J'avais droit de juger, j'avais droit de punir I
Et je devrais toujours garder ce souvenir
Baigné dans ta clarté pure et sans défaillance,
Lampe de ma pensée intime, ô conscience!
Je frémis cependant et c'est plus fort que moi...
Mais si je ne suis pas un criminel, pourquoi
Cette froide sueur inondant mon front moite?
Pourquoi ne puis-je plus regarder ma main droite ?
Et pourquoi tout à l'heure ai-je, tout frémissant,
Jeté cet affreux vin qui me semblait du sang?...
Devant moi, juste et pur, j'avais le crime immonde.
En frappant, je sauvais mon pays, tout un monde,
Vingt royaumes, aux pieds du Christ agenouillés;
Dieu conduisait mon bras I Astres, vous m'approuviezl
Comme, sur son chemin, on tue une vipère.
J'ai dû tuer ce monstre... Ouil mais c'était mon pèrel..*