ACTE I, SCÈNE I
LAZARE
Bah I le feu roi, quand mémey Eut bien raison de faire à Michel ce cadeau.
Dans le triomphe on met une rose au drapeau.
BENKO
Il me tarde de voir cette beauté si rare Qui doit aimer les vers chantés sur la guitare... Mais ce feu roi, dont vous parlez à tout moment, — Pardon, je ne sais rîèh, - — est-il mort récemment?
LAZARE
Le mois dernier.
BENKO
Son fils, sans doute, a la couronne?
OUROSCH, se levant.
Non, chez nous, c'est au plus méritant qu'on la donne.
Geste d'étonnement de Benko,
Oui, quand un de nos rois est mis dans le cercueil,
La Diète se rassemble, après un mois de deuil,
Sur la place, à Viddin, devant la Basilique.
Les vingt plus vieux boyards sont là — c'est magnifique I —
A cheval; et de loin chacun les reconnaît
A l'aigrette d'argent qui brille à leur bonnet.
Selon l'ancienne loi, la Diète militaire
Fait son choix promptement, sans mettre pied à terre ;
Puis, quand le souverain est élu, le Conseil
L'acclame en brandissant les sabres au soleil.
Ensuite, on le couronne avec cérémonie.
LAZARE
Notre Diète à Viddin doit s'être réunie
Hier même, et nous saurons bientôt le résultat.
benXo.
Puisqu'elle doit choisir, pour gouvernei^^tat.
Le plus digne, qui donc voulez-vous qu'elle nomme,
Sinon votre Michel Brancomir?
LAZARE
Oui, c'est l'homme Qu'il faudrait. Il a fait bravement son devoir.
OUROSCH.
Jeunes gens, vous parlez trop vite et sans savoir. Certes, Michel est grand; la gloire l'environne; Mais il aurait bien tort de rêver la couronne. On l'a déjà couvert de titres et d'honneurs.
C'est bien. Mais les anciens du peuple, les seigneurs Sont convaincus, avec la nation entière.
Qu'il faut que ce soldat reste sur la frontière. Puis, chez nous, pour avoir la couronne, étranger, Le moyen le meilleur...
BENKO
C'est?
OUROSCH.
De n'y pas songer.
BENKO
En vérité ? Qui donc croyez-vous qui l'obtienne ?