‹ Pour la FinlandeChapitre 22 sur 78 · J. R. Fisher, Finland and the Tsars, p · texte numérisé non relu

J. R. Fisher, Finland and the Tsars, p

rêves de réformes agraires qui pourraient se réaliser sous le patronat de Saint-Pétersbourg ; mais l'élite du pays, sentinelle toujours vigilante* a su déjouer ces menées révolutionnaires de l'autocratie ; comment? en parlant au peuple, en l'éclairant ; ses armes ont été les conférences et les écrits populaires '. Bref : il est de fait que pour démontrer l'exagération et la légèreté des accusations réunies avec tant de soin par M. Pobyedonostseflf contre la civilisation occidentale, il suffit de signaler point par point l'état de choses qui existe en Finlande.

Il va sans dire qu'on ne saurait donner pour cause unique aux résultats remarquablement heureux que la mise en pratique des idées de l'Occident a eus en Finlande, la manière utopiste dont les Finlandais se sont représenté l'influence de ces idées dans les pays où elles sont nées, et en général l'opinion fortement idéalisée qu'ils semblent s être faite du niveau atteint par notre civilisation. D'autres causes ont agi. Les moins importantes ne sont certai-

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nement pas deux circonstances heureuses, qui justement constituent les conditions capitales, permettant le jeu d'institutions autonomes sans qu'elles soient corrompues par les germes de déchéance qu'elles portent en leur sein. Ces conditions sont une population peu nombreuse, ce qui permet que les citoyens se connaissent entre eux et se contrôlent les uns les autres ; et la prédominance marquée de la population campagnarde, assainie par le fortifiant labeur des champs, sur la population des centres urbains, où la vie est moins hygiénique, et où l'industrialisme et le mercantilisme sont un milieu si favorable au développement de germes de dégénérescence morale 1 . Mais ce qu'il ne faut surtout pas oublier, c'est que la passion d'autonomie des Finlandais, n'est point, comme cela se voit souvent parmi nous, un fanatisme doctrinaire, mais que c'est un attachement profond à leurs propres institutions et à l'esprit

1. En 1890, les communes campagnardes possédaient les 90,11 p. 100 de la population totale, et les communes urbaines seulement les 9,89 p. 100. Les 74,75 p. 100 des habitants vivaient de l'agriculture (Altas de Finlande, Texte. Publie par la Société de géographie de Finlande, 1899, p. 19 et 21; article de A. Boxstrom).

dont elles ont été pénétrées depuis des temps immémoriaux. Dans aucune des grandes nations occidentales, sauf la nation anglaise, l'amour de la liberté n'est accompagné d'un tel respect du passé, parce que, sauf toujours l'Angleterre, la liberté n'est nulle part d'aussi vieille date. De tout temps, le Finlandais non seulement noble ou bourgeois, mais aussi paysan, s'est senti homme libre *. Chez eux, point de féodalité dégradant les villageois et en faisant un peuple serf sur une terre serve. Toujours on y a trouvé dans le droit du pays, dans la loi des ancêtres, une garantie solide contre l'arbitraire et les exactions. Et c'est là ce qui explique le respect du droit si remarquable en Finlande. Les rédacteurs de la forme de gouvernement de 1772, ont tiré du cœur même des Finlandais la belle phrase dans laquelle ils résument leur œuvre : (Nous considérons) ce comme notre principal bonheur, gloire et avantage, d'être et de vivre libres et indépendants, états législateurs, mais soumis à la loi, sous le gouvernement d'un roi

1. La Constitution du grand-duché de Finlande, Recueil des lois fondamentales et autres actes officiels, Paris, 1900. Introduction, p. 9 et suivantes.

maître du pouvoir, mais lié par la loi : tous deux réunis et protégés par la loi, qui nous préserve, ainsi que notre chère patrie, des périls que le désordre, le pouvoir arbitraire, l'absolutisme, l'aristocratie et le gouvernement de la multitude entraînent à leur suite, pour le malheur de tout TÉtat, le préjudice et la désolation de tous les citoyens 1 , a: Même à supposer que leur grand-duc ne fût pas en même temps tsar de toutes les Russies, personne d'entre eux ne songerait à faire de lui, par le moyen de la responsabilité ministérielle ou autrement, tout en l'accablant d'expressions de haute estime pour sa grande expérience politique, une espèce de roi fainéant, le remonteur d'une horloge ce démocratique » de mode anglaise. Il serait de même fort malaisé de leur faire accepter pour l'organisation de leur diète l'élimination du principe de la représentation des quatre états, quoique celle-ci viole de fait l'égalité, ce qui semble fort choquant aux Occidentaux. Ils ne se résignent pas à cette organisation qu'ils ont héritée de l'époque suédoise ; non, ils l'aiment, elle leur

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