La Constitution du grand-duchè de Finlande, p
2. Actuellement, ce point est réglé par l'article 73 de la loi organique de la diète, de 1869.
jorité des voix 1 , alors encore le besoin de placer le puissant grand-duc en face d'un vœu unanime du peuple, amènera à donner la préférence à des solutions conciliantes plutôt qu'à la poursuite à outrance d'un parti pris.
Sans doute ce système de représentation des états est théoriquement critiquable. Il nous semble déjà entendre formuler la crainte, par exemple, qu'une minorité de privilégiés, barons et pasteurs, ne résiste pendant une longue série d'années aux réformes désirées par le peuple. Ailleurs cette crainte pourrait être fondée, ici elle ne l'est pas, par la raison que justement dans ces deux groupes de privilégiés, la grande majorité, des nobles aussi bien que des membres du clergé, sont les tout premiers à admirer les principes et les usages des pays occidentaux. Nous fûmes fort frappé, à ce point de vue, lors de notre visite à Helsingfors, de la remarque presque honteuse que fit le gentilhomme qui nous montrait la maison de la noblesse, et qui nous dit que nous autres Occidentaux nous devions sans doute trouver étrange ce droit
1. Article 74 de la loi organique de la dièle. Voy. La Constitution du grand-duchè de Finlande, p. 103.
héréditaire de législateurs, en vertu duquel il se pouvait que des jeunes gens pussent déjà siéger en diète. Ce qui n'était pas moins frappant, ou en tout cas ce qui remplit de surprise notre interlocuteur, fut la remarque d'un des Européens, disant qu'il ne savait guère s'il n'aimerait pas mieux être gouverné par cinquante barons juvéniles que par cent épiciers dans l'âge mûr. Quoi qu'il en soit, la Finlande, avec ses antiques privilèges nobiliaires et ses nobles libéraux, fournit la preuve que le vin nouveau peut quelquefois être excellent dans de vieilles outres. Ceux qui, socialement, sont au haut de l'échelle ne se voient pas exclus de la vie politique par la méfiance envieuse des citoyens des autres classes ; au contraire, ils conservent leur rang dans la vie publique aussi. Parmi les personnages influents de la diète il y a toujours des nobles, et jusqu'ici les grands-ducs n'ont pas manqué de tenir compte de la chose en composant le sénat. Mais c'est aussi là que la Finlande comble la mesure de ses iniquités aux yeux de l'irascible procureur du Saint-Synode. Tandis que la Russie à laquelle il a donné son cœur se composerait en définitive du tsar et des moujiks, et que tout
ce qui se trouve entre deux, tout particulièrement ce qui constitue une aristocratie intellectuelle, ne serait guère dans son estime qu'un mal nécessaire, voilà la Finlande qui ne veut pas entendre parler d'un tsar, mais seulement d'un grand-duc, dont les paysans n'obéissent pas aux popes, mais se nourrissent de journaux, et qui, pour comble de témérité, accorde sa confiance, pour gérer ses affaires sous l'autorité suprême de la couronne, de préférence à une élite intellectuelle, demande des lumières, non pas aux publi cistes de l'Orient, mais aux grands écrivains de l'Occident.
Maintenant que nous avons exposé les causes qui expliquent l'antagonisme existant, on voudra peut-être prêter quelque attention aux plaidoyers des deux parts.
Un des points du rapprochement que l'on peut établir entre la lutte où la Finlande est 1 engagée avec un certain groupe de l'entourage du Tsar et celle qui sévit dans l'Afrique australe, consiste dans le fait que, dans les deux conflits, l'oppresseur a débuté par préparer au moyen de la presse l'opinion publique aux actes qu'il méditait. « Il faut hurler avec les loups », et même le parti de KatkofF, ne faisant en cela que suivre l'exemple donné par son grand chef, ne dédaigne pas, « dans la pratique », de manier comme une arme l'instrument qu'il excommunie^ « en théorie », quand il s'agit d'instruire le peuple. Il s'est mis à l'œuvre en 1887. M. Ordine,
récompensé plus tard par un titre honorifique, publia une traduction russe d'un opuscule de l'ancien professeur et sénateur Mechelin, dans lequel ce savant, plus versé que tout autre dans le droit public de la Finlande, avait esquissé les institutions de sa patrie 1 . Dans une série de notes, le traducteur s'efforçait d'établir que la manière dont l'auteur envisageait ce le status du grand-duché reposait sur une fausse manière de comprendre l'histoire ». — « Les rapports entre la Finlande et l'empire des Tsars, avait dit Mechelin, sont basés sur la convention intervenue entre Alexandre I er et les quatre Etats lors de la mémorable diète de Borgà en mars 1809.
D'après cet acte, il existe entre les deux pays une union réelle; indissolublement joint à l'empire, le grand-duché n'en forme pas moins un Etat, avec sa constitution à lui, munie une fois pour toutes de la garantie du Tsar ». — a Faux », répondait Ordine. « La base des rapports entre les deux parties se trouve dans le traité de paix de Fréderikshamn, de septembre de la même année, par lequel le roi de Suède a cédé au