Précis du droit public du grand-duché de Finlande
Tsar tous les droits qu'il avait possédés auparavant sur la Finlande. Ce pays est donc purement et simplement une province de la Russie, ety comme dans le reste de l'empire, c'est en der* nière instance le Tsar qui y commande selon son bon plaisir 1 . »
La thèse de M. Ordine fut accueillie avec faveur même par quelques organes de la presse russe qui jusqu'alors n'avaient pas fait preuve de convoitises panrusses. M. Mechelin répon^ dit à cette attaque par un article dans le VesU nik Evropy, et fut soutenu par les feuilles finlandaises. L'agresseur répliqua dans le fascicule de mai 1888 d'une autre revue, le Rusky Vestnik; mais en même temps il proposa à son adversaire un armistice, qui devait durer jusqu'à la publication d'un exposé détaillé des événements de 1809, travail auquel il mettait la dernière main. La lutte cessa donc pour un moment, toutefois sans que l'on songeât de part et d'autre à déposer les armes. Ce fut Ordine qui la recommença, avant même que l'année eût achevé son cours, et son attaque amena
1. J. R. Danielson, Finlands Vereinigung mit dem russischen R riche, 189 1, p. i et 2.
M. Joh. Rich. Danielson, professeur à Helsingfors, à publier en 1889 un substantiel article dans le Vavoja\ Pendant ce temps les organes du parti panslaviste, le Moskovskija Vièdomosti en tête, poursuivaient sans relâche leur campagne agressive contre le grand-duché. On disait de haut aux chefs du mouvement en Finlande que le sens de la vie et de la culture, que la vie universitaire seule peut réveiller, leur faisait défaut. Bien plus, depuis plusieurs décades, disait-on, ils avaient réussi par leur hypocrisie à assurer de nombreux avantages au petit pays des mille lacs, cela aux dépens du grand empire. Bref, on se livra à un tel débordement de violences, qu'en mai 1889 le gouverneur général, le comte Heiden, nullement suspect de sympathies finlandaises, administra à la feuille moscovite une censure publique 2 .
Vers la fin de cette même année parut le livre, depuis si longtemps promis, du chef de
1. Le titre en était l'Empereur Alexandre I er et la position de la Finlande en droit public.
2. J. R. Danielson, Finlands Vereinigung m.d. r. /?., p. 12 et
file scientifique. Le titre était fort net : la Soumission de la Finlande. Imposant de volume, formidable d'érudition, ce livre prit un caractère d'autorité devant l'opinion publique, que rehaussa encore l'Académie impériale des sciences en lui décernant sa médaille d'or. Le général qui avait proposé de le couronner avait déclaré que la « calme impartialité » de l'auteur faisait de ce livre « une adjonction grandiose à l'historiographie russe ». Tout le monde ne se rendit cependant pas à ses conclusions, et même dans la presse russe il y eut quelques résistances aux louanges données par le général à cet ouvrage '. Quant aux Finlandais, ils se défendirent bravement. Un an après la publication de la Soumission de la Finlande, l'actif Danielson y opposait son plaidoyer historique intitulé Réunion de la Finlande avec l'empire russe, et en 1892 son collègue Hermanson cherchait, au moyen d'une analyse juridique serrée, à établir avec la dernière évidence la position de la Finlande en droit public 2 .
1. J. R. Danielson, Finlands Vereinigung m. d. r. R. 1892, p. 13 et 15.
2. D* R. Hermanson, Finlands statsràttsliga stallning. En vue
Après le grondement de cette grosse artillerie, la parole fut laissée pendant quelques années aux pièces de calibre plus léger. Du côté russe, le feu fut entretenu par deux opuscules bien écrits de M. Th. Elenew, dirigés contre les « prétentions des séparatistes finlandais 1 d, et par un article moins bien réussi, donné à la Revue politique et parlementaire , par M. Bachmakoflf 2 , un de ses collaborateurs. Mechelin, toujours sur la brèche, riposta du côté finnois par une brochure et par deux articles dans la même revue 3 . Entre deux éclatait à intervalles réguliers le crépitement de la fusillade de la presse panslaviste, qui répétait ses accusations
des personnes qui ne possèdent pas le suédois, il a été publié en 1900, chez Dunxker et Humblot, une brochure intitulée : Fin Beiirag zur Beurtheilung der staatsrechtltchen Stellung Finnlands, qui contient, die wichtigsten Ergebnisse der Schrift von Prof essor D* R. Hermanson.
1. Th. Elenew, La Question finlandaise contemporaine d'après les sources russes et finlandaises, 1891. Du même, les Prétentions des séparatistes finlandais , 1895.