‹ Pour la FinlandeChapitre 27 sur 78 · Numéro de septembre · texte numérisé non relu

Numéro de septembre

3. La brochure, intitulée la Question finlandaise, a paru en 1892 ; les articles, dans les numéros de décembre 1896 et de janvier 1898. Danielson prit de nouveau part à la lutte en publiant l'Autonomie intérieure de la Finlande, Réponse à de nouvelles attaques. 1892.

contre ce qu'elle appelait l'ignorance scientifique et la mauvaise foi des hommes d'Etat et des juristes finlandais. C'était, après la canonnade, la tranquillité relative qui précède la charge à la baïonnette.

L'assaut se fit, on sait où et comment 1 . On soumit à la diète réunie le 19 janvier 1899 deux projets de loi destinés à réformer l'organisation militaire de la Finlande. L'un avait pour but d'assimiler les règles du service personnel des Finlandais à celles auxquelles les sujets russes de S. M. sont soumis ; l'autre remettait aux autorités militaires russes, outre le commandement des contingents finlandais, qu'elles possédaient déjà, les branches de l'administration militaire dont jusqu'alors le gouvernement avait été chargé. On avait joint à ces projets de loi deux mémoires, dans lesquels le ministre de la Guerre Kouropatkine se permettait des critiques non déguisées sur la manière dont la loi militaire en vigueur avait vu le jour en 1878. Il suffira, pour mesurer les changements que l'on voulait, de mentionner les quelques

1. On trouvera un excellent aperçu dans J. R. Fisher. Finland and the Tsars, i8oq-i8qq. 1899, p. 113-240.

6o LE CONFLIT FINLANDAIS.

traits suivants. L'année nationale finlandaise, qui en temps de paix ne devait pas compter plus de 5 600 hommes, avait pour but, d'après une disposition à laquelle on avait expressément conféré l'autorité d'un article constitutionnel, de « défendre le trône et la patrie, et par là de contribuer aussi à la défense de l'Empire 1 ». Depuis 1881 le recrutement se faisait par le tirage au sort. Un quart environ des recrues restait trois ans au service actif, puis passait pour deux ans encore dans la réserve ; les autres faisaient leurs cinq ans entièrement dans la réserve et n'étaient appelés sous les armes que pendant quatre-vingt-dix jours par an, en somme au cours des trois premières années. Tout cela allait changer. L'armée allait perdre son cachet finlandais. En définissant son but, on ne disait plus un mot de la patrie restreinte des Finlandais. A l'avenir les soldats finlandais devaient pouvoir servir en dehors du grand-duché. Il devait être loisible

i.L. Mechelin, Das Siaatsrechtdes Grossfurstenthums Finnland» inséré dans le Handbuch de Marquardsen, iv, 2, 1889, p. 320. On trouvera un bon aperçu de la question de chiffres dans le premier numéro Q'uin 1899) de Ftnland, revue rédigée par M. Harold Perrott, B. A.

d'incorporer des Russes dans des régiments finlandais, et il ne devait plus être défendu de donner à des officiers d'origine russe le commandement de troupes finlandaises. L'allégement du service accordé aux personnes possédant une certaine culture était soumis à la condition qu'elles sussent le russe. Mais ce n'était pas seulement au caractère national de l'armée finlandaise qu'on en voulait ; c'était aussi au service relativement léger auquel elle était astreinte. On voulait, après une période de transition, porter le contingent annuel de i 920 hommes à 7 200, et, de plus, on prolongeait le service, qui devait être de cinq ans en caserne et de treize dans la réserve. Pour exprimer en chiffres ce que signifiaient ces nouveautés, c'était une augmentation de 250 p. 100 des charges militaires personnelles ' .

Pendant que la diète délibérait, survint le manifeste du 2/15 février avec dispositions réglementaires annexées. Il créait un nouveau mode de législation pour les objets qui, bien que d'intérêt finlandais, touchaient en même

1. J. R. Fisher, Finîand and the Tsars, 1809-1899, 1899. p. 220.

temps à l'intérêt général de tous les pays gouvernés par l' empereur-grand-duc, et ne devaient plus être abandonnés aux pouvoirs publics du •grand-duché ; le Tsar se réservait de décider, suivant les cas qui se présenteraient, des affaires qui devaient ou non être rangées dans cette catégorie. Les dispositions réglementaires distinguaient dans le genre deux espèces : les lois qui devraient régner sur le territoire entier de l'empire, y compris la Finlande ; et celles dont l'application serait restreinte au grand-duché, mais qui regarderaient en même temps les intérêts de tout l'empire, ou seraient connexes à la législation russe. Quant au mode de procédure à suivre à leur égard, le règlement établissait, dès l'abord, que l'initiative dans ces affaires émanerait en premier lieu du ministre russe qu'elles regardaient responsable, avec la simple coopération, dans les matières qui seraient de sa

compétence, du ministre d'Etat finlandais à Pétersbourg, puis, après que le Sénat et la diète d'Helsingfors auraient donné leur avis, rien de plus, le Tsar prononcerait, le conseil d'Etat de l'empire entendu, selon son bon plaisir.

Joignant les actes aux paroles, l'empereur ne tarda pas d'envoyer aux Etats deux nouveaux projets de règlements, « pour égaliser les charges militaires en Finlande avec celles de l'empire », dans l'intention que ces règlements obtiendraient force de loi suivant le mode établi par le manifeste. Ces nouveaux projets mettaient encore plus distinctement les points sur les i en portant : i° que désormais les recrues finlandaises pourraient être en partie incorporées à l'armée russe, et 2° que, pour subvenir aux frais supplémentaires que cette réforme ne manquerait pas d'entraîner, la Finlande aurait à payer à la Russie 9 millions de a marks » par an.

Le conflit prit ainsi une forme aiguë, et sa tragique intensité attira l'attention de l'Europe. Aussi a-t-on généralement connaissance des accents de détresse du pays, blessé dans son sentiment du droit, plein d'angoisse à la vue des dangers qui menaçaient ses libertés. On sait les a réserves » du procureur général du sénat Sôderkjelm, la protestation du Sénat luimême, la note de la commission de législation de la diète, la pétition refusée des cinq cent

vingt-quatre mille, les dignes paroles d'adieu adressées en leur nom par Eugène Wolff au ministre secrétaire d'Etat Prokope. On a peutêtre moins connu les deux réponses faites en fin de compte par les Etats aux mesures retentissantes du gouvernement russe, car ces pièces ne furent pas immédiatement mises par la traduction à la portée de l'Europe occidentale.

La première, qui visait les deux premiers projets de lois militaires, est datée du 27 mai ; la seconde, plus courte, qui est un refus d'entrer en matière sur les projets qui devaient inaugurer la nouvelle procédure, est de quelques jours plus tard. Il est heureux que récemment on nous ait, au moyen de traductions en français, en anglais et en allemand, mis en possession de ces documents, qui ont un intérêt capital pour quiconque désire voir clair dans la question ! .

Ajoutons à cette liste abrégée des pièces du procès la mention de deux aperçus faciles à

1. J'ai sous les yeux l'édition française, intitulée Diète de Finlande en i8çç. Réponse des Etats aux propositions impériales concernant le service militaire personnel. Traduit du texte officiel suédois. Paris, 1900.

lire et fort instructifs que nous ont fournis des tiers désintéressés. Nous avons reçu d'Angleterre, outre la série parue des numéros de la revue Finland de Harold Perrott, la belle étude intitulée Finland and the Tsars, 1809- 1899, par Joseph R. Fisher B. A., bachelor at law. Enfin un étudiant français, A. René Puaux, a montré un courage devenu actuellement rare dans sa patrie, en dédiant au Congrès de la Paix un petit livre, écrit avec chaleur, intitulé Pour la Finlande, sous l'égide d'Anatole France, qui lui a donné une préface.

C'est à l'aide de ces documents, pour autant qu'il a pu se les procurer, que l'auteur de ces lignes a composé les plaidoyers qui vont suivre.

Donnons premièrement la parole au Russe * :

« Le droit, dit-il, en vertu duquel le Tsar de toutes les Russies règne en Finlande et sur la Finlande, est le droit de conquête. Par le traité de Tilsit, Napoléon, dont le nouvel allié abandonnait à leur sort l'Autriche et la Prusse, lui

1. Ce qui suit est essentiellement emprunté aux idées exprimées dans la seconde brochure d'ÉLENEW, Les Prétentions des séparatistes finlandais, 1895.

laissait en retour carte blanche pour prendre la Finlande à la Suède et les Provinces danubiennes à la Turquie. Vers la fin de février de Tannée suivante, 1808, les Russes franchissaient sous le général Buschôvden la frontière finlandaise, et l'armée suédoise, que commandait Klingspor, se retira après un semblant de résistance. Déjà le 16/28 mars Alexandre pouvait envoyer aux cabinets de l'Europe une déclaration qui se termine par ces mots :

« L'Empereur informe maintenant toutes les « puissances de l'Europe que, dès ce moment, <t II regarde la partie de la Finlande, jusqu'à « aujourd'hui suédoise, et que ses troupes n'ont « pu occuper qu'à la suite de divers combats, « comme une province conquise par ses armes, « et qu' Il la réunit pour touj ours à son Empire . » Peu après il confirmait la chose dans une lettre à Napoléon, à qui il écrivait : a J'ai déclaré la « Finlande suédoise province russe. Comme « Votre Majesté l'a très bien jugé, la sûreté de « ma capitale l'exigeait 1 . » Il est vrai que la population finlandaise, quoique abandonnée

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