de la confiance et de l'amour
« J'implore l'Etre tout-puissant de m'accor- « der sa force et sa lumière pour gouverner « cette nation respectable d'après ses lois et sa « justice divine. »
« Alexandre séjourna encore quelques jours en Finlande. A son départ, le 23 mars/4 avril, il publia en français un manifeste, dont la portée essentielle se trouve dans ces deux paragraphes : « Ayant réuni les Etats de la Finlande en une «; diète générale, et reçu leurs serments de fidé- « lité, Nous avons voulu à cette occasion, par un n acte solennel, émané en leur présence et prâ-
« clamé dans le sanctuaire de l'Etre suprême, g confirmer et assurer le maintien de la reliât gion, des lois fondamentales, les droits et les a privilèges dont chaque Etat en particulier et <r tous les habitants de la Finlande en général << ont joui jusqu'à présent.
ce En faisant promulguer cet acte par ces pré- « sentes, Nous croyons devoir instruire en ce même temps nos fidèles sujets de Finlande <a qu'en Nous conformant à l'usage antique et « révéré de ce pays, Nous regardons les serce ments de fidélité prêtés par les Etats en « général et par les députés des paysans en <r particulier, en leur nom et en celui de leurs a commettants, de leurs mouvements propres <l et spontanés, comme bons et obligatoires « pour tous les habitants de la Finlande. »
<l Cet adieu, traduit en suédois, fut, sur Tordre exprès d'Alexandre, lu du haut de toutes les chaires avec la pièce appelée par les Russes la lettre patente, pièce que le manifeste confirmait. Jusqu'à ce jour les temples de Finlande conservent de génération en génération ces deux précieux documents inscrits sur leurs murs.
« La session de la diète se prolongea pendant près de quatre mois. Elle fut close par l'empereur en personne, qui prononça en français un discours du trône, auquel nous empruntons le passage suivant : i Portez dans le sein de vos « provinces, imprimez dans l'esprit de vos com-
<t patriotes la même confiance qui a présidé ici « à vos délibérations. Inspirez-leur la même ce conviction, la même assurance sur les objets € les plus importants à votre existence police tique ; le maintien de vos loix, la sûreté perce sonnelle, le respect inviolable à vos proprié- « tés... Placé désormais au rang des nations, «sous l'empire de ses loix (ce peuple) ne se ce ressouviendra de la domination passée que « pour cultiver des rapports d'amitié lorsqu'ils ce seront rétablis par la paix. »
a Telle est l'histoire de l'assemblée de Borgà 1 . Si nous pouvions compter de n'avoir que des lecteurs attentifs, nous pourrions ici encore nous contenter de dire : ce Que les faits ce fassent justice de ce que les Russes prétende dent être la signification de ce qu'ils appellent ce la lettre patente, et de leurs accusations de
1. Toutes les pièces citées ici, sauf la formule du serment de fidélité des États, se trouvent dans La Constitution du grand-duché de Finlande, p. 110 et suivantes. Elles y sont précédées de l'édit de convocation de la diète, que nous n'avons pas reproduit. Presque toutes ces pièces ont aussi été reproduites par Fisher, loco citaio, les plus importantes par Danielson, passim, enfin les passages les plus marquants dans JRéftonses des États, 1900, Deuxième réponse, p. 284 et suivantes.
io6 LE CONFLIT FINLANDAIS.
« falsification du texte lancée contre ceux qui « l'ont traduit en suédois ; que les faits parlent « surtout à Tencontre de notre partie adverse, (( quand elle nie qu'Alexandre ait exprimé sa <c volonté de reconnaître la Finlande comme <( un Etat, vivant sous les lois fondamentales ce qui avaient déjà servi d'égide à sa liberté <a lorsqu'elle faisait encore partie de la Suède. » Mais... nous vivons vite, et beaucoup de gens lisent hâtiment. Nous ferons donc bien d'attirer expressément l'attention du lecteur sur quelques points.
<z Commençons par l'accusation de faux en écriture publique. Sprengtporten et ses complices se seraient, dit-on, prévalus du fait qu'Alexandre ne savait pas le suédois pour, au moyen de leur traduction falsifiée, qu'on lut à haute voix dans l'église en présence du monarque lui-même, faire faire à celui-ci dans une pièce solennelle des promesses dépassant de loin ses intentions apparentes, par le texte russe original. Il est parfaitement vrai que la traduction n'est pas diplomatiquement exacte. Mais il n'est pas vrai que les six petits écarts déterrés par Ordine soient des changements subtilement
introduits dans le but de dénaturer les intentions impériales ; nous avons la preuve directe du contraire. Parcourons les soi-disant falsifications. — Premièrement, les mots à nouveau auront été supprimés, nous dit-on, comme visant des documents antérieurs, que Ton ne voulait pas rappeler, parce que l'empereur, tout en y faisant des promesses analogues à celles de la lettre patente, y manifestait des intentions moins agréables aux Finlandais. Or cette insinuation est mise à néant par le fait que les quatre présidents des Etats avaient la veille exprimé solennellement à l'Empereur leur gratitude pour les promesses que l'on avait déjà reçues de lui. Il est donc absolument faux que l'on éprouvât l'ombre d'un besoin de ne pas rappeler l'attention sur les assurances données auparavant*. — En second lieu, on aurait subrepticement ajouté les mots du pays au mot religion, pour affecter que l'empereur maintenait au luthéranisme officiel des privilèges qu'en réalité il n'avait pas l'intention de perpétuer. Ceci encore est une insinuation sans aucun fon-