‹ Pour la FinlandeChapitre 9 sur 78 · Pensées d'un hommt d'Etat, p · texte numérisé non relu

Pensées d'un hommt d'Etat, p

plicité de son culte, qui est à la portée des plus pauvres d'esprit, l'association des fidèles, au moyen du chant et des prières, à ce culte et aux prêtres qui y officient, son emploi d'une langue qu'on comprend, son exclusion de l'interminable sermon des protestants, l'égalité qu'elle y établit entre tous, sans distinction de classes, sans privilèges d'aucune sorte, tout particulièrement les <t rites pleins de poésie et de grâce » qui accompagnent les funérailles, qui contrastent si avantageusement avec l'horreur des Occidentaux pour ce qui se rapporte à la mort, tout cela fait de l'Église orthodoxe de l'empire des Tsars, l'Eglise du peuple par excellence'. L'austère procureur du Saint-Synode ne ferme aucunement les yeux aux vices pratiques de son Eglise ; mais ces vices mêmes démontrent l'indestructibilité de la vie religieuse à laquelle elle donne un corps, bien plus qu'elle ne la crée. « Quel mystère », s'écrie-t-il dans un passage frappant, « quel mystère que la vie religieuse d'un peuple comme le nôtre, livré à lui-même, inculte ! On se demande où sont les origines de

1. Pensées d'un homme d'Etat; voir l'article intitulé l'Eglise, p. 249 et suivantes.

io LE CONFLIT FINLANDAIS.

sa vie religieuse; et lorsqu'on essaie d'arriver à la source, on ne trouve rien. Notre clergé enseigne peu et rarement ; il célèbre le service divin à l'église et dessert sa paroisse ; la Bible n'existe pas pour ceux qui ne savent pas lire ; restent l'office et quelques prières qui se transmettent des parents aux enfants, et qui sont le seul trait d'union entre l'Eglise et ses ouailles. Quelquefois, dans des pays perdus, le peuple ne comprend rien, ni aux paroles du rite, ni même à celles de la prière dominicale, qu'il répète souvent en altérant le texte au point de lui ôter tout sens. Et cependant, dans tous ces esprits incultes, comme à Athènes, a été élevé, on ne sait par qui, un autel au Dieu inconnu; pour tous, cette vérité que la Providence préside à tous les événements de la vie est tellement incontestable, elle entraîne une telle certitude, qu'à l'heure de la mort, ces hommes, auxquels personne n'avait jamais parlé de Dieu, lui ouvrent les bras comme à un hôte bien connu et depuis longtemps attendu. Ils rendent, à la lettre, leur âme à Dieu *. »

i. Pensées d'un homme d'Etat, p. 154, 155.

LES IDEES DU PROCUREUR. n

Qui niera qu'ici c'est l'admiration qui parle, bien plus que la foi? Sans doute, on ne saurait reprocher à Fauteur ce dédain des choses spirituelles qui veut les maintenir uniquement en qualité de « nourriture bonne pour les gens du commun* ». Mais on ne trouve pas non plus ici cette adhésion complète de l'âme tout entière à ce que l'Eglise est ou enseigne par rapport à ce qui est en haut, qui faisait qu'un de Maistre se sentait un avec le plus simple des fidèles dans l'absolue soumission au Saint Siège, ou qu'un Groen van Prinsterer a eu toute sa vie conscience de se trouver a au milieu du peuple de Dieu ». Quiconque parle de l'Eglise orthodoxe comme le fait Pobyedonostseflf ne se trouve pas dans cette Eglise, mais à côté. Qu'il se l'avoue à lui-même, ou qu'il essaye de se le dissimuler, la foi de ses enfants n'est pour lui qu'un phénomène intéressant. Non pas qu'il s'estime luimême supérieur à cette foi ; il l'admire ; il la trouve belle ; elle a à ses yeux la grande vertu de mettre les simples d'esprit sur la voie de choses qui restent cachées aux sages et aux intel-

i. Expression du professeur Opzoomer dans son livre sur la religion.

ligents ; parfois un certain tremblement dans sa voix trahit une émotion, une sorte d'envie de ces âmes d'enfants si bénies, à qui les choses d'en haut ont été révélées ; mais partager leur foi, non, il ne le peut pas.

De là la surprenante concession à la a démocratie », mais la seule dans tout son livre, à laquelle ce champion de l'autocratie, ce précepteur de deux Tsars, s'est décidé dans la question des rapports entre l'Eglise et l'Etat. Si la vérité de l'orthodoxie russe n'est pas la vérité de Pobyedonostseff, ni celle de ses semblables, les gens qui composent la Russie officielle, si elle a pour sanctuaire, seul assuré, les âmes frustes des paysans, si là se trouve sa véritable patrie, il est clair que le gouvernement n'a point à régenter cette vérité et à s'en faire le tuteur. Dans cet ordre d'idées, l'Eglise est un instrument d'élite indispensable pour affermir l'autorité de l'Etat, toutefois à la condition que celui-ci la laisse libre d'organiser sa vie à elle, dont les racines plongent, non pas dans la sagesse gouvernementale, mais dans l'âme du peuple. Et voilà comment, dès les premiers mots du livre du procureur, nous y lisons cette

phrase, qui restera dans tout l'ouvrage Tunique parole apportant quelque restriction à l'omnipotence impériale : <( Il est une chose sur laquelle le pouvoir n'est pas en droit de porter la main, et que d } ailleurs on ne lui concéderait pas, c'est le domaine dans lequel chaque fidèle en particulier et tous en commun voient le principe spirituel de leur être, le lien qui les unit à l'éternité. Il y a des profondeurs que le pouvoir politique ne peut ni ne doit chercher à atteindre, sous peine de troubler les sources premières des croyances de chaque individu 1 . » Ce qui précède permet en même temps de comprendre le mode, la tonalité de l'exposé de ses vues politiques que donne l'avocat du pouvoir absolu des Tsars. Elles ne consistent pas en conclusions déduites de principes doctrinaux au moyen d'une dialectique serrée ; non, elles sont bien plutôt un produit de son tempérament. Pobyedonostseffne pouvait songer à formuler une doctrine de droit publique à base orthodoxe positive, parce que lui-même ne possède pas d'orthodoxie positive. Quant à celle

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