LES DROITS DE LA COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON ET CEUX DE LA MINORITE
Notez bien ces termes. Le législateur ne dit pas : "La présente loi FAIT REVIVRE les droits de la Compagnie de la Baie d'Hudson, abolis en 1876 par l'acte du Kéwatin". Non... oh!
non. On sait bien que les droits de la compagnie de la Baie d'Hudson n'ont pas plus été abolis par la loi de 1876 que les droits de ia minorité. Mais on prend soin de les "conserver" afin que la province de Manitoba n'y puisse "porter préjudice ni atteinte."
Ai-je tort d'affirmer que ce que vous demandez, ce que demandent, non seulement les Canadiens-françaiset les catholiques du Dominion, mais tous les hommes d'honneur et tous les vrais Canadiens, c'est que la parole donnée au nom de la Couronne britannique soit TOUJOURS respectée, c'est que les engagements et les contrats moraux du parlement canadien soient TOUS respectés. Disons donc aux ministres : "Conservez les droits de la minorité, protestante ou catholique, comme vous conservez les droits de la Compagnie de la Baie d'Hudson." Sans doute ces droits ne produisent pas de dividendes, ils n'ouvrent pas les portes de la Chambre des Lords ; mais ce sont des droits sacrés, ce sont des droits dont la source remonte à l'âme même de la nation.
Grâce à ces droits, tout Canadien, quelle que soit sa croyance ou sa langue, peut dire : "J'ai eu foi dans la couronne d'Angleterre, j'ai eu foi dans l'honneur des hommes qui gouvernaient mon pays ; et sur la foi de la Couronne et de cet honneur, je vais aller planter ma tente dans ies terres de l'Ouest ; parce qu'au nom de la Couronne, parce cju'au nom du parlement de mon pays, Blake, Mackenzie, Campbell m'ont dit : Dans cinquante ans, dans cent ans, nous serons morts, mais la loi que nous avons passée, la loi qui représente et qui devra toujours représenter la justice et protéger les droits, LA LOI sera là. (Applaudissements. )
Mais non ; voici que trente ans plus tard, on gratte des bouts de papiers, on fend les cheveux en quatre, on déplace les points et les virgules, et on dit : "A un moment donné, dans tel statut, on a négligé de mentionner le principe de la justice". En vérité, je vous le demande, si dans une édition incomplète de la Bible, qui tomberait entre Jes mains d'un ministre de la Couronne, ne se trouvait pas cette parole du Christ : "ISie faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse à vous-mêmes", cette parole cesserait-elle d'être le dernier mot et le fondement de toute société chrétienne ? Et des juristes spécieux viendront-ils nous dire, après trentecinq ans de confiance dans la parole d'honneur des hommes qui ont gouverné le pays : "A un moment donné ils ont oublié d'en imprimer le texte : la loi est périmée, la parole ne compte plus !"
Messieurs, je ne sais pas ce que le parlement fera, mais, quoi qu'il fasse, le droit reste, la justice reste, et nous continuerons de la réclamer, après comme avant. (Longues acclamations).