UN COMMENCEMENT DE REGLE- MENT
Je relaterai, un de ces jours, l'histoire véritable de ce fameux " règlement Laurier-Greenway" — et celle de la crise de 1905. Ce sont deux pages pénibles à écrire, mais nécessaires. Et quand le partage des responsabilités sera établi enître politiciens et diplomates, sommités d'Eguse et d'Etat, plusieurs gloires baisseront, peu grandiront.
M. Pelletier a exhumé, du disiou's d'ouverture de la session de 1897, le paragraphe relatif à l'entente conclue entre les autorités d'Ottawa et de Winnipeg. Le gouverneur y exprime •'L'ESPOIR" que le concordat va marquer 'Me COMMENCEMENT d une ère nouvelle" — "will prove îhe beginning of a new era." (4521).
Une demi-heure plus tard, M. Pelletier, résumant ce paragraphe, xait dire au gouverneur 1 ' que cette question est MAINTENANT REGLEE POUR TOU- JOURS." [4528]. La formule est leste et précise — mais elle n'est guère plus fidèle que les paroles que le ministre a i( prêtées" à Mackenzie au sujet de la loi du Kéwatin de 1876.
Ce que 'beaucoup de gens, naïfs»
peut-être, mais sincères — elt j'en étais — ont accepté, en 1897, ce qu ont vu dans la modification apportée par la législature du Manitoba à ses lois scolaires, c'est ce que le gouverneur a lui-même signalé: — "le COM- MENCEMENT d'un règlement".
L'ENTENTE Laurier-Greenway comportait beaucoup d'autres amendements dans l'application des lois et les règlements de "l'Advisory Bo\ri".
On retrouvera la trace de cette enteute
dans les déclarations que M. G'eenway lui-même fit à un banquet, à Montréal, dans l'hiver de 1896-97. Plusieurs des réparations promises furent exécutées promptement, d'autres plus lentement, d'autres enfin ne le furent jamais. J'ai pris à cette oeuvre de réparation une part dont je n'ai jamais parlé. Ceux dont je faisais le travail n'en ont pas parlé davantage. Et lorsque M. Greenway et ses collègues faillirent à leurs derniers engagements, et que M. Laurier n'eut pas le courage de les emmener à résipiscence, si je gardai encore le silence, ce fut à cause de l'intervention de personnes éminemment respectables dont j'eus peut-être tort de suivre l'avis.
En tout cas, si j'ai failli, avec beaucoup d'autres, j'ai du moins su tirer de ces tristes épisodes un enseignement et une détermination. La leçon, c'est que la justice n'a jamais triomphé par la faiblesse et par l'intrigue. La détermination, c'est de ne jamais sacrifier la vérité, le devoir et i'honneur aux exigences Ades partis — d'aucun parti.
Comparez le parlement de 1875 à celui de 1912. Quel contraste dans la mentalité des hommes et des partis !
Alors comme aujourd'hui, une crise politique, née d'une question d'enseignement confessionnel, avait agité le pays. La lutte était même beaucoup plus récente. En 1875, les chefs des partis en conflit ont connu les luttes sectaires du Haut Canada, l'abolition des écoles catholiques de l'Ile du Prince-Edouard et du Nouveau-Brunswick.
Plusieurs même y ont pris part. Au lieu de s'épuiser en reproches stériles et en vaines récriminations, ils acceptent les leçons salutaires de leurs conscience,^ et ils se donnent la main pour protéger les nouvelles provinces de l'ouest contre la répétition des maux dont leurs partis ont été, dans l'Est, les auteurs ou les complices.
En 1912, on invoque les crimes de l'adversaire, naguère dénoncés avec violence, pour s'excuser d'en commettre de semblables !
En 1875, c'est l'union dans le repen-
tir. En 1912, c'est la complicité dansla spoliation.
Du reste, quel que soit le jugement de l'histoire sur les hommes et les événements, il existe une différence essentielle entre la situation de 1896 et celle d'aujourd'hui.
En 1896, le parlement ne pouvait exercer qu'un " pouvoir rémédiateur", que la Constitution a laissé singulièrement dépourvu de sanction.
Aujourd'hui, le parlement exerce son " pouvoir créateur " ; il donne à laprovince une partie du domaine national ; il peut y mettre les conditions qu'il juge nécessaires. Et ces conditions, une fois définies dans le traité d'annexion, c'est-à-dire dans le statut, sont garanties constitutionnel lement.
Or, la courte histoire de la Confédération nous enseigne que ce sont les seules garanties durables — au moins pour les minorités catholiques.
Croit-on que les écoles catholiques d'Ontario existeraient encore, si elles n'étaient pas protégées par la constitution même de la province ?
Or, la seule manière de maintenir ces garanties dans le territoire annexé, nous assure M. Cahan, c'est de les définir dans la loi.
Ne croyez-vous pas qu'il est de votre devoir de crier aux politiciens d'Ottawa : Cessez vos luttes mesquines de parti, ne déchirez pas la signature de Blake, de Mackenzie, de Macdonald et de Campbell, mais tenez les garanties qu'ils ont promises !
( Longs applaudissements ) .