LE ROLE DES EVEQUES
Passons à une autre objection.
' 'Pourquoi les évêques ne parlentils pas ? " D'autres vont p/lus loin:
"Oh! disent-ils, les évêques, nous en avons assez de nous battre pour eux." "En 1896, disent les rouges, les; évêques ont été trop bleus." " En 1896, disent les bleus, les évêques n'ont pas assez dénoncé les rouges."
"En 1905, disent les bleus, les évêques nous ont trahis ; Mgr Légal a donné un certificat de vertu à Laurier." " En 1905, disent les rouges, les évêques sont restés sur la clôture ;
mais sans le bâillon que leur a mis Mgr Sbaretti, ils nous auraient causé bien des ennuis." Conclusion : cessons de revendiquer nos droits parce que les évêques ne descendent pas dans l'arène politique pour y faire l'affaire de tous les partis.
Messieurs, ce n'est pas le moment de faire une profession de foi. Mais je crois avoir le droit de dire, au nom de tous les Canadiens-français catholiques, que nous vénérons dans les évêques les apôtres que Dieu a choisis pour nous guider dans la vole du salut. Nous voyons dans les évêques les pasteurs chargés par l'Eglise de nous enseigner la doctrine et la discipline en matières religieuses. Nous reconnaissons à l'Eglse le droit de définir elle-même ce qui appartient à Bon magistère divin. Mais je me permets de dire, en votre nom, aux politiciens sans courage, de l'un ou d© l'autre parti, qui, pour ne pas exécuter leur mandat et accomplir leur deant, toujours à s'abriter sous une chape d'évéque ou une soutane de prêtre, que ce n'est pas la besogne des évêques et des prêtres de faire les lois, de les maintenir et de les appliquer,. Un évêque viendrait-il me dire aujourd'hui que mon devoir est de faire da l'agitation publique afin de faire maintenir un texte de loi, j'écouterais ses paroles avec la déférence due à son caractère et à sa haute situation ; mais je me considérerais libre d'accepter ou de rejeter son opinion.
Un autre évêque viendrait-il me blâmer de prendre telle ou telle attitude sur une question politique: évidemment je tiendrais compte de son avis ; et dans la mesure où son avis toucherait au dogme ou à la discipline, j'y obéirais sans conteste ; mais s'il allait audelà, je lui répondrais par les paroles d'O'Connell, qui fut un grand catholique et un patriote ardent "I take my theology et Rome, but I take my politics at home."
Si un ou deux évêques, et même un délégué apostolique, sur la parole d'un homme politique qui l'aurait trompé, soit pour la première, soit pour ) la
deuxième fois, venait me dire : "Voua devez fermer les yeux et avoir confiance dans ce monsieur, parce que moi, j'ai confiance en lui", je lui répondrais, comme Winthorst, résistant à la demande que Léon XIII lui faisait d'appuyer la loi du septennat militaire; et élevant, par dessus sa tête, ma voix jusqu'à Borne, je dirais:
" Saint-Père, les catholiques du Canada vous vénèrent ; mais dans les matières exclusivement politiques, citoyens britanniques et canadiens, nous réclamons de vous la liberté que l'Eglise a toujours reconnue en ces matières à ses fidèles."
La question dont il s'agit aujourd'hui n'est pas une question religieuse, c'est une question absolument constitutionnelle, légale et civile. Il est aussi injuste de demander aux évêques et au clergé d'interpréter l'acte de 1875, la proclamation de 1905, les statuts refondus de 1906, qu'il serait déraisonnable de demander à M. M( nk ou à M. Pelletier de faire l'histoire des conciles ou de nous donner un cours de théologie.