LES LTCÉES COMME ÉCOLES ANNEXES
dinaire ce soit, dit-il*, une règle très sage et très judicieuse, d'éviter toute singularité et de suivre les coutumes établies, je ne sais si, dans la matière que nous traitons, cette maxime ne souffre pas quelque exception et si l'on ne doit pas craindre les dangers et les inconvénients d'une espèce de servitude, qui fait que nous suivons aveuglément les traces de ceux qui nous ont précédés, que nous consultons moins la raison que la coutume et que nous nous réglons plutôt sur ce qui se fait que sur ce qui doit se faire : d'où il arrive souvent qu'une erreur une fois établie se communique de main en main et d'âge en âge et devient une loi presque imprescriptible, parce qu'on croit devoir faire comme les autres et suivre le grand nombre. » Voilà justement l'état nécessaire de ceux qui n'ont pas réfléchi sur la philosophie de leur métier d'éducateurs : ils se règlent aveuglément sur la coutume et si on veut qu'ils fassent appel à leur raison, encore faut-il les mettre en état de le faire par un enseignement pédagogique, car faire appel à sa raison est une chose qui s'apprend par le travail, par la science ; et si
1 T. II, p. 535, édit. de 1740, chez Estienne.
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la raison n'est pas éduquée, quand on y fait appel, on appelle au néant, et au moment qu'on se croit raisonnable, il y a gros à parier qu'on donne lout simplement dans « une espèce de servitude » établie et obscurément communiquée d'esprils en esprits.
N'est-ce pas à cause de ce défaut d'éducation pédagogique théorique que les assemblées de professeur» ne suscitent aucun mouvement d'idées pédagogiques véritable ? On ne voit même pas les questions. L'enseignement secondaire se trouve donc dans cette situation bizarre : une opinion publique confuse pressentant qu'il y a quelque chose à faire et un personnel enseignant plein de bonne volonté, de talents et de vertus qui ne demande pas mieux que d'être d'accord avec l'opinion publique, mais qui ne voit pas du tout ce qu'on
-' bien faire, exécutant les réformes qui
nent d'en haut avec le désir qu'elles 3nt et peu satisfait de leur résultat, /il les applique sans avoir repensé 1 compte les raisons d'où elles procèfaut bien se convaincre que la péda- ' vivra définitivement que par l'éducaagogique des pédagogues, comme ta i-it et progresse aujourd'hui parce que
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l'éducation des savants au point de vue de la méthode est désormais une chose acquise, et que les progrès si nécessaires de notre système d'instruction publique ne pourront résulter exclusivement des tendances nécessairement confuses de l'opinion publique ni de l'action administrative nécessairement extérieure. Celte action venue d'en haut, courageuse, hardie, patriotique, a jusqu'ici changé les choses ; sa force vive sera épuisée si elle ne va maintenant à changer les hommes. Il faut que les chefs, qui ont trouvé dans quelques idées la force d'entreprendre de grandes réformes, réalisent maintenant des moyens de communiquer cette force au personnel enseignant, de démocratiser en quelque sorte ces ■ idées en les faisant vivre dans l'esprit de ce peuple des professeurs. Le personnel administratif des lycées, tel qu'il existe actuellement, constitue pour cela un moyen de propagande ou de propagation insuffisant. La plupart de proviseurs et des censeurs n'ont aucune supi riorité pédagogique sur les professeurs i beaucoup de professeurs se croient même de raisons de se considérer comme fort supé rieurs aux administrateurs, ce qui fait u monde renversé. Et que dans ces couditiom
1,^ ..,i,..;r..x„- i-v^tr* puissent avoir UDe înn.. .ox .{us-.vs'U^of et bienfaisante sur le ré- ,.:... .cvi. clwii*« et le système des classes, ^ -..v i "(uoi il ne faut pas songer. Il faut donc ivlvvw l»'^ haut la valeur et le prestige des chufH d'établissement et les faire ag;tr surtout ^ui' ceux des maîtres qui sont dans l'âge où eut se forme, sur les jeunes générations par ^ui seules l'avenir des réformes peut être appelé à vivre, par qui elles devront être un jour bien étendues. Alors nous serons en élat de justifier l'attente obligeante pour nous que m'exprimait, dans une lettre récente, M. Voss, l'éminent pédagogue de Christiania : • Les efforts qu'on fait à présent en France pour élever le niveau de l'éducation pédagogique du corps enseignant m'ont causé un grand plaisir. J'aime à croire que sur ce terrain, comme sur tant d'autres, c'est la France qui doit prendre ia tête du mouvement général. »
(Lettre à un journal)
Sommaire. — Puissance de ce mot à l'étranger. — Exemples pris de diverses nationalités. — Force que l'Allemagne tire de ses Universités comme influence internationale. — Post-scriptum.
On a donné beaucoup de hautes et fortes raisons pour la création d'Universités en France. Voudriez-vous permettre à un homme qui a passé deux ans en Allemagne, avec la mission expresse d'y étudier l'enseignement public, d'apporter un argument tout positif, tout expérimental.
J'arrive à Heidelberg. J'y fais presque immédiatement la connaissance d'un jeune Américain qui, par suite de certaines circonstances de famille, devait avoir et avait en effet de vives sympathies pour la France. Je lui demande pourquoi il n'a pas préféré étudier
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le droit chez nous : « c'est parce que vous n'avez pas d'Universités » et que dans son pays il n'y a qu'un diplôme d'une Université qui compte pour quelque chose. Un diplôme d'une Faculté, cela paraîtrait louche, insuffisant chez lui.
Un Grec qui doit être aujourd'hui dans la diplomatie de son pays et qui parle le français avec autant d'aisance que moi * : il aimerait bien mieux être en France, mais nous n'avons pas d'Universités, etc..
Deux Polonais très riches, l'un de Cracovie, l'autre de Posen, amis de la France; ils en rêvent! Mais ni leurs familles ni eux-mêmes ne croient possible de suivre un cours « académique » en France : nous n'avons pas d'Universités, etc..
A Leipzig, un Polonais russe qui déteste les Allemands et aime mieux les Russes, il aime encore mieux les Français. Pourquoi n'est-il pas allé en France? Nous n'avons pas d'Universités, etc.,
A Berlin, trois Roumains (je pourrais donner tous les noms), des Suédois, etc. Ils n'aiment pas les Allemands, mes Roumains sur-
C'était M. Athos Romanos qui depuis est devenu ministre des affaires étrangères de Grèce.
tout, mais en Allemagne, il y a des Universités, etc..
Citerai-je pour finir un pauvre petit Japonais qui tousse lamentablement, qui passe rhiver à Heidelberg, avec un pied de neige, non loin du Rhin débordé et gelé, mais qui ne sait même pas que nous ayons un enseignement supérieur en France et qu'il trouverait à Montpellier ou à Aix tout ce qu'il est venu chercher dans la froide Allemagne, avec le soleil en plus.
J'ajoute ceci : c'est qu'après deux ans, ces mêmes jeunes gens peu sympathiques aux Allemands, assimilés peu à peu par l'enseignement des professeurs, la vie des étudiants, les fêtes académiques, les Kneipen^ les buveries, etc., commencent à répéter des Allemands, et même des Français, ce qui s'en dit dans les chaires et autour d'eux, admirent l'Allemagne et emporteront bientôt chez eux un beau diplôme d'Université allemande (j'en ai un, moi aussi) qui leur parlera toute leur vie de TAUemagne, associée à leurs meilleurs souvenirs de jeunesse. Et ils seront dans les classes dirigeantes de leurs pays, plusieurs même dans des fonctions diplomatiques, politiques.
Quelle conclusion de tout cela, sinon que nous percions, faute d'un moty une grande clientèle qui ne demande qu'à venir à nous, des centaines, des milliers peut-être d'éludiants étrangers, le bénéfice de leur séjour parmi nous et le bénéfice supérieur de nous faire pour plus tard d'utiles ou de puissants amis partout? Dépend-il de nous qu'à l'heure qu'il est, sur la surface entière du globe, l'enseignement que nous appelons supérieur ne soit constitué avec le nom à' Universités^ si bien que l'étranger ignore que nous avons en France l'équivalent de tout ce qu'on peut trouver ailleurs sous ce nom? Prétendonsnous changer la langue de toute la planète ou, faute de reprendre ce nom que nous avons nous-mêmes inventé, nous murer et nous priver d'un si grand avantage international ?
Le projet, quel qu'il soit, qui restituera à l'enseignement supérieur de la France le nom à' Universités devrait être présenté aux Chambres par le Ministre des Affaires étrangères.
PosT-scRiPTUM. — Voilà uiî point où l'auteur de ce livre a eu satisfaction. Pour obtenir des pouvoirs publics le rétablissement des Universités françaises, on invoquait surtout des raisons théoriques et d'ordre intérieur et cela était naturel. Le point de vue auquel je me trouvais placé par suite de mes expériences personnelles ne manquait pas d'importance. Ce n'est pas un des phénomènes les moins remarquables de notre renaissance universitaire que l'afflux des étrangers autour de nos chaires et plus d'un parmi ceux mêmes qui les occupent en est étonné. N'est-ce pas, par exemple, un fait considérable que le passage de quatre cents étrangers l'année dernière à l'Université de Grenoble? Quelles consétjuences ne peut-on se promettre de là ? Voilà ce que j'entrevoyais, ce que j'osais espérer.