LE GOUVERNEMENT ET L'OPPOSITION I NTRANSIGEANTE
M. Waldeck-Rousseau avait été'invilé par les républicains du Nord à présider à la pose de la première pierre du Lycée d'Enseignement secondaire spécial de Tourcoing. Au banquet qui lui fut offert, le 4 novembre 1883, il prononça un discours dans lequel il oppo«a la méthode du Gouvernement à l'attitude de l'opposition intransigeante .
Messieurs,
Lorsque, il y a quelques jours, M. Testelin et M. le préfet de ce département sont venus me demander de me rendre à celte fête républicaine, j'ai cfu, pendant un instant, que je saurais leur résister, et je croyais avoir de très bonnes raisons à leur opposer. Mais quand ils m'ont dit ce qu'était le parti républicain dans cette ville de Tourcoing, quels efforts il avait dû faire, combien la lutte avait été vive dans votre pays, combien vives aussi avaient été les attaques, j'ai senti mes résolutions s'ébranler. Il m'a semblé que, quelle que lût cette fête, quels que dussent en être les incidents, le Gouvernement y avait sa place et qu'il devait partager le sort de cette municipalité courageuse en cette grande journée.
J'éprouve, messieurs, presque un embarras à dire
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quo l'on a pu douter que cette fête s'écoulât dans le calme dont nous avons été témoins, et, lorsque je suis arrivé au milieu de vous, quand j'ai vu cette foule, où se mêlaient tous les représentants du travail, acclamer cette République à laquelle elle s'est pour toujours donnée et saluer, dans la personne des membres du Gouvernement, des représentants bien modestes de sa doctrine, mais aussi des serviteurs dévoués des volontés de la démocratie; quand j'ai vu ce grand spectacle, j'ai senti que nous avions été bien inspirés en venant ici, et que, sur ce point de la terre de France comme sur tous les autres, lorsqu'on a mis toute son ambition à servir ce peuple vaillant et sage, on peut venir à lui avec confiance, avec la certitude que cette confiance ne sera pas déçue!
Ce lycée, dont on nous parlait à linstant, messieurs, a été pour vous la cause de beaucoup d'épreuves, de bien des attaques. Mais les jeunes générations qui demain s'y presseront pour y recevoir le bienfait inestimable de l'instruction, pour se préparer aux grands devoirs de la vie publique, pour apprendre à être des citoyens, des Français, ces jeunes générations reconnaîtront ce que vous aurez fait pour elles et vous paieront de toutes ces amertumes, car, partout où nous ouvrons une école, nous faisons un pacte avec l'avenir. A ceux qui nous succéderont, nous pourrons dire : Nous avons bien lutté, nous avons passé par bien des angoisses, nous avons semé dans le mauvais temps, mais nous avons assuré la moisson, et vous, vous récolterez sous le soleil. Oui, ces générations que nous aurons formées pourront saluer une patrie française plus forte, plus grande, plus homogène, plus égale par l'instruction et par l'intelligence, plus prospère et, je ne crains pas de le dire, plus heureuse.