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LE GOUVERNEMENT ET LOPPOSITION

Si je parle aiûsi de l'avenir, messieurs, ne croyez pas que je sois injuste pour le présent. Non ! je suis de ceux qui pensent qu'on ne saurait avoir assez de respect, d'admiration et de reconnaissance pour l'esprit de conduite, pour la sagesse innée, pour le droit sens de ce pays, pour la merveilleuse promptitude avec laquelle il a pu passer de la compression à outrance à la plénitude de la liberté, pour la sûreté d'instinct incomparable avec laquelle il a compris que le premier soin d'un peuple qui veut rester libre et d'un pays qui veut rester grand doit être de constituer un gouvernement durable ayant une politique très claire, ne demandant point l'existence et la durée à des conditions éphémères, disant nettement, sans ambages, ce qu'il veut et ce qu'il entend faire.

Si nous avons, en effet, souffert d'une incertitude qui a si lourdement pesé sur tous les intérêts, c'est qu'à mon avis les partis n'ont pas toujours exercé dans la politique une influence correspondant à leur prépondérance, à leur importance dans le pays, non pas que jamais les fractions extrêmes aient occupé ou exercé le pouvoir, mais je crois ne formuler^aucune critique qui soit excessive en disant qu'à certaines heures on a pu se demander si, par je ne sais quel parti pris de condescendance, de faiblesse, de chevalerie, pour ainsi parler, on n'avait pas permis à des minorités impuissantes d'exercer sur la direction générale des affaires comme une inflexion, et de lui imprimer comme une faussure.

Messieurs, quand on recherche quel peut être le critérium de la politique d'un gouvernement, il m'apparaît qu'il ne saurait y avoir qu'une méthode pratique, c'est celle qui consiste à se pénétrer des volontés générales du pays, à dégager ce qu'il veut dans sa

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majorité, et à ne pas craindre ensuite d'aller au devant de certains reproches.

Quand on est hicn résoin à ne reculer devant aucune réforme que l'éducation du pays ail préparée; quand on a prouvé par un ensemble de mesures, par ses actes et par toute sa vie, que l'on a quelque amour du progrès, on peut se consoler du reproche de n'êlre pas assez avancé; (;t lorsqu'on a pu acquérir par l'expérience la conviction que certaines exagérations, que la politique du tout ou rien ne conduisent pas au progrès, mais à une stérilité funeste, il faut avoir, avec ceux qui représentent bien moins le mouvement que l'agitation, une explication décisive, et cette explication, messieurs, nous lavons eue.

Nous avons dit, en effet, chacun avec l'autorité qui peut nous appartenir, quelle était notre itonsée, et nous avons eu la bonne fortune de voir cette pensée traduite avec l'autorité que donnent trente années de services pour la République, que l'on méconnaît aujourd'hui dans un certain parti, mais que la France n'a pas oubliés.

Dans une circonstance qui est encore présente à vos souvenirs, M. le président du conseil a dit quel usage le cabinet voulait faire du pouvoir', quelle direction nous entendions donner à la conduite des affaires, et il a dénoncé ce pacte de condescendance dont je parlais tout à l'heure et dont le résultat le plus clair était, pour le Gouvernement, de paraître solidaire d'une, certaine opposition qui, cependant, ne cessait de lui prodiguer des attaques et des polémiques que le parti

1. Le ]4 octobre précûilent. Jules Ferry, ilans un relcnlissant discours prononi--é au Havre, avait oit f|ue le parti républicain ijevait Jésormais choisir entre la politique gouvernementîie et li po'iti'iuc intransigeant".

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républicain n'avait même pas connues avec la réaction. Messieurs, notre ambition est grande, car nous voulons être un gouvernement à l'image du pays, résolu comme lui, progressiste comme lui, et nous avons la volonté ferme de démontrer que c'est de la forme républicaine qu'il est permis d'attendre la plus grande somme de progrès, la plus grande somme d'ordre, de sécurité et de stabilité.

C'est là, messieurs, la méthode gouvernementale que nous avons proclamée, et vous savez comment alors on nous a traités ; les adjectifs dont on a fait usage sont un peu pénibles à reproduire, et, pourtant, ils sont devenus la monnaie courante de nos censeurs ordinaires. On a dit que nous étions des scélérats, des criminels, que dis-je? des orléanistes'.

C'est, au moins, le langage qne l'on tient dans ces réunions où l'on rend surtout compte du mandat des autres plutôt que du sien; car, dans la vie parlementaire, tout s'adoucit, et, je ne sais, pas si je ne vais point trahir un secret professionnel, mais je voudrais ^ue ces hommes qui sont bons dans l'âme, qui sont d'une nature saine et d'un esprit droit, ces hommes que l'on abuse, j'allais dire que l'on corrompt, je voudrais qu'ils pussent voir ce que nous voyons tous les •jours. Après qu'un orateur fougueux nbus a désignés, dans une réunion publique, à toutes les fureurs du peuple, nous le rencontrons dans les couloirs de cette Chambre infâme : il s'approche de ces ministres coupables, et ne croyez pas, au moins, que ce soit pour exécuter l'arrêt rendu dans la réunion de la veille — non, messieurs, nous ne courons pas de si grands dangers! — c'est généralement pour nous recommander un ami, pour demander une de ces faveurs dont le Gouvernement dispose...

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Messieurs, nous ne regrettons pas le langage que nous avons tenu; car, s'il nous a valu plus d'une attaque sans mesure, il s'est produit à la suite de ces déclarations un événement qui, je lespère, sera décisif pour les destinées du pays. 11 s'est formé dans ce grand Parlement français une majorité, la plus puissante et la plus homogène peut-être que les annales parlementaires aient enregistrée, une majorité qui ne doit rien à aucune coalition et qu'aucune coalition ne saurait détruire.

D'ailleurs, ce que je reproche surtout à l'opposition dont je viens de parler ce n'est pas d'être bruyante, ce n'est pas d'être tumultueuse : non! On peut concevoir une opposition qui, dans un gouvernement républicain, joue le rôle le plus utile, le plus efficace, je dirais volontiers le plus indispensable. En face d'un gouvernement indolent, on peut imaginer une opposition active, laborieuse; en face d'hommes que le pouvoir aurait tout à coup annihilés, frappés de je ne sais quelle impuissance, on peut concevoir une minorité s'imposant par la force de son travail, par la fécondité de son esprit, par l'ampleur de ses conceptions politiques ou économiques. Ce fut le rôle et ce fut la gloire de l'opposition républicaine sous l'empire. La voix de cinq hommes put remplir toute la France. Aujourd'hui l'opposition compte un plus grand nombre de voix, elle fait assurément plus de bruit; mais a-t-elle la même autorité, la même importance? Oh! messieurs, je l'ai dit, ce que je lui reproche, ce n'est pas d'être bruyante, c'est d'être stérile, c'est d'être impuissante, c'est de ne parler qu'aux passions du peuple quand il faudrait ne parler qu'à sa raison, c'est d'irriter et d'exaspérer toutes les souffrances sans jamais trouver, sans même chercher le remède et la solution.

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Messieurs, il y a aujourd'hui pour le Gouvernement une double tâche à remplir, et, tout à l'heure, M. le maire de Tourcoing la résumait à merveille en disani q-ue nous avions la charge et la responsabilité de la France à l'extérieur et à l'intérieur.

A l'extérieur, — et c'est là un des points sur lesquels je diffère le plus de certains hommes politiques, — à l'extérieur, dis-je, une politique coloniale s'impose étroitement à une démocratie. Je comprends parfaitement que, sous un gouvernement absolu, où l'on peut mesurer à chacun l'air, la lumière et le bien être, où l'on peut empêcher ceux qui cherchent à se faire une place de la conquérir, je comprends, dis-je, que, sous un tel régime, on se renferme, on s'assigne une frontière infranchissable, inextensible. Mais un pareil système, il faut le dire, est la négation des lois les plus élémentaires d'une démocratie.

Est-ce qu'une démocratie ne tend pas nécessairement, fatalement, à une égalité chaque jour plus complète?

Que faisons-nous par l'éducation, sinon d'opérer chaque jour l'accession à un état meilleur d'uiîe classe,, d'une couche nouvelle de citoyens? Et comment concilier ce phénomène, cette loi d'expansion indéfinie, avec une politique qui prendrait pour règle de ne point accroître ses débouchés, de ne pas multiplier ses relations, de ne pas ouvrir un champ d« plus en plus large à toutes les ambitions?

A l'intérieur, plus d'un problème est posé. Nous avons fait quelques efforts pour résoudre ceux dont la solution était plus pressante; nous n'avons pas été assez heureux pour recueillir les suffrages de ce parti politique qui n'a pu trouver qu'une négation pour raison sociale et qui s'appelle l'intransigeance; mais déjà,

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messieurs, les Chambres peuvent regarder, sans trouble, l'œuvre qu'elles ont accomplie et qu'elles vont compléter.

Il est un ordre de préoccupations qui sollicite tout particulièrement notre attention et nos efforts. Il est advenu, en c(T t, que les conditions économiques du travail et de la production se sont profondément modifiées non seulement en France, mais en Europe, mais dans le monde, et je dis qu'à moins d'être détaché de l'inlérôt le plus immédiat du [)ays c'est de ce côté qu'il faut porter toute notre vigilance. Ne seraitil pas puéril de nier que la concurrence étrangère nous atteint, nous pénètre, et que le travail national €st aux prises avec des difficultés nouvelles?

Je crois donc, pour ma part, que nous devons nous organiser fortement en vue de cette menace nouvelle, que nous avons à rechercher comment on peut rendre le travail plus productif sans frapper l'industrie d'impuissance, et laissez-moi vous dire, sans que je prétende approfondir ce sujet, qu'aussi longtemps qu'on cherchera l'amélioration de la main-d'œuvre dans l'augmentation croissante de la journée de travail, alors que, sur tous les marchés, le prix de vente s'abaisse, on n'aura pas rendu l'atelier français plus productif, on aura préparé sa fermeture.

Il faut donc porter de ce côté toute notre attention, tous nos efforts, toutes nos éludes: et, si le gouvernement dont j'ai l'honneur de faire partie a demandé qu'on lui déclarât d'une façon bien nette s'il avait la confiance du pays et de ceux qui le représentent, s'il a demandé à la Chambre de lui donner la stabilité, c'est parce qu'il a le sentiment profond des réformes et des solutions qui s'imposent. 11 convie les membres du Parlement à travailler avec lui à cette grande

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