‹ Pour la RépubliqueChapitre 2 sur 82 · POUR · texte numérisé non relu

POUR

Chambre des députés. Séance du 10 mars ^S83. — Exploitant les inquiétudes et le désarroi provoqués dans le parti républicain par la mort de Gambetta (31 décembre 1882), le prince Jérôme Bonaparte lançait, par voie d'affiches, le 15 janvier 1883, un manifeste contre la Uépublique. Cet incideut souleva dans le Parlement de longues et violentes discussions qui, après avoir amené la chute successive du ministère Duclerc et du ministère Fallières, aboutirent, le 21 février, à la constitution du cabinet Jules Ferry avec M. Waldeck-Rousseau comme ministre de l'intérieur'. Celui-ci eut, dès les premiers jours, à surveiller des meetings tenus dans les rues de Paris au. nom des <■< ouvriers sans travail », mais à l'organisation desquels les partisans des prétendants semblaient ne pas être étrangers. La plus sérieuse de ces manifestations

\. M. Waldeck-Rousseau avait été déjà ministre de l'intérieur, du 14 novembre 1881 au 21) janvier 18x2, dans le cabinet Gambetta.

2 l'Ol li l,\ HÉI'LHLIOLE

eu( lieu, le ',» riKus, à l'l'>j)lana(le des liiv.ilides. Elle se teiiiiiiia, d'ailleurs, par une (''cliaiifToiiréf' sans f.'ravilé. Le lendetnain, à la Clianibre, le niinisln' de l'Intérieur fuL ([Ufstionni^ sur cetle af,'italion de la rue par M, DeiunsMonlaud, di'-pulé républicain, et interpellé par M. i*aul de Cassagnac, député bf)naparti>te : celui-ci laissa onteiidri.' que si son parti s'en mèliiil lénicute aurait bientôt raison de la l{épublique. M. ^^ aldi' k-|{ousseau, après une courte réponse à M. Dehnis-Monlaud, releva les menaces de l'orateur bonapartiste jiar une déclaration qui ol)lint le.s ajipiaudissenieiits de tous les républicains.

MKSsiRuns,

Je ne connais, à riioiire actuelle, f|nc la question qui m'est posée par l'honorable M. Deluns-Monlaud et c'est à cette question seule que je vais répondre.

Hier, une manifestation s'est produite : déconseillée, réprouvée à l'avance — je puis le dire — par tous les organes du parti républicain [Trh bien! très bien!) annoncée, au contraire, par certains publicistes dans des termes où une terreur affectée se mêle à une satisfaction visible {Ap/jlaudissements au centre et ù f/nuchc), suivie dans ses développements par certains hommes politiques avec une curiosité voisine de la bienveillance [Nouveaux ajy/'lawJissements et rires approbati/s sur les mêmes bancs)...

Je n'ai pas besoin de dire à la Chambre combien des manifestations de ce genre servent mal les intérêts véritables du travail. J'ajoute que la situation du Gouvernement, son devoir, sont éminemment simples.

Il existe une législation qui prohibe les manifestations de la nature de celles qui se sont produites hier. Nous avons fait respecter la loi, et, demain, s'il était nécessaire, par tous les moyens légaux et par toutes les mesures légales qui sont à notre disposition, nous

la ferions respecter encore. {Applaudissemenls prolonfit's sur un grand nombre de bancs.^

Réponse à M. de Cassagnac.

Messieurs,

Il me parait que si la clairvoyance la plus ordinaire navait pas siilTi à montrer quel profit les adversaires de la République se proposent de retirer des événements dont on vient de parler [Héclamations à droite. — Apjilaadnsenieiils à gauche) l'honorable M. Paul de Cassagnac l'aurait établi de façon qu'aucune illusion ne soit possible. {Nouvelles réclamations à droite.)

M. LE COMTE DE Maillé. — C'ost ridicuio ; personne n'y croit ici, pas même vous.

M. LE Mlntstre. — 'Je prétends simplement, messieurs, que, par son langage, l'honorable M. Paul de Cassagnac a montré combien il craignait que le pays ne ressenlil pas, des incidents qui se sont produits, de mortelles alarmes... {Approbation à gauche), combien il lui importait de souligner des périls qu'il exagère, et, par consé 'uent, lorsque j'ai montré la solidarité politique, la solidarité effective, qui existent entre les événements d'hier et son langage, je ne fais que démontrer ce qui est l'évidence. [Applaudissements à gauche et aie cenire.)

M. LE comte Albert de Mux, se levant. — Je prie M. le Ministre de préciser ce qu'il veut dire. [Exclamations et bruit à gauche. — Applaudissements à droite.]

Un membre à gauche. — Silence aux cercles catholiques !

M. LE Mlmstke. — Je n'ai pas le droit d'entrer dans des détails...

4 |M»I li l.\ lll.l'l lil,|i,)l K

A droilc. — Si, si. {/nlevruptions à droite.)

M. LK MiMSTHi:. — Je veux dire, messieurs, qu'il n'appartient pas à un minisire, quand une poursuite est engagée, de faire peser sur des individualités doni les noms ont déjà circulé des accusations dont la justice seule doit connaître. (Trrs hlai'. à gauche cl au renlrc.) VA ce n'est pas pour me livrer à des incriminations personnelles que je suis monté à la tribune après M. Paul de Cassagnac, mais parce qu'il est du devoir du Gouvernement...

M. i.K co.MTi; !»!■; Maillk. — Vous faites des incriminations en masse! {Rumeurs à gauche) C'est vrai, cela est ridicule I [A l'ordre! à l'ordre!) A Tordre tant que vous voudrez! (A Vordre! à l ordre!) Vous êtes un calomniateur! {Vives rumeurs.)

A gauche. — A l'ordre ! A l'ordre !

M. LE Président. — Monsieur de Maillé, je vous rappelle à Tordre. {Très bien! à gauche et au centre.)

M. LE Ministre. — Je suis monté à la tribune, messieurs, parce qu'il m'a paru qu'il était du devoir du Gouvernement, quand on cherche à faire peser sur la classe laborieuse de Paris la responsabilité de pareils événements, de venir affirmer que nous n'en tenons pas pour responsables les travailleurs véritables. {Très bien! très bien! ci gauche.)

M. Ernest Dréolle. — Ce sont vos amnistiés, alors !

M. LE MiMSi'RE. — Ce ne sont pas des travailleurs qui entrent chez d'autres travailleurs pour les voler et les piller! Ce ne sont pas des travailleurs qui entrent chez un boulanger en criant : « Du pain! >> alors qu'ils ont, chose significative, plus de 60 francs en pièces d'un franc dans leur poche! {Vifs applaudissements à gauche. — Rumeurs à droite.)

On n'a pas hésité, pour atteindre le but que Ton poursuit, à parler, non pas seulement de la manifestation de la veille, mais encore des manifestations possibles de demain.

L'orateur auquel je réponds a bien voulu dire que, le jour où son parti ferait une manifestation, cela se passerait autrement.

M. Paul de Cassagnac. — Parfaitement!

M. LE Ministre. — Pour une raison dont je ne cherche pas les causes il a fait allusion à ce qu"il n"a pas été besoin d'aller, hier, au delà des limites de la prudence, de la surveillance, d'une action extrêmement modérée.

Mais, s'il entendait que les manifestations do son parti se distingueraient de celle qui a provoqué cette question et qu'on eh pourrait dire, dans le langage quil a tenu ; « Cela se passerait autrement », nous aussi, nous pouvons lui dire : « Oui ! cela se passerait autrement! » [Doublo salve d^ applaudissements sur un grand nombre de bancs.)

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