NÉCESSITÉ POUR LA REPUBLIQUE D'ÊTRE UN " GOUVERNEMENT
L'Union des Socif^lés de Gymnastique de France avait invité M. Walde k-Rousseau à présider sa fête annuelle qu'elle donnait, à An^oulême, le 13 mai ^883. Après diverses inaniffstalions où la République avait été acclamée, le minisire de l'Intérieur prononça le discours suivant an banquet qui clôtura les lêtes.
Messieurs,
Lorsque le président de l'Union des Sociétés de Gymnastique de France, M. Donzolle, a bien voulu m'inviter à me rendre à Angoulême pour prendre part à vos fêtes, je ne lui opposai, il me rendra celte justice, qu'une très molle résistance. [Très bien! très bien!) Je souhaitais venir parmi vous parce qu'il me semblait que le Gouvernement a des devoirs particuliers vis-à-vis des républicains de la Charente, dont les efforts persévérants et les combats d'hier auront, j'en emporte l'espérance, assuré la victoire de demain. [Oiù! Oui! Très bien ! Applaudissemenls.)
J'entendais tout à l'heure, avec une émotion profonde, les paroles si cordiales, si généreuses, mais si empreintes d'exagération, de M. le Maire d'Angoulème. [No7î! Non!) Et cependant, messieurs, vous le diraije? j'aurais voulu que tout cela fût vrai, qu'il n'y eût
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rien d'exagéré dans ces éloges, rien à retrancher aux mérites dont vous avez fait honneur au ministre, ou plutôt au cabinet dont il fait partie. Car, si tout cela était vrai, s'il n'y avait rien d'excessif dans FexpressioQ de votre gratitude envers le Gouvernement, nous pourrions espérer avoir avancé l'heure que je souhaite passionnément entendre sonner, l'heure où ce grand pays aura enfin conquis cette unité politique, cette paix intérieure, qui sont, sachez-le bien et demeurons-en persuadés, la condition première et fondamentale de tout progrès durable et de toute espérance. ( Vive adhésion. Brava! bravo!)
Que la République soit le gouvernement nécessaire, qu'un courant irrésistible entraîne successivement tous les pays où la résistance se prolongeait encore>^ vers ce gouvernement, c'est-à-dire vers l'ordre dans la liberté, vers la garantie de tous les intérêts par le respect des s'olontés nationales, c'est là une vérité certaine, expérimentalement démontrée, et, si nos adversaires ne le coniessent pas tout haut, je ne crains pas de dire qu'ils sont obligés de se l'avouer tout bas. [Oui! c'est crai! — Rires.)
On peut, en effet, messieurs, avec plus ou moins de conviction, jouer encore à la restauration monarchique, sans s'être, d'ailleurs, mis d'accord sur le monarque [fiires), ou parler de restauration impériale en présence d'une succession demeurée vacante et qui demeurera vacante. [Adhésion générale. — Très bien! 1res bien!) On peut donner même au public des illusions comparables à celles qu'éprouvent les spectateurs d'un drame. Mais, je vous le demande, messieurs, est-il bien certain que ceux qui donnent ces illusions les partagent? (On rit.) La République, messieurs, sera le gouvernement universellement reconnu
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de la France, aussi certainement, aussi fatalement que les jours se passent et que les saisons se succèdent. Mais dans quel délai s'accoiniilira cette évolution définitive? Combien faudra-t-il de mois ou d'années? Question pressante, et qu'on peut se poser avec une patriotique anxiété, quand on croit fermement, comme moi, que, chaque jour perdu pour ce résultat, c'est de la prospérité perdue, c'est de la tranquillité perdue, c'est enfin du travail perdu pour le pays. ' Vi/s applaudissements el bravos.) Et c'est là une vérité que je voudrais faire loucher du doigt comme je la comprends. Tenez, messieurs, depuis douze années nous avons vécu dans la lutte et dans le combat. Depuis douze années, la vie du gouvernement républicain a été un assaut perpétuel : on ne lui a laissé ni paix, ni trêve. Il a eu la responsabilité du pouvoir sans en avoir réellement l'exercice. 11 a eu toutes les charges de la liberté sans en avoir trouvé toutes les traditions. Il a vécu sur un qui-vive perpétuel [Très bion! très bien!;, et cependant, quand on veut bien, sans parti pris, jeter un regard sur les faits accomplis, examiner les résultats obtenus, on constate, n'est-il pas vrai? que, loin de s'épuiser dans cette lutte, il semble que notre démocratie s'y soit comme trempée. C'est qu'il y a. dans notre grand et cher pays, une telle force d'expansion, une sève si généreuse et si abondante, que les blessures qu'on lui a faites semblent, en vérité, n'avoir eu pour résultat que de la faire jaillir, comme une source plus vive autour de laquelle on peut accumuler tous les obstacles mais qui bientôt les renverse, les supprime ou les submerge. {Applaudissements prolongés.\
Eh bien! messieurs, quand je songe à ce qu'on a pu faire dans cette période militante, dans cette phase
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d'épreuves, une pensée se présente à moi, qui m'assiège et qui m"obsède. Je me demande ce que l'on n'eût pas fait de la France si on ne l'avait pas condamnée à dépenser ainsi, dans des luttes continuelles, toute une partie de ses forces, de son talent et de son génie, et si on lui avait permis de consacrer ces merveilleux coefficients à la grande œuvre que tous entrevoient et qui s'impose, à l'expansion pacifique de la patrie, au développement de toutes nos forces et de tous nos intérêts. \Cest cela! — Très bien! — Applaudissemenls.)
Et, comme je ne suis pas de ceux qui ne présument chez leurs adversaires que de perfides intentions et de la mauvaise foi, comme je pense que parmi eux, à côté de quelques habiles qui sont les « partisans » de la politique, dont l'état est de tenir toujours la campagne et qui ne se consoleraient pas de voir signer une paix qui les laisserait sans ouvrage {Hilarité et applaudissements), comme je pense, dis-je, qu'à côté de ceux-là il y a beaucoup d'hommes de bonne volonté, beaucoup d'hommes de bonne foi, c'est à ceux-là que je m'adresse en leur disant :
— Essayez donc de calculer, osez donc chiffrer ce qu'une lutte stérile, sans espoir et sans issue possible, a pu coûter à la grandeur nationale! Car cette lutte est sans espoir et sans issue, je le répète, car vingt fois, cent fois, on a donné l'assaut à la maison et toujours elle a résisté. Nous avons d'abord élargi, étendu le cercle de l'investissement, et, aujourd'hui, ce n'est plus nous qui sommes investis, c'est nous qui investissons {Assentiment général], et l'on peut dire de nos jours, avec orgueil, cette parole qu'un orateur de la Restauration prononçait avec une certaine épouvante : Oui, la démocratie coule à pleins bords, puissante, irrésis-
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liljle, éternelle, emportant et balayant tous les obstacles accumulés sur son passage... Je me demande alors si une résistance sans but possible est bien la vocation do ce pays, oi'i tant et de si grands intérêts sont engagés 1
Où donc mieux que dans ce département pourrait-on comprendre combien pèsent sur les affaires les dissensions polilitpies? N'est-il pas vrai que nous souffrons tous d'un pareil élal de choses? Ne serait-il pas plus patriotique et plus sage de l'ortifierdes institutions qui ont l'adhésion inébranlable du pays pour contribuer au plus grand développement de ses intérêts matériels? [Oui! Très bien ! très bienl — Applaudisscinenls.;
Je crois que ces réflexions indiquent clairement un premier devoir, qui est, à mon sens, de compléter la victoire avant de s'en disputer les fruits, de ne pas oublier qu'il y a encore sur notre territoire des départements où on combat, où on lutte, où on souffre. Oui, j'ai vu cela chez moi, et je sais qu'il en est de même chez vous : des industriels, des commerçants, des artisans, payent de leur clientèle, et parfois de leur ])ain!... leur attachement à des institutions partout ailleurs ti-iomphantes. [Cest vrai! — Adhésion générale et applaii lissemenls.)
Eh bien! dans la part qui revient au Gouvernement pour la conduite des affaires, il ne doit pas y avoir de souci plus pressant que d'assurer et de rendre définitive l'œuvre de pacification et d'unification (Jont je parlais tout à l'heure, et, si je pouvais emporter d'ici une espérance particulièrement chère, ce serait que le département de la Charente pût, en donnant la main au département que je représente, sceller l'adhésion définitive de l'Ouest à la République. {Vifs applaudissements.)