‹ Pour la RépubliqueChapitre 27 sur 82 · CONTRE LE BOULANGISME · texte numérisé non relu

CONTRE LE BOULANGISME

Le budget de 1889 n'a paru pauvre de réformes ^u'à quelques esprits timorés. Demain la question de l'ambassade de Rome ne suscitera, soyez-en persuadés, que de prudentes réserves, et nul éclair ne brillera sur le mont Aventin où siègent les républicains impeccables, quand on appellera le chapitre des fonds secrets, {Nilarilé générale.) C'est là de l'esprit gouvernemental.

Et alors, pourquoi la revision, non pas pleine de foi et d'espérance, mais résignée, qu'on nous offre? Parce que ce mot de revision est devenu le symbole obscur de tous les partis, parce que ceux qui souffrent et les mécontents attachent ou feignent d'attacher à ce remède une vertu miraculeuse. On n'a jamais donné pour raison d'être à une détermination de cet ordre des raisons plus décourageantes ni plus amères.

Alors on invoque les exemples tirés de l'histoire, et, entre toutes les autorités invoquées, on rappelle les paroles prononcées par Gambetta, lorsque, en 1882, il présentait son projet de revision. Ah! s'il vivait encore, celui-là dont nous portons le deuil irréparable [Assentiment unanime et applaudissements prolongés), quels accents il trouverait pour dépeindre cette entreprise!...

On oublie qu'en 1882 Gambetta pouvait dire, lui qui avait accompli cette œuvre prodigieuse d'imposer la République à une Assemblée de monarchistes, que l'heure était passée où elle devait compter avec l'opposition dynastique. Oui, l'heure était passée. Est-on bien certain qu'aujourd'hui cette heure ne soit pas revenue? [Assentiment général. — Bravos.) On oublie surtout que, même à cette apogée de la puissance républicaine, on ne put se rendre à un Congrès sans garantie, en proclamant son droit illimité.

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« Quand depuis six ans seulement, disait-il, ce pays s'est donné les institutions qui abritent sa fortune, assurent la paix et le développement de toutes ses richesses, il est subversif de remettre tout en question et de livrer à la discussion ardente des ennemis de toutes nos institutions ce qui est le fonds môme de la sécurité publique du pays. » Il lui eût paru prudent et sage, si l'on voulait tenter l'aventure, de poser la question de telle sorte qu'un vote révisionniste ne pût pas ne pas être un vote républicain et tendre à un autre but que fortifier les institutions républicaines. [Tri-s bien!)

On ne le voulut pas alors et on ne le veut pas aujourd'hui, parce qu'il y a eu un moment où pour abattre le serviteur le plus dévoué de la démocratie, l'esprit le plus puissant et l'àme la plus haute, il a failu inscrire dans le nouveau Sijllahus de la vraie foi républicaine que des Assemblées maîtresses de ne pas décider le Congrès ne sont pas maîtresses de s'assigner des limites. [Très bien! très bien! — Applaudissements.)

Quand on invoque ce témoignage, quand on rappelle cette époque et cette faute, il faudrait au moins mesurer tout ce que la République a pu perdre de forces et de sang par cette première blessure, ne pas oublier l'œuvre des années qui ont suivi, et cette campagne de discrédit poursuivie sans relâche contre la majorité du parti républicain, et ces attaques sans prévoyance et sans mesure, tournant bientôt contre les institutions mêmes. [Oui! Très bien! — Applaudissements.)

Ah! messieurs, l'histoire a d'étranges retours et sa justice est parfois bien prompte. Tous ces soupçons éveillés, toutes ces défiances semées avec un art

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infatigable, toutes ces haines et toutes ces envies ameutées contre l'homme qui avait fait la République si grande, les voici de retour, après un immense circuit, toujours les mêmes, plus ardents, flairant de nouvelles proies, mais n'obéissant plus à la voix de ceux qui les ont déchaînés et dont plus d'un sans (Joute doit tressaillir devant son œuvre en constatant que ni ses conseils ni ses ordres ne sont plus entendus. [Marques nombreuses d'assentiment et applaudissements.)

On invoque encore un autre ordre do considérations, et qui n'est pas le moins pressant. On nous dit, faisant appel à l'amour-propre du législateur, ce qui atteste une grande connaissance du cœur humain, et surtout du cœur des députés {Rires), on nous dit : <' Il ne faut pas piétiner sur place. Le pays réclame des progrès, il veut des réformes. »

Je le crois; mais est-ce bien d'une revision constitutionnelle qu'il se montre impatient? S'il est anxieux, est-ce de savoir si on substituera au collège des communes nommant le Sénat un coHège de politiciens nommés sous l'influence des passions du moment? est-ce de voir la Chambre renouvelée par tier& et nommée pour six ans? S'il est impatient, est-ce de savoir si les ministres passeront à l'avenir des baux de deux ans avec le pouvoir, et quelle dose de défiance il faudra mettre dans un vote pour qu'ils acceptent une résiliation anticipée? [Rires et applaudissements prolongés.)

Je ne crois pas que ce soit là ce dont le pays se soucie. 11 n'éprouve à cet égard aucune perplexité. On le fait souvent parler; il ne fait ses confidences à personne, et Je ne les ai pas plus reçues que quiconque. Mais chacun de nous est en contact

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avec des corninerçanls, des industriels, dfs ouvriers. Eh bien! les avez- vous enli3iidus se phiiudre de et- '|u'on ii'ail pas l'ail nue part assez large aux agitations de la politique? ou, au contraire, se plaignent-ils de ce qu'on a fait une part trop étroite aux questions pratiques, à la défense de notre commerce et de notre industrie, à la sauvegarde de tout ce qui fait la prospérité du pays, assure son développement et sa puissance économique? (Oui.' oui! Tri'S bien! — lirnvoi^ répôlps.)

Leurs préoccupations vont à d'autres sujets d'un intérêt plus immédiat. En dehors des menaces qui naissent d'une Europe en armes, — que les traités d'alliance en vue de la paix condamnent à rester sur le pied de guerre, — d'autres menaces non moins graves se font jour, une autre coalition non moins dangereuse, une ligue commerciale qui grandit et se renforce tous lesjours, nous suit sur tous les marchés, nous presse de toutes parts, modifiant les routes maritimes, et, sur terre, détournant ce grand courant de transports qui traversait notre sol en y portant la richesse.

A l'intérieur, il ne manque pas d'objets qui mériteraient d'éveiller toute la sollicitude de l'homme politique.

Nous avons beaucoup fait pour l'instruction, mais disons-nous bien que chaque progrès intellectuel commande un progrès social, et qu'en développant l'instruction, ce qui est le premier devoir de l'Etat, on pe résout pas les questions sociales; on les pose avec pluarde précision et d'insistance. {Vive adhésion et ^ippl'iuiiissemenis .)

Un monde nouveau en mal de transformation se débat et s'agite dans un irrésistible effort vers une condition sociale en harmonie avec sa condition intel-

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