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lecluelle. Le rôle de l'État, sou second devoir serait de provoquer, de seconder les initiatives, d'ouvrir au travail des voies nouvelles, de lui donner les institutions qui lui manquent pour régulariser et coordonner ses efforts. {Assentiment unanime.)
Si donc l'impatience du piys est certaine, elle tient à d'autres causes qu'au désir de la revision.
Je ne crois pas, d'ailleurs, que reviser ce soit du même coup faire disparaître toutes les hésitations et toutes les difficultés. Est-ce la Constitution de 1875 qui paralyse le génie réformateur des hommes d'État d'aujourd'hui? Et si le Sénat est réduit, par exemple, à ne plus exercer qu'un modeste droit de vffo, livreront-ils enfin le secret trop longtemps gardé de leurs veilles fécondes?
Il y a de par le monde des hommes qui se sont' fait la réputation de penseurs profonds. Si l'on aborde devant eux quelqu'un des problèmes difficiles où le plus laborieux et le plus attentif ne se flatte pas encore d'avoir trouvé la meilleure solution, ils laissent errer sur leurs lèvres un sourire qui en dit long! Ah ! sils parlaient, si on pouvait les comprendre, quels l»rogrès le monde accomplirait sans etTort! Le malheur est qu'ils se bornent à sourire, et ils souriront toujours, gardant pour eux le mot mystérieux et la clef des énigmes, et laissant l'humanité se débattre dans les réalités misérables, i/iires et applaudi'isemnits.)
Je crains fort qu'il n'en soit de même de ceux qui disent : <( Ah! si la revision était votée! »
La Constitution de 1875 n'a point empêché d'accom- [ilir dans le domaine politique les rélormes les plus hardies et les plus radicales. Peut-on citer un régime de liberté plus complète et plus radicale que la législation que nous avons donné à la presse, et si des
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critiques s'élèvent parfois, tiennent-elles à ce qu'elle serait opprimée, ou hicuà labus cflréné qu'on en a pu faire? {Assentiment unanime.)
Y a-t-il dans un pays quelconque un régime plus radicalement libre aussi que celui que nous avons donné au droit de se réunir? Peut-on citer un peuple chez lequel, à n'importe quelle époque, on ait fait un(,' révolution plus profonde et plus rapide que celle qui a été accomplie dans le domaine de l'enseignement? Et, dès lors, comment dire que si d'autres réformes non moins nécessaires ne se sont point accomplies, l;i faute en est aux institutions? La cause en est ailleurs.
Pour être réformateur, il ne suffit pas d'avoir sans cesse sur les lèvres le mot de progrès ou celui de réforme. Toute œuvre digne de ce nom veut être longuement étudiée et mûrie ; il faut d'abord lui faire sa place dans le milieu où elle est appelée à jouer; il faut en régler le mécanisme ; il faut qu'elle soit viable, c'est-à-dire qu'elle ait un organisme complet. On n'est pas un réformateur pour s'être avisé d'écrire une table des matières. Il ne suffit pas d'inscrire dans des programmes des formules comme celle-ci : une meilleure répartition de la richesse, une distribution plus équitable de l'impôt; ni même, comme on l'a fait en pleine année 4885, l'organisation de milices nationales et la suppression progressive des armées permanentes.
Ce sont là de vains mots ; c'est une logomachie qui peut exercer, pour parler comme le projet de revision, une ip;?luence attractive ; ce sont des en-têtes de chapitres, ce n'est pas un ouvrage, ce ne sont pas des réformes. [Très bien! Très bien! Applaudissements.]
Si l'œuvre des Chambres qui se sont succédé depuis 4875 n'a pas été plus féconde, si elle a paru se ralentir à certaines heures, la faute en est surtout à
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l'effet des oppositions systématiques, et. pour mieux dire, à l'action purement négative de ces mêmes oppositions. Je sais bien les longs efforts qu'il a fallu à certains ministères pour faire passer les lois les plus nécessaires. Mais quels sont donc les projets patiemment étudiés ou les œuvres attestant une préparation complète et profonde, qui aient été dédaignés et méconnus ?
Dans Texubérance apparente de certains programmes, c'est le défaut d'études, c'est la stérilité qui se dissimule. Et cette impuissante pratique n'est pas le seul, ni le plus grand mal. Elle conduit à l'opposition permanente, irréductible. Rien de ce que propose un gouvernement, qualifié de modéré par l'autorité dé certains conciles, n'est drgne d'approbation ; tout ce qu'il propose est suspect. C'est un combat de chaque jour et de chaque heure, où l'activité du gouvernement, où sou autorité d'abord, et l'autorité gouvernementale bientôt, s'énervent. Ainsi s'explique un premier et bien singulier phénomène dont je recommande l'observation aux statisticiens, à savoir que, dans ces dix dernières années, qui ont vu commencer ou finir trois législatures, l'œuvre réformatrice a décru à mesure que grossissait la phalange de ceux qui prétendent avoir le secret des réformes {Oui! oui! Très bien ! Applaudissements prolongés), par cette raison bien simple que cet accroissement ne fortifiait pas l'esprit de réforme, mais seulement l'esprit d'opposition.
Ainsi s'expliquerait aussi l'état actuel des esprits. Ce n'est pas seulement la confiance dans quelques ministères, ce n'est pas seulement le crédit de quelques républicains qu'on a diminué, c'est la confiance dans le pouvoir lui-même qu'on a atteinte. On a semé
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le soupçon, il a germé, il a grandi. On na pas cessi; (le dénoncer au pays cette majorité répuMicaine qui avait triomphé de rAsscmblée nationale, voulu, fait et voté les seules réformes qu'a enregistrées l'histoire de ces dix dernières années. Cette visée politique des uns était servie par les violences et les excès des autres. Faut-il s'étonner alors que ce pays auquel on ne s'est pas lassé de dire : « Celte majorité vous trompe, elle vous trahit », en soit arrivé à répondre à ceux qui recherchent aujourd'hui sa confiance : « Qui nous garantit que vous soyez plus fidèles? « {Applaudisse ment a.)
Messieurs, aucune des voix de la réaction, dans la Chambre du moins, ne fera défaut à celte revision à à laquelle on nous convie. Les bonaparlistes s'y rendront pour ressusciter, s'ils le peuvent, la théorie [débiscitaire ; les royalistes, pour y ranimer les espérances de restauration monarchique; ceux qui forment le nouveau parti sans nom, pour y faire triompher des doctrines moitié démagogiques et moitié prétoriennes.
Voilà de quels éléments, de quels calculs, de quelles pensées sera formé le consentement menteur qui nous constituerait en Congrès...
Déjà cet inconnu ne paraît plus assez vaste : c'est de donner à ce pays, après dix-huit années de République, une Assemblée constituante qu'il s'agit ! Tous les ennemis de la République l'appellent de leur^^vœux et saluent l'aurore d'une revanche. Ils savent bien que les masses populaires ne voient que laspect simple et frappant des choses. On aura beau leur dire qu'il ne s'agit pas de permettre des empiétements dangereux, mais seulement de fortifier la Constitution républicaine. Ellesy verront ce qu'on s'efforce
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vainement de ne pas voir, un aveu d'instabilité, une mise en question de la forme républicaine.
Eh bien! suivant une formule célèbre, nous ne voulons être ni dupes ni complices, nous ne voulons pas désavouer noire passé, nous ne voulons pas célébrer l'anniversaire de 1789 dans les incertitudes et l'humiliation de je ne sais quel recommencement... ( Vi/s applauiiissemerits.) Après des désastres sans nom qui eussent suffi à rayer toute autre nation durant un demi-siècle, de la carte de l'Europe, la France s'est retrouvée debout par un effort merveilleux, maîtresse de ses destinées, maîtresse de son histoire, libre de la faire à l'image de son génie, d'y inscrire tous les progrès, prête à reprendre dans le monde la place qui lui appartient de fille aînée de la civilisation. Nous ne voulons pas voir périr tous ces efforts et toutes ces espérances. Si la marche glorieuse de notre démocratie à travers les temps semble hésiter ou se ralentir, accusons nos discordes impies, accusons des haines, des rivalités q«i n'ont pas toujours eu -pour but le bien de la patrie. N'accusons pas nos institutions! Messieurs, je résume et je vous livre toute ma pensée : l'heure n'est pas venue de reviser la Constitution, mais bien de la défendre. [Triple salve d'a/'p/audissemenls o.l bravos répétés. — Mouvement prolongé.)